Les poissons ne connaissent pas l'adultère

Aderhold · Chapitre 40 sur 41

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Les poissons ne connaissent pas l'adultère

40. Un tête-à-tête

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UN TÊTE-À-TÊTE

 

Son expression haineuse paralyse Julia. Elle n’a pas eu le temps de l’esquiver. Nez à nez avec Muriel dans le couloir. Elle esquisse un pas en arrière mais l’autre l’a attrapée par l’épaule. « Non, mais ça va pas ? » Julia est en terrain familier. Les embrouilles entre femmes, elle connaît. Il faut gueuler la première, le plus fort. Prendre le dessus d’emblée. « Vous êtes pas bien dans votre tête ? » Muriel la regarde ébahie. Elle l’a retenue sans réfléchir. Mais dès qu’elle l’a saisie, elle s’est arrêtée. L’idée d’un scandale en public, devant les passagers, la tétanise. Julia la toise. Prête à la bagarre. Elle se reprend. L’immobilité de Muriel la trouble. Pas envie de revenir aux réactions d’avant. « Ça ne va pas ? » articule-t-elle d’un ton radouci. Muriel voudrait… Elle aimerait… Si seulement elle pouvait… Julia la prend par le bras. « Venez… » Elle l’entraîne près du sas. Muriel s’en veut de s’abandonner ainsi, de ne pouvoir réagir. « Vous devriez vous asseoir ? » Elle secoue la tête. Non. « Vous êtes toute pâle… » Une gêne profonde, Muriel n’a plus qu’une envie maintenant. Sortir de cette situation. Une cruche. Julia se tait aussi, et guette le moindre signe sur son visage. Combien de temps ça prend de se défaire de ses anciens réflexes, pour qu’ils ne resurgissent pas à la première occasion ? Puis à nouveau la colère. « Ça va ? t’es contente de toi ? » Lui tirer les cheveux. « T’étais en manque ? » L’injurier. « Tu venais de quitter ton mari alors il te fallait un mec ? » Lui gueuler dessus. « Tu penses que tu peux foutre ma vie en l’air en cinq minutes ? » Lui dire n’importe quoi. La casser. « Il va pas rester avec toi ! Avec ta dégaine ! » Mais rien qui vient. Enfin des conneries. « Barre-toi ! Dégage ! » Il est trop tard. Julia se tient patiemment devant elle, comme si elle cherchait par sa sollicitude à se faire pardonner et tente de résister à l’envie de lui avouer ce qu’elle sait sans doute déjà, la soulager un peu même si ça ne sert à rien. Muriel relève les yeux, fixe Julia. Alors une larme, fugitive, coule le long de sa joue, puis une autre et encore une autre. Julia lui tend un mouchoir en papier. Muriel s’en saisit. L’autre pose sa main sur son bras, Muriel voudrait la repousser, l’infinie tristesse qui est la sienne à cet instant, retenir ses pleurs, la partie perdue, et puis toute sa vie qui appartient soudain au passé. Elle imagine la tête du mari de Julia, seul, chez lui. Il ne reste plus rien de connu, d’habituel. Elle voudrait que tout cela n’ait pas eu lieu. Puis, un élan d’une énergie farouche. Jamais plus forte que dans la contrariété. Un pli léger, presque imperceptible, se dessine au coin des lèvres, le relèvement des commissures. Julia, d’un geste timide, lui caresse les cheveux. « Il m’a quittée… » lâche, entre deux sanglots, une voix qu’elle ne se connaît pas. « C’est peut-être mieux ainsi… » Généreuse, généreuse. Et confiante. Voilà comment elle veut être demain. Elle lui fait signe de s’en aller. Julia s’éloigne, laissant Muriel elle-même stupéfaite de ce qu’elle vient de dire.

Pleurante. Et souriante.

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