Morsure magique

Ilona Andrews · Chapitre 6 sur 11

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Morsure magique

Chapitre 6

Il haussa les épaules.

— Je ne vais pas regarder une seconde fois mais je peux vivre avec.

Il se pencha en avant, ses coudes sur les genoux.

— Avez-vous jamais rencontré quelqu’un et ressenti… je ne sais pas comment décrire ça, ressente la possibilité de quelque chose qui vous échappe ? Je ne sais pas… Oubliez ça.

Je savais ce qu’il voulait dire. Il décrivait le moment où on se rend compte qu’on se sent seul. Pendant un moment, on pouvait vivre seul, s’en sortir très bien et ne jamais envisager autre chose, puis on rencontrait quelqu’un et, soudain, on se sentait seul. Une douleur presque physique vous poignardait, et on se sentait à la fois en manque et furieux, en manque parce qu’on avait envie d’être avec l’autre, et furieux parce que son absence générait l’inconfort.

C’était une sensation étrange, proche de la désespérance, une sensation qui poussait à rester à côté du téléphone même si on n’attendait l’appel qu’une heure plus tard. Je n’allais pas perdre mon équilibre. Pas encore.

Je m’approchai de lui et posai ma tête sur son épaule.

Nous savions tous les deux que le sexe était hors de question.

— Ça ne vous ennuie pas que je reste quand même ? demanda-t-il.

— Non.

Je m’endormis contre lui.

Chapitre 6

Je me réveillai parce que quelqu’un me regardait.

— Tu sais que c’est impoli de regarder les gens, enfant prodige ?

Derek adressa un regard moqueur à Crest. Il portait un sweat qui ne provenait pas de la garde-robe de Greg. Derek avait dû sortir. Où était-il allait exactement ?

Durant la nuit, nous avion bougé pour adopter une position presque horizontal et j’étais couché sur la poitrine de Crest. Je m’assis.

— Tu désapprouves ?

Il secoua la tête.

— Ça ne me regarde pas.

— Mais tu ne l’aimes pas ?

— Lui et toi … (il mima une rencontre avec ses mains, les doigts écartés se rapprochant mais ne se touchant pas vraiment.) Vous n’allez pas ensemble.

— Pourquoi ?

— Tu es plus dure que lui.

— Et en quoi est-ce un problème ?

— L’homme est censé être plus dur, pour pouvoir protéger.

— Tu penses vraiment que j’ai besoin de protection ?

Une modulation menaçante s’était insinuée dans ma voix sans que je le veuille.

— Il ne te dira jamais « non ».

Je regardai Derek droit dans les yeux jusqu’à ce qu’il baisse la tête.

— Très peu de gens osent me dire « non ».

— Ouais.

— Comment va ta jambe ?

— Bien

— Tu es sorti pendant que je dormais ?

— Ouais. Juste un petit jogging.

— Peut-être devrais-tu retourner courir.

Il sortit sans dire un mot. Je réveillai Crest.

— C’est l’heure de partir.

Il se frotta le visage avec la paume de ses mains.

— J’ai dormi longtemps ?

— Il est six heures et demie.

— À peine le temps de rentrer me changer. Quand vous reverrai-je ?

Je pensai au logo Coca-cola à moitié enfoui dans les décombres et à un vampire de deux cents ans. Jamais peut-être.

— Que diriez-vous de vendredi ? Ça nous laisse deux jours pour nous reposer.

— Vendredi alors.

Il partit. Sans m’embrasser.

J’ouvris le bord d’une boîte de poulet General Tso et touchai un morceau avec mon doigt. Froid. L’idée de le réchauffer m’effleura, mais les légumes finiraient en purée et je détestais les légumes trop cuits. Mon père, grand défenseur des propriétés nutritionnelles des légumes bouillis et du bouillon de viande, cuisinait des soupes épaisses et chaudes. Le souvenir de sa détresse quand il me voyait dégoûtée par un chou trop mou ou un oignon à moitié dissous me revint en mémoriel. Je souris à la boîte en carton et pris une fourchette dans un tiroir de la cuisine.

La nourriture chaude est surfaite de toute manière.

Je plantai ma fourchette dans un morceau de poulet, évitant soigneusement le fragment de poivron vert.

Brusquement, je mourais de faim.

Quelqu’un frappa.

Je m’arrêtai, le poulet à mi-chemin de la bouche, et regardai la porte avec colère. On continua à frapper. Ce n’était pas Derek. Il frapperait de manière prudente, comme pour s’excuser. Ce connard frappait comme s’il me faisait une faveur.

Je regardai le poulet, puis la porte, fourrai un gros morceau

dans ma bouche et allai voir qui osait m’emmerder pendant mon petit déjeuner.

