Par-dessus le mur

Frédéric Boutet · Chapitre 8 sur 19

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Par-dessus le mur

Le Danger Inconnu

Dans la grande salle claire de la ferme, à côté de la table, couverte encore de la vaisselle du déjeuner, Francine, la femme du fermier Bertin, enfoncée dans un grand fauteuil de paille, au coin de la cheminée, buvait son café à petits coups. Le feu flambait, mais, bien qu’on fût encore en hiver, il faisait si doux cet après-midi-là qu’elle avait ouvert les fenêtres, par où pénétraient la fraîcheur de la campagne et la lumière du soleil pâle.

Un pas rapide vint sur la route. On entra dans la maison.

Francine tourna paresseusement la tête. C’était sa sœur Julie, une paysanne maigre et sans âge qui habitait le bourg voisin.

—Bonjour, dit Julie.

Elle regarda Francine, étalée dans son fauteuil.

—Bon Dieu, ajouta-t-elle avec un ton d’aigreur involontaire, t’as pas l’air à plaindre.

Francine leva sa figure fraîche, un peu empâtée, encore agréable. Elle eut un sourire de satisfaction placide.

—Pourquoi que j’aurais l’air à plaindre? Y a pas de raison… Et pis y fait trop beau… On sent déjà le printemps. Faut profiter des choses, hein?… Dis donc, veux-tu un verre de café? T’es venue de bonne heure aujourd’hui, comment que ça se fait? C’est vrai qu’y a trois jours qu’on ne t’a vue…

—J’ai une nouvelle à te dire…

Elle avait pris un air mystérieux.

—Ton mari, où qu’il est?…

—Bertin? Il est à la foire. Y fait une affaire de chevaux.

—Y gagne toujours de l’argent tant qu’y veut?

—Oh! il est pas mécontent… Du reste, y s’y entend… On croirait pas, à le voir, gros et endormi comme y paraît, qu’il est si madré… Mais celui qui le roulera… Quéque tu veux, c’t’homme, tu l’connais bien, y a que ça qui l’amuse. Il a toujours été comme ça… vendre, acheter, gagner… L’ reste, y s’en fiche…

—Heureusement, hein? railla Julie.

—Heureusement… p’te bien… P’te bien aussi que s’il avait pas été comme ça, s’il m’avait pas toujours laissée toute seule pour aller à ses marchés, j’aurais pas, moi, été comme j’ai été… Du reste, faut croire que ça lui était égal, puisqu’y s’est jamais occupé de ce que je faisais. Et puis, c’est pas à toi, qu’es ma sœur, qu’on a jamais rien eu ensemble, à me reprocher de m’être un peu amusée, puisque ça ne faisait de mal à personne.

—Bien sûr… Et puis j’ te reprochais rien, et tu sais bien que tu me trouveras toujours si t’as besoin de moi…

—C’est pas probable que j’aie besoin de toi. C’est fini, tout ça, ça ne me dit plus… Maintenant je pense plus aux bêtises. J’aime bien manger, bien boire, bien dormir… (Elle s’étira.) Alors je me range. Je soigne Bertin. Je vis tranquille… Le reste… fuu!… Mais quoi donc que t’avais à me dire?

Julie se rapprocha.

—La servante, où qu’elle est?

—Elle est au verger avec le commis. J’suis toute seule avec les enfants, qui jouent là derrière. Tiens, écoute-les! C’ qu’y sont tourmentants!

Des cris s’élevaient. Les deux femmes gagnèrent le jardin.

—Victor! cria Francine, veux-tu finir! Veux-tu que je te gifle!

C’était le plus jeune de ses trois enfants, un garçon de sept ans, trapu, l’air méchant, qui tapait tant qu’il pouvait sur son frère et sa sœur. Ceux-ci hurlaient, sans oser se défendre.

Francine saisit Victor et le secoua sans conviction. Il se débattait rageusement, lançant des coups de pied et grommelant des injures. Elle le lâcha.

—Est-y garnement tout de même! dit-elle d’un ton indolent en revenant s’asseoir au coin du feu avec sa sœur.

—Le fait est qu’y ressemble pas à son père, murmura celle-ci avec un rire équivoque.

Francine, sans répondre, haussa les épaules.

—J’ dis ça, reprit Julie… j’en sais rien… Et pis toi non plus, p’têt’ bien?… Voyons, t’en avais combien d’hommes à ce moment-là… sans compter Bertin, bien entendu?

—Tais-toi donc… (Francine s’asseyait tranquillement.) Te mêle pas de ce que tu ne sais pas. Pourquoi qu’t’as pas fait comme moi, au lieu de rester fille, si ces histoires-là t’amusent tant?… Moi, c’est fini, j’ te le répète! J’y pense plus, à ces blagues-là, c’est oublié…

—Ah!… bien…

Julie la regardait de côté.

