Les Syrtes (1883-1884)

Jean Moréas · Chapitre 9 sur 23

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Les Syrtes (1883-1884)

Assez d’abstinences

I

Assez d’abstinences moroses :

De Schiraz effeuillons les roses

Au bord du lac sacré,

Et que pour moi l’amour ruisselle

De sa lèvre d’alme pucelle,

Plus doux qu’un vin sucré.

II

Assez de chrysolithe terne :

Que l’on me montre la caverne

Des kohinors-soleils,

Et des saphirs plus bleus que l’onde,

Et des clairs rubis de Golconde

Au sang des Dieux pareils.

III

Assez d’existence servile :

Que l’on m’emporte dans la Ville

Où je serai le Khan,

Infaillible comme un prophète

Et dont la justice parfaite

Prodigue le carcan.