La porte s’ouvrit en grand, révélant Curran. Il portait un vieux jean et un sweat-shirt vert et tenait un sachet en papier brun à la main. Il leva la tête et aspira l’air par les narines à la manière des Changeformes.

— Le délice de fruits de mer de Tso et du riz sauté, dit-il. On partage ?

Je m’appuyai contre le mur. La porte était ouverte mais la garde l’empêchait toujours d’entrer, me laissant un peu de temps.

— Ah ! C’est vous. (Je plongeai dans la boîte avec ma fourchette) Je croyais que c’était quelqu’un d’important.

— Une garde.

— Et une bonne.

Il apposa sa paume contre la garde et poussa. De ses doigts pulsait une lumière rouge qui s’étendit sur la garde comme les cercles d’un caillou jeté dans une mare tranquille.

— Je peux la briser.

Je haussai un sourcil.

— Essayez toujours.

Les Métamorphes ont une résistance naturelle aux gardes, son défi avait donc une certaine substance.

Pourtant, j’avais renforcé celles de Greg. Si Curran pouvait les briser, l’écho de l’effondrement m’infligerait une foutue migraine, mais je doutais qu’il en soit capable.

C’était une bonne garde.

Il réfléchissait. Je pouvais le voir dans ses yeux.

L’espace d’un instant, je crus qu’il allait essayer. Puis il haussa les épaules.

— Je pourrais la briser mais ce ne serait pas poli et vous pouvez me laisser entrer.

Alors, Votre Majestés on se fatigue des démonstrations de pouvoir ?

Je déverrouillai les gardes. Une vague d’argent s’enroula depuis le haut du chambranle pour se dissiper sur le sol.

— Entrez donc.

Il se dirigea vers la cuisine d’un pas assuré et s’arrêta à mi-

chemin, le visage furieux.

— Qu’est-ce que vous avez dans votre foutu frigo ? Un vampire mort ?

— Non. Seulement sa tête.

J’avais enveloppé la tête dans deux sacs-poubelle et je les avais scellés, pourtant il en sortait encore la puanteur.

Je posai une fesse sur le bord de la table et désignai les petits cartons blancs.

— Allez-y, piochez. Il doit y avoir du riz sauté quelque part là-dedans.

Il déposa son sac en papier sur le sol, attrapa un carton anonyme, prit la cuiller que je lui tendais et l’ouvrit.

— Des petits pois, dit-il avec dégoût. Pourquoi est-ce qu’ils mettent toujours des putains de petits pois ?

— Alors, qu’est-ce qui vous amène de si bon matin et… et de si bonne humeur ?

Avec la cuiller, il sépara méticuleusement les petits pois du riz sauté et les jeta à la poubelle.

— J’ai entendu dire que vous aviez quelque chose…

— L’enfant prodige m’a dénoncée ?

— Ouais.

— Quand ? Ce matin ?

Curran acquiesça.

— C’est le serment de sang. Si, par exemple, il devait se retrouver avec une jambe en charpie, il serait de son devoir de nous prévenir qu’il ne peut plus vous protéger au mieux de ses capacités.

Quelqu’un devait venir analyser la situation.

— Depuis quand êtes-vous un quelqu’un ? Vous avez plein de sous-fifres pour faire le sale boulot.

Il haussa les épaules.

— Je voulais voir comment allait le gamin.

— La nuit dernière, sa jambe avait l’air d’être passée dans un broyeur. Il ne m’a pas laissé regarder, mais je crois que l’os est intact.

Le corps d’un Changeforme soignait les blessures de chair en un jour ou deux. Réparer les os prenait bien plus de temps.

Curran avala une bouchée de riz.

— Ca ne m’étonne pas. Il est jeune. C’est important de rester stoïque quand on est jeune gars. Vous n’avez pas fait la mère poule, n’est-ce pas ?

— Non. Il devrait arriver en boitant dans pas longtemps.

— Vous allez me montrer ce qui a foutu sa jambe en l’air ?

— Quand j’aurai fini de manger.

— Estomac fragile ?

— Non, mais c’est vraiment chiant de l’envelopper correctement après.

On frappa prudemment à la porte. J’allai ouvrir et laissai entrer Derek. Il s’immobilisa dès qu’il aperçut Curran, pas exactement au garde-à-vous mais presque.

Curran lui fit signe d’entrer. Derek s’installa sur une chaise dans un coin.

Je regardai Curran.

— Il ne resterait pas du riz quelque part ?

Il choisit un autre petit carton et me le tendit. Je l’ouvris et le poussai devant Derek.

— Mange.

Il resta impassible.

Il devait mourir de faim. Le nombre de calories brûlées par son corps pour se réparer devait le faire baver à la simple mention de nourriture.

— Derek, mange, répétai-je.

Il sourit et resta figé.

Quelque chose n’allait pas. Je regardai Curran et compris immédiatement.

— Nous sommes chez moi !