—Alors, c’est pas la peine que j’ te raconte quéque chose…

—Quoi donc?

—Quéque chose qu’est sur le journal. Tu l’as pas lu, le journal? J’ le pensais bien; alors j’ t’ai apporté le mien… Tu t’ rappelles Ludovic?… Mais si, le gars qu’on appelait Ludo, et qu’a été dans le temps charretier chez M. Levert, à la grande ferme… Tu sais bien, un brun, pas beau, mais fort comme un turc… et méchant… et qu’avait des mâchoires comme un loup et des drôles d’yeux, tout clairs, sous des sourcils en barre…

—Eh bien? dit Francine avec calme en levant ses yeux bleus.

—Eh bien, ma petite, c’est un assassin!… C’est pas à croire c’ qu’il a fait!… C’est une bête féroce… Il a massacré les gens d’une métairie près de Bourges, à coups de hache. Il a tout massacré: le fermier, la fermière, les servantes… et jusqu’aux bêtes dans l’étable, croirais-tu ça?… Alors on l’a arrêté et il en a avoué… il en a avoué!… Des horreurs qu’il a faites en roulant de pays en pays depuis plus de dix ans… Y peut pas s’empêcher de tuer, qu’y raconte. C’est une chose qu’est en lui. Alors, dame! y en a qui disent que c’est un fou, et y en a d’autres qui disent qu’y fait semblant… C’est sur le journal… Y a tous les détails. Il a raconté qu’il en avait tué deux ici même, quand il était à la grande ferme, y a sept, huit ans… La petite Claudie, qu’on a trouvée abîmée dans la forêt, tu te rappelles bien, qu’on a cru que c’était un chemineau, et pis le vieux père Planchart, qu’on a trouvé noyé dans la mare et qu’on a cru qu’il y était tombé étant saoul… Eh bien, il a avoué… C’était lui… Hein… penser qu’on n’a jamais rien su et qu’on l’a eu comme ça près de soi pendant qu’y ruminait des coups comme ça… qu’on aurait pu y passer comme les autres… C’est un monstre, quoi!… Lis, que j’ te dis… Regarde son portrait. C’est bien lui…

Francine avait pris le journal. Il y eut un silence.

—Dis donc… reprit Julie. Tu sais qu’on a raconté dans ce temps-là… qu’on a raconté qu’ t’étais bien avec lui… C’est-y vrai?…

Francine ne releva pas la tête. Pâle, les lèvres tremblantes, elle regardait la photographie de l’homme que le journal reproduisait.

—Dis donc… reprit encore Julie à voix plus basse… Tu trouves pas… tu trouves pas qu’y ressemble?… Hein! C’est ça?… Tu peux m’ le dire, va!…

Elle s’interrompit. Francine s’était levée; elle courait au jardin.

—Victor! cria-t-elle.

Rien ne répondit. Les enfants ne se montraient pas. Tout à coup les deux femmes les aperçurent sous un hangar tout au fond du terrain. Elles approchèrent. Ils étaient si absorbés qu’ils ne les entendirent pas. Les deux aînés, le garçon et la fille, se tenant par la main, immobiles et penchés en avant, regardaient, avec une curiosité passionnée, ce que faisait Victor, agenouillé par terre.

Victor, dans une souricière tendue au grenier, avait trouvé une souris vivante. Il l’avait descendue au jardin; avec un sécateur qu’il tenait encore, il lui avait coupé les pattes, les oreilles, la queue et le museau, et la misérable petite chose mutilée pantelait sur le sol avec des soubresauts et de faibles cris aigus.

Francine, d’un coup de talon, écrasa la souris. Elle saisit aux cheveux Victor, qui se dressait. Penchée vers son visage, elle le regarda profondément. Elle revit, à travers la mollesse enfantine des contours, la face dure, la mâchoire de loup; elle revit les yeux pâles et farouches, les sourcils en barre; elle revit l’étrange rire hagard et bestial dont elle ne comprenait pas, jadis, toute la signification.

Mais Victor, d’un élan, s’échappa.

—Ben quoi, on ne peut plus rigoler… gronda-t-il d’une voix un peu rauque qu’elle reconnut aussi.

Grimaçant, il gambada, hors d’atteinte. Francine, blême, tremblante, le regardait, glacée de peur en pensant aux jours qui allaient venir, l’un après l’autre, faisant grandir le danger inconnu.

 

SURPRISE…

 

La nuit venait de tomber. Sur le seuil du petit cabaret isolé au coin de la route, la jeune femme était debout dans la lumière jaune qui venait de la salle vide.

—Ce qu’il fait chaud!… murmura-t-elle. Sûr, c’est de l’orage… (Elle s’étira nonchalamment.) Allons, voilà bientôt neuf heures… Louis rentrera pas avant minuit, faut tout de même que je boucle…

Sans hâte, elle rentra, cadenassa les barres qui fermaient les volets des fenêtres et revint assujettir le volet de la porte. Elle entendit les gouttes lourdes de la pluie qui commençait et, laissant son trousseau de clés pendu à la serrure, elle revint sur le seuil.

