Menace sur les ondes
— Et comment as-tu résolu le problème...…
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
— Jamais ce type n'aurait dû obtenir une arme, commenta Boyd d'une voix sourde. C'est inadmissible qu'une chose pareille ait pu se produire.
Les poings de Cilla se crispèrent.
— J'aime mieux entendre ça que des discours édifiants sur le courage de nos «bleus» et autres vaillants défenseurs en uniforme. C'était ma mère, merde !
Boyd avait passé des heures à potasser les comptes-rendus de l'affaire. Il savait qu'elle avait provoqué un scandale. Mais il avait surtout été marqué par une photo d'archives. On y voyait Cilla, le visage blanc de chagrin, debout devant les deux tombes encore ouvertes, la main de Deborah serrée dans la sienne.
— Je regrette pour Deb et pour toi que vous ayez perdu vos deux parents dans de pareilles conditions.
Cilla détourna les yeux pour contempler fixement les flammes.
— De fait, ma mère, je l'avais déjà perdue avant qu'elle ne tombe sous les balles. Le jour où elle est entrée dans la police, c'était fichu pour moi.
— J'ai vu son dossier, commenta Boyd. Ses états de service sont impressionnants. Et Dieu sait que ce n'était pas facile pour une femme de s'imposer dans ce métier, à l'époque. Mais pour la famille, c'est toujours très dur.
— Qu'est-ce que tu en sais, toi qui es de l'autre côté de la barrière ? Ce n'est pas toi qui restes à la maison à te ronger les sangs, à tourner en rond et à te préparer mentalement à la catastrophe.
— On ne peut pas passer sa vie à s'attendre au pire, Cilla.
— Au pire ? C'est une mère, surtout, que j'attendais ! Et la plupart du temps en vain. Pour elle, ce qui comptait, c'était la PJ, le service. Ça passait avant mon père, avant moi, avant Deb. Elle n'était jamais là lorsque j'avais besoin d'elle.
Boyd voulut lui prendre la main mais elle se dégagea, trop hérissée pour supporter le moindre contact.
— Dans mon souvenir, elle était constamment ailleurs, constamment préoccupée par des drames autrement plus importants qu'une poupée brisée ou des problèmes de petite fille de ce genre.
— Peut-être était-elle un peu trop obnubilée par sa carrière.
— Je t'interdis de la comparer à moi, d'accord ?
Haussant les sourcils, Boyd lui prit cette fois la main de force.
— Ce n'était pas mon intention. La comparaison, c'est toi qui viens de l'établir, en l'occurrence.
— Moi, j'ai besoin de gagner ma vie et celle de Deborah. Alors que ma mère avait une vraie famille. Mais c'est à peine si elle paraissait s'apercevoir de notre existence.
— Je n'ai pas connu ta mère, Cilla, et il m'est difficile de porter un jugement sur ses choix de vie. Mais tu ne crois pas qu'il serait temps pour toi de laisser tes griefs de côté et de te donner une chance de vivre ce à côté de quoi elle est passée, justement ?
Elle alluma une cigarette, prit une bouffée et la jeta aussitôt dans les flammes.
— Toutes ces défaillances maternelles ne m'ont jamais empêchée d'avancer dans la vie au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. J'ai un métier, une maison. J'assure un avenir à ma soeur.
— Mais tu es entrée dans cette relation avec moi à reculons car ma profession te terrifie.
Cilla ferma les yeux.
«Ainsi, nous y voilà», songea-t-elle.
— Je respecte tes choix, Boyd, déclara-t-elle prudemment. Et je ne te demande pas de changer quoi que ce soit dans tes fonctionnements. Il est vrai que je ne voulais pas que les choses en arrivent là, entre nous. Mais... mais je ne regrette pas ce qui s'est passé cette nuit.
— Merci, murmura-t-il avec une mimique soulagée avant de vider son verre d'un trait.
— En revanche, je pense qu'il faut que nous restions raisonnables si nous voulons éviter les complications.
— Non, fit-il en posant son verre sur une console.
— Non, quoi ?
— Non, je ne veux pas être raisonnable. Et les complications, nous sommes déjà en plein dedans. Je suis amoureux de toi.
Boyd prit une profonde inspiration et se prépara à affronter la réaction qui ne manquerait pas de suivre.
L'effet de ses paroles ne se fit pas attendre. Le sang se retira du visage de Cilla et elle le regarda avec consternation.
— Bon... Je vois que la nouvelle t'enthousiasme, commenta-t-il sombrement en jetant un morceau de bois sur le feu.
Cilla regarda voler les étincelles un instant. Puis elle secoua la tête.
— Nous ne nous connaissons pas depuis très longtemps, Boyd. Et nous nous sommes rencontrés dans des circonstances assez particulières. Je pense que...
— Tu penses trop, Cilla. Dis-moi plutôt ce que tu ressens.
— Je ne sais pas.
Ou plutôt, si, elle savait. Mais c'était si compliqué... Elle était excitée et terrifiée à la fois. Assaillie par un mélange de craintes et d'espoirs si ténus qu'elle n'osait même pas se les formuler.
— Boyd, tout s'est passé très vite entre nous. Et je n'ai pas l'impression d'avoir pu maîtriser quoi que ce soit. Je ne voulais pas d'une aventure avec toi et c'est arrivé quand même. Je ne voulais pas m'attacher à toi, mais je tiens à toi à mon corps défendant.
Il saisit ses deux mains dans les siennes.
— C'est bien la première fois que je parviens à t'arracher des aveux aussi encourageants.
— Qu'est-ce que tu crois, Fletcher ? Je n'ai pas l'habitude de coucher avec un homme simplement parce qu'il me plaît.
— De mieux en mieux, déclara Boyd en pressant un baiser dans sa paume. Je te plais et tu tiens à moi. Épouse-moi, Cilla.
Ses yeux s'écarquillèrent. Elle chercha vainement se dégager.
— Arrête, Boyd. Ce n'est pas drôle !
— Et alors ? Je ne fais pas de l'humour. Je te demande en mariage.
Une bûche craqua dans le feu, et une nouvelle flamme s'éleva, haute et claire. Elle regarda fixement les ombres qui dansaient sur le visage de Boyd. Respirer devenait si difficile qu'elle en avait le vertige.
— Boyd...
— Je suis amoureux de toi, Cilla.
Lentement, sans détacher son regard du sien, il l'attira contre lui.
— J'aime tout en toi, chuchota-t-il contre ses lèvres. Et je ne te demande pas grand-chose, juste une petite cinquantaine d'années pour te montrer combien je tiens à toi... soixante années, à la rigueur.
Inondant son visage de baisers, il l'allongea avec lui sur l'épais tapis en laine, juste devant le foyer.
— Je n'ai pas l'intention d'épouser qui que ce soit, Boyd.
Il lui mordilla les lèvres et ses mains commencèrent à s'animer sur son corps.
— Bien sûr que si, tu vas te marier. Il faut juste que tu t'habitues à l'idée que ce sera avec moi, murmura-t-il en glissant la langue entre ses lèvres.
Ce fut le début d'un baiser qui prit très vite des proportions considérables.
— Boyd... non...
Il rit doucement.
