Roman américain

Antoine Bello · Chapitre 5 sur 8

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Roman américain

Semaine 5

OceanofPDF.com

Pourquoi le life settlement

attire tant les fraudeurs

PAR VLAD EISINGER

THE WALL STREET TRIBUNE

MARDI 24 JUIllet 2012

Quand les agents de la Drug Enforcement Administration (DEA) ont saisi le sous-marin de Javier « El Tigre » Escobar, ils ont trouvé à bord les trophées habituels des trafiquants de drogue : des armes, du cash, des bons du Trésor… et des polices d’assurance-vie.

La réputation du life settlement — la pratique consistant à racheter une police à son souscripteur en pariant sur le décès de celui-ci — a considérablement souffert de ce genre de révélations. Peu de produits financiers ont été épargnés par les scandales ces dernières années, mais l’industrie du life settle-ment a fait la une de la presse plus souvent qu’à son tour. Nous tenterons dans cet article de comprendre les facteurs qui rendent le marché secondaire des polices d’assurance-vie si propice aux malversations en tout genre.

Le nombre très élevé de parties intervenant sur chaque transaction est un premier élément d’explication. Généralement, l’assuré voulant vendre son contrat s’adresse à son conseiller financier, qui le met en relation avec un courtier. Celui-ci contacte des fonds de life settlement, qui évaluent la police selon leurs critères internes et commandent à l’occasion un rapport d’espérance de vie à un cabinet expert en longévité. Enfin, le fonds retenu est obligé de recourir aux services d’un provider pour finaliser la transaction.

Toutes ces parties sont en position de frauder. Toutes l’ont déjà fait.

En 1987, Bruce Webb, alors âgé de 23 ans et atteint du sida, a mis sa police d’assurance-vie de $400 000 aux enchères. Afin de susciter de meilleures offres, il s’est arrangé pour paraître plus malade qu’il ne l’était en réalité. Pendant la semaine précédant la visite médicale, il a dormi en moyenne deux heures par nuit et a fait une consommation excessive de tabac, d’alcool et d’autres substances prohibées.

« J’avais l’air d’un cadavre ambulant », se souvient Mr Webb. « Mon taux de lymphocytes était tombé sous les 800. Un mois après, il est remonté à 1 500. »

Sur la base de ces analyses, le fonds Sunset Partners a soumis une offre de $255 000. « Ils pensaient qu’il me restait à peine deux ans à vivre. Manifestement, ils avaient tort », plaisante Mr Webb, qui, vingt-cinq ans plus tard, est steward à Southwest Airlines et mène une existence quasi normale.

Les courtiers ne font pas toujours preuve non plus d’une intégrité exemplaire. Certains abusent de la faiblesse de leurs clients — souvent âgés et malades — pour leur faire signer des contrats extrêmement défavorables.

L’an dernier, Betsy Archambault, une commerçante retraitée de Duluth, a engagé Ned Saunders afin qu’il l’aide à vendre sa police de $2M. Pour prix de ses efforts, Mr Saunders, courtier agréé par l’état du Minnesota, toucherait le jour de la vente une commission de 6 %. « Le pourcentage ne m’a pas semblé excessif », se souvient Mrs Archambault. « Après tout, c’est ce qu’on paie pour une maison. »

Si Mrs Archambault avait lu plus attentivement son contrat, elle aurait noté que le taux de 6 % ne s’appliquait pas au prix de vente, mais à la valeur faciale de la police. Autrement dit, Mr Saunders toucherait $120 000 (6 % de $2M), quel que soit le montant de la transaction.

« Je l’ai réalisé quand le provider nous a tendu nos chèques. Le mien était à peine plus gros que celui de Ned ! J’ai aussi mieux compris pourquoi il m’avait conseillé d’accepter la première offre qui s’était présentée », raconte Mrs Archambault, qui a depuis porté plainte contre Mr Saunders pour abus de confiance.

Ni Mr Saunders ni son avocat n’ont répondu à nos demandes répétées d’interview.

Contacté par nos soins, Jeremy Fallon, porte-parole de la Life Insurance Brokers Association (LIBA), regrette le malentendu mais se refuse à accabler Ned Saunders. « Il ne m’appartient pas de juger un contrat conclu de bonne foi entre deux parties. De manière générale, LIBA ne peut que recommander aux particuliers vendant leurs polices de lire soigneusement les documents qu’ils signent », déclare Mr Fallon.

Sans atteindre à l’extrême du cas de Mrs Archambault, bien des vendeurs sont surpris par l’ampleur des frais et commissions qui s’imputent sur le montant brut de la transaction. Entre la rémunération du courtier (et éventuellement celle d’un conseiller financier), les honoraires du provider, les frais divers (rapport d’espérance de vie, droits d’enregistrement, etc.), il n’est pas rare que le vendeur touche moins de la moitié du prix déboursé par l’acheteur. Pour finir, la portion du prix net dépassant la somme des primes versées depuis l’origine de la police est taxée comme du revenu ordinaire, contrairement aux indemnités décès qui, dans la plupart des cas, ne subissent pas l’impôt.

Rick Weintraub, président de l’Insurance Consumers’ Association, dit recevoir chaque semaine plusieurs lettres de seniors déçus par le manque de transparence ayant entouré la vente de leur police. « Un couple de Pasadena me racontait récemment que leur comptable pensait pouvoir obtenir $300 000 de leur police. La vente a fini par se conclure autour de $260 000, dont $140 000 seulement ont atterri dans leur poche. Après impôt, il leur reste tout juste $100 000. Ils n’accusent personne mais il est évident que si c’était à refaire, ils ne vendraient pas. »

L’étude des plaintes transmises aux organismes de régulation de trois états (Floride, Texas et Pennsylvanie) révèle d’autres pratiques, pour le coup franchement illégales.

