Nuances de gris (French Edition)

Brooke Mckinley · Chapitre 5 sur 7 · partie 4/4

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Nuances de gris (French Edition)

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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

— Moi ? sourit Jill. Je vais bien.

— Tu es déçue par le verdict ?

— Pas vraiment, répondit-elle dans un haussement d’épaules. Je m’y attendais.

— Mais tu as travaillé si dur.

— C’est vrai, acquiesça-t-elle. Mais il est coupable, Danny. Il a cambriolé ces magasins. Comment pourrais-je être en colère alors que le jury a pris la bonne décision ? Il aurait dû faire appel.

— Mais…

Danny s’arrêta. Une fois n’est pas coutume, il était à court de mots.

— Laisse-moi deviner, tu veux savoir pourquoi j’ai travaillé si dur alors que je savais qu’il était coupable, c’est ça ? Ou pourquoi ai-je décidé de le représenter en premier lieu ?

Jill n’attendit pas la réponse de Danny, rangeant son dernier bloc-notes dans sa mallette en soupirant.

— Je l’ai fait parce que c’est mon travail. Je ne peux pas le faire en réfléchissant sur la culpabilité ou l’innocence, ou sur ce que mes clients méritent. Je vais au-delà de ces jugements. Tout le monde a le droit de se défendre, et c’est mon travail. Se battre pour obtenir une condamnation juste, c’est aussi mon travail. Mais concernant le verdict, le système fonctionne de la façon dont il le doit. Des innocents sont condamnés et des coupables libérés, mais pas aussi souvent qu’on le croit.

Danny la fixa et Jill éclata de rire.

— Je parie que tu ne t’attendais pas à un discours, n’est-ce pas ? J’en ai encore sous le coude. Un jour, demande-moi de te parler de la loi des trois coups, c’est spectaculaire.

— Comment tu fais ? demanda Danny. Comment fais-tu pour faire ce travail tous les jours ?

Jill leva les yeux vers lui.

— Parce que j’aime ça. Et parce que je suis un cœur sensible qui croit réellement que tout le monde a le droit d’être décemment défendu. Triste, mais vrai.

— Ce n’est pas triste.

Jill sourit en calant la boîte de preuves contre sa hanche.

— Hé, certains d’entre nous vont boire une bière. Veux-tu venir ?

— Nan, répondit Danny en secouant la tête. Je suis crevé. Je vais rentrer.

Il savait que l’invitation de Jill était sincère, tout comme il savait que le salut amical qu’il recevait tous les matins du procureur et de l’huissier de justice, du juge et de son greffier, l’étaient tout autant. Cependant, il se sentait mal à l’aise, entouré de tous ces hommes de loi.

Le premier jour où il était arrivé ici, vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise blanche boutonnée de haut en bas, son cœur avait menacé de jaillir de sa poitrine, traînant des pieds par peur de se retrouver une nouvelle fois dans une salle d’audience. Il l’avait uniquement fait pour Jill, parce qu’elle avait besoin d’aide avec cette plaidoirie et qu’elle lui avait promis que ça ne prendrait pas plus de trois jours. Son anxiété avait dû se lire sur son visage parce que Jill l’avait pris sur le côté et lui avait dit de se détendre, qu’il n’était plus un accusé. Il ignorait combien de gens travaillant au tribunal connaissaient son histoire, mais, même si c’était le cas pour chacun d’entre eux, personne n’agissait comme si cela importait. Ça avait de l’importance pour Danny cependant, et il était presque certain que ça en aurait toujours.

— On se voit lundi, dit Jill lorsqu’ils se séparèrent sur les marches du tribunal, lui faisant un signe avec sa sacoche. Tu as fait du bon boulot, Danny.

— Merci, sourit-il, à plus tard.

La température de la Saint Patrick durait depuis plus d’une semaine à présent, et Danny profita de la chaleur inhabituelle, sortant du train un arrêt plus tôt et s’arrêtant à la sandwicherie du quartier pour le dîner. Il prit un club sandwich à la dinde à emporter, sachant qu’il n’était pas dans son budget, mais décida de s’en ficher pour une fois.

Le temps plus clément charriait avec lui des touches de printemps, mais le coucher de soleil de dix-huit heures racontait une tout autre histoire. Danny s’engouffra dans son appartement, se débarrassant de sa chemise avant même d’avoir allumé la lampe du salon. Heureusement que Jill ne l’avait pas obligé à porter une cravate. Plus à l’aise dans un vieux jean et un tee-shirt, il prit une bière et son sandwich, s’installant sur le canapé pour manger. La pièce était tellement silencieuse qu’il pouvait entendre chaque craquement de salade, les sons esseulés de son repas lui coupant l’appétit.

Il savait ce qu’il allait faire – l’avait su à la minute où il avait refusé l’invitation de Jill à boire des bières. C’était une de ces soirées. Il pouvait sentir Miller enfler en lui, inonder ses besoins. Il posa son assiette, emplie de son sandwich à moitié mangé, sur le sol et s’allongea sur le canapé, posant sa tête sur un oreiller qu’Amanda avait acheté dans une autre vie.

Il ferma les yeux, à la recherche de l’image parfaite, essayant de décider laquelle il choisirait ce soir. Juste une – c’était le maximum qu’il pouvait supporter et le plus qu’il pouvait se permettre d’utiliser. Cela lui rappela son enfance, lorsque son père recevait toujours une petite boîte de chocolats de la part de sa belle-sœur pour Noël. Danny était autorisé à en manger un, et il devait le choisir avec soin parce que, s’il faisait le mauvais choix, il se retrouvait avec du nougat au sirop d’érable ou celui à la crème de framboise. Tout était une question de chance.

Danny se sentit comme ce gosse tandis qu’il passait au crible ses souvenirs, essayant de mettre le doigt sur l’image parfaite pour ce soir, celle qu’il pourrait savourer, qui fondrait sous sa langue comme du chocolat au caramel, riche et sucré, celle qu’il ne pourrait pas avaler trop rapidement, disparaissant en une seule bouchée vorace.

Son esprit se referma autour d’un souvenir dans une étreinte gourmande, mais Danny se calma, desserrant les doigts autour de sa vision, la laissant apparaître doucement. Il se voyait, étendu, le corps flasque de sommeil et de satisfaction, le visage de Miller devant le sien, ses yeux gris, chauds et paisibles, écoutant la légère, presque imaginaire, chute de neige contre les fenêtres. Le visage de Miller était doux et avenant ce matin-là, après qu’ils aient fait l’amour pour la première fois, ses yeux lestés de tout le poids qu’ils portaient habituellement, sa bouche relâchée et détendue. Peu importe tout ce que Danny avait foutu en l’air entre eux, il avait réussi à faire quelque chose de bien ce jour-là, parce que Miller avait été heureux, épanoui.

