Pensées Obscures (L'Au delà du Noir t. 1) (French Edition)
Je sens une humidité se déposer sur mon visage.
Samedi
Rapport de force
Je sens une humidité se déposer sur mon visage.
- Hum… hum… je veux encore dormir…
Cette humidité s’acharne sur ma joue puis sur mes lèvres. J’ouvre tout
doucement les yeux. Jofi se tient debout sur le lit avec un regard critique que je m’attarde au lit. Shuw’al l’a-t-il envoyé pour me réveiller ? Je jette un coup d’œil au réveil, il est 10 heures passées.
- Bonjour, Jofi.
En guise de réplique, il incline sa tête pour me regarder sévèrement.
J’ai l’impression que je me fais juger par lui. Subitement, les images de la nuit dernière me submergent, je me cache le visage en pouffant de rire. Dire que je me suis fait sodomiser et mordu par Kal devant cet ovni de chien qui est plus intelligent que la plupart des humains. Il a même sucé mon sang, une pratique bestiale que les animaux connaissent le sens.
Il faut croire que Stella a raison quand elle dit que mon mec est un
véritable vampire voire un cinglé au sens propre comme au figuré. Même si Jofi a assisté à une telle scène, il reste néanmoins un chien. Il n’est pas censé comprendre ce que son employeur me faisait. Il n’est pas doté de raison. Il s’accouple, c’est mécanique chez lui. C’est juste un chien point barre. Pas n’importe lequel, me réprimande ma conscience. Un chien qui a été formaté pour déculpabiliser une multinationale qui empoche des milliards de profits en manipulant l’homme.
Sans plus m’attarder sur ces détails macabres, je saute du lit pour aller
prendre une petite douche. J’aurais voulu me prélasser dans la baignoire jacuzzi, mais je préfère profiter de la fraîcheur matinale sur la terrasse.
Après ma douche durant laquelle j’ai pris le temps de désinfecter avec
de la bétadine la morsure de Shuw’al.
Je me dirige tout droit dans le dressing. J’y retrouve ma robe, mon gilet
et mes sous-vêtements suspendus sur des cintres après avoir été lavés et repassés sans doute par Esther ou Ruth. Les affaires de Kal ont aussi été lavées et repassées. Ma curiosité me pousse à fouiller de fond en comble le dressing, il est pratiquement vide. Le seul vêtement spectaculaire qui y siège comme le Throne de Fer c’est le déshabillé baroque de Rita que je portais hier. Je souris intérieurement, ce déshabillé me suit partout. C’est Shuw’al qui l’a sûrement rapporté. Le fait qu’il veuille que je mette constamment ce déshabillé revêt quelque chose de malsain.
On dirait qu’il veut voir l’image de sa mère à travers moi. Quand il me
baise, j’espère qu’il ne voit pas l’image de Rita. Ma seule peur c’est qu’il me demande de mettre les affaires de Rita. Je l’enfile et file droit à la table à manger pour petit déjeuner en ayant toujours Jofi dans les pattes qui scrute mes moindres faits et gestes.
Après avoir brunché en sa compagnie, je quitte notre chambre pour
rejoindre la terrasse. Ma curiosité me mène dans le patio où l’écoulement de l’eau de la fontaine émet un écho musical dans cette cour intérieure. Je ferme les yeux et dirige mon visage vers la lumière qui passe à travers la porte en demi-lune qui conduit à la terrasse.
Je tourne sur moi en fredonnant un air de flamenco, j’ai la sensation
agréable de flotter, l’air pur et frais du matin me caresse les joues, la nuque, les cuisses. Je trempe mes pieds dans l’eau de la fontaine, sa limpide clarté ainsi que sa fraîcheur ravivent mes sens. Je tourne autour de la fontaine portée par les vibrations positives de cette demeure si atypique.
La désagréable sensation d’être épiée par des yeux insistants me tire de
mon euphorie. Quand je me retourne, mon regard croise celui d’un mec adossé contre une des colonnes intérieures du patio. Ses bras sont sereinement croisés contre son torse où règnent fièrement plusieurs symboles, en particulier la flamme de la CFD et le triangle de Reborn.
- Heu… Je suis… Où est Kal ?
- Bonjour Millie.