Ils me regardèrent tous deux l’expression patiente des traditions japonais quand un idiot de gaijan leur demande pourquoi ils font toute une histoire pour boire une tasse de thé.

— Il mange pas tant que je ne lui en donne pas l’autorisation ou tant que je n’ai pas fini, dit Curran. Quel que soit l’endroit.

Je posai mon poulet sur la table et croisai les bras. Je pouvais me disputer avec eux jusqu’à en devenir violette, aucun des deux

ne céderait. Les loups de rang inférieur ne se nourrissaient pas avant leur Chef de Meute. C’était la Voie du Code. Ils vivaient selon des règles ou perdaient leur humanité.

Curran prit une nouvelle bouchée. Le temps sembla long tandis qu’il mâchait. Derek restait de marbre. Mon envie de gifler Curran était presque trop forte pour moi.

Le seigneur des Bêtes gratta le fond de son carton, lécha la cuiller, se pencha sur la table pour prendre le riz de Derek, le remplaçant par le sac en papier qu’il avait apporté. Derek regarda dans le sac et retira un paquet enveloppé de papier sulfurisé et noué par une ficelle. Il cassa la ficelle et défit l’emballage. Une côte à l’os de deux kilos et demi.

Curran tourna la tête vers le couloir.

— Ne te donne pas en spectacle.

Derek se leva, prit la côte et disparut dans les profondeurs de l’appartement. Je regardai Curran en colère.

— J’aime bien le riz sauté, dit-il en haussant les épaules.

Il glissa sa cuiller sous le couvercle en papier de l’autre boîte, força l’ouverture et commença de séparer les petits pois.

Le grognement sourd du prédateur qui se nourrit s’éleva quelque part dans l’appartement.

— En silence ! dit Curran sans élever la voix.

Le grognement mourut.

— Alors, qu’est-ce que vous avez ?

Je lui donnai les détails en terminant par la tête de vampire. La chair non-morte s’était liquéfiée pendant la nuit, se transformant en une masse visqueuse noire et putride. La puanteur de la pourriture était si forte qu’au moment où j’ouvris le second sac plastique le Seigneur des Bêtes et moi-même eûmes un haut-le-cœur. Curran jeta un regard au crâne distordu et referma rapidement le sac.

— On aurait dû faire ça avant de manger, observa-t-il après que nous fûmes parvenus à envelopper la tête de manière satisfaisante.

— Ouais.

J’ouvris la fenêtre, laissant entrer le vent froid dans la cuisine.

— Alors vous avez l’intention de faire face, à tout ça, toute seule ? Sans renfort ?

— Non.

— Vous allez prévenir les flics ?

Je fis la grimace. Ça me chiffonnait depuis que je m’étais réveillée. Prévenir les flics signifiait mettre la Division des Activités Paranormales sur le coup et, dès que la Division aurait servi à I’UMDP sa notification obligatoire, les militaires essaieraient d’entrer dans la danse et de récupérer l’affaire. La Division hurlerait que c’était sa juridiction et tout ce cirque prendrait des jours et des jours. Mon ennemi personnel aurait le temps de disparaître, ou pis, il pourrait avoir celui de prendre le pouvoir sur le Peuple. Mes suppositions et un crâne étrange seraient évidemment insuffisants pour que les autorités abandonnent leur rivalité interdépartementale.

La Guilde ne m’offrirait aucun secours. Il n’y avait pas d’argent en jeu et, si je laissais entendre à l’Ordre qu’un trou du cul essayait de déclencher une guerre entre la Meute et le Peuple en se servant d’un vampire de deux cents ans pour parvenir à ses fins, Ted me reprendrait l’affaire en moins de temps qu’il en faut pour le dire.

D’un autre côté essayer de me confronter à un Maître des Morts renégat toute seule était du suicide. Je pouvais être mortelle, mais pas stupide.

Je me rendis compte que Curran me regardait.

— Je ne sais pas.

— Je peux régler ce problème pour vous.

Il m’offrait les ressources de la Meute. J’aurais été folle de ne pas le prendre au mot.

Je fronçai un sourcil.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai soixante-trois rats qui ont enterré leur alpha il y a trois jours. Ils hurlent au sang pendant que je reste assis à me tourner les pouces.

— C’est un gros risque à courir pour sauver les apparences.

Il haussa les épaules.

— Le pouvoir n’est rien d’autre qu’apparences. Et puis, qui sait, il a bien neigé en mai un jour, alors vous pourriez avoir raison, pour une fois.

Je ne relevai pas le pique.

— Et si j’ai tort ?

— Alors au moins j’aurai essayé.

Ç’a avait du sens. D’une certaine manière.

— Qui viendra ?

— Quelques personnes.

— Jim ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il faut que quelqu’un du Conseil reste en arrière pour s’occuper de la Meute si je meurs. Le loup alpha s’est blessé et Mahon est resté la dernière fois. Le nouveau rat alpha n’a pas assez d’expérience.

