Petite légende dorée de la Haute-Bretagne
Chapitre XXXVIII
À Sulniac, au hameau de la Vraie-Croix, où l'on parle français, alors que dans le reste de la commune le breton est usité, est une chapelle dont la légende raconte ainsi l'origine:
Un croisé rapportant un fragment de la vraie croix s'arrêta à cet endroit et y perdit sa relique; il la rechercha vainement, et partit. Peu après, on vit au haut d'une aubépine un nid de pie qui jetait pendant la nuit une vive clarté. La pie avait volé le fragment de la vraie croix. On fit construire une chapelle pour la recevoir; mais toujours la relique retournait au nid de pie, et l'on finit par comprendre qu'elle voulait y rester. Alors on bâtit une seconde chapelle, de façon à ce que le fragment de la vraie croix fût placé à la hauteur même où était le nid.
(C -D , Le Morbihan, p. 384).
Voici encore une autre légende qui se rattache aux emplacements préférés par les saints pour les édifices qu'on leur élève:
Très anciennement, dit une tradition reléguée dans la mémoire des vieillards, l'église de Vieux-Bourg Quintin étant venue à tomber de vétusté, les habitants résolurent de la reconstruire sur le même emplacement. Mais, la nuit, les travaux exécutés pendant le jour étaient renversés par une main invisible. Ils comprirent que Dieu ne voulait pas qu'on reconstruisit l'église dans l'endroit où elle était primitivement; mais où la placer? L'embarras était grand quand on vit des pies s'abattre sur les murs, en détacher la chaux et la porter à l'endroit où se trouve actuellement l'église de Vieux-Bourg, c'est-à-dire à environ quatre kilomètres de distance.
(B. J , Géographie des Côtes-du-Nord, t. I, p. 384).
XXXVIII
La chapelle de Notre-Dame à Bovel
À Bovel, on raconte qu'on aperçut un jour sur les vastes landes d'Anast une statue de la sainte Vierge posée sur la bruyère. Quelqu'un la plaça sur une charrette traînée par des bœufs, se promettant de la conduire à l'église de sa paroisse. Mais à peine l'attelage se fut-il engagé dans la vallée marécageuse dominée par le manoir du Bois-Denart que les bœufs s'arrêtent subitement, et ni les menaces ni les coups ne purent les faire avancer. On comprit que Notre-Dame voulait être honorée en ce lieu et Dieu permit qu'une fontaine jaillit à côté de l'endroit choisi par la sainte Vierge. On éleva un sanctuaire en l'honneur de Marie, et l'on y posa dévotement la statue que l'on y vénère encore maintenant.