— Non, non, toujours non... C'est un «oui» que j'aimerais entendre, pour une fois. Mais je suis prêt à t'accorder un délai de réflexion. Quelques jours. Une semaine, à l'extrême rigueur.
Elle secoua la tête.
— Tu n'as jamais été marié, Boyd. Moi si. Je me suis déjà trompée une fois et je ne veux pas renouveler cette erreur.
D'un geste vif, il lui saisit le menton. Cilla ouvrit les yeux brusquement et vit bouillonner une rage inattendue dans son regard.
— Ne me compare pas à lui, tu m'entends ? Jamais.
Elle voulut parler mais, d'une pression de la main, il lui imposa silence.
— Je t'interdis de penser que ce que je ressens pour toi a un quelconque rapport avec ce que d'autres hommes ont éprouvé jusqu'à présent. C'est clair ?
— Oh, rassure-toi, je ne te compare à rien ni à personne, murmura-t-elle en détournant la tête. Le problème vient entièrement de moi. Je ne suis pas faite pour la vie conjugale, c'est tout.
Les yeux de Boyd étincelèrent.
— Arrête de te dévaloriser comme ça ! La réalité est pourtant simple et mathématique : dans un couple, on est deux, tu es bien d'accord ? Alors au nom de quelle mystérieuse fatalité serais-tu la seule à fonctionner de travers ?
Le visage crispé par l'exaspération, Boyd lui plaqua les deux mains au sol en prenant appui sur elle de tout son poids.
— Bon, très bien. Puisque tu ne veux pas comprendre, on va changer de tactique. Pose-toi juste cette question très simple, Cilla : as-tu déjà ressenti ça avec qui que ce soit d'autre que moi ?
Il s'empara alors de ses lèvres en un baiser incandescent qui la fit s'arc-bouter contre lui. En signe de rébellion ou de plaisir, elle n'aurait su le dire. Trop de sensations violentes faisaient rage en elle, comme si des milliers de comètes rougeoyantes traversaient le ciel enflammé de ses perceptions. Avant qu'elle ait pu reprendre son souffle, elle fut emportée, soulevée au coeur d'une tempête sensorielle sans précédent.
«Non, Boyd, non, cria une voix dans sa tête. Jamais je n'ai rien éprouvé de tel. Avec personne. Jamais.»
Il était le seul à la chavirer ainsi, de la tête aux pieds, le seul avec qui l'amour devenait fête des sens. Alors même que son corps vibrait contre le sien, Cilla luttait pour garder les idées claires, se souvenir que désirer ne suffisait pas.
En proie à un mélange de fureur et d'impuissance, Boyd posséda sa bouche avec violence, encore et encore, comme pour la marquer de son sceau. Tant qu'il la tenait dans ses bras, il pouvait lui montrer avec ses mains, avec ses lèvres que c'était un sentiment unique et incomparable qui les jetait l'un vers l'autre. Tant qu'il la tenait dans ses bras, il pouvait chasser le passé, le sombre imbécile qui s'était prétendu son mari et faire en sorte qu'elle ne pense qu'à lui. Loin de s'effrayer de cet élan de violence en lui, Cilla répondait à l'assaut de sa bouche avec une frénésie égale à la sienne. Le feu qu'attisaient leurs baisers était dévorant et sans pitié. Oubliées la douceur, la tendresse qui avaient imprégné leur nuit d'amour. L'ardeur qui les consumait en cet instant était muette, violente, insatiable. Ils se déshabillèrent avec une égale impatience. Roulèrent l'un sur l'autre tour à tour. Possédèrent. S'agrippèrent. Dévorèrent. Agile, électrique, triomphante, Cilla l'enfourcha, il lui saisit les hanches et l'ajusta au-dessus de lui.
Avec un sanglot de délice, elle rejeta la tête dans la nuque et le sentit pénétrer en elle. Lentement. Pleinement. Totalement. Jusqu'au coeur même de ses cellules, elle éprouva le sens profond, mystérieux de cette union. Boyd était le seul à avoir trouvé la clé, le seul à avoir ouvert les portes de ses sens. Il avait découvert la voie d'accès à son corps, son esprit et son coeur. Et d'une façon ou d'une autre, sans même le vouloir, elle semblait avoir réussi à se frayer le même chemin en lui.
Cilla gémit. Aimer Boyd n'entrait pas dans ses intentions. Elle chercha ses mains et les serra fort dans les siennes. Elle refusait l'attachement, la dépendance émotionnelle et la vulnérabilité qui en découlait inéluctablement.
Ouvrant les yeux, elle scruta son visage. Le regard de Boyd était rivé sur elle.
Il ne dit rien mais il savait.
Savait les émotions contradictoires qui faisaient rage en elle.
Avec un soupir où désespoir et délice se mêlaient à parts égales, Cilla se pencha pour poser sa bouche sur la sienne. Tout en restant fermement ancré en elle, il se redressa de manière à l'entourer de ses bras. L'assaut de plaisir la prit par surprise. Elle écarquilla les yeux et ses ongles s'enfoncèrent dans le dos de Boyd. Criant son nom à son tour, il la rejoignit. Leur jouissance fut une et entière.
Enveloppée dans un vieux peignoir trois fois trop grand pour elle et les pieds bien au chaud dans une paire d'épaisses chaussettes en laine, Cilla goûta le chili con carne «à la mode Fletcher». Dans la cuisine, la lumière était douce, la chaleur agréable. Il faisait bon être là, dans la maison de bois clair, alors que le vent dehors gémissait dans les arbres. Elle n'en revenait pas que cette journée à la montagne ait pu passer aussi vite. Dire qu'ils rentraient déjà le lendemain...
— Alors ?
Détournant les yeux de la fenêtre, elle contempla l'homme assis en face d'elle. Boyd portait un peignoir en tout point semblable au sien. Ses cheveux étaient en bataille parce qu'elle y avait passé fiévreusement les mains. Aussi étonnant que cela pût paraître, ce dîner partagé avec Boyd possédait un caractère d'intimité aussi fort que la scène d'amour qui l'avait précédé.
Mal à l'aise, elle porta un morceau de pain à ses lèvres en se demandant, non sans inquiétude, si ce «alors» se référait à sa demande en mariage.
— Alors, quoi ?
— Mon chili con carne ? Tu aimes ?
La réponse prit Cilla au dépourvu. La désorienta même.
— Le chili... Ah oui, délicieux, murmura-t-elle sans savoir si elle était soulagée ou déçue qu'il ne revienne pas à la charge. Mais je suis surprise que tu saches cuisiner. Tu aurais largement les moyens d'embaucher une cuisinière, non ?
Boyd hocha la tête.
— Quand nous serons mariés, nous pourrons en prendre une, si tu veux. Même à demeure, si tu préfères.
Cilla se raidit et reposa sa cuillère.
— Je ne me marierai pas avec toi, Boyd.
Son refus parut l'amuser.
— Tu paries ?
— Arrête, O.K. ? Ce n'est pas un jeu.
— Mais si ! Un des plus passionnants qui soient, même.
Tout appétit envolé, Cilla pianota du bout des doigts sur la table. La façon qu'il avait de ne jamais prendre aucun de ses refus au sérieux commençait à devenir proprement exaspérante.