— Qu’est-il arrivé au loup alpha ?

— Des Lego.

— Lego ?

Ç’a avait l’air grec mais je n’arrivais pas à me souvenir d’une créature mythologique de ce nom. N’était-ce pas une île ?

— Il apportait du linge dans la cave et il a trébuché sur un vieux jeu de Lego que ses gosses avaient laissé dans l’escalier. Il s’est cassé deux côtes et une cheville. Il est hors de combat pour deux semaines. (Curran secoua la tête) Il a vraiment choisi le moment ! Si je n’avais pas besoin de lui, je le tuerais.

J’arrivai au bâtiment Coca-cola sans dommage et me cachai dans l’ombre d’une cabine téléphonique abandonnée, à un demi-pâté de maisons du gratte-ciel en ruine. Le logo était partiellement enfoui dans les décombres de ce qui avait dû être un bâtiment grandiose – désormais son squelette couvrait tout le bloc. Il n’avait que dix ans quand le raz-de-marée magique l’avait abattu.

Les Changeformes restaient invisibles. De l’autre côté de la rue, une bâtisse ravagée tanguait entre des fragments de verre cassé poussiéreux de un mètre de haut.

Un bon endroit pour se cacher. Il me fallut une minute pour trouver une ouverture dans les murs en ruine. Je me glissai à l’intérieur et me retrouvai face à des yeux furieux.

Ils étaient prêts pour la bataille. Des langues rose et noir léchaient des babines mal assorties et des dents énormes, de longues griffes faisaient grincer le sol de béton. Huit paires d’yeux cherchaient une proie, pleins de fureur. La sauvage primitive de mon subconscient hurla de terreur.

— Ah ! C’est vous, dit calmement la voix de Curran. Je croyais que c’était un éléphant.

— Ne faites pas attention à lui, murmura une forme mince et musclée sur la gauche. Il est né grossier.

Une louve à mi-forme.

C’était presque effronté. Elle était soit sa petite amie, soit la femelle alpha des loups.

Un énorme ours Kodiak hirsute se dressait sur la gauche, sombre montagne de fourrure et de muscles, son museau était clair et couvert de vieilles cicatrices. Mahon s’était complètement métamorphosé. À côté de lui quelque chose d’énorme se leva, de près de deux mètres cinquante. De forme vaguement humanoïde, la chose se dressait sur deux jambes épaisses, couverte de fourrure.

Des muscles lourds recouvraient sa charpente, une crinière hirsute et grisâtre couronnait la tête et la nuque. De longues rayures se croisaient sur sa poitrine, comme les marques de fumée sur la fourrure d’un léopard.

Je regardai son visage, le pouvoir de ses yeux jaunes me cloua sur place et la chair de poule recouvrit mes membres. Je ne pouvais pas bouger. Il aurait pu me cogner sans que je fasse quoi que ce soit.

Les muscles monstrueux de son cou gonflèrent tandis qu’il se déployait, tournant la tête d’un côté, puis de l’autre. Ses lèvres s’entrouvrirent, dévoilant des canines de huit centimètres. Le monstre se lécha les babines, ses longues moustaches frémirent. Il s’exprima d’une voix profonde :

— Je suis beau, n’est-ce pas ? Curran, à mi-forme.

Je détournai les yeux.

— Adorable.

Le cauchemar fit un signe de tête presque imperceptible, et un homme-rat escalada le mur lisse, trouvant des prises improbables pour atteindre un trou à plus de quatre mètres du sol, dans lequel il

disparut. L’éclaireur était en route.

Curran avança jusqu’au mur qu’une longue crevasse balafrait sur le côté du bâtiment miteux. Une main velue et griffue frappa la barrière branlante, le mur explosa, parsemant la chaussée de béton et de poussière. Le Roi des Animaux baissa la tête pour passer dans l’ouverture, et nous suivîmes l’un derrière l’autre.

Curran s’arrêta. Sur sa gauche, l’ours stoppa net. À droite, Jennifer, la louve alpha, posa délicatement son pied dans la crasse et s’immobilisa. Nous gardions le silence, étrange groupe de statues dans l’arrière-cour de la Gorgone, attendant quelque chose que je ne pouvais ni voir ni entendre.

La puanteur de la mort était étouffante Nous nous tenions dans un vaste hall, le carrelage autrefois poli était un fouillis poussiéreux de débris.

D’énormes lézardes fissuraient les murs. Une immense fissure zébrait le sol. Devant nous, les ordures étouffaient le grand escalier autrefois splendide. Le nouveau bâtiment Coca-cola rendait son dernier souffle.

D’une fissure dans le mur, un léger bruit de griffes précéda une paire de charbons rouges, puis la silhouette sinueuse et poilue de l’homme-rat se laissa tomber sur le sol.