C’était un beau souvenir. Un qui valait cette sensation douce-amère lorsqu’il se le remémora.

 

Attendre le matin après une bonne nuit de sommeil et prendre la route une fois le soleil levé était la chose la plus intelligente à faire. Mais Miller avait passé sa vie à faire la chose intelligente, la chose sûre, et à présent, il ne pouvait plus attendre le lever de soleil. Il voulait pouvoir regarder sa montre dans une heure, sur l’autoroute sombre et déserte, et savoir qu’il s’approchait de Danny chaque seconde.

Il avait attendu que Colin le rappelle durant toute la semaine, l’impatience lui coupant l’appétit, l’attente volant son repos. Il s’était promis de donner à Colin cinq jours, cent vingt heures, avant de se rendre à Chicago sans plan défini, juste se pointer sur le seuil de la porte de Danny sans avoir aucune idée de ce qu’il ferait dans cette ville étrange. Mais finalement, Colin avait rappelé, et Miller pouvait aller retrouver Danny avec plus qu’un espoir pour leur avenir.

Il avait fait son sac rapidement ; il n’avait pas besoin de grande chose. Il reviendrait ici bientôt, peu importe ce qui arriverait. Soit pour ramasser les restes de sa vie, soit pour prendre ses affaires et les embarquer dans sa nouvelle vie avec Danny. Il ne s’était pas autorisé à penser au-delà de cette route, au-delà de combler les kilomètres qui les séparaient. Plus ou moins neuf heures, et il verrait de nouveau le visage de Danny.

Miller ferma son sac et laça ses tennis abîmées. Il se tint sur le seuil de son appartement durant un instant, la lune haute et brillante à travers la fenêtre. Il avait vécu sa vie en attendant patiemment de voir ce qu’elle lui offrirait. Mais Danny avait changé tout ça. Miller songea que peut-être, Danny s’éloignant de lui ce jour-là au parc avait été une bénédiction déguisée. En lâchant prise, Danny l’avait obligé à s’accrocher, avait forcé Miller à trouver le courage de le suivre.

 

Le soleil réveilla Danny avant qu’il soit prêt. Il avait prévu de faire la grasse matinée, profitant de son samedi de repos. Il essaya de mettre un oreiller sur sa tête, mais ne put se rendormir, le soleil frappant directement ses épaules, réchauffant sa peau en petits picotements.

— Merde, marmonna-t-il, louchant sur le réveil posé sur la table de nuit.

Huit heures. Son heure de lever habituelle faisait des ravages sur sa grasse matinée. Il avait besoin d’un café, et, vu l’état désolé de la cuisine, un tour au supermarché était à l’ordre du jour. Peut-être que cette semaine, il mangerait autre chose que des céréales et des macaronis au fromage.

Lorsqu’il ouvrit la fenêtre du salon, la brise lui cinglant le visage était chaude, ébouriffant ses cheveux humides. Il songea qu’il avait probablement encore besoin d’une veste, le vent de Chicago capable de rafraîchir les journées les plus clémentes. En dévalant les escaliers jusqu’à l’entrée du bâtiment, il envoya une prière silencieuse que sa voiture se trouve toujours où il l’avait laissée, à trois pâtés de maisons. Il n’avait pas conduit depuis une semaine, se garer à Chicago était tellement galère qu’il préférait marcher ou prendre le train le plus possible.

Le soleil aveugla Danny lorsqu’il se dirigea vers le trottoir. Il tâta ses poches pour trouver ses lunettes de soleil, se rappelant trop tard qu’il les avait laissées sur le comptoir de la cuisine. Tant pis, il n’allait pas remonter quatre étages. Il y avait une Jeep marron garée sur le trottoir, son parechoc collé à la voiture de devant. Danny sourit pour lui-même. Quelqu’un allait être énervé en se levant pour découvrir qu’il ne pourrait pas bouger sa voiture à cause de la Jeep. Il tourna à gauche, vers sa propre voiture, sa marche rapide se ralentissant tout à coup… une Jeep marron.

Danny pivota et fixa le véhicule. Il connaissait cette Jeep. Il avait failli crever dans cette voiture, et Miller aussi. Miller.

Non, c’est une autre Jeep. Il en existe des centaines identiques. Tu te fais des films.

Mais Danny savait que ce n’était pas le cas. Parce que la plaque d’immatriculation était identique. Il n’oubliait jamais ce genre de détails, n’avait jamais oublié aucun détail concernant Miller. Danny se rapprocha, regardant à travers la vitre côté passager, n’y trouvant qu’un habitacle propre. À quelques mètres de là, il entendit le petit tintement de la clochette sur la porte de la boutique à l’angle, celle qui vendait des journaux, des donuts rassis, et du vieux café. Sans même regarder, il sut qui venait de sortir de ce magasin. Même à cinq voitures de distance, il pouvait le sentir.

Danny se redressa lentement, ayant presque peur de regarder, craignant que, s’il tournait la tête, Miller disparaisse, fragment de son imagination affamée. Danny tourna la tête, ses yeux se rivant à l’homme qui se tenait sur le trottoir, un gobelet de café en polystyrène serré dans sa main, les yeux camouflés derrière ses lunettes de soleil.

Ils s’observèrent mutuellement, aucun des deux n’esquissant un pas. Puis Miller ôta ses lunettes, les accrocha au col de son tee-shirt vert et combla la distance entre eux à grandes enjambées. Danny était figé sur place pendant que son esprit remarquait certains aspects d’une manière distante, détachée : il a besoin de se couper les cheveux, il ne sourit pas, il s’approche, les taches de rousseur sur son nez sont plus sombres.

Miller s’arrêta devant lui, ses yeux parcourant le corps de Danny avant de se verrouiller à son visage, sans bouger.

— Ce café est dégueulasse, croassa Danny, parce qu’il ne parvenait pas à poser les bonnes questions, les pourquoi, et les comment, et les qu’est-ce que ça signifie de la présence de Miller en ce dimanche matin ensoleillé.

