Pensées Obscures (L'Au delà du Noir t. 1) (French Edition)

Entre la Galilée et le Plateau du Golan

La maison à la porte cintrée

 

Les lueurs du jour se pâment de disparités où l’ombre et la lumière du crépuscule se disputent quand la Bugatti se gare face à une immense demeure moderniste aux courbes cubiques. Elle est perdue au beau milieu d’une nature verdoyante émaillée d’oliviers. Sa porte d’entrée violette cintrée, ornée d’un heurtoir en forme de hibou, attire mon attention.

- Y’a-t-il des fans de Harry Potter qui vivent dans cette maison ?

- C’est à propos de la porte ?

- Oui.

- Je comprends mieux pourquoi l’ancienne propriétaire m’a

demandé de ne pas la remplacer.

- Tu veux dire que tu as acheté cette propriété.

- Oui en viager dit-il avec une mine faciale désinvolte, attitude que

je n’avais jamais remarquée chez lui auparavant.

- Sais-tu que c’est dans la suite 552 de l’hôtel Balmoral à

Édimbourg que J.K. Rowling a achevé la rédaction de Harry Potter et

les Reliques de la Mort le 11 janvier 2007 ? D’ailleurs, les lieux

portent son nom. La porte de la suite J.K Rowling à Balmoral est

rectangulaire, contrairement à celle-ci qui est cintrée et large.

- Cela prouve bien que l’ancienne propriétaire avait plus

d’authenticité que l’architecte d’intérieur de l’hôtel Balmoral.

- Pourquoi as-tu acheté cette propriété en viager ?

- Pour avoir une vue panoramique sur le plateau du Golan et la

mer de Galilée. Pour la vente en viager, c’était l’ancienne propriétaire

qui l’avait exigée pour avoir une rente très confortable qui tombait

tous les mois.

- Combien lui versais-tu ?

- Une somme assez conséquente qui lui permettait de finir ses jours

paisiblement.

- On dirait que tu n’aimes guère parler de chiffres.

- Si j’aime parler de chiffres exclusivement avec Jeff mon

gestionnaire de patrimoine.

- Quand est-ce que j’aurais le plaisir de le rencontrer ?

- Quand le moment sera propice.

- J’imagine que ce sera lui qui approuvera mes dépenses.

- Si tu ne me ruines pas.

- C’est-à-dire ?

- Si tu fais des achats raisonnables, il n’aura pas à les valider.

- Pourtant il va bien falloir que j’aie mes propres moyens de

paiement pour me constituer une nouvelle garde-robe.

- Tu peux te servir de mes cartes de crédit.

- Pour que tu exerces ton contrôle sur moi.

- Je ne l’avais pas envisagé sous cet angle.

- Il faut que je pense faire venir toutes mes affaires de Tokyo. Ça va

être un boulot monstre. Que vais-je dire à mes parents ? Ils se sont

donné tant de mal pour m’offrir un appartement.

- On s’occupera de tous ces détails progressivement. Le plus

important c’est que tu te concentres sur nos fiançailles. Pour ce qui est

de tes parents, tu les appelleras pour leur mettre au courant de ta

nouvelle vie quand tu te sentiras prête. Tu as fait le choix de suivre

l’homme de ta vie, ils finiront par se faire une raison.

- Si seulement c’était aussi simple.

Je change de sujet pour ne pas mesurer les conséquences de mes actes

qui risquent d’embrouiller à jamais ma relation avec mes parents et ma petite sœur.

- Les champs qui nous entourent t’appartiennent ?

- Oui.

- Serais-tu un acheteur compulsif ?

- Tu me traitais d’ultra capitaliste hier dans mon bureau, me

reproche-t-il avec une note d’amusement dans la voix. Nous vivons

dans un vaste marché de l’offre et de la demande, autant en profiter.

De plus, la vieille dame avait besoin de revenus à la hauteur de son

niveau de vie.

- Je te trouve bien pragmatique.

- Tout comme ton père me rappelle-t-il avec son clin d’œil

tellement sexy et craquant. Mon Dieu, il va finir par faire flamber ma

culotte.

La porte s’ouvre comme par magie pour laisser passer un Husky qui

court droit vers Shuw’al. Il lui tombe dessus en calant ses pattes de devant sur son torse. Kal rit de bon cœur en lui caressant son crâne, son pelage, puis son museau. Il en redemande en aboyant, en se roulant par terre et finit par se fondre dans les bras de Kal.

- Doucement mon grand.