Il sourit en me laissant dans une sorte de malaise que je peine à donner
un qualificatif. C’est la première fois que je croise un brun avec des yeux aussi bleus. Je devine bien que c’est le frère de Psaume Adler, mais à la différence de ce dernier le bleu qui me toise vire au bleu de glace, tantôt au bleu encre, puis au vairon. Je me mords la lèvre inférieure ne sachant quoi lui dire.
- Je suis Kaï Adler, un des nombreux frères de Kal.
- Bonjour, Kaï.
Je remarque que Jofi s’est tiré en me laissant seul avec ce spécimen aux
yeux terrifiants comme les siens. Ne serait-il pas un descendant de loup de la Siberie Orientale ou de l’Alaska ?
- Si tu cherches Kal, il est sur la terrasse.
- Oh merci pour l’info.
- Je t’en prie, dit-il sereinement en gardant toujours ses yeux rivés
sur moi.
Le fait-il exprès pour me mettre dans un état de désarroi ? D’ailleurs
pourquoi les frères de Shuw’al sont-ils tous canon et intimidants ? C’est à croire que la CFD est une agence qui ne caste que des mecs magnétiques et mystérieux. Je quitte la fontaine pour aller rejoindre Kal. La pression de son regard derrière mon dos m’oblige à précipiter le pas pour ne pas avoir à supporter sa présence.
Des bruits de bâtons qui s’entrechoquent me parviennent dès que
j’arrive sur la terrasse. Quand je prends la direction d’où proviennent ces martèlements agressifs à l’oreille, la scène qui m’accueille me ramène au Peninsula à Hong Kong.
Shuw’al est vêtu d’un bas de survêtement et est en train de répliquer à
l’offensive du même maître bushi avec qui il pratiquait le bushido qui est vêtu en Shogun.
Cette maîtrise de maniements des bâtons d’aïkido me donne
l’impression d’assister à un tournage d’une scène de film d’art martial. Je reste clouée sur place à les espionner. Pour lui, le Bushido est une philosophie de vie. Je croyais être la seule spectatrice, mais Jofi est en train de mater la scène. Je suis sceptique sur ma tenue que je trouve très légère, il aurait pu me prévenir qu’il y’aurait son frère et le maître bushi. Je les regarde faire un dernier salut qui marque leur respect mutuel.
Lorsque Shuw’al finit de ranger son bâton d’Aïkido dans son fourreau
et le restitue au maître Bushi, il se dirige droit vers moi, s’empare de ma bouche sans me dire quoi que ce soit. Nos langues s’entremêlent, s’entrechoquent dans un baiser torride et intense.
Il me soulève, me porte dans notre chambre à coucher et me jette dans
le lit. J’écarte aussitôt les cuisses et me mets à me caresser le clitoris. Ma chatte est toute chaude et prête à accueillir son membre dont les proportions hors norme renflent son bas de survêtement. Il le retire, vient me retrouver dans le lit. Il m’ôte le déshabillé et l’envoie promener.
- Branle-moi avec tes pieds.
Sans me faire prier, je me mets à l’ouvrage, je cale sa bite entre mes
deux pieds et commence à la frotter, il me regarde faire, les pupilles brûlant de plaisir. Il soulève ma jambe droite, porte mon orteil à sa bouche qu’il astique délicieusement avec sa langue me procurant des sensations jusqu’aux moindres nervures. Il me met à quatre pattes.
Se positionne à l’alignement de mes fesses et me caresse le postérieur
avant de s’acharner dessus en me donnant des tapes retentissantes sur le bas des fesses jusqu’à ce que ma mouille inonde mon entrecuisse.
À mesure que ses mains remontent sur ma chair, le plaisir et la douleur
que j’en tire forment une dualité qui enflamme toutes les fibres de mon corps et m’astreint à pousser des soupirs de supplication. Il roule sur le lit et m’emporte avec lui. Je me retrouve sur lui et débute de longues montées et de descentes. Il me regarde chevaucher sa queue tantôt avec des yeux caniculaires, tantôt avec des yeux d’admiration. À mesure que ma chatte baise sa queue, il pousse des grognements d’animal.
Il en profite pour cingler mes seins jusqu’à ce que ceux-ci rougissent. Il
se met sur le coude, se relève, sort du lit en me portant, je noue mes jambes autour de sa taille. Il gagne la salle d’eau, appuie sur tous les boutons de douche. Des jets d’eau jaillissent des quatre coins de la douche. Nous sommes à présent enrôlés dans les bruissements de l’eau. Il continue à me marteler ma petite chatte contre la paroi en vitre de la douche jusqu’à ce que nous ne formons qu’un seul et unique être.