— Tu te rends compte, au moins, à quel point ton attitude est condescendante ? s'emporta-t-elle. «Moi Tarzan, toi stupide. Toi rien comprendre.»
Boyd se mit à rire, ce qui ne fit que l'exaspérer davantage.
— Vous, les hommes, vous croyez vraiment que les femmes sont incapables de se passer de vous, n'est-ce pas ? «Oh, ma petite Cilla, que ferais-tu sans moi ? Je vais prendre soin de toi, t'expliquer le sens profond des choses et de la vie...»
Il haussa les sourcils.
— T'ai-je jamais tenu ce type de discours ? Pour autant que je me souvienne, j'ai seulement dit que je t'aimais et que je te demandais de devenir ma femme.
— Tu sais pertinemment que cela revient au même !
— Tu recommences à déraisonner, O'Roarke, observa-t-il, placide, en enfournant une solide fourchetée de chili. Ça n'a rien à voir.
— Quoi qu'il en soit, moi je n'ai aucun désir de me marier. Mais toi tu t'en fiches de ce que je veux et de ce que je ne veux pas ! Les hommes sont tous comme ça.
Boyd lui jeta un regard d'avertissement.
— Ne recommence pas à me comparer à lui.
— Je ne pensais pas à Paul, figure-toi. Je ne pense d'ailleurs jamais à Paul. C'est toi qui le ramènes chaque fois sur le tapis. Et puis si j'ai envie de te comparer à d'autres hommes, c'est mon droit ! tempêta-t-elle.
Elle se leva abruptement pour allumer une cigarette. Boyd les resservit en vin et plongea son regard dans le sien.
— Combien d'hommes t'ont demandée en mariage, jusqu'à maintenant ?
Cilla mentit avec aplomb.
— Des douzaines. Et comme tu vois, j'ai réussi à leur dire non.
— Tu n'étais pas amoureuse d'eux, objecta-t-il calmement.
— Je ne suis pas amoureuse de toi.
Au grand dam de Cilla, Boyd prit le temps de terminer tranquillement son assiette avant de répliquer d'un ton patient.
— Tu mens, O'Roarke. Tu es folle de moi, mais tu es trop têtue pour l'admettre.
— Quoi ? C'est toi qui oses me parler d'entêtement ? C'est la meilleure !
— Il est vrai que je peux être persistant, admit-il d'un air faussement modeste. Mais jusqu'ici je ne me plains pas des résultats.
— Arrête de me regarder de cet air possessif et suffisant, Fletcher ! Je ne t'épouserai pas parce que je suis contre le mariage, parce que tu es flic et parce que tu es riche. Point final.
— Tu m'épouseras, Cilla, car nous savons l'un et l'autre que tu serais malheureuse comme les pierres sans moi.
— Ton arrogance te perdra, Holmes. N'oublie pas que j'ai des techniques imparables pour me débarrasser des hommes trop collants. J'ai même une riche expérience dans ce domaine.
Son verre à la main, elle se leva et commença à faire les cent pas.
— Tu sais à qui tu me fais penser, Boyd ? À ce gamin de Chicago qui s'était mis dans la tête que nous étions destinés l'un à l'autre de toute éternité. La différence avec toi, c'est que lui au moins ne me collait pas son sourire suffisant sous le nez. Il avait choisi l'option romantique et m'envoyait des fleurs, des poèmes, des lettres enflammées. Pour ce qui était de l'obstination bornée, en revanche, il remportait la palme : «Tu ne le sais pas encore toi-même, Cilla, mais tu m'aimes aussi. Tu as besoin de moi pour te protéger, pour donner un sens véritable à ta vie.» Ah, il était sacrément gonflé, lui aussi. Il m'attendait à la sortie du travail, passait des heures à faire le pied de grue devant mon immeuble. Imagine-toi qu'il m'a même envoyé une bague de fiançailles ! C'est ahurissant, non ?
Boyd l'écoutait à présent avec une attention soutenue. Aucune trace de sourire ne se lisait plus sur son visage.
— Ce garçon t'a acheté une bague ? Avec un diamant ?
— Je ne me suis pas amusée à la faire expertiser, répondit-elle, étonnée par son changement d'attitude. Je l'ai renvoyée aussi sec.
— Son nom, Cilla. J'ai besoin de connaître son nom.
Elle eut un geste évasif de la main.
— Écoute, laisse tomber. Je ne sais pas pourquoi j'en suis venue à te parler de ce type. Il...
— Il est hors de question de laisser tomber quoi que ce soit, Cilla. Essaye de te souvenir, lança Boyd en se levant.
Décontenancée, elle recula d'un pas. La conversation tournait à l'interrogatoire. Quelque chose dans ses paroles avait réveillé le flic en lui.
— Il s'appelait John, si mes souvenirs sont bons. John McGill... non... McGillis. Mais il ne s'est rien passé entre nous, Boyd.
— Aucun McGillis ne travaillait avec toi à Chicago, si ?
Elle secoua la tête.
— Exact. Mais nous nous éloignons du sujet. Je...
— Honnêtement, je ne te comprendrai jamais, Cilla ! l'interrompit Boyd d'une voix tendue par l'exaspération. Comment as-tu pu garder un pareil épisode sous silence ? Je crois que j'ai dû te demander au moins dix fois de me livrer la liste des hommes avec qui tu avais été en relation !
— Mais je n'ai pas eu d'aventure avec John, à la fin ! Ce n'était qu'un gamin qui faisait une fixation sur moi. Au début, j'étais sympa avec lui et il a pris ça pour un encouragement. Au bout d'un moment, j'ai mis assez vigoureusement les points sur les i et je n'ai plus entendu parler de lui. Tu vois que ton «histoire» ne va pas bien loin.
— Et ça a duré combien de temps, cette affaire ?
Cilla se demandait où il voulait en venir avec ses questions. C'était à peine si elle se souvenait à quoi ressemblait ce pauvre John.
— Je ne sais pas... Trois ou quatre mois, peut-être.
— Trois ou quatre mois, dit Boyd en lui prenant les épaules pour les serrer à les broyer. Et tu ne m'as rien dit à son sujet ?
— Ça ne m'a même pas traversé l'esprit, admit-elle faiblement, effrayée par l'expression de son regard.
Comme pour s'armer de patience, il ferma un instant les yeux.
— Bon. Admettons. Mais maintenant, je veux que tu me racontes tout -absolument tout - ce que tu sais sur ce garçon.
Plus secouée qu'elle ne voulait l'admettre, Cilla se laissa tomber sur une chaise.
— John travaillait de nuit comme manutentionnaire aux halles. Et il écoutait religieusement mon émission. Il appelait presque toutes les nuits, pendant son temps de pause. On avait pris l'habitude de bavarder quelques minutes et je lui passais les titres qu'il aimait. Une fois, j'ai fait une émission en public et il est venu se présenter à la fin. C'était un type tout jeune encore, vingt-trois ou vingt-quatre ans. Plutôt sympa. Un visage aux traits agréables quoique assez insignifiants. Je lui ai signé un autographe et c'est là qu'il a commencé à m'écrire à la station de radio. Mais jamais rien de grossier ni de suggestif.
— Continue.
— Boyd, écoute...
— Continue, je te dis.