Quel tableau attendrissant !

- Comment s’appelle-t-il ?

- Jofi, il a un an et demi. Il est originaire de la Sibérie orientale. Sa

mère a été fécondée par un loup pour garder la pureté du loup chez le

Husky dans la Kolyma en Sibérie orientale. Jofi est aussi un digital

nomade.

- C’est quoi un digital nomade ?

- Il est employé chez Human Corpus. Une compagnie qui élabore

des algorithmes et des plateformes où elle vend des NFT utilisables

dans les métaverses. J’en suis l’actionnaire majoritaire. Jofi fait le

tour du monde pour observer l’humanité interagir. Il a un passeport, il

n’a pas de maître. Je l’ai invité ce week-end pour qu’il fasse ta

connaissance. Il repart lundi dans la matinée. Mon grand, je te

présente Millie Carvalho Torres la plus belle et la plus intelligente

nana au monde. C’est aussi ma meuf.

Jofi se détourne de Kal et pilote son regard vers moi en inclinant sa tête

sur le côté. J’ai l’impression que je me fais étudier par lui pour ensuite établir une objection.

- Ses yeux me font peur.

- Normal, ils sont hétérochromes.

- C’est-à-dire ?

- Ses yeux sont de couleurs différentes dues à des pigmentations

variées présentes au sein de ses iris.

- Est-ce que c’est une maladie ?

- L’hétérochromie peut être pathologique, mais chez Jofi c’est

génétique. Sa mère est Husky, son père loup.

- Il est aussi craquant que son employeur. Je fonds littéralement

d’amour pour vous deux.

- Moi qui croyais que j’étais ton seul amour. Mon grand, tu

commences déjà à me piquer ma femme.

Jofi tend ses oreilles tout fier.

Kal plonge sa main dans son épaisse fourrure et lui gratte les flancs. Je m’agenouille à côté d’eux et le caresse à mon tour. Il remue sa queue pour montrer sa satisfaction.

- Sais-tu ce qui est extraordinaire chez Jofi ? me susurre-t-il dans

le creux de l’oreille avec sa voix chaude qui me procure des frissons

dans les recoins les plus intimes de mon être. Tu peux lui révéler tous

tes secrets sans qu’il te juge.

- Es-tu en train de sous-entendre que j’ai quelque chose à me

reprocher ?

- Seul Jofi en jugera, mais il ne me le dira jamais, pas vrai mon

bonhomme ?

Jofi semble approuver ses dires à travers ses yeux lumineux qui

changent de couleur au fil de ses émotions avec une inclinaison de tête.

- Il porte bien son nom. Le chien de Sigmund Freud s’appelait Jofi.

Quand il recevait ses patients, Freud leur tournait le dos. Son chien se

tenait au pied du canapé où s’allongeaient ses patients, face à eux en

les écoutant déblatérer leurs angoisses.

- J’aime l’intelligence de ma femme. Tu viens de deviner la

présence thérapeutique de Jofi.

- En quoi consistent les algorithmes qu’élabore Human Corpus ? 

- Ils influencent sur les comportements des personnes. Ils les

emmènent à agir tel que Human Corpus voudrait qu’ils agissent sans

qu’ils s’en rendent comptent. Ces mêmes algorithmes sont aussi actifs

dans le cinéma. Ils déterminent si un projet de film aura ou non du

succès auprès du public en évaluant son scénario. Grâce à eux, les

investisseurs potentiels sauront les films qui marcheront et ceux qui

feront un flop. Human Corpus élabore aussi des jeux vidéo dans le

Metavers.

- Que deviendront les films à petits budgets ? J’ai l’impression que

mon mari contribue à la mort de l’inclusion dans le cinéma.

- Je te rappelle que tu m’as traité d’ultra capitaliste ce qui veut

dire que seul le profit compte pour moi.

- Et quel est le rôle de Jofi dans ce capitalisme macabre ? Ne peut-

il pas rester un chien de monsieur et madame tout le monde ?

- Jofi est le visage de Human Corpus. Il la représente. Quand il va

au contact de familles, d’enfants, de jeunes dans les aéroports, les

parcs d’attractions, les hôpitaux, Jofi déculpabilise Human Corpus sur

les milliards de bénéfices qu’elle empoche et la rend humaine. C’est du

marketing.

- Un marketing parasitaire pour l’homme et hypocrite bien rodé

dont Jofi en est le triste visage. Pauvre Jofi, il ne demande qu’à être un

chien normal et jouer avec ses copains.

