Monster
Chapitre 49
Sur ma montre, il est quatre heures trente. Je me bourre la gueule avec une bouteille de Jack Daniel’s et je regarde ma ville en parcourant les rues autour du Monster. Une légère pluie tombe, tel un crachin qui vient créer un brouillard. Les bouches d’égout fument, il y a des graffitis partout et des sacs à ordures qui traînent dans les ruelles sombrent. Personne en vue, pas même une voiture. L’aube n’est pas encore à l’horizon. C’est l’obscurité. Après avoir bu la moitié de ma bouteille de gnôle, je marche un peu en vacillant et en traînant les pieds.
J’espère que Seyvanna est la bonne… Si elle est faite pour moi, que j’ai enfin trouvé mon âme sœur, elle va tuer son oncle et s’évader dès que la porte va s’ouvrir à cinq heures…
Tout ceci n’était qu’un test…
Pourquoi je lui ai fait ça ? Parce que j’avais besoin d’avoir la confirmation que la femme qui est prête à vivre avec moi saura se sortir de toute situation. Sa famille lui a fait passer des tests quand elle était jeune, de faux enlèvements. J’ai choisi de faire pareil pour évaluer sa valeur. J’attends d’elle qu’elle tue le dernier membre de sa famille. Un oncle qui veut la mettre enceinte, qui veut faire d’elle sa chose. Edja m’a dit ce qu’il ferait de sa nièce en me remettant l’enveloppe de cinq millions. Seyvanna sera-t-elle assez rusée pour se sortir de là ? Je n’attends rien de plus et rien de moins de sa part. Si elle échoue, alors je devrai tuer moi-même Edja puisqu’il ne peut pas rester en vie ; il n’y a que moi qui reprends toute l’organisation du crime et je devrai aussi éliminer Seyv… car elle ne sera visiblement pas faite pour moi et que je me serai trompé sur sa valeur. Si un jour une femme veut partager ma vie, elle doit être unique et invincible. Elle doit être parfaite en tout point. Je ne veux que la perfection.
Je pose mon dos contre la brique dans la ruelle, sors mon téléphone et compose le numéro de Jaylen.
Il répond au bout de trois tonalités et je mets la vidéoconférence. Quelques gouttes de pluie tombent sur l’écran.
— Jonas… ?
— J’ai réussi. J’ai pris le pouvoir de la mafia, des gangs, de l’organisation. Tout est à moi maintenant.
Il sait que quand je déconne ou que j’ai une idée folle derrière la tête, je ne recule devant rien, au prix de ma vie.
— J’arrive pas à y croire… je… je suis sans mot. Ne me dis pas tout ce que tu as dû faire pour te rendre là… J’ai ma petite idée. Je sais que c’était ton rêve, d’être le plus rusé de la famille, être puissant, plein de fric, toutes les femmes que tu veux soumises à toi et avoir des gens à tes pieds. Tu nous as même abandonnés pour ton rêve. Tu vas t’arrêter quand ? T’as encore la folie des grandeurs. C’est quoi la suite ?
— La suite ? Eh bien… vite comme ça, pourquoi pas élargir mon business ? Je pourrais m’associer avec Josh au cartel et avoir une part du territoire pour la drogue aux États-Unis ?
Je ris et Jay soupire.
— Tu joues à un jeu dangereux, Jonas. Être à la tête du crime organisé en Russie ne te suffit donc pas… si je comprends bien ? Tu n’as aucune limite.
C’est le silence total. Puis, au bout de plusieurs longues minutes, alors que la pluie dégouline sur mes cheveux blond polaire, Jay marmonne un truc qui illumine mon regard :
— Eh bien… je dois admettre une chose, on dirait que l’élève a dépassé le maître…
Je lui souris fièrement. Enfin il concède que son frère est plus fou et plus puissant que lui. Il a été mon mentor ; aujourd’hui je le surpasse.
Maintenant que j’ai la confirmation que je suis supérieur à Jaylen, je ferme l’écran et remets le téléphone dans ma poche. C’est tout ce que je voulais entendre.
Putain que ça fait du bien !
Le sans-abri caché dans un carton près d’un conteneur à déchets tousse et attire mon attention. Je marche près de l’homme qui tâte ses vieilles seringues à la recherche d’une dose qui y resterait. Je plonge la main dans ma poche et trouve quelques sous que je laisse tomber juste devant lui. Le vieil homme se met à quatre pattes pour ramasser ces misérables pièces. Alors qu’il a la tête penchée à mes pieds, je sors mon arme dans mon dos, enlève le cran de sûreté et pointe le canon derrière sa tête. J’abats de sang-froid le sans-abri. Le tir laisse un écho interminable dans la ruelle. Le sang commence à tracer un chemin jusqu’à mes chaussures. En fixant le sang qui quitte ce corps, des images de Seyvanna m’apparaissent. De brefs instants, mais qui ont marqué mon existence. Je la revois résister à toute torture, se battre sans peur, avec force et fierté. Je revois le moment où elle s’est presque jetée sur ma voiture après avoir escaladé le mur de l’édifice pour fuir par la fenêtre, et ça me donne le sourire. Je revois sa beauté indescriptible lorsqu’elle s’est mise à danser dans mon club pour séduire tous les hommes. À massacrer son frère à coups de hache… Sa façon de me désirer, d’allumer la flamme en moi et surtout d’attiser ma folie. Sa façon de jouir sous mes gestes brutaux. Son petit sourire tordu quand elle m’a vu faire parler la tête décapitée de son frère. J’arrive à sentir sa façon de me caresser les cheveux. J’entends son rire diabolique lorsque j’ai découvert qu’elle avait tué mon garde avec un fil étrangleur. Elle était couverte de sang et riait telle une sublime sociopathe.
Seyvanna est physiquement un mélange d’Engy et de Véra… mais sa personnalité n’a pas d’égal.
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