Cilla jura tout bas.
— Quand j'ai vu qu'il se montait un peu trop la tête à mon sujet, j'ai tenté de lui faire comprendre en douceur qu'il perdait son temps. Mais il ne voulait rien entendre. Un jour, il m'a invitée à boire un verre. J'ai refusé, bien sûr. Ce qui ne l'a pas empêché de venir m'attendre régulièrement sur le parking, à la sortie de mon émission. Mais contrairement à ce que tu peux penser, il n'a même jamais essayé de me toucher. C'était quelqu'un d'inoffensif qui s'était fabriqué tout un scénario. Il me faisait plutôt de la peine. D'où les difficultés que j'ai eues à m'en dépêtrer, d'ailleurs. J'avais du mal à l'envoyer bouler franchement. Il paraissait tellement paumé, tellement fragile. Du coup, il s'est obstiné. Je suppose qu'un soir, il m'a suivie jusque chez moi car il s'est présenté un jour à ma porte.
— Il a tenté d'entrer ?
— Pas de force, non. Ce n'était pas son style. La plupart du temps, il venait en mon absence. Et il laissait un bouquet. Un petit mot qu'il glissait sous la porte. Des trucs de gamin, quoi.
Boyd soupira. Elle ne lui avait jamais vu une expression aussi sévère.
— Et qu'est-ce qu'il te disait, précisément ? Essaye de te souvenir.
— Eh bien... les trucs habituels, en fait. Qu'il m'aimait, qu'il m'aimerait toute sa vie. Et qu'il savait, qu'au fond, je l'aimais aussi. Et ça ne faisait qu'empirer. Au téléphone, il se mettait à pleurer pour un rien. Il parlait même de se suicider si je n'acceptais pas de l'épouser. Lorsque j'ai reçu le paquet avec la bague de fiançailles, je l'ai renvoyé avec une lettre très sèche. C'était sans doute cruel mais il fallait que je lui fasse comprendre qu'il perdait son temps. Quelques semaines plus tard, je partais pour Denver.
— Et il a repris contact avec toi depuis que tu as déménagé ?
— Jamais. Et je peux t'assurer que ce n'est pas lui qui m'appelle à Denver. J'aurais reconnu sa voix.
Boyd se leva et lui tendit la main.
— Je prendrai tous les renseignements nécessaires à son sujet. En attendant, allons nous coucher. J'ai révisé nos projets. Finalement nous partons dès demain matin. À la première heure, de préférence.
*
**
Cilla et Boyd ne furent pas les seuls à mal dormir cette nuit-là. À Denver, un autre insomniaque veillait dans l'attente de l'aube. Mais lui était brouillé depuis longtemps avec le sommeil. Deux cierges neufs se consumaient lentement sur la table. Leur lumière était si pâle et si pure qu'il en avait les larmes aux yeux.
Allongé sur son lit avec le petit portrait appuyé contre sa poitrine, il tendit une main impatiente pour éteindre la radio. La voix qui s'élevait entre deux morceaux de musique n'était pas celle de Cilla. Et il n'y avait personne non plus chez elle. Autrement dit, elle était partie avec cet homme. Partie pour se donner au flic. Alors qu'elle appartenait à John. Et à lui, d'une certaine façon.
Elle était belle, tout comme John la lui avait décrite. Et son regard semblait doux, parfois. Mais la douceur en elle était mensonge car elle incarnait le mal et la destruction. Presque amoureusement, il caressa la lame affilée de son couteau. Bientôt, il l'entendrait supplier et la verrait se tordre de douleur. Les souffrances que John avait endurées, elle les traverserait à son tour.
Lui donner la mort, c'était, d'une certaine façon, la rendre à John. Son frère pourrait reposer en paix. Enfin.
Quant à lui, il aurait accompli son ultime mission. C'était tout ce qui le retenait encore à la vie.
Chapitre 10
Au commissariat, la chaudière, prise d'une soudaine folie, fonctionnait en sur-régime. Et les neurones de Boyd en étaient à peu près au même point. Il avait renoncé depuis longtemps à son veston et à sa chemise. Affublé d'un vieux T-shirt de la police judiciaire de Denver et posté face à une fenêtre entrouverte pour lutter contre la chaleur d'étuve qui régnait dans la pièce, il s'escrimait sur le dossier O'Roarke.
Sourcils froncés et indifférent à la sueur qui lui dégoulinait dans le dos, Boyd planchait sur un nouveau dossier : Jim Jackson, le DJ quadragénaire qui sévissait sur radio KHIP entre 2 heures et 6 heures du matin. Il but une gorgée de café amer et pesta contre Cilla et sa marne du silence. Elle allait finir par le rendre fou et pas seulement d'amour ! Pourquoi ne lui avait-elle jamais dit que Jackson et elle avaient déjà travaillé ensemble, à Richmond ? Jackson s'était fait virer, à l'époque, pour un problème d'alcoolisme. Non seulement le disc-jockey s'était mis à délirer à l'antenne mais il avait également été surpris à somnoler au micro, laissant - crime radiophonique suprême - de longues plages de blanc sur les ondes.
Lorsqu'il avait dû quitter son emploi, c'était Cilla qui avait pris sa place comme directrice des programmes. Et en six mois à peine, la petite station de Richmond avait décollé de façon impressionnante. Autrement dit, l'ami Jackson pourrait bien vouer une haine tenace à une rivale nettement plus chanceuse que lui. Boyd en était là de ses réflexions lorsque Althea entra avec deux boissons fraîches. Sans un mot, il colla le dossier Jackson sous le nez de sa coéquipière.
— Il n'a pas de casier judiciaire, commenta-t-elle en se perchant sur un coin de son bureau. Pas d'antécédents non plus.
— Peut-être, mais il a été salement humilié, là-bas, à Richmond. Il a perdu son boulot, sa femme, sa réputation. D'après le directeur de la station de Richmond, Jackson n'a pas pris son renvoi à la légère. Il est parti en hurlant que Cilla avait manoeuvré pour obtenir sa place. Et maintenant, comme par hasard, il bosse de nouveau avec elle. Ça ne l'amuse peut-être pas beaucoup d'assurer une animation de nuit, aux heures où l'écoute est à son minimum alors que Cilla est considérée comme la star incontestée de radio KHIP. Un déclin professionnel mal vécu peut inspirer parfois les scénarios de vengeance les plus étonnants.
— Tu veux interroger Jackson ? demanda Althea, sourcils froncés.
— Oui. Et rapidement, même. Je ne suis pas tranquille.
— Et si on en profitait pour convoquer aussi le jeune Nick Peters ? Il a l'air inoffensif. Mais d'après ma riche expérience des hommes, une allure innocente n'est pas un gage de bonne conduite en soi.
— Et qu'est-ce que tu lui reproches, à Peters, à part son air inoffensif ? s'enquit Boyd en s'essuyant le front.
Althea retira sa veste en lin turquoise et la drapa avec précaution sur le dos d'une chaise.
— C'est Deborah qui a attiré mon attention sur lui, ce week-end. Elle le connaît par la fac où ils ont des cours en commun. Il semble que Peters la presse régulièrement de questions sur sa soeur. En apprenant que Cilla avait déjà été mariée, Nick a paru très secoué. Sur le coup, Deborah ne s'en est pas trop inquiétée. Mais elle a quand même jugé plus prudent de me faire part de la curiosité poussée de Nick à l'endroit de Cilla.
