Petits mensonges entre copines
Des excuses
Après m’être habillée, j’ai couru chez Abi. Quand j’ai sonné à la porte, c’est Val qui m’a ouvert.
— Je peux parler à Abi, s’il vous plaît ?
— Je suis désolée, Lia, elle n’est pas là pour le moment.
J’ai cru qu’elle me mentait, qu’Abi était trop fâchée pour me voir. Mais Val a ajouté :
— Elle est au cinéma avec Julia. Je la retrouve pour dîner au snack. Tu peux te joindre à nous si tu veux.
Waouh. Une invitation ! Ça voulait dire que Val m’avait pardonné de l’avoir accusée de harcèlement ?
— Ce serait super, ai-je répondu avec enthousiasme. À quelle heure ?
— Six heures.
Je suis rentrée à la maison, j’ai fait mes devoirs et je me suis lavé les cheveux. À dix-sept heures trente, j’ai prévenu papa que je mangeais avec Val et Abi. Il a eu l’air si étonné que je me suis demandé si tante Shelby lui avait raconté la fête. Mais il n’a pas posé de questions. Il m’a même déposée au snack.
Val et Abi étaient assises à la table que j’avais occupée avec Graydon. C’était quand exactement ? Il y a quelques jours à peine, mais j’avais l’impression que des semaines s’étaient écoulées.
J’ai compris que Val n’avait pas prévenu Abi de ma présence parce que dès que je me suis approchée, elle est devenue toute pâle. Elle a posé sa fourchette.
— Lia, qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je suis venue te parler. Je n’en ai pas pour longtemps.
— Vous savez quoi, les filles ? a annoncé Val. Pendant que vous discutez toutes les deux, je vais faire une pause pipi.
En d’autres circonstances, Abi et moi aurions rigolé en entendant pause pipi, mais Abi m’a fusillée du regard dès que j’ai pris la place de sa mère.
— Bon, qu’est-ce que tu veux ? m’a-t-elle presque craché au visage.
— Je voudrais m’excuser.
— Ah oui ? Pour quoi ?
— La fête. Je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça. J’ignorais que ma tante s’arrangerait pour que tout le monde te fasse de la peine.
Abi a haussé un sourcil.
— C’est pourtant ce qu’elle a fait. Je me suis sentie attaquée.
— Je sais. On en a discuté après et c’est ce que je lui ai dit. Ma tante est un peu obsédée par le harcèlement, parce qu’elle en a été victime au collège. Elle veut juste s’assurer que je ne subis pas la même chose.
Je voyais bien que ça intéressait Abi et qu’elle n’en avait pas entendu parler. J’aurais donc pu lui raconter que sa propre mère était une harceleuse. La si gentille Val, la si douce Val, celle qui faisait de délicieux cupcakes.
Mais je ne pouvais pas.
Si Abi devait apprendre que sa mère avait caché des couches dans le casier de ma tante et lui avait donné des surnoms dégueulasses, ça devait être de la bouche de Val. Je ne la priverais pas de sa mère parfaite. Après tout ce qui s’était passé, je leur devais bien ça. Et, sans trop comprendre pourquoi, j’avais aussi l’impression que je le devais à ma mère.
— Enfin, bref, ai-je repris, je suis venue te dire que je suis désolée de ce qui s’est passé chez moi . En revanche, je suis quand même d’accord avec ma tante pour un truc : la façon dont nous avons joué à Action ou Vérité était vraiment moche. Mais je te pardonne, Abi.
— Tu me pardonnes ? Oh, c’est à mourir de rire, Lia.
— Je te pardonne aussi d’avoir menti à propos de tes règles.
Je ne sais pas précisément quand Val est revenue de sa pause pipi, mais c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’elle était derrière moi.
— Quoi ?
Elle avait l’air horrifiée.
— Abi, tu as fait croire à tes amies que… ?
Oh non. Je ne pouvais rien faire pour tirer Abi de ce mauvais pas.
Je ferais peut-être mieux de m’en aller.
— Désolée d’avoir interrompu votre repas, ai-je murmuré en quittant la table.
Je me rendais bien compte qu’Abi et moi ne serions plus jamais amies. Et que ce serait pareil avec Julia. Parce que c’était leur mode de fonctionnement.
Avec Mak, c’était différent. Le lundi, je suis arrivée au collège avec le paquet de réglisses que j’avais acheté pour la fête. Je l’ai posé sur son bureau avant l’appel.
— De la réglisse pour me faire pardonner.
— Tu veux dire, pour cette fête bizarre ?
Elle a levé les yeux au ciel.
— Ce n’était pas ta faute, Lia. Et puis, finalement, ça n’a pas servi à rien.
— Tu trouves ?
— Abi avait besoin d’entendre tout ça. On aurait dû le lui dire depuis longtemps. Je regrette d’avoir joué son jeu.
— Ah bon ? Je ne m’en souviens même pas, Mak.
— Makayla, m’a-t-elle corrigée en souriant timidement. Je te remercie, Lia, mais je l’ai fait, je t’assure.
Elle a ouvert le paquet de réglisses avec ses dents. On n’était pas censés manger pendant l’appel et je n’étais pas fan de réglisse, mais quand elle m’a tendu le paquet, j’en ai pris une par politesse.
Makayla avait l’air aux anges en mâchant le bâton rouge.
— À mon amour perdu, s’est-elle extasiée en soupirant comme une héroïne de mauvais film romantique.
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