Les lèvres de Miller s’incurvèrent sur le début d’un sourire, puis il ouvrit les doigts, la tasse s’écrasa sur le trottoir. Le café se déversa sur le béton en une tache boueuse lorsque le couvercle céda.

Leurs corps entrèrent en collision avec brutalité, la force dans les poumons de Miller aspirant l’air de la poitrine de Danny, les lunettes écrasées entre eux. Les bras de Danny s’enroulèrent dans le dos de Miller, une main s’enfonçant dans ses cheveux, menaçant de ne jamais lâcher prise, tirant les mèches douces.

— Miller, souffla Danny, fermant les yeux, avalant les larmes qui emplissaient sa gorge.

— Danny, Danny.

La voix de Miller était épaisse, ses lèvres bougeant contre le cou de Danny.

— Mon Dieu, Danny.

Danny se colla contre lui, l’emprisonnant de ses bras. Il ne savait pas de quoi serait fait l’avenir, ou pourquoi Miller était là, mais pour un seul moment d’infinité, se retrouver avec Miller dans cette chaude brise de mars, Danny avait obtenu tout ce qu’il avait toujours souhaité, et il ne voulait pas relâcher son étreinte.

 

Miller n’était pas certain d’arriver à monter les marches. Il se concentra sur les pas francs de Danny devant lui, ignorant ses genoux tremblants et ses doigts frémissants, signe d’un tremblement de terre intérieur. Il suivit Danny le long du couloir étroit menant à l’appartement tout au fond du bâtiment, attendit que Danny parvienne à bout de toutes les serrures.

— Entre, dit Danny, rauque et essoufflé.

L’appartement était petit, vide, mais propre. Les meubles de Danny trop beaux pour leur nouvel endroit. Miller le regarda fermer la porte derrière eux, se préparant au poids de Danny contre son corps. Mais ce dernier l’esquiva, jetant sa veste sur le canapé en passant. Il s’assit sur le rebord de la fenêtre, le regard rivé au sol. Le silence entre eux était empli de tension, le manque de mots aussi bruyant qu’un cri. Miller se racla la gorge, se rapprochant un peu de Danny, ne sachant pas comment commencer. Tout avait été plus simple dans sa tête, n’ayant jamais anticipé cette étrangeté entre eux.

— J’ai entendu dire que tu avais trouvé un travail, lâcha-t-il.

— Oui, acquiesça Danny, dans un cabinet d’aide juridique.

— Comment ça se passe ?

— Bien. Ils veulent que je postule pour le poste d’assistant juridique qui se libère.

— C’est génial Danny. Ça serait vraiment bien…

— Qu’est-ce que tu fais ici, Miller ? demanda Danny d’une voix monotone, coupant la parole à Miller.

Ce dernier cligna des yeux.

— Je voulais te voir, dit-il, même si cela paraissait évident.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ? répéta Miller.

Il se sentit embourbé dans l’incertitude, déséquilibré depuis qu’ils étaient entrés dans l’appartement, l’atmosphère si différente de leurs retrouvailles sur le trottoir.

— Oui Miller, pourquoi ?

— Parce que… parce que j’ai fait ce que, tu as dit. J’ai fait le ménage dans ma vie. J’ai dit la vérité à Rachel, j’ai démissionné…

— J’espère que tu ne l’as pas fait pour moi.

Danny agrippa le rebord de la fenêtre de ses jointures blanchies.

— Je… je croyais que je le faisais pour nous deux, souffla Miller, tremblant, en passant une main dans ses cheveux. Qu’est-ce qui se passe ? Tu sembles en colère.

Danny détourna le regard et Miller pouvait voir à quel point il essayait de se battre contre ses émotions, ses muscles de sa gorge se tendant sous sa peau.

— Tu t’attendais à quoi ?

À quoi s’attendait-il ? Que Danny lui tombe dans les bras et le remercie d’être venu, d’être tellement heureux de le revoir qu’ils pourraient éviter toutes les questions difficiles. Oui, s’il devait se monter honnête, c’était à peu près ce qu’il avait envisagé.

— Tu as entendu dire que j’avais un nouveau travail et cru que j’étais devenu un autre homme. Je t’ai dit que je voulais devenir une meilleure personne Miller, et j’étais sincère. Mais me réparer prend du temps. Je n’y suis pas encore, j’en suis même loin.

— Je ne… je ne…

Les mots moururent dans sa gorge. Pourquoi était-ce aussi dur ? Pourquoi ne pouvait-il pas prononcer les mots qui lui tenaient à cœur ? Tout ce qu’il voulait que Danny sache, tout ce qu’il espérait, était bloqué dans une bouteille avec un bouchon brisé qui l’empêchait de sortir.

— Je n’en suis pas encore là non plus, Danny. J’essaie juste de vivre une vie plus honnête, de me rassembler, comme nous en avons parlé.

Danny laissa échapper un soupir fatigué, détournant son visage de Miller.

— Désolé d’avoir à te l’annoncer, mais je suis toujours le même type complètement foutu que j’ai toujours été. Peut-être, un peu plus brillant à l’extérieur, mais l’intérieur est toujours aussi moche.

Les mots sifflèrent entre eux telles de balles de revolver, Miller n’étant pas certain de la cible.

— Je ne le crois pas, Danny. La vie que tu vis à présent est la preuve que tu es en train de changer.

— Ah oui ? Le défia Danny. Tous les jours, lorsque je rentre chez moi après le boulot, de retour dans cet appartement merdique, je passe devant des types qui vendent du crack au coin des rues et je songe à l’appeler, à lui demander de me rendre mon job. Je me demande ce qu’il dirait si je passais cet appel. J’y pense Miller, et j’y penserai probablement toujours.

— Tu penses que tu es le seul à avoir de telles pensées ? Je me lève toujours le matin en espérant que je ne suis pas gay, espérant retrouver ma vie avec Rachel tel que je l’avais planifiée. Et je ne crois pas que ses pensées disparaîtront un jour non plus.

Il fit un pas vers Danny.

— Peu importe que tu songes à appeler Hinestroza. Tu ne l’as pas vraiment fait, si ?

Danny secoua la tête, ses yeux balayant le sol.

— Nous avons tous nos démons, Danny. Les tiens ne sont pas pires que ceux des autres.

— Tout ça, c’est de la merde, Miller, et tu le sais. Regarde ce que tu as fait… à cause de moi. Tu as laissé partir Hinestroza. Avant moi, tu n’aurais jamais fait une chose pareille.