Tous mes membres se ramollissent au dernier coup de reins. Pour
couronner ce chapitre d’extase, il agrippe ma nuque et écrase ses lèvres contre les miennes. Sa bouche experte débute son long processus de fouilles et ses râlements s’échouent dans les abîmes insoupçonnés de mon être. Il patiente que je revienne à moi petit à petit pour me reposer sur mes pieds. Il s’agenouille, écarte mes petites lèvres pour s’assurer que son sperme est au plus profond de mon vagin et prêt à sonder les méandres de mon utérus pour former un petit être dont il est le géniteur. Quand j’ai voulu bouger, il m’immobilise contre ma volonté.
- Je veux que tu le gardes pour toute la journée. Tu t’allonges tout
l’après-midi dans le lit.
- Et si je ne veux pas ?
Il se relève et me jette un regard menaçant.
- Ce sera à tes risques et périls.
- On dirait que j’ai eu le malheur d’avoir croisé le chemin d’un
gros cinglé égocentrique dont la seule obsession est de me soumettre,
dis-je sur un ton résolu en le bravant du regard. Être mère sera-t-il un
sujet de discorde dans notre couple jusqu’à quand ? Je t’ai dit que je
ne suis pas prête à porter ton enfant d’autant plus que je prends la
pilule et tu le sais.
- Oui, je le sais.
- Pourquoi t’entêtes-tu pour que je tombe enceinte ? Plus tu feras
des manœuvres puériles pour m’y obliger, plus je te tiendrai tête.
Il ne dit rien, comme à son habitude il choisit de m’enfermer dans son
silence punitif que je qualifie de violence non verbale. L’arme idéale des pervers manipulateurs sadiques pour soumettre, culpabiliser et mettre la pression à leur proie. Il prend un drap de bain, le noue autour de sa taille, sort de la douche, prend un peignoir de bain, me retrouve et m’enveloppe de force dedans. Il me porte jusqu’à notre lit et m’y jette. Je lève les yeux au ciel, agacée par son attitude condescendante qui m’infantilise.
Pour le mettre hors de lui, je défais la ceinture du peignoir, écarte mes
cuisses et exerce une force sur mon bas-ventre en poussant très fort. Un liquide chaud et visqueux coule de mon vagin et inonde ma fente. La scène ne lui échappe pas et la colère que reflètent ses prunelles me laisse croire qu’il va me faire payer mon insolence. Il a toujours éprouvé un sentiment de rejet et d’abandon donc j’ai fait exprès qu’il voit que je repousse quelque chose qui vient de lui : son sperme qui doit me féconder.
C’est encore plus douloureux pour lui quand ça vient de moi. Il rentre
dans le dressing en ressort plus tard habiller, les cheveux attachés. Je le vois glisser dans la poche de sa veste bombardier en daim les clés de sa Bugatti. Subitement, j’ai le cœur au bord des lèvres. Si je comprends bien il compte s’absenter pour le reste de la journée et qui sait la soirée aussi.
- Tu sors ?
Il garde toujours le silence et se dirige dans la salle de bains. Ce silence
imposé est tellement douloureux que j’en ai l’estomac qui se tord. Je l’entends se laver les dents. Quand il revient dans la pièce, il me jette un regard dont lui seul a le secret.
- Ce soir, j’ai décidé de mettre en cloque une salope parce que la
mienne refuse de se comporter en vraie femme.
Il quitte la pièce en me laissant seule avec une infinie amertume. Je
savais qu’il n’allait pas me faire une fleur, mais je n’avais pas prévu qu’il allait être aussi cruel. Il sait utilisé les mots. Il sait les maquiller pour faire mal. Les mots lui obéissent au doigt et à l’œil. Il n’emploie jamais des mots vides de sens. Je me renfonce dans le lit en ramenant mes genoux au plus près de ma poitrine et sans le vouloir je laisse couler mes larmes.
Je reste dans cet état de prostration lamentable durant tout le reste de
l’après-midi. À vouloir trop faire la peste, mon jeu s’est retourné contre moi. Quand je reviens à moi, il n’est pas loin de 19 heures, j’ai l’impression d’être seule au monde.