- Il y’a des chiens bien plus malheureux que Jofi. Qu’en dis-tu,

mon grand ?

Jofi a l’air de toujours approuver ce que dit son employeur en aboyant.

- La manipulation de l’humain est le marketing le plus redoutable

et le plus rentable c’est ainsi que fonctionne le monde Millie,

s’enthousiasme-t-il avec une approche détachée. Finalement, tout est

manipulation dans le monde de Kaleb même dans des domaines

insoupçonnés. Il est certes héritier et rentier, cependant je n’avais

jamais soupçonné que l’étendue de sa fortune lui donnait le pouvoir de

détourner l’intelligence humaine par le biais de l’intelligence

artificielle : des algorithmes.

- A-t-il un compte Instagram ?

- Non, le but c’est de rendre Jofi accessible dans la vraie vie, pas

en faire un objet scénarisé même si c’est la finalité, par contre le #jofi

se chiffre à des millions.

- Tu es une star Jofi. Je suis ravie de faire ta connaissance et de

passer le week-end avec toi même si je n’approuve pas le rôle perfide

que mon cher mari te fait endosser. J’aurais voulu que tu sois un chien

normal.

Comme s’il avait compris le sens de mes propos, il me lèche la joue en

guise de réponse. J’éclate de rire prise au dépourvu par cette marque d’affection inattendue dont je n’ai pas l’habitude, car n’ayant jamais eu un animal de compagnie.

Quand Bella et moi supplions nos parents pour en avoir en leur faisant

des yeux doux, ils n’ont jamais cédé à ce caprice. Pour eux, ça demande beaucoup de boulot. Je serre Jofi contre moi en partageant sa joie. Je me demande si ses parents ne lui manquent pas tout autant que moi. Après tout, il avait une famille.

À moins que Human Corpus l’ait arraché tout petit des bras de sa mère.

J’imagine que Shuw’al ne se pose pas toutes ces questions-là, car il a une vision des choses qui est différente de la mienne : moi je suis pour l’empathie, lui il est pour le profit.

Quand nous nous levons pour nous diriger vers la maison, le jour a

déjà décliné. Le ciel est tacheté d’une infinité d’étoiles qui scintillent comme des pierres précieuses incrustées dans une galaxie.

Kal me prend la main et m’entraîne vers la maison. Jofi court devant

pour nous montrer qu’il s’est déjà acclimaté des lieux. Dès que nous franchissons le seuil de la porte, la moiteur d’un vaste patio ombragé proche du style arabo-andalou nous accueille avec ses géraniums aux vifs éclats.

Au centre de ce décor trône une fontaine dont le doux écoulement de

l’eau berce les lieux et nous projette dans une dimension de méditation. On dirait que ce patio constitue le point névralgique de cette demeure atypique dont les courbes cubiques à l’extérieur sont en totale opposition avec les courbes arrondies de cette cour intérieure fermée.

Dès que Kal me lâche la main et se dirige dans l’aile droite de la

maison, je prends l’aile gauche et me laisse guider par les lieux. L’aile gauche mène sur une terrasse avec une piscine immense et longiligne dans laquelle flottent des accessoires du chill hype : d’énormes flamants en plastique rose. Le contraste entre le patio aux lignes arrondies et cette terrasse aux contours cubiques est très frappant : quand le style arabo-andalou se marie avec le cubisme, ça donne ce tableau tellement authentique, divin et avant-gardiste.

Je reviens sur mes pas pour aller dans l’aile droite de la maison. Mon

expédition me mène dans une étroite galerie minérale qui conduit à une chambre à coucher dans laquelle je retrouve Kal qui discute au téléphone. Je suppose que c’est notre chambre à coucher. Jofi a déjà pris place dans le lit rond king size. La salle d’eau où git une baignoire jacuzzi est ouverte sur notre chambre à coucher et compose avec celle-ci un ensemble homogène.

- Elle est de toute beauté cette maison, constatai-je en virevoltant,

puis en ébauchant quelques pas de flamenco, emportée par une

euphorie démesurée sur une note suave que je fredonne. Il me regarde

me déhancher tout en poursuivant son appel. Je papillonne vers lui et

lui réclame son attention en me collant à lui comme une moule contre

un rocher. Il met fin à son appel et me ceinture avec ses bras solides.

- Merci pour cette escapade, ai-je soufflé du bout des lèvres.

- Si je me souviens bien, tu m’avais accablé. Finalement, le trajet

tortueux en valait la peine.