Si les loups-garous étaient cauchemardesques le rat était franchement repoussant. Mince et hirsute, il était couvert de fourrure noire, à l’exception du visage, des avant-bras et des mollets, durs comme du bois. La peau exposée était d’un rose presque humain. Il avait des pieds et des mains démesurés dont les doigts, aux articulations épaisses, se terminaient par des griffes pointues. Le museau de rongeur surplombait une gueule aux dents inégales et jaunâtres.

Son corps et ses yeux étaient en perpétuel mouvement.

L’homme-rat rejoignit Curran en quelques bonds rapides, ses pattes soulevant de petits nuages de poussière.

— En pas, dit-il, ses horribles mâchoires déformant les mots.

Grande pilasse.

Il tendit un objet blanc à Curran qui l’observa et me le jeta. Un fémur humain. Des dents aiguisées et patientes en avait éliminé le cartilage à ses extrémités, laissant de petites rayures sur l’os. Je le tournai, essayant de tirer le meilleur parti de la faible lueur lunaire qui filtrait par les fissures et par l’arche tronquée de l’entrée. Des bandes de tissu plus lisse, brillantes, croisaient l’os en deux endroits

– la marque du V-Lyc tentant de ressouder l’os après une fracture.

Je tenais le fémur d’un Changeforme.

L’homme-rat sautilla jusqu’au trou dans le sol et s’y glissa. Je m’approchai. La fissure n’excédait pas un mètre, au plus large, et plongeait sur cinq mètres.

Derrière moi, l’ours gronda. Curran hocha la tête, et l’énorme Kodiak se détourna. Il ne passerait Jamais.

Un à un, les Métamorphes sautèrent dans le trou jusqu’à ce que je reste seule. Me retenant par les bras, je laissai pendre mes jambes dans le vide afin de limiter la chute, et je me laissai tomber. Le choc de l’atterrissage sur la pierre remonta dans mes jambes et mourut.

Personne ne m’avait attendue. Comme c’était charmant.

Devant moi, un long tunnel étroit et sombre diffusait un semblant de clarté. Derrière, les vestiges d’un parking souterrain se perdaient dans l’obscurité. J’entrai dans le tunnel et slalomai entre les débris de béton qui encombraient le sol.

Le tunnel débouchait dans une grande salle dont je ne voyais rien un groupe de dos velus et musclés me masquait la vue. Une lumière chaude jaillissait de torches en appliques sur les murs qui brûlaient d’un feu blanc et sans fumée, indubitablement magique.

Le plafond incroyablement haut était décoré de stuc. A une époque, le sol avait dû être en parquet. Sans doute une salle de banquet.

J’entendis une voix féminine, dure, comme entrelacée de métal.

— Bienvenue au terme de votre voyage, chers sang-mêlé. Ici vous allez mourir, comme toute votre espèce.

Sang-mêlé ? Quel drôle de nom pour un Changeforme.

Je me glissai jusqu’à Jennifer et aperçus enfin le Maître des Morts. Ou plutôt la Maîtresse. Elle se tenait au centre de la pièce, droite et raide dans une robe fluide et évasée, blanc cassé aux épaules, virant graduellement au bleu Jusqu’à la taille pour se muer en violet profond en dessous et devenir rouge sang à l’ourlet. Ses cheveux noirs et brillants étaient noués en une tresse complexe et

retenus par une longue ficelle fibreuse. Une cascade de petites perles en plastique en pendait. A bien y regarder ce n’était probablement pas du plastique. On trouve rarement des perles en plastique en forme d’osselets humains.

Je ne sentais aucun pouvoir émaner d’elle. Pas l’ombre pas une trace, que dalle, rien, sauf son âge. Elle semblait plus vieille que Nataraja.

— Je suis Olathe, dit-elle avec la dignité des dieux grecs quand ils se présentaient aux mortels. La Maîtresse des Morts. La concubine favorite de Roland, le Père du Peuple.

Tiens donc.

— Ça t’ennuierait de répéter ? (La voix de Curran était un feulement de mépris, mais sa diction était parfaites.) J’ai dû manquer le moment où j’étais supposé être impressionné.

Olathe le toisa. Ce qui n’était pas facile vu qu’il mesurait soixante centimètres de plus qu’elle. Elle avait peut-être été la concubine de Roland, mais cela lui avait coûté cher : sans doute belle un jour, elle était ravagée, comme un vieux mannequin dont la peinture s’écaillait.

Il l’avait vidée de toute sa vivacité, de tout son éclat, de tout son humour. Seuls les yeux demeuraient vivants dans un visage sans âme. Des yeux énormes, fiers et fous.

Quelque chose remua derrière elle, dans l’ombre du mur lointain. Une silhouette tordue, puis une autre, et une autre. Je plongeai dans leur direction et sentis le mur froid de ses défenses, je me retirai. Pas besoin de la provoquer avant que Curran soit prêt.