Boyd hocha la tête et griffonna le nom de Peters sur son carnet.
— Nous avons pas mal sympathisé, Deborah et moi, pendant le week-end, poursuivit Althea en le regardant fixement. C'est une fille qui a la tête sur les épaules. Elle a l'air de penser que tu exerces une heureuse influence sur Cilla. Et je dirais, tant mieux pour elle. Mais je ne suis pas certaine que Cilla ait des effets aussi positifs sur toi.
— Ne fais pas ta mère poule, Thea, d'accord ? Je suis un grand garçon.
Althea baissa la voix :
— Boyd, tu manques totalement de neutralité dans cette histoire. Si le commissaire savait que tu es fou amoureux d'une personne dont tu es censé assurer la protection, il te retirerait cette affaire. Et il aurait raison de le faire.
Réprimant tant bien que mal son irritation, Boyd se renversa contre le dossier de sa chaise.
— Je suis encore capable de faire mon boulot, Thea. Sinon, je me retirerais spontanément.
— Tu en es certain ?
Il pianota du bout des doigts sur le bureau.
— Si tu estimes que c'est ton devoir d'aller voir le commissaire, fais ce que tu as à faire. Mais je ne pourrai pas laisser à un autre que moi le soin de veiller sur Cilla. C'est viscéral, Thea.
— Justement ! Le danger est là.
— C'est ma vie. Et mon problème.
Les yeux d'Althea étincelèrent.
— Si tu crois que ça me tranquillise de te voir dans cet état, Boyd, tu te trompes gravement ! Tant que tu te passionnais pour une voix à la radio, passe encore. Mais là, tu en es à parler mariage, progéniture et avenir commun ! Tu es fou d'elle et s'il arrive quelque chose, tu vas réagir avec tes tripes et perdre tes réflexes professionnels !
— Je suis prudent, Thea. Et je veille à garder la tête froide. Nous sommes là, toi et moi, pour éviter que ce type ne mette ses menaces à exécution. C'est notre boulot. Quant au reste, c'est mon problème, alors laisse tomber les sages conseils.
Le visage d'Althea se ferma.
— Très bien. Alors passons à Bob Williams, dit «Wild Bob» qui, comme son surnom ne l'indique pas, est le type même du citoyen exemplaire. Cilla et lui ne se sont jamais croisés avant son arrivée à Denver. Il est marié, fidèle, va à l'église le dimanche et accompagne sa femme enceinte à ses séances d'accouchement sans douleur hebdomadaires.
— À priori, on devrait pouvoir l'écarter de la liste des suspects, en effet... Harrison, de son côté, semble avoir un mariage solide et ne s'intéresser à Cilla que sur le plan professionnel. Mais je poursuis mes vérifications quand même. Il s'est vraiment battu pour l'avoir, lui offrant même une augmentation de salaire conséquente pour qu'elle quitte Chicago et vienne s'installer à Denver.
Althea sortit un paquet de bonbons de son sac.
— Et le jeune McGillis ? Tu as eu des infos à son sujet ?
— J'attends un coup de fil de Chicago, répliqua Boyd en ouvrant un autre dossier. Ah ! Nous avons également Billy Lomus, vétéran du Viêt Nam. Il a reçu deux médailles de guerre avant que sa jambe ne le mette définitivement hors jeu. Apparemment, Billy est un solitaire. Reste rarement plus d'un an au même endroit. À séjourné à Chicago quelque temps, il y a deux ans. Ni famille, ni amis proches. Son arrivée à Denver remonte à quatre mois. À vécu dans des familles d'accueil toute son enfance.
Althea ne releva pas la tête.
— On ne peut pas dire que la vie lui ait fait beaucoup de cadeaux, à celui-là...
— Boyd contempla son profil détourné quelques instants.
Il faisait partie des rares personnes à savoir qu'Althea Grayson avait été traînée toute son enfance de foyers en familles d'accueil.
— Je n'ai pas l'impression que le coupable se trouve parmi les gens qui travaillent pour radio KHIP, observa-t-il avec un soupir.
— Espérons que la piste McGillis mènera quelque part, répondit Althea d'un ton neutre. Tu veux commencer par Jackson ou par Peters ?
— Jackson.
— Entendu. Je vais leur passer un coup de fil.
Boyd l'arrêta d'un geste. Il fallait la connaître comme il la connaissait pour savoir qu'elle était toujours en colère.
— Désolé, Thea. Tu comprendras mieux ce que je traverse lorsque tu succomberas toi-même à un grand coup de foudre. Je ne peux pas plus faire abstraction de ce que je ressens pour Cilla que je ne puis renoncer à la tâche pour laquelle j'ai été formé.
Elle soupira.
— Tu sais que j'ai toujours respecté tes choix. Mais sois prudent quand même, d'accord ? Je tiens à toi, collègue.
Prudent, il le serait. Mais tout en veillant sur lui-même, il veillerait également sur Cilla. Il avait la ferme intention de ne plus la quitter d'une semelle, dorénavant. Ce qui ne manquerait pas de susciter de vigoureuses protestations. Dès l'instant où il lui avait avoué qu'il l'aimait, elle s'était appliquée à remettre des distances.
De fait, ce n'était pas de lui que Cilla avait peur mais d'elle-même. Plus elle s'attachait à lui, plus il lui devenait difficile de composer avec ses propres sentiments. Boyd soupira. Il avait pourtant cru qu'il pourrait se passer d'un aveu d'amour explicite. Mais ce n'était pas si simple. Il aspirait à entendre les mots «Je t'aime» de la bouche même de Cilla. Cela devenait une torture, une obsession.
Il aurait pu se contenter de ses caresses, de ses sourires, de la façon dont, la nuit, elle criait son nom. Mais il voulait le lien, la promesse, l'engagement verbal. Trois petits mots... juste ces trois petits mots qui, pour certains, venaient si facilement aux lèvres.
Cilla, elle, ne les prononcerait jamais à la légère. Si, d'aventure, elle parvenait à surmonter la triple barrière du doute, du manque de confiance et de la vulnérabilité pour lui avouer son amour, ce serait une déclaration solennelle. Un serment.
Boyd referma son dossier d'un geste sec. Pour le moment, l'inspecteur de police en lui devait prendre le pas sur l'amant. Pour la protéger, il avait besoin d'être ce qu'elle détestait le plus : un flic. À cent pour cent.
Althea passa la tête dans l'encadrement de la porte.
— Boyd ? Jackson devrait arriver dans une dizaine de minutes.
— Parfait. Je...
Il s'interrompit pour répondre au téléphone. C'était la police de Chicago. Il fit signe à Althea de rester.
— Oui, c'est cela, confirma-t-il. McGillis, oui...
Il commença machinalement à griffonner des notes mais ses doigts se crispèrent soudain sur le stylo.
— Bon sang. Il s'est suicidé, vous dites ? Quand cela ?
Il prit méthodiquement les informations et raccrocha en jurant.
— Tu es sur que c'est le même McGillis ? s'enquit Althea en se laissant tomber sur une chaise.