 

Source : Deloitte Consulting

En 2007, Nick Santorelli a proposé à un fonds de life settlement de Philadelphie de lui racheter, à titre personnel, la police qu’il lui avait vendue six mois plus tôt. Intrigué, le gérant du fonds a mené son enquête et découvert que le souscripteur de la police était mort la semaine précédente. Mr Santorelli l’avait appris avant le fonds et, en offrant de racheter la police, espérait collecter l’indemnité décès.

En 2009, le régulateur du Texas a retiré leur licence à Wayne Johannsen et Scott Prideaux, deux agents convaincus d’avoir touché des pots-de-vin de la part de boutiques de life settlement. Selon Rick Weintraub, « au lieu d’envoyer le dossier de l’assuré à l’ensemble des acheteurs potentiels, ils ne l’adressaient qu’à trois ou quatre fonds, toujours les mêmes. Sachant la concurrence limitée, ceux-ci pouvaient faire des offres très basses ».

MM. Johannsen et Prideaux attendent d’être jugés.

Selon Jeremy Fallon, « ces tristes exemples ne sauraient remettre en cause l’intégrité des milliers d’agents qui aident chaque jour des seniors à maximiser, en toute légalité, la valeur de leurs polices ».

Les fonds de life settlement ne sont pas en reste.

Lifetime Opportunity LLC, un fonds mis en liquidation en 2003, fabriquait en interne de faux rapports d’espérance de vie, tantôt surévalués pour négocier une police à la baisse, tantôt sous-évalués pour aiguiser l’intérêt des investisseurs. De même, Life Partners, une société de Waco, Texas, actuellement sous le coup d’une action en justice de la part d’anciens actionnaires, promettait des taux de retour de 16 % à ses investisseurs, sur la foi d’avis médicaux fictifs.

Brian Hess, résident de Destin Terrace, consulte pour différents experts en longévité. Son principal client, la société Life Metrics basée à Tallahassee, ne lui dit jamais qui a commissionné le rapport qu’il doit rédiger.

« Ce que j’ignore ne peut m’influencer », explique-t-il. « Si j’apprenais que le client est une vieille dame qui cherche à vendre sa police, je pourrais être tenté de la voir un peu plus malade qu’elle ne l’est en réalité. » Mr Hess n’est cependant pas entièrement dupe. « Mon patron m’a reproché récemment d’être trop conservateur dans mes estimations. Je ne sais pas comment je dois le prendre. Comme une invitation à être plus coulant ? »

Les cas de fraude les plus spectaculaires ont trait au blanchiment. Les trafiquants de drogue ont de tout temps cherché à rendre leur argent légal, de façon à pouvoir le dépenser au grand jour. Une technique classique consiste à jouer à la roulette en plaçant la même somme sur le rouge et sur le noir. Quelle que soit la couleur qui sort, le joueur perd sa mise d’un côté et la double de l’autre. Il ne lui reste plus alors qu’à déclarer son gain à l’administration fiscale — en omettant de signaler la perte correspondante — pour transformer une somme mal acquise en argent honnêtement gagné.

Depuis une dizaine d’années, le life settlement semble avoir remplacé la roulette dans l’arsenal des narcotrafiquants.

Selon Raul Garcia, agent spécial de la DEA, « les parrains des cartels ne jurent plus que par le life settlement. Ils peuvent recycler des centaines de millions de dollars depuis leur yacht, loin des caméras de surveillance des casinos. Ils achètent d’énormes polices, déclarent celles qui maturent rapidement et bazardent les autres ».

Certains intermédiaires se sont fait une spécialité de dénicher ces grosses polices pour les investisseurs colombiens. Ils se font royalement payer pour leurs services — en cash, naturellement.

Sunset Partners, le fonds de Panama City qui a racheté la police de Bruce Webb, a commencé à attirer l’attention de la DEA à la fin des années 90. Près de la moitié des souscripteurs de Sunset Part-ners étaient d’origine sud-américaine. Ils achetaient des polices de plusieurs millions de dollars et ne rapatriaient jamais leurs gains, qu’ils réinvestissaient dans l’immobilier commercial, à Miami ou Orlando.

Après un an d’enquête, les agents de la DEA avaient réuni assez de preuves pour inculper Tony Babbitt, le président de Sunset, et son cousin, Charly Babbitt, directeur commercial. L’instruction a révélé que les deux hommes avaient mis au point une mécanique bien huilée. Tony rachetait tous les contrats disponibles sur le marché en inondant de cash vendeurs et intermédiaires. Charly, de son côté, créait les sociétés-écrans au Panama ou dans les îles Caïmans et organisait les transferts de fonds depuis la Colombie.

Tony et Charly Babbitt purgent actuellement des peines de prison de, respectivement, quinze et treize ans.

La DEA n’a en revanche pas réussi à établir la culpabilité de Robert « Bobby » Babbitt, connu dans le milieu sous le surnom de Big Bobby, en référence à son imposante carrure. Mr Babbitt, qui est le frère cadet de Tony, n’avait aucune fonction officielle au sein de la société, à laquelle il était lié par un simple contrat de consultant de $60 000 par an. Ne disposant pas d’un bureau attitré, il s’installait le plus souvent dans la salle de conférences, où d’anciens employés rapportent qu’il lui arrivait de recevoir des prostituées après le déjeuner.