—Ce que c’est bon! soupira-t-elle. Elle écarta ses cheveux bruns sur son front moite et bâilla en montrant ses dents blanches.

Un homme parut, sortant de la nuit en courant sous la pluie qui ruisselait, et il se jeta si vite dans le cabaret que la jeune femme poussa un cri.

—Qu’est-ce qui tombe! (Il secoua son chapeau inondé.) Je peux dire que j’arrive à temps…

C’était un grand gaillard blond, à l’air jovial et bien portant. Il était convenablement vêtu; une chaîne d’or barrait son gilet; il avait une alliance au doigt et portait sous son bras une boîte plate et noire.

—Deux minutes plus tard, c’était fermé, dit la jeune femme. Comment que ça se fait que vous êtes comme ça par les chemins?

—Ben, je vais vous dire. Je suis bijoutier, n’est-ce pas, et je place moi-même dans la campagne. Depuis trois jours, je suis à la ville voisine et je rayonne. Alors, ce soir, je me suis entêté à rentrer à pied pour dîner malgré que j’étais en retard… Je me suis perdu et avec cette pluie… J’ai été bien content de voir votre lumière… Et puis, on dit que c’est pas sûr les routes de ce côté-ci… Alors, comme là-dedans j’en ai pour de l’argent!… (Il tapa sur la boîte noire et soudain s’arrêta comme inquiet.) Vous êtes toute seule?… Il n’y a personne là? acheva-t-il, soupçonneux, en montrant une porte.

La jeune femme eut un haut-le-corps.

—Non, y a personne! Qu’est-ce que ça veut dire? Pour quoi donc que vous prenez la maison? Mon mari est à la ville, il a été retenu pour affaire, mais il va rentrer avant qu’y ne soit minuit. Et moi je boucle, faut vous en aller.

—Vous fâchez pas, dit l’homme. Vous auriez pas le cœur de me mettre à la porte par un déluge comme ça… Et puis j’ai l’estomac dans les talons et je voudrais bien manger un morceau…

—Il y a de la viande froide et du fromage, dit la jeune femme; mais faudra vous en aller après. On ne donne pas à coucher ici, c’est pas un hôtel.

Il eut un rire gaillard:

—C’est malheureux! Surtout si on pouvait remplacer votre mari, hein?…

Sans se fâcher elle haussa les épaules.

—Voulez-vous vous taire! Vous n’avez pas honte?… vous, un homme marié…

Il eut l’air stupéfait.

—Comment que vous savez que je suis marié?… Ah! que je suis bête, mon alliance!… Ce que j’en disais, c’était pour blaguer… Quand je vois une jolie femme, j’peux pas m’en empêcher, mais faut pas vous formaliser.

Elle le servit. Il avala d’abord deux verres de vin pur et se mit à manger avec appétit. Il avait gardé sa boîte noire à côté de lui, sous sa main.

Soudain, il tressaillit, posa son verre et se dressa.

—Qu’est-ce que c’est?

Quelque chose avait gratté derrière la porte en face de lui. La jeune femme rit.

—C’est Kiki. Oui. Tenez, le voilà! Il ne vous mangera pas…

Elle ouvrit à un gros chat gris qui entra en se frottant au chambranle.

—Il est là rapport aux souris du grenier, continua-t-elle. Mais ce que vous êtes traqueur…

L’homme s’était rassis et vidait son verre.

—J’suis pas traqueur, dit-il d’un air vexé, mais c’est tout mon avoir que j’ai là-dedans… C’est pas du toc. C’est tout ce qu’il y a de beau et de riche…

—On peut voir?

La jeune femme, intéressée, s’était rapprochée.

—Bien sûr… La vue n’en coûte rien.

Il se leva, vérifia la fermeture des volets et donna un double tour à la porte d’entrée, où pendait encore le trousseau de clés qu’il rapporta. Il ouvrit la boîte noire.

—Regardez-moi ça!

La jeune femme se pencha, mais elle eut à peine le temps d’entrevoir des chaînes dorées. Elle jeta un hurlement qui s’étrangla. L’homme l’avait saisie par derrière. Il l’enleva comme une plume, la jeta sur la table, l’immobilisant d’une main de fer, étouffant ses cris sous une serviette.

—Sois sage… gronda-t-il. Tu vois ça: si tu cries! Où est l’argent?

Renversée, folle de peur, elle haletait. Plus encore que la lame blanche du couteau qu’il brandissait devant ses yeux, la figure de l’homme, ses yeux devenus sinistres, la terrifiaient. Sans pouvoir parler, elle fit un mouvement de menton vers le comptoir.

Il la laissa se redresser.