— Ce que j’aurais fait avant n’a pas d’importance ! cria pratiquement Miller. Tu ne le vois pas ? Parce que ce jour-là, dans la cuisine, j’étais déjà un homme différent. Ce que nous avons découvert ensemble m’avait déjà changé. D’une bonne manière. De la meilleure des manières. J’ai ouvert les yeux sur la vie de merde que je vivais. J’ai fait ce marché avec Hinestroza parce que je le devais. Il n’y avait pas d’autre choix possible pour moi.

Miller leva les mains, espérant que Danny comprenne, prêt à ouvrir son âme si c’était ce qu’il fallait.

— Te souviens-tu de ce jour sur le banc du parc, quand tu m’as demandé si j’arriverais à vivre avec le fait d’avoir laissé partir Hinestroza ?

Danny acquiesça, toujours sans le regarder.

— Oui, je m’en souviens.

Miller attrapa le regard de Danny avant qu’il puisse lui échapper.

— Il est apparu que vivre avec ça n’était pas aussi difficile que je l’aurais cru. Parce que j’ai réalisé que la seule alternative était de vivre sans toi. Je ne changerai rien. Pas même si je le pouvais.

— Comment peux-tu dire ça ?

— Je le peux parce que tu étais le marché. Ta vie. Et te sauver valait tout l’or du monde.

— Miller.

Danny secoua la tête, bougeant pour s’adosser contre le mur. Miller ressentit un tel moment de frustration qu’il était sur le point d’éclipser ses espoirs. Qu’arriverait-il s’il ne parvenait pas à convaincre Danny ? S’il ne voulait pas le croire ?

Alors tu continueras d’essayer, Miller. Tu continueras d’essayer.

Et peut-être que c’était là que résidait le secret : ne pas abandonner. Continuer à se battre, quelles que soient les chances. Il se leva, juste devant Danny, de manière à ce qu’il ne puisse regarder ailleurs.

— Je n’ai pas toutes les réponses, Danny. Je ne les ai jamais eues. Mais je sais que je veux être avec toi.

— Je ne pensais pas te revoir un jour, répondit Danny, presque pour lui-même, comme si Miller n’avait pas parlé. Je t’ai quitté. Je pensais que tu serais passé à autre chose, que tu aurais trouvé un moyen d’être heureux.

Miller le fixa.

— C’est ce que tu as fait ? Es-tu heureux maintenant ? Tu es passé à autre chose ?

Cette pensée le déchira de l’intérieur, le laissant vide à la suite de cette perte.

Danny secoua la tête, son visage teinté de tristesse.

— Non. Non, je ne suis pas heureux, et je pense sans arrêt à toi.

— Qu’est-ce qui te fait penser que ce n’est pas la même chose pour moi ?

— Je ne… je ne te mérite toujours pas.

Danny donnait l’impression d’être un homme affamé se détournant d’un repas, un homme torturé qui refusait d’être soulagé.

Essaie encore.

— Qu’est-ce qui te fait penser que je te mérite, Danny ? Tu penses que ma vie était rose, si putain de parfaite avant que tu n’arrives et foutes tout en l’air ? C’est ce que tu penses ? Parce que ce n’était pas le cas. J’étais seul, et renfermé, et effrayé de me regarder vraiment. Et tu m’as montré que ça pouvait être différent. Que je pouvais être différent ! Tu as vu clair à travers mes mensonges, et tu m’as permis de voir à travers aussi. Eh oui, tu as raison, il s’est passé des choses assez moches, mais, bon sang, regarde aussi comme c’était bien. Tu vois à quel point c’était bien ? Tu ne t’en souviens pas ?

La voix de Miller se brisa et il baissa sa main, pressant ses pouces contre ses paupières closes, épuisé par l’effort d’avoir prononcé à voix haute tout ce qu’il retenait.

— Je ne sais pas si tu me mérites ou si je te mérite. Pourquoi ne nous mériterions-nous pas mutuellement ? Qu’est-ce que tu en penses ?

Il laissa retomber ses mains et regarda Danny dans les yeux, souhaitant qu’il y voie la vérité, lui offrant le meilleur qu’il puisse lui donner.

— Je t’aime, Danny, dit-il. Je t’aime.

Les paupières de Danny s’abaissèrent. Il avança à l’aveugle pour agripper le tee-shirt de Miller, tordant le tissu dans ses paumes. Il ne tira pas Miller vers lui, se contentant de le tenir ainsi fermement prisonnier. Miller pouvait sentir la chaleur de la peau de Danny, et il lui fallut tout son self contrôle pour ne pas le toucher, luttant difficilement pour laisser à Danny le choix de décider.

Les doigts et les yeux de Danny s’ouvrirent au même moment, son regard s’élevant pour s’ancrer dans celui de Miller.

— Je dois être sûr, Miller, dit-il d’une voix rauque. Parce que c’est ce que je suis. Toutes les parties moches de moi resteront toujours. Je ne renierai jamais mon passé, pas le moindre instant. Ça fait partie du package. Alors, sois sûr de toi, parce que c’est ce que je suis.

Miller se pencha, posant ses mains au mur de chaque côté de la tête de Danny.

— J’aime ce que tu es. Et j’aime ce que nous sommes ensemble.

Il prononça chaque mot avec précaution, les promesses déferlant entre eux. Il comprenait que le passé de Danny faisait partie du package. Et le passé recelait des secrets honteux, mais il avait aussi contribué à faire de Danny celui qui correspondait à Miller, d’une manière qu’aucun autre être humain n’y était parvenu. Le passé avait forgé Danny en cette personne à qui Miller était destinée, l’homme que Miller savait être destiné à aimer.

Ils s’observèrent durant de longues secondes. La peau de Miller semblait électrifiée, bourdonnant de besoins sous le regard brûlant de Danny.

— Je peux te toucher ? demanda doucement Miller. Parce que je crois que je vais crever si je ne le fais pas.

Il n’aurait jamais imaginé dire ces mots un jour, mais ils sonnaient juste dans sa bouche. Il n’en avait pas honte.

— Oui, acquiesça Danny, sa voix pas plus haute qu’un murmure. Oui.

Miller ôta ses mains du mur pour envelopper le visage de son amant, ses doigts dansant toujours nerveusement.

— Danny, murmura-t-il en posant doucement ses lèvres contre celles de l’homme de sa vie.

Il voulait le toucher et le goûter, il ne voulait pas se précipiter. Les lèvres de Danny étaient chaudes et douces contre les siennes, s’ouvrant pour autoriser sa langue à s’engouffrer, la bouche chaude et humide de Danny provoquant un gémissement dans sa gorge.