— Je suis curieux. Il t’a baisée pendant combien de temps ?

(Curran avançait, un pied énorme après l’autre. Les Changeformes le suivaient) Tu as tenu combien de temps ? Un an ? Six mois ?

— Treize ans.

Curran continuait à avancer. Plus il parlait, plus il pouvait s’approcher. Il faisait de son mieux pour l’offenser, même si, de sa part, cela ne demandait pas d’effort.

— Treize ans. Il en a finalement eu marre, non ? Il a trouvé une nana plus jeune, plus belle, plus fraîche. Et maintenant tu te caches dans un trou de merde, rejetée et oubliée comme une vieille

chaussette. Il ne te reste rien de toutes ces années.

Elle se rebella :

— J’ai tenu son corps en moi. J’ai goûté sa chair et il m’a donné la bénédiction de son pouvoir.

Techniquement, elle avait raison. S’ils avaient échangé des fluides corporels, elle y avait gagné une partie de sa puissance.

— Une bénédiction de pouvoir. (Curran éclata de rire, lécha de ses froncements se répercutait sur le béton) Et pas d’enfant ? (Elle ne répondit pas) Ah oui ! C’est vrai. (Curran s’interrompit) J’avais oublié. Le Père du Peuple a bien trop peur d’avoir un enfant de son sang. Ou peut-être a-t-il estimé que tu n’avais pas assez de pouvoir…

Elle éclata de rire. Le son creux et puissant résonna contre les murs, comme s’il jaillissait de partout.

— Oh non ! Sang-mêlé. S’il y a une chose dont je ne manqué pas, c’est bien le pouvoir.

Ses défenses s’affaissèrent. Je sentis les ombres derrière elle, les vampires enragés et affamés, plus jeunes que celui que j’avais décapité mais formidables tout de même. La magie du mal leur collait à la peau comme un manteau pourrissant, nourrissant leur frénésie.

Elle prononça un seul mot, durement, et les fantômes jaillirent des ombres, puant la non-mort, assoiffés de sang.

Les Changeformes s’égaillèrent en formation de combat, me laissant au milieu de la pièce. Les indélicatesses de Curran nous ayant permis de gagner plus de six mètres, la charge des vampires nous arriva dessus à une vitesse hallucinante. Je plongeai au sol. Le premier vampire passa au-dessus de moi.

Je roulai sur le dos. Un autre vampire me survola. Ma lame fondit dans la chair de ses entrailles atrophiées. Une flaque noire de son sang s’étala près de ma tête. Le vamp voulait atteindre Curran, il ne se soucia pas de la blessure. Le Seigneur des Bêtes rugit. Bonne chasse.

Je sautai sur mes pieds et me jetai vers Olathe. Elle tournoya, une petite faucille d’os à la main. La lame courbée ouvrit son avant-bras. Le pouvoir de son sang me frappa de plein fouet. Je reculai,

prise de vertige. Elle virevolta, ses cheveux volèrent, ses yeux étincelaient de sauvagerie. Le sang de sa coupure éclaboussait le sol, formant un large cercle autour d’elle. Les gouttes rouges s’enflammèrent et un mur carmin se dressa, furieux, l’enfermant dans un cercle protecteur. Une garde de feu-sang. Pour la franchir, il fallait disposer du sang d’un membre de sa famille ou de celui d’un être plus puissant qu’elle. Et merde !

Un vampire me frappa sur le côté. Il s’accrocha à moi, claquant des mâchoires, alors que nous glissions sur le sol. La douleur explosa dans mon ventre. Pas encore ! La magie à l’intérieur de moi bouillait. J’attrapai la lame de Slayer à pleine main, sans faire attention à la brûlure glacée, et la plantai dans l’œil pâle et mort.

Slayer siffla, triomphant. Le vamp s’écrasa sur le sol et tressauta, mourant. Je me libérai d’un coup de pied.

Un autre monstre se jeta sur moi. Je fis un pas de côté, plongeai et caressai son cou de la pointe du sabre.

Le vamp se retourna, déchirant ma cuisse de ses griffes.

J’enfonçai Slayer dans sa gorge, sectionnant les artères et coupant à travers les cervicales. Le vamp cracha du sang. Je lui brisai les jambes d’un coup de pied. Il s’écroula sur le ventre, convulsa. Je libérai ma lame et partis à la recherche d’Olathe.

Derrière moi, les dernières étincelles de pouvoir du vamp s’évaporaient dans l’air.

Un troisième suceur de sang plongea sur moi, son ignoble gueule grande ouverte. Slayer entailla profondément sa poitrine, se frayant un passage entre les côtes jusqu’au sac gonflé de son cœur et s’en extirpa avant que le corps tordu touche le sol.