— Il n'y a aucun doute possible. Cilla m'avait donné une description et les informations correspondent. Il s'est ouvert les veines il y a cinq mois. Avec un couteau de chasse.
— Cette fois, nous tenons notre piste, Boyd. Tout se recoupe. Tu as dit que ce John McGillis était obsédé par Cilla et qu'il l'avait menacée de mettre fin à ses jours. Or c'est très précisément ce que X lui reproche au téléphone : d'être la cause de la mort de son frère.
— Le seul hic, c'est que McGillis n'avait pas de frère.
— Le mot «frère» peut être pris dans un sens purement affectif.
Althea avait raison. Le scénario était parfaitement cohérent. Mais Boyd préférait ne pas penser à la réaction de Cilla lorsqu'il lui apprendrait la nouvelle.
— La mère de McGillis vit toujours à Chicago, observa-t-il en se levant. Cela vaudrait sans doute le coup de nous rendre sur place pour l'interroger sur les amis de son fils.
Althea acquiesça.
— O.K. Je prévois le déplacement. Tu vas dire à Cilla que le jeune s'est suicidé ?
— Ça me paraît inévitable... Mais commençons par voir Jackson et Peters. Avec un peu de chance, nous découvrirons qu'il existe un lien entre McGillis et l'un d'eux.
De l'autre côté de la ville, Cilla, un drap de bain noué autour de la poitrine, sortait en courant de la salle de bains pour répondre au téléphone. Boyd avait promis de l'appeler dès qu'il aurait des nouvelles de John McGillis. Et elle n'avait qu'une hâte : apprendre que le jeune homme se portait comme un charme et continuait tranquillement à charger des caisses de légumes dans son marché couvert.
— Boyd ? fit-elle, hors d'haleine.
— Tu as couché avec lui ?
Sa main se crispa sur le combiné.
— Que me voulez-vous, encore ?
— Tu lui as susurré de belles promesses à lui aussi ? Comme celles que tu as faites à mon frère ? Il ne sait pas encore que tu es une criminelle ? Une catin ?
Cilla soupira sans répondre.
— Tant pis pour lui. Il va devoir mourir également.
Le sang se figea dans ses veines. La peur, qu'elle croyait pourtant bien connaître, dépassa d'un coup le seuil du tolérable. Elle perdit tout contrôle d'elle-même.
— Non ! protesta-t-elle dans un cri. Pas lui, vous m'entendez ? Il n'a rien à voir là-dedans. C'est une histoire entre vous et moi, comme vous l'avez dit vous-même.
— Lui aussi est impliqué, maintenant. Il a fait son choix. Lorsque j'en aurai fini avec lui, je viendrai à toi. Tu te souviens de ce que je vais te faire ? Tu te souviens, dis ?
— Ne vous en prenez pas à Boyd, je vous en supplie. Je ferai tout ce que vous voudrez !
— C'est un fait. Tu feras tout ce que je voudrai.
À l'autre bout du fil, il y eut le son d'un rire aigu, inquiétant.
— S'il vous plaît... ne lui faites pas de mal.
Mais seule la tonalité répondit à ses supplications.
Avec un sanglot étouffé, elle reposa le combiné et courut s'habiller dans sa chambre. Il fallait qu'elle voie Boyd. Tout de suite. Pour s'assurer qu'il était indemne, d'abord.
Et surtout pour le mettre en garde. Elle avait perdu son père, sa mère. Mais Boyd... Non, pas Boyd... Elle ne pouvait accepter l'idée qu'une autre personne aimée lui soit enlevée ainsi, brutalement, dans un contexte de meurtre et de violence.
Sans même prendre la peine de sécher ses cheveux trempés, Cilla dévala l'escalier, ouvrit la porte et faillit heurter Nick Peters de plein fouet.
— Oh, Nick... Tu m'as fait peur, s'écria-t-elle en pressant la main contre sa poitrine.
— Désolé, marmonna le stagiaire en repoussant ses lunettes sur son nez.
— Excuse-moi, Nick, mais il faut vraiment que je file. Il a encore appelé. Je dois prévenir Boyd. C'est urgent.
Nick se baissa pour ramasser les clés de voiture qu'elle venait de laisser tomber.
— Tu crois vraiment que tu es en état de conduire ?
— Il le faut ! lança-t-elle, les larmes aux yeux, se cramponnant au manteau de Nick. X a l'intention de tuer Boyd maintenant !
Au grand étonnement de Cilla, le stagiaire recula d'un pas, la mine renfrognée.
— Tu t'inquiètes beaucoup pour ce flic, il me paraît pourtant de taille à se défendre.
— Tu ne comprends pas...
— Oh, si. Je ne comprends que trop bien, au contraire. Tu es amoureuse de ce type.
Le ton accusateur de Nick la glaça. Dans un sursaut d'angoisse, Cilla vérifia la présence de la voiture de patrouille garée le long du trottoir. Puis elle vit l'expression boudeuse de l'étudiant et se traita mentalement d'idiote.
— Nick, je suis désolée, mais je n'ai pas le temps de discuter maintenant. On ne peut pas plutôt en reparler ce soir, à la station ?
— Ce sera difficile. J'ai démissionné, riposta-t-il sèchement
— Quoi ? Mais c'est absurde. Tu faisais du très bon travail !
— Qu'est-ce que tu en sais ? Ça t'est complètement égal, de toute façon. Et moi qui ne pensais qu'à toi, ne voyais que toi !
«Oh, non, pas lui aussi !» Cilla sentit une douleur sourde lui marteler les tempes.
— Nick, je...
— Moi, c'est à peine si tu t'apercevais de mon existence. Alors qu'il a suffi qu'il débarque, les mains dans les poches et, tout de suite, tu es tombée dans ses bras. Et maintenant, je suis convoqué au commissariat ! Ils veulent m'interroger, en plus ! Ils croient que c'est moi qui te harcèle au téléphone !
— Oh, non, Nick. C'est affreux... Il doit y avoir une erreur.
— Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? cria-t-il. Croire que je serais capable de te vouloir du mal ?
Il lui déposa les clés de voiture dans la main.
— Voilà, je suis juste venu t'annoncer que je quittais radio KHIP. Tu n'auras plus à souffrir de mon odieuse présence.
— Nick, s'il te plaît. Attends une seconde. Nous allons...
Mais il partit vers sa voiture sans un regard en arrière.
Cilla avait les jambes si faibles qu'elle dut s'asseoir un instant sur les marches du perron. Il lui fallait quelques minutes pour se ressaisir avant de prendre le volant. Comment avait-elle pu être aussi stupide, aussi aveugle ? Elle avait blessé Nick dans sa dignité en lui prêtant si peu d'attention. Sans le vouloir, elle avait commis bien des ravages, finalement. Cilla prit une profonde inspiration. Une fois que cette histoire avec X serait réglée, elle se rachèterait. Pendant toutes ces années, ses propres blessures l'avaient empêchée de voir plus loin que le bout de son nez. Il était grand temps d'ouvrir les yeux et de se conduire de façon plus humaine.