—Attention! Si tu bouges, si tu cries… T’as compris? (Il agita son couteau et la regarda de près.) T’es sage, hein? (Il eut un rire sec.) Oui, je vois ça, alors je ne t’attache pas…

Il prit les clés, alla au comptoir, chassa le chat gris qui était juché dessus, observant la scène, et saisit une bouteille de cognac dont il avala une longue gorgée. Puis il fouilla dans le tiroir-caisse.

—Soixante-douze francs… c’est pas bésef! dit-il en mettant la monnaie dans sa poche. Où qu’est le reste?

—Le reste… balbutia la jeune femme.

—Oui, les économies. Le pognon qu’on cache. Le bas de laine, quoi! Où que c’est fourré? Dans une armoire? Sous le matelas?

—Je vous jure… y a pas autre chose… mon mari a tout mis aujourd’hui à la caisse d’épargne… C’est pour ça qu’il est allé à la ville…

L’homme rit encore silencieusement et revint près d’elle.

—Je te donne une minute pour te décider.

Il avait apporté la bouteille de cognac. Il s’en versa dans son verre à vin et l’avala d’un trait. La jeune femme, raide sur sa chaise, les cheveux épars, livide, claquait des dents.

—Ce que t’es traqueuse, dit-il railleusement… Veux-tu parler maintenant?… Une fois… deux fois…

Une flamme d’ivresse dansait dans ses yeux. Il approcha lentement le couteau.

—Y a rien!… Je vous jure, y a rien!… Grâce!

Elle eut un râle d’horreur, la pointe piquait son cou. Soudain, l’homme ôta l’arme.

—J’peux pas, grommela-t-il… Ce que je suis feignant… (D’un air colère, il prit la bouteille et but au goulot.) Tu vois, ma poule, reprit-il tout haut, j’aime mieux te croire que de te faire du mal… Y a pas plus galant que moi… Les hommes, j’en boufferais six; mais les dames, elles font de moi ce qu’elles veulent… Surtout quand elles sont gentilles… Allons, fais risette… C’est trouvé, hein! le coup du bijoutier avec les chaînes en toc… Ça pose, c’est respectable, ça donne confiance au monde… C’est comme l’alliance… Allons, rigole, que je te dis!… T’es bien plus chouette quand tu rigoles…

Il l’avait saisie par la taille. Il l’embrassa brutalement. Passive, toujours épouvantée, elle se laissa pousser vers la chambre.

Au milieu de la nuit, elle entendit, étouffés dans la boue de la route, les pas qu’elle guettait. Doucement, prenant garde de ne pas réveiller l’homme qui s’était soudain endormi à côté d’elle d’un lourd sommeil, elle se dressa sur le lit et, à demi nue, elle se glissa dans un office jusqu’à une étroite fenêtre, la seule qui n’eût pas de volets cadenassés parce que des barreaux de fer la défendaient.

Dans la nuit que la vague lueur tombant des lourds nuages blêmes rendait indécise, elle reconnut son mari qui venait sur la route, et fut si heureuse que des larmes mouillèrent ses yeux.

—Louis! appela-t-elle à travers les barreaux, d’une voix étouffée.

Il tourna la tête.

—Chut!… souffla-t-elle. Approche. Pas de bruit. Dis rien. Y a un bandit. Oui, un voleur. Il a volé le tiroir-caisse. Il a voulu me tuer… Il a bu, il est saoul et il dort. Je ne peux pas sortir. Il a les clés des fenêtres et de la porte dans sa poche… Tu as ton revolver… Viens vite…

Le mari écoutait, ahuri. Il était gros et court, avec une moustache en brosse et des yeux ronds dans une face épanouie que l’émotion faisait pâlir.

—Que je vienne? bégaya-t-il.

—Oui. J’ose pas lui prendre les clés pour me sauver. J’ai peur qu’il se réveille et qu’il me tue… Va chercher l’échelle du hangar, monte par le grenier, la lucarne est ouverte… Dépêche-toi… Qu’est-ce que tu attends?

—J’attends… J’attends… Ça ne se peut pas…

Il balbutiait, affolé, et, malgré la nuit, la jeune femme voyait la sueur couler sur sa figure devenue couleur de plâtre.

—Ça ne se peut pas… Faut avoir la loi avec soi… J’connais que ça, moi… Faut pas se mettre dans son tort… Des coups de revolver… comme tu y vas!… J’cours chercher les gendarmes… Toi, bouge pas… y s’réveillera pas… Et tu verras ce qu’y prendra quand nous reviendrons.

Il était déjà parti, galopant dans la boue, sous la pluie qui recommençait.

La jeune femme, béante, le regarda s’effacer dans l’ombre. Elle était si stupéfaite qu’elle resta là cinq minutes sans bouger et sans bien comprendre.

—Ça, par exemple… Ça, par exemple!… murmura-t-elle enfin.

Elle rentra dans la chambre à coucher. Sur le lit, l’homme dormait toujours, elle alla à lui et le secoua par le bras.