La salle était inondée de sang. Les Métamorphes se battaient en binômes, exécutant des mouvements coordonnés d’une précision militaire. Dans un coin, deux corps velus étaient étendus, Curran les dominait, attaqué par trois suceurs de sang à la fois.

Je vis Jennifer et quelqu’un avec des taches de léopard qui combattaient dos à dos contre quatre vampires. Elle plongeait et frappait des pieds en même temps, ses griffes déchirant la chair, délogeant une côte sanguinolente. Son partenaire fondit sur un suceur de sang, lui arracha le cou. D’autres vampires fondaient sur

eux. Personne ne faisait attention à moi. Dans l’affrontement entre monstres, je n’étais qu’une humaine. Je continuai à avancer.

Le mur est explosa. Une silhouette titanesque chargea depuis le trou béant, rugissant comme une tornade, pour frapper les vampires avec une puissance phénoménale.

Un corps non-mort fut projeté dans les airs et s’écrasa contre un mur. Un autre fut intercepté en plein vol par une patte colossale qui lui brisa la colonne comme une branche morte. L’Ours d’Atlanta était arrivé.

Le mur de sang d’Olathe dansait devant moi. Elle se tenait au centre de sa barrière de feu, observant le massacre. Le sang de son avant-bras coulait sur ses doigts, goutait et tachait sa robe. Elle me regarda et sourit, son visage irradiait de folie. Mais qu’est-ce qui pouvait la rendre si foutument heureuse ?

— Tu aimes le sang ? grognai-je. Je vais t’en donner…

La lame de Slayer ouvrit mon bras Dans toute la salle, les suceurs de sang se figèrent le temps d’un seul battement de mon cœur. Ils connaissaient ce sang, ils savaient quel pouvoir courait dans mes veines. Ils s’immobilisèrent le temps de rendre hommage à la magie et se jetèrent de nouveau sur leurs adversaires.

Je trempai mon bras ensanglanté dans le feu carmin.

Il me brûla et se solidifia, s’étoilant comme un pare-brise percuté par un projectile. Le sourire sur le visage d’Olathe s’évanouit. Le feu explosa, une myriade de minuscules flammes tombant à mes pieds. Je sautai dans le cercle la lame en avant.

Olathe ne fit pas un mouvement pour échapper au sabre. Il pénétra son ventre avec un bruit de succion, traversant les intestins, perçant le foie. Olathe s’embrocha jusqu’à la garde de Slayer, des larmes de satisfaction et de reconnaissance dans les yeux. Elle aussi connaissait mon sang.

Je retirai le sabre de son corps et la laissai tomber. Elle s’effondra sur le dos, haletant péniblement. Une tache sombre fleurissait sur sa robe au-dessus du nombril.

Olathe possédait une vitalité surnaturelle mais, bientôt, la magie qui la maintenait en vie se dissiperait. Elle la rejetait de son corps à chaque expiration.

Je regardai la tache de sang s’étendre et ma fureur mourut.

J’étais épuisée. Ma cuisse me faisait mal et mon ventre me donnait l’impression qu’on y avait plongé une barre à mine chauffée à blanc.

Le feu-sang reprit derrière moi. Il brûlerait jusqu’à ce que le sang d’Olathe sèche ou se décompose. La salle de banquet scintillait de rouge derrière le mur translucide de flammes rubis. C’était presque terminé.

Je roulai la tête en arrière, faisant craquer mon cou, et découvris pourquoi Olathe souriait.

Le plafond grouillait de vampires.

Des dizaines de vamps nus se tortillaient les uns contre les autres de manière obscène, plus serrés que des sardines dans une boîte. Ils couvraient totalement le stuc, comme une peinture médiévale de l’enfer qui aurait pris vie. D’autres encore, excudaient un à un d’une fissure dans un angle.

Combien ? Quarante ? Cinquante ? Cent ? Combien d’entre eux dataient d’avant le changement ? d’avant la magie ? J’essayais de le sentir et me retrouvais submergée par une vague de haine glacée.

Au moins vingt.

La couverture de non-mort ondula. Une douce surprise qu’Olathe avait prévu de faire pleuvoir sur nous quand nous aurions cru à la victoire. Dans un instant, elle allait mourir, les relâchant tous, les rendant à leur frénésie de sang.

Une horde de vampires affamés laissés à leur folie sanguinaire.

Nous allions tous mourir ici. Curran. Mahon. Jennifer. Moi. Et la mort se propagerait quand les monstruosités se jetteraient dans les rues après en avoir fini avec nous.

De l’autre côté de la salle, Curran coupa un vampire en deux, jetant les morceaux à terre.

Des centaines de citadins endormis allaient périr. D’autres verraient leurs enfants déchiquetés sous leurs yeux.