Plusieurs personnes que nous avons interviewées — mais qui souhaitent garder l’anonymat — décrivent Mr Babbitt comme un homme sanguin et manipulateur, le « cerveau de la famille » et le « véritable taulier de Sunset ».

 

Robert « Bobby » Babbitt

Bobby Babbitt a été entendu comme témoin à plusieurs reprises au cours des dix dernières années. Il fait également l’objet d’un contrôle fiscal pour écart manifeste entre son train de vie et ses revenus.

Entre 1996 et 2010, Mr Babbitt a déclaré $1 487 901 de traitements et salaires à l’IRS. Il habite une maison de 1 220 mètres carrés, enregistrée au nom de son frère Tony, face à la mer, sur l’avenue la plus prestigieuse de Destin. Les agents immobiliers que nous avons interrogés situent la valeur de la maison entre $6M et $8M, voire plus compte tenu de son caractère unique sur la Côte d’Émeraude. Ils évaluent par ailleurs les taxes foncières et les frais d’entretien d’une résidence de cette taille autour de $15 000 par mois.

Bobby Babbitt et ses avocats ont décliné nos demandes répétées d’explications.

Dans la région, Mr Babbitt est réputé pour ses contributions généreuses aux organisations philanthropiques.

En mars dernier, Lynn Huffman a invité Mr Babbitt à participer au gala annuel de l’antenne locale de la Make A Wish Foundation. « Il a répondu qu’il ne pourrait malheureusement pas être présent. Il a joint un chèque de $25 000 pour les enfants de l’association », raconte-t-elle.

La résidence de Bobby Babbitt à Destin, Fla.

 

Si l’on se fie à sa déclaration de revenus, Mr Babbitt aurait donné en 2010 un total de $1 123 000 à 56 causes différentes. La liste des bénéficiaires inclut les Girl Scouts of the USA ($2 500), la National Breast Cancer Foundation ($100 000), le Save The Manatee Club ($5 000), la Veterans Jobs Alliance ($20 000) et la Coalition for Better and Swifter Justice ($250 000). Cette dernière association se définit dans ses statuts comme un club de réflexion de juges et de procureurs soucieux d’accélérer le travail de la justice.

Pendant des années, Mr Babbitt a également donné le maximum autorisé par la loi, soit $2 500, à tous les candidats se présentant à des élections locales, dont Michael Hart, sénateur républicain à la chambre de Floride et résident de Destin Terrace. En 2010, pris à partie par l’union des victimes de Sunset Partners, Mr Hart a convoqué une conférence de presse pour annoncer qu’il rendait les $2 500 en question.

Le Wall Street Tribune est en mesure de révéler que le mois suivant Mr Babbitt a fait un don de $5 000 au comité d’action politique républicain qui soutenait la candidature de Mr Hart.

D’autres fraudes, plus subtiles que le blanchiment, tiennent à la difficulté même d’évaluer une police d’assurance-vie.

Le prix d’une action ou d’une obligation est déterminé quotidiennement par le marché. De même, chaque propriétaire immobilier a une assez bonne idée de la valeur de sa maison. Susan McGregor, vice-présidente du fonds Osiris Capital, explique pourquoi, a contrario, évaluer une police n’est pas une science exacte. « C’est le résultat d’un calcul complexe, qui repose sur de multiples variables, toutes sujettes à interprétation. Ajoutez à cela que le vendeur en sait toujours plus que l’acheteur et vous comprendrez comment deux fonds peuvent valoriser une même police du simple au double. »

Ed Linkas, senior manager du cabinet d’audit Lark & Hopkins, renchérit. « C’est la magie d’Excel : le moindre changement dans les hypothèses a des répercussions colossales. Prenez un fonds de life settlement qui anticipe une espérance de vie moyenne de 78 ans. Sur le papier, il affiche une performance de 12 %, ses gérants sont portés aux nues et empochent des bonus qui se chiffrent en millions de dollars. Si ce même fonds avait retenu une espérance de vie de 80 ans, sa performance ressortirait tout juste positive, les gérants seraient des tocards et on leur montrerait la porte. Difficile, dans ces conditions, de ne pas être tenté de bidouiller les chiffres. »

En 2011, la société SunAmerica, qui détient pour $4Md de polices, a annoncé avoir passé une provision de $100M sur son portefeuille, suite à une révision de sa méthodologie de valorisation interne.

Les assureurs ne sont pas non plus à l’abri de la tentation. Selon Ed Linkas, « ils ajustent constamment leurs prévisions, dans un sens quand ils ont besoin de gonfler leurs profits, dans l’autre quand ils ont gagné assez d’argent sur leurs autres activités et veulent se constituer une poire pour la soif ».

Plus grave encore, l’écart entre les hypothèses des assureurs et celles des fonds de life settlement ne cesse de croître. De deux choses l’une, soit les assureurs trompent leurs actionnaires, soit les fonds de life settlement promettent des rendements exagérés.

 

Ed Linkas

Ed Linkas, qui partage son temps entre les deux industries, est régulièrement témoin de ces divergences. « Un de mes clients assureurs a relevé son espérance de vie pour les malades du sida, en justifiant sa décision par une étude de l’Institut Pasteur. La semaine suivante, un autre client, un fonds de life settlement cette fois-ci, invoquait la même étude pour réduire d’un an et demi la longévité de son portefeuille ! »

Comment Mr Linkas concilie-t-il ces pressions contradictoires ? « J’essaie de comprendre le raisonnement de mes clients, tout en les mettant en garde contre les dangers d’un excès d’optimisme. Ce n’est pas toujours facile. »

Kenneth Courtney, professeur de droit boursier à l’Université de Chicago, fait partie d’un groupe d’experts qui conseille le président Obama sur les questions de régulation financière. Pour lui, l’industrie du life settlement souffre d’un vice fondamental : la durée très longue sur laquelle elle se déploie.