Il bondit, prêt à se battre.

—File! cria-t-elle. Passe par derrière! Mon mari revient avec les gendarmes.

Ahuri, il la regarda et, dans sa fatuité, crut comprendre.

—T’es une chouette poule! dit-il. V’là tes clés… Viens m’ouvrir… Et as pas peur… on se reverra…

Il fila. Elle s’assit dans la salle, sous la lampe qui mourait, et resta immobile, méditant sa haine nouvelle. En face d’elle, le chat gris, assis sur la table, la regardait de ses yeux verts.

 

UN ENLÈVEMENT

 

M. Jules Blandois, quadragénaire corpulent, d’aspect madré et revêche, mettait en valeur, dans son magasin, quelques meubles achetés le matin au cours d’une tournée dans la campagne. A la demande formulée d’un ton gracieux et dégagé par son frère, il se retourna, furibond:

—Non, non et non! Je te loge et je te nourris depuis deux mois à rien faire, c’est déjà bien joli, mais te fournir d’argent de poche, je ne marche pas! Fais comme moi: travaille.

—Ce n’est pas de ma faute si ma santé délicate m’interdit les fatigues, gémit M. Hector Blandois, et si mes facultés intellectuelles ne trouvent pas leur emploi dans cette petite ville…

—Est-ce que je t’ai demandé de venir? Fallait rester à Paris. Qu’est-ce que tu y as fait pendant des années? Oui, je sais, tes facultés intellectuelles, et tes grands projets, et les femmes du monde qui devaient faire ta fortune… Tout ça, c’est de la blague… Maintenant, file, voilà un client!

M. Hector s’en alla, mortifié, mais la douceur du jour ensoleillé l’eut bientôt rasséréné. Sur son heureuse nature, les impressions pénibles marquaient peu, et l’injustice extrême de la société, qui n’avait pas encore récompensé ses mérites, le laissait sans fiel. Son heure viendrait, il l’attendait. Dans la glace d’un coiffeur, il jeta un coup d’œil de satisfaction sur lui-même. Ses vêtements paraissaient peut-être un peu fatigués, mais son air jeune, sa stature élégante, son teint pâle et ses yeux noirs l’enchantaient. Il traversa la ville, alla vendre, chez un concurrent de son frère, un petit bougeoir qu’il avait adroitement détourné dans le magasin de celui-ci. Sûr ainsi de pouvoir, avant dîner, aller au café, il acheta un paquet de cigarettes et, content de vivre, se dirigea vers la campagne pour une promenade nonchalante.

Il suivit une route qu’il ne connaissait pas encore et qui le mena, le long d’une rivière, vers un bois déjà verdissant. M. Hector aimait la nature, et les jeunes pousses l’attendrirent. Un vieux mur, qu’il côtoyait en s’enfonçant parmi les arbres, lui inspira des idées romanesques. Comme il était curieux, voyant, dans le mur, une étroite grille dont les volets de bois vermoulu étaient détachés, il s’approcha pour jeter les yeux à l’intérieur du domaine. Mais il ne prit pas garde au vaste parc sauvage qu’il entrevit et tomba en arrêt devant un objet plus intéressant: dans le parc, de l’autre côté de la grille, se trouvait une jeune fille. Elle paraissait dix-sept ou dix-huit ans, elle était blonde et fraîche sous le capuchon rabattu d’une grande mante qui l’enveloppait; elle tenait des fleurs qu’elle venait de cueillir. Surprise par l’apparition soudaine de M. Hector, elle le regardait avec une curiosité effarouchée d’enfant prêt à s’enfuir. M. Hector répondit par un long regard langoureux et fascinateur. Et elle était si charmante qu’il esquissa l’envoi d’un baiser et roucoula:

—Exquise… divine… une nymphe… Non, non, ne fuyez pas… par pitié…

Tant qu’elle fut visible, il resta là comme enchaîné par un charme puissant. Puis il retourna vers la ville. Il était en proie à une certaine animation et prit discrètement des informations sur le domaine et sur ses habitantes.

Ce qu’il apprit l’intéressa vivement et, le lendemain, il revint de bonne heure se poster aux abords de la grille. Sa fatuité était grande, en sorte qu’il ne fut pas surpris de voir, dans le parc, reparaître la jeune fille. En l’apercevant, elle devint très rouge, et lui se prosterna presque dans l’herbe pour la remercier d’être venue. Elle consentit à s’approcher. Il feignit le trouble et le balbutiement. Puis, il devint poétique et le fut davantage encore les jours suivants où, pareillement, ils se revirent à travers la grille.