Depuis toujours, Cilla détestait les commissariats. Sans cesser de tripoter nerveusement le badge qu'on lui avait remis à l'entrée, elle longea un grand couloir. Des relents, mêlés de détergent industriel et de mauvais café flottaient dans l'air. Des voix s'élevaient d'un peu partout, couvertes par les sonneries incessantes des téléphones. Parvenue dans la grande salle où s'alignaient les bureaux, elle nota quelques améliorations par rapport aux locaux plutôt sordides où sa mère avait travaillé.
Par rapport aux locaux où sa mère était morte.
Il y avait plus d'espace, moins de crasse et le cliquetis feutré des claviers d'ordinateur offrait une certaine sérénité sonore par rapport au crépitement plus incisif des anciennes machines à écrire. Il faisait une chaleur de serre dans la pièce et les agents qui travaillaient à leurs bureaux s'éventaient en remontant leurs manches de chemise. Sur un banc, une femme tenait un bébé agité qu’un policier en uniforme s'efforçait de distraire en faisant osciller une paire de menottes sous son nez. De l'autre côté de la pièce, une adolescente en larmes s'entretenait avec une femme flic vêtue d'un jean et d'un T-shirt.
Un souvenir très ancien remonta alors à la mémoire de Cilla. Cela se passait dans un poste de police, en Géorgie, dans une pièce exiguë. Elle devait avoir cinq ou six ans. Sa mère l'avait casée là, un jour où la jeune fille qui la gardait à domicile était tombée malade. «Juste un rapport à finir, avait-elle dit. Je n'en ai pas pour longtemps. Tu seras bien sage, ma chérie ?» Cilla s'était recroquevillée sur un banc avec sa poupée et elle avait écouté le son des voix, la stridence des téléphones et regardé tourner le ventilateur au plafond. Pendant des heures et des heures et des heures, elle était restée là, à attendre.
Sa mère l'avait oubliée.
Jusqu'au moment où elle avait vomi tout son petit déjeuner par terre.
Perturbée par ces réminiscences, Cilla porta la main à son front moite. Le souvenir était déjà ancien. Et il fallait reconnaître que sa mère l'avait lavée, dorlotée et lui avait consacré ensuite une partie de sa journée. Mais pendant quelques secondes, elle avait revécu ses souffrances d'enfant avec une extraordinaire acuité : la lente montée de la nausée, les sueurs froides, la sensation terrifiante d'être petite, seule et oubliée.
Son coeur battit plus vite lorsque Boyd apparut enfin.
Mais Cilla se rembrunit en découvrant Jackson, juste derrière lui. Flanqué d'Althea, comme un accusé sur la sellette, le disc-jockey était écarlate.
Jackson fut le premier à repérer sa présence. Il fit un pas dans sa direction puis s'immobilisa en tripotant sa casquette. Cilla n'hésita pas, elle. S'avançant vers lui, elle prit ses mains entre les siennes.
— Jim ? Ça va ?
Elle sentit ses doigts se crisper sous les siens.
— Oui, ne t'inquiète pas. Tout est réglé. Il a juste fallu éclaircir deux ou trois petits détails.
— Je suis désolée, murmura-t-elle. Si tu as besoin de parler, attends-moi ici.
Jim ajusta sa casquette d'une main mal assurée.
— C'est bon, va, marmonna-t-il. Je tiens le choc. Mais le passé me colle à la peau, tu vois. On croit le laisser derrière soi et on le ramasse en pleine figure quand on ne s'y attend plus.
— Oh, Jim...
— Hé, ne fais pas cette tête. J'assume ! Allez, à ce soir.
— Ah, ce soir, Jim.
— Encore merci, monsieur Jackson, intervint Althea. Vous avez été très coopératif.
— Comme je vous l'ai dit, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider Cilla... Je te dois bien ça, fit-il en se tournant vers elle.
Elle allait protester, mais il secoua la tête et quitta la pièce.
— J'aurais pu vous le dire, que vous perdiez votre temps en interrogeant Jackson, observa Cilla, les poings serrés.
Boyd hocha la tête.
— Tu aurais pu nous dire quantité de choses que tu as tues.
— Peut-être, oui. Mais j'ai besoin de vous parler justement. À l'un comme à l'autre.
D'un geste, Althea désigna une petite salle de réunion.
— Allons nous asseoir là. Nous y serons plus tranquilles. Est-ce que tu veux que je te trouve quelque chose à boire, Cilla ? La chaudière fait des siennes aujourd'hui et les températures sont tropicales.
Cilla secoua la tête et s'assit à côté de Boyd.
— Ça va aller. Je n'en ai pas pour longtemps... Au fait, je peux savoir pourquoi vous avez convoqué Jackson ?
— Vous avez été collègues, à une certaine époque dit Boyd en écartant une pile de dossiers. Et, il n'était pas très content que tu prennes sa place.
— C'est vrai.
— Pourquoi as-tu gardé le silence sur cet épisode, Cilla ?
Elle soupira.
— Honnêtement, je n'y ai pas songé une seconde. Ça s'est passé il y a longtemps et il y a des années que Jackson a cessé de boire.
— C'est toi qui lui as trouvé un boulot chez KHIP, ajouta Boyd.
— Disons que je l'ai recommandé. Jim est un ami et c'est un bon disc-jockey. Sobre, il ne ferait pas de mal à une mouche.
— Mais lorsqu'il a bu, il casse tout dans les bars, menace les femmes et se paye des poteaux téléphoniques en roulant ivre mort.
— Ça a été le cas, oui, acquiesça Cilla patiemment. Mais c'est fini. Jim a pris le problème en main et il a changé. On ne peut pas lui jeter éternellement son passé à la figure.
Boyd la regarda fixement.
— C'est notre droit et notre devoir de nous dégager de l'emprise du passé, en effet.
Cilla reçut le message cinq sur cinq. Elle songea à sa mère, au danger que courait Boyd, et ses mains se crispèrent sur la table.
— J'ai eu un nouvel appel.
— Oui. L'information nous est parvenue, intervint Althea sans la regarder.
— Vous avez entendu ce qu'il a dit, alors ? Qu'il a l'intention de s'en prendre à Boyd, maintenant ?
Boyd hocha la tête.
— On a pu retracer d'où venait le coup de fil. X a appelé d'une cabine téléphonique située à quelques centaines de mètres de chez toi.
Incrédule, Cilla tapa du poing sur la table, envoyant voler crayons et bouts de papiers.
— Vous ne m'avez pas entendue ? Il a l'intention de te tuer, Boyd.
— Concrètement, cela ne change rien, répondit-il calmement. Dans la mesure où je suis là pour te protéger, il est obligé d'en passer d'abord par moi, dans tous les cas de figure.
Cilla explosa.
— Cela change tout, au contraire. Tout. Tu ne comprends donc pas ? Ce n'est pas après le flic qu'il en a mais après l'homme. Il faut absolument qu'un autre inspecteur prenne ta place, Boyd. Tant que cette histoire ne sera pas terminée, je ne veux plus te voir.
Boyd écrasa un gobelet en plastique entre ses doigts et le jeta à la corbeille.
— Ne sois pas ridicule.
— Je ne suis pas ridicule... Althea, s'il te plaît, parle-lui. Toi au moins, il t'écoutera.