« La performance d’une police n’est connue avec certitude qu’à la mort de l’assuré. Cela peut prendre dix ou vingt ans », explique-t-il. « Dans l’intervalle, tout le monde se sert : l’assuré, bien sûr, qui a reçu un chèque, le courtier, le provider, le servicer, qui gère la police, le fonds de life settlement qui facture ses frais de gestion chaque année, et même les gérants qui encaissent des primes de performance sur des profits virtuels. Pour peu que la police mature dans vingt-cinq ans, tous ces gens auront disparu. »

Mr Courtney va même plus loin. « C’est le terrain idéal pour le prochain Madoff. Vous prenez l’argent des investisseurs pour acheter des polices, vous leur demandez de remettre au pot chaque année afin de payer les primes, vous leur dites que les assurés ne sont pas morts et, s’ils veulent sortir, vous leur expliquez qu’ils ont tout perdu ! »

Plusieurs pays européens réfléchissent à un durcissement de la régulation encadrant la revente de polices d’assurance-vie. La Financial Services Authority (FSA) britannique envisage même d’interdire la commercialisation de produits de life settlement auprès des particuliers.

Jean-Michel Jacques, président du fonds Osiris Capital, approuve l’initiative de la FSA.

« Le life settlement devrait être réservé aux investisseurs qualifiés [i.e. disposant d’un patrimoine minimum et d’une bonne expertise financière, NDLR] », explique-t-il. « Un particulier n’est pas de taille à lutter contre tous les requins qui sévissent sur ce marché. »

Écrire à Vlad Eisinger :

La semaine prochaine : Faut-il davantage réguler le marché du life settlement ?

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JOURNAL DE DAN

 

Mardi 24 juillet

Croisé Lammons, qui promenait son toutou sur la plage. Craignant qu’il ne me réclame les 100 dollars que je lui dois, j’ai ralenti l’allure et courbé l’échine en feignant d’être absorbé dans de puissantes réflexions. Il en aurait fallu bien davantage pour lui clouer le bec.

« Non, mais vous avez vu ça ? L’autre pédoque admet enfin qu’il s’est payé notre bobine ! Tu m’étonnes que les médecins lui donnaient deux ans à vivre : il n’avait pas pioncé de la semaine et il était camé jusqu’aux yeux ! En plus, il raconte ça à la blague, genre “de l’eau a coulé sous les ponts”. Qu’est-ce qu’elle croit, l’hôtesse de l’air ? Que parce que vingt-cinq ans ont passé j’ai mis une croix sur mon pognon et qu’on va se taper sur le ventre ? Des clous, oui ! Maintenant qu’il a été assez bête pour avouer noir sur blanc, mes avocats vont le nettoyer jusqu’à son dernier centime. »

Pauvre Webb. J’espère qu’il ne s’est pas fourré dans le pétrin.

 

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Expéditeur : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Date : Mardi 24 juillet, 15:15:51

Destinataire : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Objet : Crime contre l’humanité

Je sais, on avait dit « plus d’invectives ». Mais trop, c’est trop ! Tu sais ce qui me fait vomir dans ton métier ? Le formatage implacable de vos articles. Tu crois que je n’ai pas remarqué tes ficelles ? Un article sur deux s’ouvre par une phrase accrocheuse, promettant une anecdote croustillante qui ne viendra pas : « Quand Citibank a menacé de saisir sa maison, Cynthia Tucker, 77 ans, a passé ses finances en revue. » Et cette semaine : « Quand les agents de la Drug Enforcement Administration ont saisi le sous-marin de Javier “El Tigre” Escobar, ils ont trouvé à bord les trophées habituels des trafiquants de drogue : des armes, du cash, des bons du Trésor… et des polices d’assurance-vie. » Tout est dans les points de suspension… Bravo, quelle brillante façon de captiver le lecteur ! Pour un peu, j’en aurais mouillé ma culotte.

Même topo pour le dernier paragraphe, invariablement une citation, si possible un brin provocante. « Le life settle-ment devrait être réservé aux investisseurs qualifiés. Un particulier n’est pas de taille à lutter contre tous les requins qui sévissent sur ce marché. » Ou encore : « Si d’aventure on découvrait un vaccin contre le cancer, j’espère que mes souscripteurs seront assez philosophes pour penser aux années gagnées et non aux millions perdus. » Mon Dieu, c’est beau comme du Michael Crichton !

Quant au reste de l’article, je n’en parle même pas. Ou plutôt si, parlons-en : adverbes interdits, des phrases qui ne dépassent jamais les vingt mots, une citation chaque fois que le lecteur menace de piquer du nez. Au secours !

Franchement, Vlad, tu n’as pas honte ?