Elle l’écoutait, rougissante, confuse, charmée sans doute, et elle disait seulement:

—Je ne devrais pas venir… Ce n’est pas bien… On va me surprendre… Il faut que je parte…

Elle ne semblait pas le trouver ridicule quand, la main sur le cœur et roulant des yeux pâmés, il parlait d’âme sœur, de solitude affreuse dans le voyage de la vie, de cœur meurtri (c’était le sien) soudain renaissant à l’espoir, du ciel qui les voyait et des conseils chuchotés du printemps. Au bout de huit jours, il se mit à genoux pour la supplier de lui donner une mèche de ses cheveux.

Un jour, elle ne parut pas, et il resta jusqu’au soir, furieux et inquiet, à la grille du parc. Le lendemain, quand il revint, elle était déjà là, encore essoufflée d’avoir couru pour arriver plus vite.

—Ce n’est pas de ma faute, pour hier! lui dit-elle avec une expansion inaccoutumée. Ce n’est pas de ma faute! Ça m’a fait tant de peine! Mais elle m’a gardée près d’elle toute la journée. J’en ai pleuré! Elle me tyrannise! C’est parce que je suis orpheline, mais elle n’a pas le droit! Et Mademoiselle est aussi sévère qu’elle. Je suis malheureuse! Je suis malheureuse!

Elle éclata en larmes en tendant, à travers la grille, ses mains à M. Hector.

«C’est cela, se dit-il, c’est cela. La vieille grand’mère tyrannique et l’institutrice sévère. C’est bien ce qu’on m’a dit… Le moment est venu…»

Et, attirant la jeune fille aussi près que la grille le permettait, il modula avec âme sa grande déclaration. L’enfant, frémissante, pâlit d’émoi; elle chuchota: «Oui», et s’enfuit.

Le soir même, M. Hector eut avec son frère, dont le concours lui était indispensable, une grave explication. M. Jules Blandois, tout d’abord stupéfait et sarcastique, puis incrédule et méfiant, consentit enfin à se laisser à peu près convaincre.

—Résumons-nous, dit-il, du ton qu’il prenait pour traiter une affaire. Tu vois une petite à travers une grille, tu lui parles, tu lui joues la comédie, tu l’embobelines. Tu t’es informé, tu sais que la grand’mère est une vieille millionnaire à moitié folle qui ne sort jamais, ne reçoit jamais, et fait marcher tout le monde chez elle au doigt et à l’œil. Alors, comme la petite s’embête, tu joues d’autant plus le beau ténébreux et la grande passion. Finalement, c’est convenu que tu vas l’enlever. Bien entendu, tu te dis qu’une fois que ça y sera la vieille sera bien forcée de te la donner en mariage… avec la fortune… Tu ne trouves pas que c’est un peu canaille?

—Serai-je donc toujours méconnu? Il n’y a, je pense, pas de canaillerie à épouser la femme qu’on aime et qu’on doit rendre heureuse, protesta noblement M. Hector, qui avait un peu rougi.

—Alors, reprit l’autre, il te faut de l’argent pour les frais, la voiture, le voyage, la maison que tu veux louer d’avance à la ville voisine pour y recevoir la petite? Eh bien! écoute, mon garçon: je marche, je vais t’avancer ce qui est nécessaire. Mais écoute bien: si tu te payes ma tête, si c’est un truc pour m’estamper, si ça ne réussit pas… tu peux filer où tu voudras: tu ne rentreras pas ici, je t’en donne ma parole!

M. Hector haussa les épaules. Pour qui le prenait-on? Et il ne put s’empêcher de sourire à l’avenir doré.

Après des préparatifs diligemment menés, M. Hector, cinq soirs plus tard, dans l’ombre nocturne et sous une pluie aigre, attendait fébrilement, tapi au pied du vieux mur. Une clé grinça, la grille gémit. Il s’élança, les bras ouverts. La jeune fille s’y jeta, palpitante.

Dans la voiture, elle resta muette et tremblante aux côtés de M. Hector qui, un peu ému tout de même, lui tenait la main. Mais quand elle se trouva seule avec lui dans un wagon qui les emportait à travers la nuit et la pluie, elle se serra, éperdue, contre lui.

—Vous m’aimez… Vous m’aimerez toujours? murmura-t-elle.

—Mon amour! ma vie! ma femme! s’écria M. Hector avec feu. Je vous adore saintement! Je suis un homme d’honneur, et votre respectable grand’mère…

—Quelle grand’mère? dit l’enfant étonnée. Moi, je n’en ai pas. Je suis orpheline. C’est la grand’mère de Mademoiselle qui me grondait toujours et m’empêchait de sortir. Elle tyrannise tout le monde… Je suis la sœur de lait de Mademoiselle, et je m’appelle Claire comme elle, et on m’avait fait venir pour être sa demoiselle de compagnie, soi-disant… Mais ce n’est pas vrai! On me faisait laver la vaisselle, et on me traitait plus mal qu’une servante, et tout le monde me détestait, et j’étais malheureuse!… Mais maintenant… maintenant, je sais que je vais être très heureuse, acheva-t-elle en tendant timidement et tendrement la main à M. Hector, effondré.

