Les Syrtes (1883-1884)

Jean Moréas · Chapitre 8 sur 23

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Les Syrtes (1883-1884)

Ariette

 

Tu me lias de tes mains blanches,

Tu me lias de tes mains fines,

Avec des chaînes de pervenches,

Et des cordes de capucines.

Laisse tes mains blanches,

Tes mains fines,

M’enchaîner avec des pervenches

Et des capucines.

SENSUALITÉ

 

N’écoute plus l’archet plaintif qui se lamente

Comme un ramier mourant au fond des boulingrins :

Ne tente plus l’essor des rêves pérégrins

Traînant des ailes d’or dans l’argile infamante.

Viens par ici : voici les féeriques décors.

Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres,

Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres,

Et les divans profonds pour reposer ton corps.

Viens par ici : voici l’ardente érubescence

Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls,

Les étangs des yeux pers, et les roses avrils

Des croupes, et les lis des seins frottés d’essence.

Viens humer le fumet — et mordre à pleines dents

A la banalité suave de la vie,

Et dormir le sommeil de la bête assouvie,

Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.