 

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Expéditeur : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Date : Mardi 24 juillet, 17:36:13

Destinataire : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Objet : Le petit doigt sur la couture du pantalon

Si tu savais, mon vieux. Ça va bien plus loin que tout ce que tu peux imaginer. Toutes les recrues du journal doivent s’appuyer un manuel de 500 pages, mis à jour chaque année, l’Associated Press Stylebook. Au menu : des règles typographiques (utilisation des traits d’union, écriture d’un nombre en chiffres ou en lettres, etc.), une tripotée de listes (abréviations usuelles, gros mots acceptables…), des vade-mecum de comptabilité ou de physique nucléaire (afin d’éviter aux billes que nous sommes d’écrire de trop grosses bêtises), la façon de rapporter les scores de tennis ou les résultats d’un sondage (ne pas oublier de citer la taille de l’échantillon et les marges d’erreur), etc. C’est la bible des salles de rédaction : nous sommes censés l’apprendre par cœur ou, à tout le moins, savoir ce qu’elle contient. Malheur à celui qui s’en écarte ! J’ai employé un jour « holiday » pour « holy day ». Quelle volée j’ai pris ! Les oreilles m’en tintent encore.

Mais ce n’est pas le pire. Nous prenons aussi nos ordres d’un autre bréviaire, l’incontournable Elements of Style des distingués William Strunk et E. B. White, qui recense 21 principes que l’écrivain dédaigne à ses risques et périls. Me reviennent entre autres : « Restez à l’arrière-plan », « Utilisez le moins possible d’adjectifs et d’adverbes », « Gardez-vous d’exagérer », « Méfiez-vous des mots compliqués », « Pas d’expressions imagées » et, pour finir, cet édifiant précepte (je cite de mémoire), « Une phrase ne doit contenir aucun mot superflu et un paragraphe aucune phrase superflue, pour la même raison qu’un dessin ne doit contenir aucun trait inutile et une machine aucune pièce en trop ». (Je t’en prie, ne lève pas les yeux au ciel.)

Pour couronner le tout, chaque rédaction a développé, au fil des ans, un style « maison », auquel ses journalistes doivent se conformer. Les recettes du Wall Street Tribune en matière de premier et dernier paragraphes ne t’ont pas échappé. Cette accroche qui, comme tu dis, « promet une anecdote croustillante qui ne viendra pas » s’appelle un « lead ». Il en existe deux types : ceux qui livrent d’entrée l’information importante de l’article (le plus célèbre d’entre eux : « Des hommes se sont posés et ont marché sur la Lune ») et ceux, plus adaptés à une série d’investigation comme la mienne, qui plantent le décor ou racontent une histoire pour piquer l’intérêt du lecteur.

Nous utilisons d’autres procédés, dont certains deviennent vite une seconde nature. Les citations, par exemple, remplissent un double office : elles brisent la monotonie de la lecture en offrant un contrepoint rafraîchissant et, surtout, elles instillent un élément de subjectivité (un « prisme différent », pour reprendre tes termes) dans des articles qui en sont théoriquement dépourvus.

Prends mon article sur l’infamant déjeuner à l’Admiral’s Club. Ma position de reporter m’interdit d’émettre un jugement sur le professeur Marlowe, même si, au fond de moi, j’assimile son intervention à de la prostitution. D’où l’importance de pouvoir tendre mon micro à un des convives, en l’occurrence le sieur Gonzales, qui a été choqué par le prosélytisme de Marlowe. Combien de fois n’ai-je pas été tenté d’inventer un expert, ou un simple quidam, pour lui faire exprimer un point de vue qui me semblait absent du débat ! Rassure-toi, je ne suis jamais passé à l’acte.

(Jayson Blair, un confrère du New York Times, a eu moins de scrupules. Il s’est fait virer avec pertes et fracas quand ses supérieurs ont découvert qu’ils faisaient parler des témoins qu’il n’avait jamais rencontrés et décrivaient des lieux sur lesquels il ne s’était jamais rendu. Il ne s’est trouvé personne dans la profession pour le défendre.)

Les journalistes couvrant l’actualité — ce qui, tu l’as compris, n’est pas mon cas — recourent fréquemment à une autre technique, dite de la pyramide inversée. Ils exposent les faits principaux dans un premier paragraphe souvent un peu indigeste, puis distillent le reste des informations par ordre décroissant d’importance. Si un agent immobilier de Los Angeles a tué toute sa famille, tu apprendras dans le sixième paragraphe qu’il était fan des Lakers et, dans les dernières lignes, qu’il dormait dans un maillot dédicacé par Kobe Bryant. L’avantage : l’article peut être coupé à peu près n’importe où, sans nécessiter de retouche.

Aussi obscènes qu’elles puissent te paraître, on s’habitue à ces règles. Queneau, Perec et consorts tenaient que les contraintes formelles stimulent l’imagination. Sans aller jusqu’à écrire en alexandrins ou à m’interdire l’usage de la lettre e, j’observe que ma prose a gagné en vigueur depuis que je m’astreins à ces canons. Tu devrais essayer.

 

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Expéditeur : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Date : Mardi 24 juillet, 22:06:19

Destinataire : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Objet : Ressaisis-toi !

J’ai commandé ton AP Stylebook, histoire de ne pas mourir idiot. Mais enfin, quelle abjection ! Comment peux-tu te plier à ces consignes imbéciles, toi qui avais un si joli brin de plume ? Ne pas utiliser d’expressions imagées ? Mon Dieu, mais j’en mourrais !

Quant à ta pyramide inversée, tu peux te la carrer dans le cul, en commençant par la pointe !

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Expéditeur : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Date : Mardi 24 juillet, 22:06:55

Destinataire : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Objet : Amis de la poésie…

Toi aussi, Dan, tu as un joli brin de plume…

 

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JOURNAL DE DAN

 

Mercredi 25 juillet

Parties de jambes en l’air à l’heure du déjeuner, témoins qui s’expriment sous le couvert de l’anonymat, don aux gamins de Make A Wish : il n’y a pas à dire, Vlad a réussi son portrait de Bobby Babbitt. Se pourrait-il que mon récit de l’Admiral’s Club l’ait un peu libéré du string ?