— Je t’aime, murmura Danny, au bord des larmes.

Les mains de Miller descendirent le long du torse de Danny, se frayant un chemin sous son tee-shirt, s’aplatissant contre son ventre.

— Redis-le, l’exhorta-t-il.

Il sentit Danny sourire contre sa bouche.

— Je t’aime, Miller Sutton.

Miller agrippa le tee-shirt de Danny, le passa par-dessus sa tête pendant que ce dernier faisait la même chose avec le sien, puis ils furent de retour l’un contre l’autre, leur peau nue ensemble tandis que leurs bras se resserraient. Miller prit un instant pour respirer la chaleur de corps de Danny, son cœur si plein que sa poitrine allait exploser, la joie se répandant comme du sang.

Danny enfouit son visage contre le cou de Miller, sans parler, le souffle court. Miller se recula un peu, laissant courir son regard sur la poitrine de Danny, le repoussant lorsque ce dernier essayait de le toucher.

— Laisse-moi simplement… te regarder, dit-il.

Danny s’adossa contre le mur, la respiration sifflante et haletante tandis que ses yeux suivaient les mains de Miller sur son corps. Miller s’arrêta sur une petite cicatrice violette sur son abdomen, ses sourcils se fronçant d’interrogation.

— Mon rein, expliqua Danny.

— Je pensais que la cicatrice serait sur ton dos.

— Non, ils le sortent par devant.

Miller se laissa tomber à genoux, enfouissant son visage dans le ventre de Danny. Il aurait aimé pouvoir faire partir tout ça, mais ça aurait voulu dire que Danny et lui n’auraient jamais existé, alors le regret en faisait partie, il ferait toujours partie d’eux. Miller laissa courir son doigt le long de la cicatrice, suivant le chemin de sa bouche, ses mains bougeant pour déboutonner le jean de Danny, le laissant tomber sur ses hanches, les pieds de Danny se débarrassant de ses chaussures.

Une fois Danny nu, Miller s’assit sur ses talons, prenant son temps pour le contempler, se remplissant les yeux. Il croyait se souvenir d’à quel point Danny était beau, mais ce n’était pas le cas, pas vraiment. Ses dernières blessures de guerre ne faisaient qu’ajouter à son charme, de nouveaux chemins que Miller pouvait explorer. Ces cicatrices rappelaient à Miller combien Danny était fort et beau à l’intérieur, et cela comptait plus que tout.

— Viens là, murmura Danny, le tirant contre lui de ses deux mains.

— Attends.

Miller porta sa bouche à la cuisse de Danny, léchant l’ancienne cicatrice de la même manière dont il avait essayé une fois. Il sentit les muscles se contracter contre sa langue et retint son souffle, attendant de voir si Danny l’autoriserait. Mais alors, les cuisses de ce dernier s’ouvrirent légèrement, sa peau s’adoucissant contre sa bouche lorsque Danny laissa échapper un sanglot étouffé qui aurait pu être le prénom de Miller.

Il traça un chemin vers le haut du corps de Danny, laissant une trainée humide dans son sillage. Lorsqu’il trouva de nouveau sa bouche, elle fut avide, suçant durement la langue de Miller, mordillant avec douceur sa lèvre inférieure. Danny prit la main de Miller dans la sienne pour se diriger vers la chambre, entraînant son amant avec lui, sans que jamais leurs bouches ne se séparent.

La chambre était tachetée de petits points ensoleillés, le vent dessinant l’ombre des arbres sur les murs couleur crème. Danny s’assit sur le bord du lit défait et positionna Miller entre ses genoux. Miller remarqua qu’il n’était pas le seul dont les doigts ne voulaient pas coopérer, les mains tremblantes de Danny l’empêchant d’ôter le jean de Miller.

Il parvint finalement à ouvrir le bouton, tirant d’un coup le pantalon et le boxer vers le bas. Miller fit un pas pour se débarrasser du tissu, éloignant ses affaires du lit avec un coup de pied une fois ses chaussures enlevées. Il observa la tête baissée de Danny, souhaitant voir son visage. Mais Danny était concentré sur d’autres choses, ses mains courant sur les cuisses de Miller, ses doigts le pétrissant légèrement. Il posa ses doigts contre l’érection de Miller, son pouce effleurant son gland.

— As-tu pensé à moi ? demanda Danny, brisant le silence de leurs souffles erratiques.

— Tout le temps.

Miller plongea ses doigts dans les cheveux noirs de Danny, relevant sa tête, traçant la nouvelle cicatrice partiellement cachée par la barbe de Danny.

— Qu’est-ce que tu faisais, quand tu pensais à moi ? lui demanda Danny d’une voix rauque, grognant presque, et les yeux qu’il leva sur Miller révélèrent une liberté sauvage et téméraire que Miller n’y avait jamais vue auparavant.

Mais il semblait le comprendre. Ils s’étaient libérés, deux hommes différents de la dernière fois où ils avaient été ensemble de cette façon.

— Je fermais les yeux et je me souvenais de toi. De ce à quoi tu ressemblais et quelle odeur tu sentais. Quel goût tu avais.

— Montre-moi, l’amadoua Danny. Montre-moi ce que tu faisais.

Miller prit son érection entre ses doigts, se masturbant lentement. Faire ça avec Danny qui le regardait était bien plus érotique qu’il n’aurait pu l’imaginer. Il ne ressentait pas la moindre honte ni pour le fait qu’il laissait Danny le voir ni pour se tenir nu devant un autre homme à la lumière du jour. Rien de tout ça. Danny posa ses mains sur les hanches de Miller, sa bouche se rapprochant. Les doigts glissants de celui-ci cognèrent contre les lèvres de Danny, augmentant la cadence lorsque ce dernier le suça plus fort.

— Mon Dieu, Danny, s’écria Miller.

Il ôta sa main, et Danny le prit plus profondément dans sa bouche, Miller donna un coup de reins pour s’enfoncer davantage, l’orgasme prêt à exploser.

— Danny, arrête, cria-t-il, agrippant ses cheveux. Arrête…

Danny se recula, son regard attrapant celui de Miller lorsque ce dernier se retira de ses lèvres. Miller se pencha en avant, poussant Danny sur le lit en gémissant. Avant que Danny ne puisse bouger, Miller se faufila entre eux, prenant Danny dans sa main, le caressant de la même manière dont il s’était caressé. Danny émit un sanglot, enfouissant son visage dans le cou de Miller.