- J’admets que j’ai eu tort de t’avoir accablé.

- Elle te plaît ?

- Oui, cette maison est juste splendide.

Mon émerveillement est accompagné d’une moue enfantine comme si je

venais d’être récompensée après avoir subi une épreuve.

- Tu as déjà fait venir une nana ici ?

- Je fais exprès de sortir cette fâcheuse question pour ternir ce joli

tableau.

- Millie, tu sais que tu es agaçante et têtue.

- Je veux seulement être prioritaire dans tous les aspects de ta vie.

Son profond soupir me fait sourire. Il se détache de mon étreinte, me

sonde puis s’empare de ma bouche dans un long baiser amour - passion.

Un raclement de gorge que je connais que depuis peu vient interrompre

ce moment intense.

- Qu’y a-t-il encore ? s’énerve-t-il en se détournant de moi pour

lancer un regard noir à l’intrus.

- Votre dîner vous attend sur la terrasse.

- Un simple appel aurait suffi.

Yacov se retire avec cette mine un peu vexée.

J’entrelace mes doigts aux siens.

- L’insigne de ta chevalière est différent de celle de la CFD.

- Ces deux épées qui se croisent représentent les Érudits.

- La secte dont le gourou va célébrer nos fiançailles. Comment

s’appelle-t-il d’ailleurs ?

- D’où es-tu partie chercher cela ? Sir Mackintosh n’est pas un

gourou. Les Érudits sont une institution qui œuvre pour la lumière de

l’esprit et son élévation.

- Pas pour les personnes qui ne font pas partie de votre monde.

J’ai donc le droit de dire que c’est une secte au même titre que la

CFD.

- Si ça peut te faire plaisir bougonne-t-il en ne cherchant pas à me

convaincre, car il sait que j’ai choisi d’être détestable.

Pour conforter mon attitude, je lui retire sa chevalière et la glisse dans

la poche dans mon gilet.

- Tu vas me dépouiller de toutes mes chevalières ?

- J’aurais préféré que tu portes un insigne pour ton engagement

vis-à-vis de moi.

Il ne dit rien et prend place dans le canapé. Il retire ses chaussures et

son pull. Je m’assois à ses côtés et entreprends de gratter les croûtes de sang sur son avant-bras.

- Il va falloir désinfecter tout cela.

- Ce n’est pas nécessaire. Bon, on va dîner.

Je me sépare de mes ballerines pour être en diapason avec lui et sentir

le parterre en marbre italien caresser la plante de mes pieds. Dès que Jofi nous voit prendre la sortie, il quitte notre lit pour venir nous rejoindre. Kal me chapeaute vers un autre couloir minéral qui conduit à un immense salon que nous traversons pour échouer sur la terrasse. Une table éclairée avec des bougies recouverte d’un paréo imprimé d’arabesques colorées de turquoise du Nil et de marine assorti à un service de Gien nous reçoit.

- Cette maison a des airs de labyrinthe.

- L’une des raisons qui ont motivé mon achat.

- Cette table colorée me fait penser carrément à l’été.

- Il fait très bon pour un mois de janvier.

- Je m’étonne de sentir un vent doux me caresser alors que la

soirée est déjà avancée. 

Il me tire une chaise, je prends place et il s’assoit à son tour. Jofi est

déjà en train de profiter de son dîner.

- Attends, je rêve, Jofi mange du caviar dans une gamelle en or.

- Le chiffre d’affaires de Human Corpus l’année précédente est

excellent et Jofi y a vachement contribué donc il mérite bien son

salaire.

Kal plonge sa main dans son épais pelage pour lui offrir à nouveau un

moment de tendresse. De temps en temps, il relève sa tête pour regarder son employeur avec qui il entretient une relation de confiance.

- Tu devrais te montrer plus gentil avec Yacov. Tu fais preuve plus

d’affection à Jofi qu’à Yacov.

Jofi relève sa tête de sa gamelle et me fixe d’un air sévère comme s’il

était contrarié que je rompe l’attention que Kal lui porte. Le visage de son employeur revêt le même air de désapprobation.

- La gentillesse réprime les envies les plus primitives. Dans mon

monde, la gentillesse n’a pas sa place. Il n’est fait que de rapport de

force et de puissance !

- Vision macabre que tu appliques à notre couple et qui fait naître

des crispations, dis-je sèchement.

Je veux lui faire prendre conscience qu’il doit entretenir une relation

saine avec son entourage au lieu de l’enfermer dans un rapport de force ou de puissance, dans lequel il tient le rôle de marionnettiste.