Réalisé que la baraque du « taulier de Sunset » n’est autre que le blockhaus ultramoderne, protégé par une clôture électrifiée, devant lequel je passe tous les jours en me promenant sur la plage. Pour la première fois tout à l’heure, j’ai remarqué deux gardes armés, postés sur la terrasse. Babbitt craint-il des représailles suite à l’article de Vlad ? Il ne doit pas manquer d’ennemis.

(…)

Passé chez Manuel, pour lui rendre le tournevis qu’il avait oublié chez moi. Il a suivi mon conseil et exposé son problème aux McGregor. Après vérification de son contrat de prêt immobilier, il s’avère qu’il est déjà couvert par sa banque et n’a donc pas besoin d’assurance supplémentaire. Selon Susan, Chuck ne pouvait pas l’ignorer. Jeffrey, qui travaille dans la même crèmerie que Patterson, a mis le zèle de son collègue sur le compte d’une vaste opération commerciale organisée par Emerald pour promouvoir ce type d’assurance. Les agents qui placeront le plus grand nombre de polices d’ici à la fin de l’année recevront deux billets pour le Super Bowl !

Susan a recommandé à Manuel de souscrire une police d’assurance-vie limitée à trente ans, ce qui, si j’ai bien compris, lui coûtera moins cher que de se couvrir jusqu’à la fin de ses jours. Manuel exclut évidemment de passer par Chuck. Je l’ai orienté sur Kim Phelps (à qui je réclamerai en temps voulu une commission d’apporteur d’affaires).

Manuel m’a présenté sa belle-sœur, Lupita, qui vit avec eux pendant ses études d’hygiéniste dentaire. Je lui ai narré mes démêlés avec l’odieux Lammons. Elle m’a raconté qu’un combat juridique oppose depuis des lustres l’interprofession des dentistes à celle des hygiénistes. Ces derniers revendiquent le droit de s’établir à leur compte, pour rendre les soins élémentaires (caries, détartrages, etc.) deux ou trois fois moins chers que dans les cabinets traditionnels, tandis que les dentistes, arc-boutés sur leur monopole, font pression sur le législateur pour préserver le statu quo. Je n’ai été qu’à moitié surpris d’apprendre que Lammons siège au conseil de la Florida Dental Association et que Michael Hart s’est opposé publiquement à tout projet de réforme.

 

Jeudi 26 juillet

Pris un café ce matin chez Starbucks avec Jean-Michel. Les articles de Vlad le divertissent énormément. Il se réjouit tant de voir exposées les combines de Wall Street qu’il a commandé des exemplaires pour les envoyer à tous ses clients. Je lui demande s’il partage le diagnostic de Vlad.

« Absolument. Il a tout compris. Ses articles sont remarquablement pédagogiques. On devrait lui décerner une médaille.

— Tout de même, lui dis-je, ils ne donnent pas une image très flatteuse du life settlement. Vous n’avez pas peur qu’ils fassent fuir vos clients ?

— Pas du tout. J’ai peu d’investisseurs, à peine une vingtaine. Je les connais tous personnellement. La plupart sont des entrepreneurs. Ils apprécient que j’aie lourdement investi dans mon fonds. Je suis d’une transparence absolue avec eux : ils savent qu’ils peuvent débarquer à tout moment dans mes bureaux, demander à voir n’importe quelle police et contester son évaluation dans nos livres. Je facture des frais de gestion limités à 1,5 % par an, contre 2 % en moyenne dans les autres hedge funds, auxquels s’ajoute une prime de performance au cas où j’atteins certains objectifs. »

Il tient à préciser qu’il ne touchera cette fameuse prime de performance qu’à la liquidation définitive du fonds, là où ses concurrents réévaluent périodiquement leurs portefeuilles pour tenir compte des décès et des dernières tendances en matière d’espérance de vie. Si la valeur du fonds s’est appréciée d’une année sur l’autre, les gérants s’octroient leurs primes sans attendre.

« C’est typique de Wall Street, fulmine-t-il. Des gains virtuels donnent lieu au versement de bonus bien réels. Résultat : le gérant roule en Maserati et, le jour où le château de cartes s’écroule, c’est l’investisseur qui paie les pots cassés. J’attendrai peut-être quinze ans pour toucher mon argent, mais au moins personne ne pourra me reprocher de m’être servi avant mes investisseurs. »

Il porte son gobelet à ses lèvres, sans réaliser qu’il est vide, et siffle une lampée imaginaire. Dans le feu de la discussion, son accent français est revenu en force. La caissière nous observe d’un air amusé.

« À vous, je peux bien le dire, Dan : c’est tout le système qu’il faudrait revoir. Trop d’intermédiaires, trop de pseudo-experts que leur parole n’engage pas, sans parler de cette cupidité endémique qui justifie toutes les bassesses… »

Je l’asticote gentiment :

« Allons, Jean-Michel, vous n’allez pas me dire que les financiers européens travaillent pour la gloire…

— Évidemment que non. Ils cherchent à gagner leur vie, c’est bien normal. Mais ils ont encore un semblant de principes, contrairement à leurs homologues de Wall Street, qui feignent de ne pas saisir la différence entre ce qui est éthique et ce qui est légal. Tenez, il y a quelques années, la banque américaine pour laquelle je travaillais a mis au point une stratégie compliquée afin de profiter d’anomalies sur le marché à terme du cuivre. J’ai fait remarquer à mon patron qu’au moins un des volets de l’opération contrevenait aux règles du droit boursier. Nos avocats nous ont fourni la solution : signaler nous-mêmes l’infraction aux autorités de marché et acquitter l’amende maximale prévue par les textes. 1 million d’amende contre 40 millions de profits, mon patron n’a pas hésité longtemps… »

Nouvelle lampée. Cette fois, il se rend compte de son erreur et dévisage nos voisins avec méfiance, comme s’il les soupçonnait d’avoir siphonné son café en loucedé.