Jofi m’a boudé et s’est rangé du côté de son employeur. Je ne l’ai pas
vu de tout l’après-midi. Je quitte le lit pour aller voir quelle tête j’ai. Quand je me regarde dans la glace de la salle de bains, le reflet de la personne qui se tient face à moi me fait prendre conscience de mon état psychique. Je me sens inquiète. Que fait-il à l’heure actuelle ? Où est-il ? Est-il en train d’en baiser une autre ?
- Oh, mademoiselle ! je ne savais pas que vous étiez là. Je pensais
que vous étiez sortie avec Monsieur Stern. Désolée pour le
dérangement.
- Ce n’est rien Esther. Je ne vous ai même pas entendu.
- Voulez-vous que je vous fasse couler un bain ?
- Non merci.
- Que souhaitez-vous pour votre dîner ?
- Une soupe bien chaude avec des légumes de saison.
- Pour votre dessert ?
- Deux Bapka aux noisettes et chocolat noir.
- D’accord mademoiselle.
- Sais-tu depuis quand Kaï est là ?
- Monsieur Adler est arrivé hier très tôt.
Je remarque qu’elle a subitement les joues rouges et se tortille les
doigts. Aurait-elle louché sur Kaï ? L’a-t-il sautée dans sa suite ? Après tout, c’est elle qui fait les chambres sous la supervision de Ruth.
- Où est-il ?
- Je ne l’ai pas vu de tout l’après-midi. Il se pourrait qu’il soit
sûrement sorti avec monsieur votre fiancée.
Je la toise de haut en bas. Je remarque qu’elle a de très belles mains
avec des doigts très fins. Ces grands yeux marron lui mangent la figure. Un marron chaud qui épouse bien ses traits fins et la couleur brune de sa peau.
- Es-tu mariée, Esther ?
- Je vais me marier l’année prochaine.
Elle est grande, mince, avec de petits seins et un minuscule cul sous sa
blouse de religieuse, mais on devine que son corps peut plaire. Il y’a des mecs qui aiment les planches à pain.
- Je t’offrirai un très beau trousseau en guise de cadeau de
mariage avec de la pure lingerie pour émoustiller ton mari.
- Je vous remercie.
Elle baisse les yeux l’air gêné. J’essaie d’être sympa, mais elle arbore
toujours cet air inaccessible et de sainte nitouche. J’avoue qu’elle commence à me taper sur le système. J’aurais voulu qu’elle soit plus bavarde, plus ouverte, mais sa nature taiseuse m’agace. Je me demande si je vais vraiment la garder à mon service. J’aime les personnes qui communiquent. Pour la mettre à mal, je m’avance sur un terrain compromettant.
- Kaï Adler t’a-t-il touchée ?
- Non, mademoiselle, c’est que ses yeux…
- Qu’est-ce qu’ils ont ses yeux ?
- Ils me font peur.
- Apparemment, je ne suis pas la seule. Où est le Shogun ?
- Le Shogun ?
- Tu es bête ou tu le fais exprès ? Le maître Bushi, dis-je sur un ton
d’impatience en appuyant sur mes mots.
- Il loge dans les appartements au sous-sol.
- Parce qu’il y’a des appartements au sous-sol.
- Oui Mademoiselle. C’est Yacov qui l’a accueilli en personne le
vendredi en attendant que Monsieur Stern arrive.
- À part s’entraîner avec mon mari, que fait-il de ses journées ?
- Je l’ignore, mademoiselle. Cependant, il me semble avoir entendu
Yacov dire que Monsieur Stern l’a fait venir de Nagoya pour se faire
tatouer dans la tradition nippone.
- Donc tu veux dire qu’il aurait fait déplacer le Shogun de Nagoya
jusqu’ici seulement pour se faire tatouer.
- Oui mademoiselle d’après les dires de Yacov.
Que c’est laborieux de faire parler Esther ! Je déteste ce genre de fille.
Elle cherche trop à être effacée pour ne pas avoir des ennuis à la différence de Dana qui prend plus de risques.
- Tu peux disposer.
La soirée passe tout doucement. Après avoir dîné toute seule et
malheureuse, je finis de faire ma petite toilette du soir et me renfonce au fond du lit sans parler à personne. Quand on se montre invivable, tout le monde finit par vous fuir.
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