Des glissements de roues discrets sur les lames de la terrasse en teck

nous dévient de notre tête-à-tête. Ruth et Esther apparaissent dans la lueur des spots encastrés au sol. Elles poussent un chariot de service en bois de bouleau avec trois plateaux.

À mesure qu’elles se rapprochent de notre table, les saveurs acidulées

qui s’exhalent des mets disposés sur les plateaux parfument l’air et me mettent l’eau à la bouche. Le seul repas que j’ai pris de toute cette journée laborieuse c’est le petit déjeuner copieux chez les Stern donc je pense que je vais prendre davantage de marge pour prendre des forces.

- Bonsoir, Monsieur Stern, Mademoiselle Torres.

- Bonsoir, Ruth, lui répondis-je en lui adressant un charmant

sourire pour contrer l’indifférence dont Kal fait preuve à leur égard.

Elle place au milieu de la table un petit panier en osier dans lequel il

y’a des tranches de pain frais, deux saladiers en porcelaine. L’un contient des pommes vapeur assaisonnées à la sauce au beurre citronée avec du caviar et l’autre saladier une salade de poulpe parfumé d’herbes aromatiques.

- Monsieur, j’ai pris la liberté de rapporter le reste du Château de

Cheval Blanc.

Elle dit cela avec toute la ferveur de l’univers en espérant gagner une

marque de reconnaissance de Kal, mais celui-ci reste stoïque comme à son habitude.

- Merci, Ruth, lui ai-je remercié.

Elle dépose le vin sur la table.

- Je vous souhaite une excellente soirée.

Elles s’éloignent avec le chariot que Esther pousse sur les pas de Ruth

comme une bonne exécutante à qui l’on a cousu les lèvres. Elle est si différente de Dana qui est une religieuse très divertissante avec ses lèvres pulpeuses, potentiellement façonnées pour faire de bonnes pipes.

Après qu’on a fini de dîner, Kal sort de la poche de devant de son jeans

un paquet de clopes et un briquet, grille une cigarette. Je le regarde tirer des flambées. Son style singulier, avec lequel il coince la clope entre ses doigts fins, tire des flambées, rejette les volutes de fumée, me renvoie au soir de mes 18 ans.

Le sombre inconnu le plus sexy et le plus fascinant qu’il m’a été donné

d’entrevoir dans le noir lumière. On aurait cru à un personnage sorti tout droit d’un thriller érotique. Ce soir-là, j’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. Ses doigts, ses lèvres, sa silhouette m’ont hantée toute la nuit, diffusant de la chaleur entre mes cuisses qui s’était transformée en moiteur. Je quitte ma chaise pour aller me planquer dans ses bras.

Je me presse de plus en plus contre lui en frottant mon cul contre son

érection qui grossit au fil de mes frictions. Sentant mon envie impérieuse qu’il me fasse l’amour, il me porte dans notre chambre à coucher et me repose dans notre gigantesque lit. Après m’avoir débarrassé de mon gilet, de ma robe, il me reste que mes sous-vêtements. Il se sépare de son jeans et de son boxer. Il éteint toutes les lumières. Seuls les yeux lumineux de Jofi qui se tient debout dans le lit face à lui, qui sont semblables à des lampes torches, éclairent sa nudité ardente et son membre affuté comme une lame.

Il me débarrasse de ma culotte, la renifle durant un long moment,

l’envoie flâner, puis s’attaque à mon soutien-gorge. Il se place entre mes cuisses et me pénètre tout doucement ma petite chatte qui ne demande qu’à être molestée par lui durant toute la soirée. Il se retire et entreprend de me lécher mon entrecuisse jusqu’à trouver une veine et me mord tout doucement jusqu’à tant que ma chair s’ouvre sous ses dents. Ce qui devait être une douleur se transforme en plaisir.

Je le regarde sucer mon sang à la lueur des deux billes luminescentes

de Jofi. Il me met à quatre pattes, me doigte l’anus, me le suce et m’encule. Il me pilonne jusqu’à ce que je me mets à chialer en le suppliant de hâter davantage le rythme. Il entend mes supplications et embrase tout mon cul. Quand il sent qu’il est à deux doigts de cracher, il me pénètre à nouveau ma chatte et y déverse la totalité de son jus. Il continue à pousser en profondeur son membre en écartant au mieux mon vagin avec ses doigts comme s’il cherchait à fendre en deux mon être tout entier.

 

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