 

UN SOIR D’OUBLI

 

A la porte du cabinet directorial, Anatole Malabon eut une dernière hésitation, et, dans une agonie de cette timidité maladive qui avait toujours aggravé les innombrables épreuves de sa vie, il faillit prendre la fuite.

Le sentiment de son extrême détresse l’en empêcha. Il se souvint qu’il était un bohème de cinquante ans, sans ressources, sans relations et sans autre espoir d’améliorer sa situation que la démarche qu’il tentait. Il se souvint qu’il y avait, dans un sordide logement au fond des Ternes, une vieille femme impotente qui était sa mère et à qui il fallait des soins et des remèdes chers. Il se souvint de ses dettes misérables et criardes. Il regarda sa redingote verdie, son pantalon effrangé sur ses chaussures crevées. Dans un sursaut de résolution désespérée, il entra pour affronter M. Bance et lui demander une augmentation.

M. Nestor Bance était le propriétaire d’un établissement florissant qu’il appelait, dans ses prospectus, une maison d’enseignement intensif, établi selon les méthodes les plus modernes, pour la préparation aux examens,—et que les élèves appelaient une boîte à bachot.

M. Bance, rompant avec la tradition, n’avait pas installé son institution au quartier Latin, mais dans les parages élégants du Trocadéro. Il n’était pas très estimé des chefs d’institutions similaires, qui l’accusaient d’accorder une liberté excessive aux élèves riches. Mais leurs critiques n’atteignaient pas M. Bance, qui les attribuait à l’envie. Aucune histoire fâcheuse n’avait jamais compromis la réputation de sa maison; son austérité personnelle était sans reproche et sa seule distraction connue était de faire volontiers des conférences sur n’importe quoi qui fût respectable.

Anatole Malabon, qui avait été normalien, était répétiteur de lettres, depuis trois ans, à l’institution Bance, et il aurait préféré être forçat. Ses élèves le traitaient comme une chose sans valeur, ses collègues ne lui adressaient pas la parole en dehors du service et les garçons de salle l’injuriaient volontiers. Tout cela n’était rien, mais il y avait M. Bance, qui pouvait, d’un mot, le rejeter à la rue, M. Bance, majestueux et méprisant, qui l’accablait de corvées gratuites, se plaisait gravement à le malmener et dont le seul aspect,—avec sa calvitie correcte, sa barbe solennelle et ses lunettes autoritaires,—frappait Malabon d’une angoisse paralysante.

Maintenant, debout devant M. Bance, qui, enfoncé carrément dans un fauteuil sévère, et sévère lui-même, le regardait sans mot dire, Anatole Malabon, maigre, hagard et tremblotant comme un vieil oiseau fasciné, exposait en bafouillant son humble requête. Il ne pouvait pas vivre. Tout était si cher. Il avait sa vieille mère. Il avait des dettes déshonorantes. Il n’avait plus de vêtements, plus de chaussures, plus de linge. Il avait vendu tout ce qui pouvait être vendu chez lui. Il gagnait trop peu: cent soixante-quinze francs par mois.

—Plus le déjeuner de midi! dit M. Bance.

Malabon, déconcerté, s’arrêta. Puis, après un silence, il recommença, redit, dans les mêmes termes, ses misères, et, dans un coup de courage, formula sa demande: deux cent cinquante francs seraient la vie. Il ferait tous les travaux supplémentaires qu’on voudrait…

Sa voix s’étrangla. Il attendit, pantelant.

M. Bance, qui jouait avec un coupe-papier, répondit enfin:

Il regrettait. Il regrettait beaucoup. C’était impossible. Absolument impossible. (Le coupe-papier, soulignant le mot, fendit l’air.) M. Bance devait ajouter qu’il ne gardait que par pitié M. Anatole Malabon, dont la tenue ne répondait pas entièrement aux exigences d’une maison de premier ordre. M. Bance ne pouvait pas cacher qu’il serait heureux que M. Anatole Malabon trouvât, à l’occasion, une autre place, plus digne de lui sans doute…

Malabon sentit la menace et eut froid dans le dos. Il vit l’indigence et la faim. Il balbutia qu’il était trop heureux de collaborer avec M. Bance. Il promit d’améliorer sa tenue. Il pria qu’on lui pardonnât sa démarche, et sortit.

Il s’en alla chancelant, sans forces pour la colère, mais accablé d’une si cruelle détresse qu’il décida lâchement de s’accorder ce qu’il appelait un soir d’oubli.

Il passa chez lui, donna quelques soins à la vieille impotente, à qui il ne parla pas de son insuccès, puis, après une légère hésitation, il empaqueta les trois derniers livres qui restaient dans sa bibliothèque et les porta chez un bouquiniste voisin, où il obtint quinze francs.

Alors Anatole Malabon gagna le quartier Latin.