Je tombai à genoux et enfonçai mon sabre dans la poitrine d’Olathe. La chair et le cartilage s’écartèrent sous la lame, j’ouvris la cage thoracique comme un piège à ours. Elle siffla. Je plongeai ma main dans la poitrine et attrapai le cœur, forgeant un lien entre

Olathe et moi. Par son sang, je sentis la multitude d’esprits vampiriques, j’étais noyée dans sa folie.

« Ce n’est pas la bonne voie, me dit mon père depuis mes souvenirs. Ne te laisse pas aller à ça. »

Il n’y avait pas de bonne voie.

Je taillai plus profondément dans mon bras, laissant mon sang se mêler à celui d’Otathe, conquérant doucement le contrôle. Elle se convulsa, ses talons frappaient frénétiquement le sol. Si je la laissais mourir, la horde de vampire se disperserait dans toutes les directions sans que je puisse la contrôler. Je n’avais de toute façon pas l’entraînement pour piloter les non-morts.

Ma seule chance était de mélanger nos pouvoirs par un lien de sang, de décider de l’instant de sa mort pour que, lorsqu’elle disparaîtrait des esprits des vampires, ils me trouvent déjà en eux.

Elle savait ce que j’étais en train de faire. Elle montrait les dents dans une grimace sauvage, mais elle n’avait pas le pouvoir de résister au lien. La magie de mon sang submergeait la sienne. Mon pouvoir s’étendait, inondait les esprits non-morts. Serrant les dents, je pressai, écrasant son cœur et sa vie entre mes doigts. Le pouvoir explosa dans mon poing, me contraignant à me redresser.

Olathe frémit. Ses yeux se révulsèrent. Le poids de la horde me tomba sur les épaules.

La salle tremblait. Trop. Il y en avait trop.

Le feu tenaillait ma poitrine, brûlait ma gorge, ma tête, me compressait, m’étouffait. Je trébuchai. Mes genoux tremblaient. Je ne pouvais pas respirer. Il n’y avait pas assez d’air.

Malgré le lien de sang, je n’avais pas réussi à les contrôler tous.

Je pouvais sentir quelques vagabonds, submergés par leur soif. Je lançai la horde contre eux. Le plafond se mit à grouiller de corps qui s’entre-déchiraient.

Un morceau de plâtre se détacha et s’écrasa à soixante centimètres de moi. Le feu-sang occultait les bruits du reste de la salle.

Bras écartés, essayant de conserver l’équilibre, je regardai par les yeux des vampires et découvris une longue craquelure dans le stuc. Oh ! Mon Dieu ! Le plafond tremblait tandis que des dizaines

de serres s’y agrippaient.

J’aperçus vaguement Jennifer de l’autre côté du mur de flammes tremblotantes. Mes lèvres formèrent un mot :

— Partez !

Elle me regardait, incapable de m’entendre derrière le feu-sang.

— Partez !

Soudain, Curran fut à côté d’elle. Il dit quelque chose mais je ne pus entendre.

— Partez. Maintenant ! Partez !

Il tendit le bras dans les flammes et recula d’un bond, sa fourrure avait fondue sa peau était rouge et pleine de cloques.

Un autre morceau de plâtre s’écrasa sur le sol en dehors du cercle. Sans bruit pour moi, mais les Changeformes entendirent le fracas, sursautèrent et regardèrent le plafond. Jennifer eut un mouvement de recul, jappa comme un chien apeuré.

Curran me regardait toujours.

— Partez. Maintenant. Partez ! Partez !

Il comprit. Sa main griffue agrippa l’épaule de Jennifer et la poussa. La louve hésita un instant puis se mit à courir.

Ma vision s’évanouit brutalement. Les battements de mon cœur emplissaient mes oreilles comme le tintamarre d’un énorme glas. Je ne sentais plus mon corps, comme s’il n’existait plus. Aveugle et sourde, je titubais au milieu du néant, tandis que les non-morts faisaient tomber le plafond.

Ils creusaient dans le plâtre et le ciment jusqu’à la structure de poutres métalliques qui soutenait cinq étages de béton au-dessus de nos têtes. Des bras maigres s’accrochaient aux poutres et tiraient avec une force surnaturelle.

Dieu ! Je n’ai pas été très bonne.

Le métal gémit, protesta.

J’aurais pu essayer plus fort. J’aurais pu être une meilleure personne.

Je me tiens devant vous maintenant telle que je suis. Je ne cherche pas d’excuses.

Les poutres ne résistaient plus, se tordaient.

Je vous en prie, ayez pitié de moi, Seigneur.

Dans l’œil de mon esprit, je vis les énormes poutres rompre. Je

vis des tonnes de plâtre, de ciment et d’acier s’effondrer, sur les vampires, sur moi, nous enfouissant sous des tonnes de décombres, scellant une tombe de laquelle même un vampire ne pourrait s’échapper.