« Prenons le cas de votre ami Ed Linkas. Non, non, ne protestez pas, je sais que vous appréciez sa compagnie. À juste titre, d’ailleurs, c’est un très brave garçon. Il audite nos comptes depuis deux ans ; autrement dit, il contrôle nos méthodes de valorisation et s’assure que nous ne péchons pas par excès d’optimisme. Ce qu’Ed a oublié de dire au Wall Street Tribune, c’est qu’il nous facture des frais complémentaires pour, je le cite, “prendre le temps d’étudier la validité de nos hypothèses”. »

Devant mon air hébété, Jean-Michel explique :

« Vous comprenez, n’est-ce pas, que la valeur d’un fonds est le fruit d’une négociation ? Avec une espérance de vie moyenne de 80 ans, le portefeuille d’Osiris vaut 120 millions. À 79 ans, il tangente les 130 millions. À 90 ans, il ne vaut plus un sou. Personnellement, ces variations m’importent peu, dans la mesure où je vais conserver mes polices jusqu’au bout. Mes concurrents, eux, harcèlent leurs auditeurs jusqu’à ce qu’ils obtiennent le chiffre qui leur convient. Attention, je ne prétends pas que je pourrais amener Ed à entériner une hausse de 10 % de la valeur comptable d’Osiris. Mais 2 ou 3 %, sans aucun problème. Je peux même vous dire, à 1 000 dollars près, combien ça me coûterait. »

Et moi qui tenais Ed pour un chic type, c’est déprimant… Jamais l’expression « l’argent mène le monde » ne m’a semblé plus juste.

Nos voisins se lèvent. Comme s’il n’attendait que ce moment, Jean-Michel se penche vers moi et me glisse qu’il passe sur le billard mercredi prochain. Il espère que le chirurgien parviendra à extirper la tumeur, faute de quoi il sera bon pour une chimiothérapie, qui lui coûtera les derniers cheveux qui lui restent sur le caillou.

Dans l’intervalle, il acquiert à tour de bras des polices de patients atteints du cancer de la vessie, au nom d’une stratégie à la fois cynique et pleine de bon sens.

« En cas de découverte révolutionnaire, je perdrai de l’argent sur mes polices mais j’aurai la consolation d’être encore vivant. Dans le cas contraire, Anh et les enfants toucheront un joli paquet. »

Je me garde de lui faire remarquer qu’il oublie le cas de figure où lui mourrait et où les autres patients s’en sortiraient. Il est trop intelligent pour ne pas y avoir pensé. Je crois surtout qu’étudier les dossiers d’autres malades l’aide à tenir la maladie à distance. 

Me suis souvenu, après l’avoir quitté, qu’il n’a pas d’assurance médicale. Le coût de son traitement doit se chiffrer en dizaines de milliers de dollars. Où va-t-il trouver l’argent ?

(…)

L’assemblée des copropriétaires avait fixé à ce soir 20 heures la date limite de dépôt des offres de renouvellement du contrat d’assurance de Destin Terrace.

Kim est passée la première. Elle m’a remis une enveloppe rebondie, en blaguant qu’elle l’avait scellée avec du vernis à ongles qui résisterait à toutes mes tentatives d’ouverture à la vapeur. Sous son apparente désinvolture, je l’ai sentie très nerveuse. Elle m’a dit avoir travaillé comme une folle sur cette proposition, obtenant de sa hiérarchie des conditions tarifaires exceptionnellement favorables, en échange d’une baisse de moitié de sa propre commission. Tout indépendant que je suis, je n’ai pu m’empêcher de lui souhaiter bonne chance.

Elle a croisé en sortant Chuck Patterson, qui m’a annoncé sans préambule qu’il avait décidé de ne pas soumettre d’offre.

« Votre copine a dû serrer son devis au maximum. Franchement, qu’est-ce que j’allais m’emmerder pour trois cacahuètes ? Il faut savoir laisser filer une affaire. »

Pour rentabiliser le déplacement, plus que par réelle conviction, il m’a offert de s’aligner sur ma police d’assurance habitation.

« Ça ne vous coûtera pas un dollar de plus et je m’occuperai de toute la paperasse, a-t-il promis.

— Non merci, Chuck.

— Enfin, Dan, vous réalisez qu’un inconnu encaisse chaque année plusieurs dizaines de dollars sur votre contrat. Vous ne préféreriez pas que cet argent atterrisse dans la poche de votre voisin ? »

Il n’a pas eu le cran de dire « votre ami ».

« Non, pas particulièrement. Bien sûr, ce serait différent si ledit voisin appréciait mon travail… »

Il est parti en claquant la porte.

Appelé Kim, qui a tout de suite vu l’avantage qu’elle pouvait tirer de la situation. Elle a prétendu m’avoir remis par erreur une version intermédiaire du document.

« Je vais t’apporter le devis définitif, d’accord ? Après tout, il n’est que 19 h 30. »

J’ai dû lui expliquer que ce ne serait guère correct vis-à-vis des copropriétaires. En disant cela, je pensais surtout à moi. J’ai calculé que chaque pourcent d’économie sur la police existante se traduira par une baisse de mes charges annuelles d’environ 2 dollars.