Selon sa coutume, il commença le soir d’oubli dans une petite taverne enfumée, tapie dans les parages de la rue des Écoles. C’était là qu’il venait au temps où il était jeune, et, dans le décor sale et pauvre, il retrouvait ingénument ses enthousiasmes de jadis. Le patron, qui datait aussi de ces époques anciennes, avait pour lui une déférente tendresse et lui faisait payer dix sous seulement ses consommations.

Ce soir-là, il en fallut cinq à Malabon pour commencer à oublier ses misères, y compris l’institution Bance. Comme il achevait la dernière, un optimisme puéril, que trente années d’épreuves n’avaient pu tuer, l’envahit, et il se dit que rien n’était perdu et qu’il avait encore le temps de conquérir la gloire. Il dîna d’un petit pain, pour ne pas dépenser en aliments l’argent destiné à l’alcool bienfaisant. Puis, en compagnie d’un philosophe roux, épave comme lui des temps lointains, et qui n’était jamais plus lucide qu’étant ivre, il gagna, vers neuf heures, la rue.

Le soir était doux et la vie lui parut digne d’être vécue. Dans tous les cafés du boulevard Saint-Michel il s’arrêta, et, en même temps que l’ivresse, la joie d’être au monde grandissait en lui. Avec le philosophe roux, au hasard de leur fantaisie, ils burent et discoururent, inlassablement. Ils parlèrent socialisme avec des réfugiés russes. Ils parlèrent esthétique avec des artistes scandinaves. Des adolescents chevelus et mal mis, pareils, eux aussi, malgré leur jeunesse, à des vestiges d’âges abolis, s’annexèrent à eux. Il y en avait deux qui, taciturnes, sentaient l’éther. Un autre toussait et, d’une voix haletante, édifiait la société de l’avenir. Soudain, inexplicablement, deux filles, très jeunes, violemment maquillées, décolletées jusqu’à la taille, séduites par on ne sait quoi, se joignirent à leur groupe. Malabon en pris une sous le bras, et, tendrement, lui récita des vers latins, qu’elle écoutait, flattée.

Ils entrèrent dans une grande brasserie étincelante. Malabon marchait le premier. Son chapeau rejeté en arrière, laissait voir son grand front dépouillé, les mèches grises de ses longs cheveux flottaient le long de ses joues hâves, où l’alcool avait mis des plaques enflammées, et les basques de sa redingote s’envolaient derrière lui, car, en entrant, il esquissa un pas de danse, avec la fille, qu’il tenait toujours par le bras et qui riait sans interruption. Les autres suivaient.

Soudain, Malabon avec stupeur, vit Bance.

M. Nestor Bance était assis, seul, à un guéridon, de l’autre côté de la salle, et il regardait fixement Malabon, la fille fardée et la bande bizarre qui les accompagnait.

Malabon ne s’étonna pas de voir son directeur en ce lieu, tant, tout d’abord, la terreur absorba ses facultés. Il se dit qu’il était perdu et, une seconde, fut dégrisé. Mais l’ivresse revint plus forte; une haine, contenue depuis trois ans, le saisit, et le démon pervers qui habite l’alcool le poussa à l’irrémédiable.

Il traversa la salle et son bras étendu désigna au philosophe roux, aux filles et aux adolescents chevelus M. Bance.

—Regardez tous! hurla-t-il d’une voix tragique qui emplit la brasserie. Voilà le mauvais riche!

M. Bance ne bougea pas. Malabon battit un entrechat démoniaque et reprit:

—Honte à toi! Mon malheur est sans bornes de par ta férocité cupide! mais j’ai l’âme pure et le cœur bon, et je te méprise, Nestor Bance!

M. Bance se leva. Malabon était très ivre, mais reconnut pourtant que les yeux de M. Bance, derrière les lunettes, étaient troubles et comme vernis, qu’un sourire insolite tremblait sur ses lèvres et que, pour tenir debout, il dut s’agripper au bord du guéridon, où s’écroula une pile énorme de soucoupes.

M. Bance parla:

—Patapon, tu n’es pas un beau! articula-t-il difficilement.

—Il est saoul! cria Malabon, exultant.

—Pourquoi pas? dit avec douceur M. Bance, Patapon, pourquoi avoir inventé des histoires de dettes et de vieille mère infirme, au lieu de dire: «Bance, je veux être augmenté pour faire la noce!» Je te prenais pour un pleurard vertueux et résigné. Je te fais mes excuses, Patapon. Tu auras quatre cents francs et tu seras surveillant général. Dis à tes amis les anarchistes de ne pas me faire de mal et ne cherche pas une autre place. J’ai besoin d’un homme de confiance… et qui soit discret… Que veux-tu, on ne peut pas toujours s’ennuyer…

Il y eut un silence.

—Assieds-toi, Patapon, il fait soif, ajouta, en confidence, M. Bance, et présente-moi aux jeunes personnes, dis?