— Je préfère te caresser toi, haleta Miller.

Danny redressa la tête pour qu’ils puissent se regarder.

— Je ne sais pas, le taquina Danny, ses hanches venant à la rencontre de la main de son amant. C’était assez sexy de te regarder le faire. Il faut que tu ailles jusqu’au bout un jour.

— Nous avons le temps, dit Miller, sa main ralentissant, la mine sérieuse. Tout notre temps.

Danny leva les mains et laissa courir son doigt le long de la mâchoire de Miller, comme il le faisait souvent. La chaleur de sa caresse envahit la peau de Miller, se répandant le long de ses terminaisons nerveuses. Il avait l’impression qu’il avait du feu au bout des doigts, la foudre irradiant de sa peau.

— Je te veux en moi, murmura Danny, ses doigts caressant toujours la joue de Miller.

L’estomac de Miller se serra, avant de s’écraser comme un ascenseur dont un câble aurait lâché. Danny sourit, de ce sourire immense que Miller avait attendu depuis qu’ils s’étaient retrouvés sur le trottoir. Celui qui lui donnait l’envie de pouvoir récupérer chaque seconde durant laquelle ils avaient été séparés.

Danny fit rouler Miller sur le dos, se penchant au-dessus de lui pour fourrager dans la table de nuit. Il versa du gel sur ses mains, le réchauffant entre ses paumes avant de le déposer sur le sexe de Miller en de longues et fermes caresses. Miller cambra son dos contre le lit, ferma les yeux et mordit l’intérieur de sa joue, essayant de garder le contrôle tandis que Danny chevauchait son corps.

Miller ouvrit les yeux et attrapa à son tour la lotion pendant que Danny se redressait sur ses genoux. Il introduisit un doigt en Danny, ses yeux ne quittant jamais son visage.

— Plus, quémanda Danny, et Miller obéit, un second doigt rejoignant le premier, les gémissements gutturaux provoquant un tressaillement des hanches de Miller.

Miller ôta sa main, se relevant pour s’asseoir, Danny sur ses cuisses.

— Comme ça… je veux pouvoir t’embrasser.

— Oui, murmura Danny en se penchant, sa bouche calme et douce, mais sa langue exigeante. Comme ça.

Danny se releva et se rabaissa, s’empalant doucement sur Miller.

— Oh, mon Dieu, gémit Danny, ses mains agrippant les épaules de Miller lorsque ce dernier fut tout au fond. Tu m’as manqué. Tu m’as tellement manqué.

Miller gronda, son souffle douloureux dans sa poitrine. Le plaisir d’être de nouveau à l’intérieur de Danny et l’angoisse de savoir ce qu’ils avaient failli perdre lui coupèrent le souffle, sa respiration laborieuse et remplie de peine.

— Miller ? demanda doucement Danny, sans plus bouger.

— C’est tellement plus que ça.

Sa voix était étranglée, ses mots parvenant à peine à franchir le barrage de ses lèvres alors qu’il essayait d’expliquer ce qu’il pouvait difficilement faire par des mots, espérant que Danny comprenne.

— C’est tellement plus que ce que je n’aurais jamais pensé avoir.

— Je sais, bébé, l’apaisa Danny. Je sais.

Miller sentit le doux baiser de Danny contre ses paupières closes, ses doigts courant légèrement le long de ses cils, puis Danny commença à se mouvoir sur lui de ce rythme qu’ils avaient si facilement trouvé par le passé, leurs corps s’en souvenant comme s’ils ne s’étaient jamais séparés, comme s’ils attendaient simplement de se retrouver.

 

— Tourne-toi, marmonna Miller, levant à peine la tête du torse de Danny.

Danny le regarda, les sourcils froncés, et Miller fit un geste de rotation avec sa main.

— Sur le côté, l’incita-t-il.

Danny ne voulait pas bouger, son corps repu et paisible, pourtant il obéit.

— Haaaaa, souffla Miller, tel un homme qui venait de découvrir un trésor enfoui, ses doigts effleurant le serpent tatoué.

Danny rit, son pied caressant la cheville de Miller.

— Je vais finir par croire que tu me veux juste pour ce tatouage.

— C’est faux, marmonna de nouveau Miller contre sa peau. Mais c’est quand même une des choses les plus sexy du monde.

Danny se retourna pour pouvoir observer le visage de son compagnon. Il ne savait pas si c’était le bon moment pour s’avouer des choses, mais il voulait repartir du bon pied, en se montrant franc, ne pas éviter les questions difficiles et les réponses qui l’étaient encore plus.

— Qu’est-ce qui s’est passé avec le FBI ?

Miller soupira, son air joueur disparaissant de ses yeux lorsqu’il trouva les doigts de Danny et les pressa fermement.

— Je savais qu’il était temps que je parte. Je ne pouvais plus faire ce job. Colin a suggéré que je trouve autre chose, et j’étais d’accord avec lui. Ça avait commencé à se gâter pour moi, même avant toi, Danny. Ta rencontre n’a fait qu’accélérer l’inévitable.

— Tu as trouvé un nouveau job ?

Miller secoua la tête.

— Pas encore. Mais j’ai un entretien la semaine prochaine avec une agence de détectives privés. La plupart sont des ex-agents du FBI. Ils prennent toutes sortes d’affaires, du petit cas domestique aux grandes enquêtes de cour, accusation ou défense. Colin m’a recommandé pour ce job.

— C’est quelque chose que tu as envie de faire ?

— Les petites affaires ne sont pas vraiment mon truc. Mais certaines des plus grosses pourraient être intéressantes.

Danny embrassa l’épaule de Miller.

— Je déteste te voir te contenter de quelque chose.

— Qui obtient vraiment ce qu’il veut Danny, de la manière dont il le veut ? Tu dois décider de ce qui est le plus important et gérer à partir de là.

— Où se trouve ce travail ? demanda Danny, des crampes d’anticipation lui nouant l’estomac.

Il savait tout au fond de lui quels sacrifices devaient être faits si Miller et lui voulaient être ensemble, mais il ne savait pas s’il était prêt à plier bagage encore une fois, tout semblait trop nouveau et dur pour qu’il recommence à zéro.

— Ici, lui répondit Miller, ancrant son regard au sien. À Chicago.

— Est-ce que… est-ce qu’au moins tu aimes cette ville ? As-tu envie de vivre ici ?

