Oberman

Etienne Pivert de Senancour · Chapitre 25 sur 48

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Lettre LXIX

DATX Im., 27 juill., VIII.

 

J’apprends avec plaisir que M. de Fonsalbe est revenu de Saint-Domingue; mais on dit qu’il est ruiné, et de plus marié; on me dit encore qu’il a quelque affaire à Zurich, et qu’il doit y aller bientôt.

Recommandez-lui de passer ici: il sera bien reçu. Cependant il faut le prévenir qu’il le sera fort mal sous d’autres rapports. Je crois que ceux-là lui importent peu; car s’il n’a bien changé, c’est un excellent coeur. Un bon coeur change-t-il?

Je le plaindrais peu d’avoir eu son habitation dévastée par les ouragans et ses espérances détruites, s’il n’était pas marié; mais puisqu’il l’est je le plains beaucoup. S’il a vraiment une femme, il lui sera pénible de ne la pas voir heureuse; s’il n’a avec lui qu’une personne qui porte son nom; il sera plongé dans bien des dégoûts auxquels l’aisance seule permet d’échapper. On ne m’a pas marqué qu’il eût, ou qu’il n’eût pas d’enfants.

Faites-lui promettre de passer par Vevey, et de s’arrêter ici plusieurs jours. Le frère de Mme Dellemar m’est peut-être destiné.—Il me vient une espérance. Dites-moi quelque chose à son sujet, vous qui le connaissez davantage. Félicitez sa soeur de ce qu’il a échappé à ce dernier malheur dans la traversée. Non: ne lui dites rien de ma part; laissez périr les temps passés.

Mais apprenez-moi quand il viendra; et dites-moi, dans notre langue, votre pensée sur sa femme. Je souhaite qu’elle fasse avec lui le voyage; c’est même à peu près nécessaire. La saison favorable pour voir la Suisse est un prétexte qui vous servira à les décider. Si l’on craint l’embarras ou les frais, assurez qu’elle pourra être agréablement et convenablement à Vevey, pendant qu’il terminera ses affaires à Zurich.