La coéquipière de Boyd avait pâli. Un lourd silence tomba au terme duquel Althea secoua lentement la tête.
— Je crains que Boyd n'ait raison, Cilla. Au point où il en est, il ne peut plus reculer.
La gorge nouée par la terreur, Cilla se leva d'un bond.
— O.K. Je veux voir, voire commissaire. Je vais lui dire que nous couchons ensemble.
— Assieds-toi, intervint Boyd avec une fermeté telle qu'elle retomba sans un mot sur sa chaise. Ta démarche ne servirait à rien, Cilla. Même si tu obtenais gain de cause, je démissionnerais de la police sur-le-champ.
Elle tressaillit
— Je ne te crois pas.
— Essaye si tu veux. Tu verras.
Son calme effara Cilla. Il était inébranlable, «Comme un mur», songea-t-elle, atterrée. Jamais elle n'obtiendrait quoi que ce soit en opposant sa volonté à la sienne.
— Boyd, s'il te plaît, une fois dans ta vie, essaie de comprendre... Je deviendrais folle, s'il devait t'arriver quelque chose.
— Je comprends. Songe simplement que je suis tout aussi vulnérable en ce qui te concerne.
— Vulnérable, oui. C'est justement ce qui me fait peur !
Renonçant à maintenir une façade, elle lui prit la main et la porta à sa joue.
— Pendant huit ans, je me suis demandé si ma mère n'aurait pas réagi différemment si un autre que mon père s'était trouvé dans cette pièce avec elle. Peut-être aurait-elle été plus vive, plus professionnelle ? Je n'ai pas envie de passer le reste de ma vie à me poser la même question à ton sujet.
— Ta mère ignorait qu'elle était en danger. Moi, je suis prévenu.
— Rien de ce que je dirai ne te fera changer d'avis, n'est-ce pas ? murmura-t-elle, anéantie.
— Non. Parce que je t'aime, Cilla. Et en attendant que tu veuilles bien l'accepter, il faudra commencer par me faire confiance.
Tête basse, elle retira la main qu'il tenait toujours dans la sienne et la laissa tomber sur ses genoux.
— Alors je suppose que la discussion est close ?
— Pas tout à fait. Il reste John McGillis.
Boyd prit le dossier sur une pile. Elle était déjà très éprouvée nerveusement et il s'apprêtait à lui assener un coup supplémentaire. Mais ils avaient déjà perdu tellement de temps sur cette affaire que chaque seconde devenait précieuse.
— John McGillis ? murmura Cilla en se massant les paupières.
— Il est mort.
— Mort ?
Les yeux écarquillés, elle secoua la tête.
— Non, ce n'est pas possible ! Il était encore si jeune. Vous devez confondre avec quelqu'un d'autre.
Boyd s'éclaircit la voix. L'homme en lui aurait voulu lui épargner cette épreuve, le policier savait qu'il n'avait pas le choix.
— Il s'agit bien du même McGillis. Et il s'est suicidé il y a environ cinq mois.
Le sang se retira du visage de Cilla.
— Oh, non..., oh, mon Dieu, non... Il avait menacé de le faire mais je ne l'ai pas cru une seconde...
— Il était très instable, Cilla. Ses premières consultations psychiatriques remontent à l'âge de dix ans et les problèmes n'ont jamais cessé depuis. Il souffrait de grosses difficultés relationnelles avec sa mère, ses amis. Et il avait déjà fait deux tentatives de suicide avant celle-ci.
Cilla ferma un instant les yeux. Elle paraissait à bout de force.
— Il s'est donné la mort juste après mon départ de Chicago, observa-t-elle d'une voix blanche. Il m'avait prévenue qu'il le ferait.
— C'était un garçon très perturbé, intervint Althea gentiment. Avant de fixer son dévolu sur toi, il avait eu une petite amie. Lorsqu'elle a rompu, il a avalé un tube de barbituriques. Une tentative de suicide qui s'est soldée par un long séjour en clinique psychiatrique. Il n'était sorti que depuis quelques semaines lorsqu'il a commencé à s'intéresser à toi.
Cilla joua nerveusement avec la bride de son sac.
— J'ai été cruelle avec lui. Vraiment cruelle. Mais je ne voyais plus d'autre recours possible. Je pensais qu’il me détesterait pendant quelque temps mais que ça l'aiderait à tourner la page et à reporter son affection sur une fille qui ne serait pas un fantasme. Mais... mais cela n'arrivera pas. Tout est fini pour lui.
— Écoute, Cilla, je ne vais pas te dire que ce n'est pas ta faute car tu le sais déjà, déclara Boyd d'un ton délibérément neutre. Tu n'étais qu'un prétexte.
Elle frissonna.
— Vous êtes sans doute habitués. Mais la mort n'a jamais été facile à accepter pour moi.
— La mort n'est facile pour personne, Cilla, dit-il en ouvrant le dossier. Mais notre seule priorité pour le moment est de trouver le lien entre McGillis et l'homme que nous recherchons.
Cilla hocha lentement la tête.
— Vous croyez vraiment que c'est à cause de John que je suis menacée aujourd'hui ?
— À l'évidence, oui. Et maintenant, essaye de te souvenir... Venait-il parfois chez toi avec d'autres personnes ? T'a-t-il parlé de ses proches ? de ses amis ?
— Il venait toujours seul... Et les rares fois où on se voyait, il m'entretenait surtout de ses sentiments pour moi. Il n'est pas rare, en fait, qu'un auditeur fantasme ainsi sur un animateur radio. Il m'a fallu un certain temps pour me rendre compte que, chez John, ça prenait des proportions un peu inhabituelles.
Boyd hocha la tête en griffonnant des notes.
— Continue.
— Peu à peu, ses petits mots sont devenus plus personnels. Mais ils restaient plus émotionnels que sexuels à proprement parler. La seule fois où son comportement a été un peu limite, c'est le jour où il m'a montré son tatouage. Il s'agissait d'un dessin assez horrible : deux couteaux, aux lames croisées. Je lui ai dit que je trouvais dommage de se marquer ainsi le corps pour la vie. Ma remarque l'a mis en colère. Je crois que c'était une sorte de signe de reconnaissance entre son frère et lui, ou un truc comme ça.
— Son frère ? releva Boyd.
— Son frère, oui.
— Il n'en avait pas.
Cilla cessa de se tordre les doigts et fronça les sourcils.
— C'est bizarre. Il me semble qu'il m'a parlé de lui à plusieurs reprises, pourtant.
— Il a mentionné son nom ? s'enquit Boyd d'une voix tendue.
Elle secoua la tête.
— Non, jamais. Il m'a simplement dit qu'il vivait en Californie. Et qu'il aurait bien voulu que je fasse sa connaissance... Tu crois qu'il avait inventé ce frère ?
— Pas vraiment, non, rétorqua Boyd regardant tour à tour Cilla et sa coéquipière. Je doute que l'homme qui te menace tous les jours au téléphone soit un pur produit de l'imagination de feu John McGillis.
Chapitre 11
Le sang martelait douloureusement les tempes de Cilla. Tout s'était précipité en quelques heures : l'appel de X, les accusations de Nick, le souvenir douloureux qu'avait suscité la vue du commissariat, puis la nouvelle du suicide de John McGillis.