— J’aime bien Chicago. Je ne suis venu que deux fois auparavant. Mais tu t’es installé ici, alors je pense que c’est là où je dois être, au moins pour le moment. Tu as un bon travail, non ? Pourquoi tout foutre en l’air ?

— En fait, ça dépend de ce que tu entends par bon, sourit Danny. Si par bon tu entends des gens sympas, un travail intéressant, alors oui, c’est un bon boulot. Si tu entends un salaire suffisant pour payer le loyer, alors non.

— J’entends un travail que tu aimes et qui te rend heureux, répliqua Miller avec sérieux. Et tu dois le faire correctement, ou ils ne t’auraient pas proposé de postuler pour ce poste d’assistant juridique.

— Jill, l’avocate pour qui je travaille le plus, semble très satisfaite de moi et pense que je serai un bon assistant. Et c’est plus d’argent, plus de responsabilités.

Ils s’observèrent tous deux en silence, Danny bercé par la respiration calme de Miller.

— Alors vas-tu postuler ou pas ? demanda finalement Miller.

— Seigneur, on ne peut vraiment pas enlever le FBI d’un homme…

— Tais-toi, enfoiré, rit Miller. Réponds à ma question.

— Je ne sais pas. Sans doute.

— Pourquoi ne le ferais-tu pas ?

— C’est simplement que… J’ai l’impression de tenter le sort, tu vois ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Miller en fronçant les sourcils.

— J’ai peur d’échouer. De décevoir les gens. Si je n’essaie pas d’avoir une vie meilleure, alors je n’aurai pas à me soucier de décevoir qui que ce soit.

Danny caressa la cuisse de Danny.

— Tu te décevras toi-même, non, de ne pas saisir cette chance ?

— Oui, c’est possible, soupira Danny.

Il avait conscience que cette peur de l’échec, de ne pas être à la hauteur des attentes des gens, serait quelque chose qu’il devrait dépasser seul. Mais avec Miller à ses côtés il avait l’impression d’être assez fort pour commencer à y croire, pour commencer à demander bien plus que ce que la vie lui avait offert jusqu’ici.

— Pourtant j’ai des doutes sur ce poste. Un homme assistant juridique ? C’est un peu comme un infirmier, dit-il à moitié sérieux, c’est un peu bizarre.

— Oh Seigneur, répliqua Miller en roulant des yeux. Je n’arrive pas à croire que je sois amoureux d’un crétin pareil.

Danny bougea rapidement, épinglant Miller au lit de tout son poids, poussant un grognement lorsque leurs corps nus se rencontrèrent. Il prit une profonde inspiration, essayant de se calmer, obligeant ses hanches à ne pas onduler doucement contre celles de Miller.

— Danny ?

— Oui ?

— Ce que tu as dit tout à l’heure, à propos d’être resté le même que tu as toujours été. Est-ce que tu le pensais vraiment ?

Danny leva les yeux vers Miller.

— Je n’en sais rien. Ça dépend des jours, soupira-t-il, en triturant le bout du drap de ses doigts. Parfois, ça dépend des heures.

Il baissa la tête vers la poitrine imberbe de Miller, étudiant les quelques grains de beauté ici et là. Il ne s’était pas rendu compte jusqu’à maintenant combien ils lui avaient manqué.

Miller caressa son visage, effleura doucement sa joue.

— Te souviens-tu à l’appartement, quand tu me disais toujours que je voyais tout en noir et blanc ? Tu n’arrêtais pas de me répéter que c’était plus compliqué que ça.

— Oui.

— Ça marche pour toi aussi, tu sais. Tu dois te montrer aussi indulgent envers toi-même qu’envers les autres.

— C’est juste que… Je ne voulais pas que tu doives tout abandonner, dit doucement Danny.

— Oh, Danny… souffla Miller, encerclant le visage de son amant de ses mains. Regarde ce que j’ai gagné à la place.

L’instinct premier de Danny fut de protester, mais il ne pouvait pas nier la joie qu’il voyait dans les yeux de Miller, les traits durs de son visage qui s’adoucissaient d’allégresse lorsqu’ils se regardaient. Il se souvenait de la manière avec laquelle le corps de Miller se mouvait lorsqu’ils faisaient l’amour, sans se réfréner. Et il pouvait voir les étincelles dans son rire, voir les courbes de son sourire. Peut-être que Danny Butler, avec toutes ses erreurs et ses fautes, avait quelque chose à offrir après tout.

— Tu le vois ? demanda Miller, sans quitter Danny des yeux, une main caressant doucement son bras.

— Oui, répondit-il dans un souffle, à deux doigts de fondre en larmes. Je le vois.

Il parvint à lui offrir un sourire bancal, effleurant la barbe sur la mâchoire de Miller du bout des doigts.

— Je suis heureux que tu sois venu, dit-il, je suis heureux que tu sois venu me retrouver.

Les yeux de Miller se voilèrent un peu.

— Je n’en étais pas certain. Tu ne semblais pas content au début.

Danny posa le front sur la clavicule de Miller.

— Ça sera toujours dur pour moi, Miller. De croire en moi, de croire que je peux vraiment changer. Mais j’essaie et je continuerai d’essayer.

Il se tut.

— J’ai blessé toutes les personnes auxquelles je tenais. Je les ai brisées. C’est dur de ne pas y penser.

— Tu ne m’as pas brisé, Danny, murmura Miller contre sa tempe. Je vais bien, et je suis juste là.

Danny soupira en frissonnant, une larme solitaire s’écrasant contre la peau de Miller.

— Qu’est-ce que tu ressens pour moi ? demanda Miller contre ses cheveux.

Danny prit une profonde inspiration.

— Je t’aime.

— Est-ce que c’est fort ?

En parlant, Miller laissa descendre une main chaude dans le dos de Danny.

— Bon sang, oui.

Danny sentait cette force, ce lien, cet amour pour Miller dans toutes les parties de sa personne – son cœur, son esprit, son corps, et son âme.

— Regarde-moi, ordonna Miller, et Danny obéit, inclinant son visage jusqu’à ce que son menton repose sur l’épaule de son amant. C’est ce que je ressens pour toi, Danny. Tout aussi fort, tout aussi réel et, cela ne disparaîtra pas.

— Alors, nous sommes ensemble là-dedans.

La voix de Danny trembla, mais il ne détourna pas les yeux. Miller sourit de son regard calme, franc et sûr.

— Oui Danny, nous sommes ensemble là-dedans.

