Ma Fille Bernadette
Le Rire
Heu! Heu! Heu! fait Bernadette en riant.
La lampe brille, le feu danse, la chienne ronfle, les fauteuils sont vieux.
Heu! Heu!
Bernadette a tant bu que deux gouttes glissent de sa bouche facétieuse et luisent sur les côtés du menton.
Heu! Heu! Heu!
Les sourires de Bernadette ont passé à travers le ciel de son regard et répercutent l’écho de la lumière des anges.
Heu! Heu!
La voici dans son berceau, éveillée. La joie éclaire sa face qui éclaire le berceau et le berceau éclaire les parents.
Heu! Heu! Heu!
L’Automne s’élève de nouveau et ruisselle sur le feu des arbres d’ornement.
Ha!
La feuille tombe et ton sourire la remplace, ô Bernadette!
L’AME DE LA MAISON
Le vieux mur ne s’évapore plus au soleil. Il pleut sur le perron brisé. Le marteau de la porte épaisse est petit. Si vous êtes dans la nuit, frappez. La porte ouverte, vous verrez l’âme de la maison sur le canapé que caresse la lueur du feu: Bernadette.
Approchez-vous, elle dort, elle a l’air d’un œuf de fourmi. Le bon Dieu l’a allumée comme une petite lampe qui éclaire ce papier où j’écris ce nom: Bernadette.
L’ALPHABET A LA FLEUR
Les premiers jours qu’on la promenait dans le jardin, il y a trois mois, Bernadette était comme le cœur blanc de cette grande fleur à la corolle verte et bleue qu’est la nature en Août. Chaque chose a pour centre le centre que le désir choisit.
Quand on relevait les yeux de dessus mon enfant pour les reporter au loin, le contour de la fleur c’étaient les Pyrénées aux pétales échancrés.
L’Automne a jauni la corolle dont le cœur est encore blanc.
Sache donc, ô toi qui soutiens cette petite fille! que tu supportes tout le paysage qu’elle entraîne avec elle et que si elle n’eût pas existé dans l’univers, l’univers n’eût pas existé sans elle, puisque Dieu l’a créé pour elle.
Quoi? Toute la terre? Et tout ce pollen d’astres qu’elle ne distingue même pas encore! Penses-tu?
Oui, c’est l’alphabet qu’ouvre l’Éternel pour apprendre à lire à Bernadette. Déjà, blottie au cœur de la fleur, elle épelle la lumière.