— D’accord, sérieusement les mecs, fermez là ! J’essaie de porter un toast !

 

La voix de Jill porta au-delà du box gigantesque, et le barman à l’autre bout de la pièce regarda dans sa direction en lui offrant un sourire indulgent.

— Je crois que le barman t’aime bien, nota Danny, le pointant de sa bouteille de bière.

Jill regarda par-dessus son épaule.

— Merde, Danny, il a une coupe mulet ! Je ne suis pas si désespérée !

Danny éclata de rire en avalant sa bière, à deux doigts de la recracher par le nez.

— Séduisant, dit sèchement Jill en lançant un regard compatissant à Miller. Je ne sais pas comment tu arrives à le supporter.

Miller sourit, poussant le pied de Danny du sien. Jill tapota fermement contre son verre de vin à l’aide d’une fourchette.

— D’accord, tout le monde lève son verre. Allez, allez, leur intima-t-elle. À Danny, notre tout nouvel assistant juridique.

— Bravo, s’exclama Ellis, faisant tinter son verre contre celui de Danny.

— Félicitations, siffla Taylor de l’autre côté de la table. Tu vas t’en sortir à merveille, Danny.

Tous les visages autour de la table étaient souriants, les joues rosies par trop de bières, les rires noyant la musique du jukebox. Cela faisait du bien d’être assis au milieu de tous ces gens qu’il considérait comme ses amis. Danny sentit un doigt effleurer sa main sous la table. Il regarda en bas puis vers le haut, ancrant son regard dans celui de Miller.

— Félicitations, Danny dit solennellement Miller, même si ses yeux souriaient. Tu es maintenant l’équivalent d’un infirmier.

— Ferme là, enfoiré, rétorqua Danny, enroulant ses doigts entre ceux de Miller là où personne ne pouvait les voir.

Personne autour de cette table n’y aurait accordé d’importance, mais Miller était inquiet en public. Il ne touchait pas Danny à moins qu’ils soient seuls. Mais ce soir, il lui tint la main et la posa sur sa cuisse, sa jambe chaude réchauffant les doigts de Danny.

Jill sourit à Danny de l’autre côté de la table lorsque son regard se posa simultanément sur Miller et lui, levant son verre dans un petit toast privé.

— Hé, Ellis, dit-elle. Raconte à Miller l’histoire de ce connard d’agent du FBI avec qui nous avons bossé sur l’affaire Compton. Tu te souviens de ce mec ?

— Oh, Seigneur, protesta Miller, se penchant pour poser ses coudes sur la table. Tu ne m’as pas déjà raconté cette histoire, Jill ? Je suis sûr que…

— Ellis la raconte mieux, sourit Jill.

Miller soupira avec bonne humeur, offrant à Danny un sourire oblique. Danny fut saisi d’un sentiment de déjà-vu lorsqu’il vit le visage heureux et paisible de Miller, le même qu’il avait eu lorsqu’ils avaient fait l’amour pour la toute première fois dans l’appartement enveloppé de neige, comme il l’avait eu tant de fois depuis qu’ils étaient à nouveau ensemble.

C’est toi qui fais ça, Danny. Tu le rends heureux.

Ce regard sur le visage de Miller était quelque chose en quoi Danny pouvait croire, plus que les mots ou les promesses. Il croyait en la joie qu’il voyait en Miller lorsqu’ils étaient ensemble. Et il pouvait la sentir en lui également, cette petite étincelle qui grossissait chaque jour passé auprès de Miller Sutton.

Danny savait qu’il portait toujours son côté obscur, et qu’il ne partirait jamais, attendant toujours patiemment le moment, chuchotant d’autres choix dans les heures froides de la nuit, attirant Danny de ses doigts de traitre. Il pensait que c’était la même chose pour Miller qui était bien trop silencieux parfois, fuyant son regard. Danny le suspectait de regretter la vie qui n’était plus la sienne, se démenant pour accepter ses choix. Mais jusqu’ici, leur amour s’était avéré plus profond que leurs doutes, leur foi l’un en l’autre plus indéfectible que la peur.

Aujourd’hui, ils étaient heureux. Danny ignorait de quoi demain serait fait. Mais ils pouvaient vivre d’incertitude, parce que ce qu’ils avaient à présent était absolument formidable.

— Hé, appela Jill. Danny ici la terre ! Tu dois écouter cette histoire.

Danny se pencha en souriant, reposa son épaule contre celle de Miller, et écouta.

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À propos de l’Auteur

 

Brooke McKinley a toujours été pragmatique. Alors après le collège, elle s'est tournée vers la faculté de droit au lieu de poursuivre son rêve d'écrire des romans. Elle n'a jamais abandonné l'écriture, mais elle l'a emprisonnée pour ne faire que des gribouillis sur les bords des plaquettes juridiques jaunes et noter de rapides paragraphes pendant les pauses café tardives dans la nuit. Après dix années intéressantes et stimulantes comme avocate de la défense pénale, Brooke a quitté la pratique du droit afin d'essayer quelque chose de nouveau. Elle partage maintenant son temps entre freiner ses enfants et donner la parole au nombre incalculable de personnages qui gravitent dans sa tête. Et elle a décidé que le pragmatisme était largement surfait.

 

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Résumé

Miller Sutton, un agent du FBI très à cheval sur le règlement, commence à voir quelques nuances troublantes de gris dans son monde en noir et blanc. Il se retrouve face à face avec ses doutes en la personne de Danny Butler, un trafiquant de drogue de niveau moyen que Miller espère utiliser afin d’attraper un beaucoup plus gros poisson : Roberto Hinestroza, un baron de la drogue que Miller poursuit depuis des années. Danny n’a aucun intérêt à témoigner contre son patron, que ce soit à cause d’un sentiment tordu de loyauté ou parce qu’il sait que doubler Hinestroza est signe d'une condamnation à mort. Mais il accepte à contrecœur de coopérer, et comme il le soupçonnait, il ne faut pas longtemps à Hinestroza pour comprendre sa trahison.

Miller est surpris de découvrir que Danny n’est pas le voyou à la carrière criminelle auquel il s’attendait ; dans le même temps, Danny se retrouve irrésistiblement attiré par la bonté innée de Miller. Ils commencent à peine à explorer l’attirance entre eux lorsque le tueur à gages de Hinestroza les traque, et ils se retrouvent en fuite pour sauver à la fois leur vie et leur amour, de quelque nature qu’il soit.

 

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