 

Vendredi 27 juillet

Hourra ! L’éditeur de Wikipédia valide ma modification ! Mieux, il me propose d’enrichir la fiche d’Hermann Broch d’une section consacrée à la question de sa parenté présumée avec Leo Perutz.

Il écrit : « Le site sur lequel vous m’avez dirigé suggère entre les deux hommes une relation allant bien au-delà d’une simple amitié. Naturellement, une certaine prudence s’impose, dans la mesure où les travaux de Böhm, Mirafuentes et consorts, même s’ils semblent présenter de grandes garanties de sérieux, n’ont pas encore reçu l’approbation des biographes et des familles de Broch et de Perutz. Je vous conseille donc d’accompagner votre contribution des réserves d’usage puis, quand elle aura été approuvée, de la recopier à l’identique dans la fiche de Leo Perutz. Je m’occupe de mon côté d’informer, par les circuits internes de Wikipédia, mes homologues allemands, afin qu’ils incorporent ces nouveaux éléments dans les pages dont ils ont la charge. Les autres langues suivront sous quelques semaines. Merci d’avance pour votre coopération. »

Je lis et relis ce message, presque trop beau pour être vrai. Bon sang, j’ai réussi ! Ce jour marque le début d’un nouvel âge d’or pour les études autrichiennes, enlisées depuis trente ans dans des débats sans fin sur la sensibilité européenne de Stefan Zweig ou l’influence du suicide de ses trois frères dans la philosophie de Wittgenstein. Rares sont les champs totalement vierges dans lesquels un jeune chercheur prometteur peut espérer se faire un nom. Je suis prêt à parier que d’ici un an un doctorant de l’Université de Graz aura publié un Plaidoyer pour une nouvelle interprétation de la figure paternelle dans La mort de Virgile. À moins que le doyen du département germanophone de Yale ne lui ait grillé la politesse avec un Broch, Perutz : frères de sang, frères de race.

Quand je pense aux trolls de la New York Times Book Review qui traitaient Mark et Minny de « personnages improbables, sans aucun ancrage dans la réalité ». Ils mériteraient que je leur envoie la biographie de Thorsten Böhm ou, mieux encore, une vidéo d’Ericka Kirchenmeister à la manœuvre.

 

Le soir

Au fil des heures, mon exultation a cédé la place à l’inquiétude. L’idée que d’autres éditeurs, qui plus est allemands, vont se pencher sur ma falsification me terrifie. Pour la première fois, je me force à considérer les implications légales de mon canular. Une foule de chefs d’accusation, réels ou imaginaires, se pressent dans ma tête : usurpation d’identité, diffamation, atteinte à la mémoire de personnes disparues, infraction aux lois sur les copyrights… Et ces interrogations lancinantes : ma profession d’écrivain me vaudrait-elle des circonstances atténuantes ? La fondation Wikipédia se porterait-elle partie civile ? Mes actes sont-ils passibles d’une amende ? D’une peine de prison avec sursis ?

 

Samedi 28 juillet

Lutté toute la nuit contre la tentation de me confier à Vlad, de par son métier probablement beaucoup plus versé que moi dans ces sujets. Avec un peu de chance, il pourrait même consulter discrètement les avocats du Wall Street Tribune.

Je me donne quarante-huit heures de réflexion.

(…)

Croisé Bruce Webb à la salle de gym. Je lui ai rapporté les menaces de Lammons, tandis qu’il se reposait après avoir soulevé une barre de 80 kilos.

« Il est déjà passé à l’acte, m’a-t-il dit en s’épongeant le front avec une serviette. Il m’attaque pour escroquerie, représentation frauduleuse et deux ou trois autres bricoles. Entre les frais de justice et les intérêts, il me réclame près de 1 million. »

Il n’avait pas l’air catastrophé, et pour cause : les faits sont prescrits depuis belle lurette.

« Je ne comprends pas que son avocat ne s’en soit pas rendu compte, a dit Webb en rassemblant ses affaires.

— C’est peut-être celui qui le défend dans son procès contre Emerald, ai-je observé. Vous allez lui répondre ? »

Il m’a gratifié d’un magnifique sourire :

« Pensez donc ! Je vais laisser tourner son compteur. »

Je crachais mes poumons avec ardeur sur le tapis roulant quand Jennifer Hansen est entrée, moulée dans un pantalon de yoga noir et un tee-shirt blanc, sa sempiternelle bouteille d’eau à la main. Comme nous étions seuls et bien que ne lui ayant jamais adressé la parole, je me suis senti obligé de lui présenter mes condoléances.

Elle m’a avoué qu’elle venait pédaler tous les matins, pendant que les enfants étaient à l’école, « pour ne pas devenir folle ». Prenant (à tort) mon hochement de tête pour une invitation à poursuivre, elle m’a déballé ses problèmes en vrac : le coût plus élevé que prévu des funérailles (elle avait d’abord jeté son dévolu sur un cercueil en bois mais ses beaux-parents ont insisté pour le modèle en acier), le salaire de Mark qui ne tombe plus, le chèque d’Emerald qui tarde à arriver…

Elle s’inquiète (à raison, cette fois) pour son avenir. Attachée de presse de formation, elle a arrêté de travailler il y a six ans, quand elle est tombée enceinte des jumeaux. Elle n’a aucune idée de sa valeur sur le marché du travail, se demande si elle devrait reprendre ses études (et qui garderait alors ses enfants ?), hésite à vendre la maison pour acheter plus petit, etc. Ne voulant surtout pas lui donner l’impression que ses dilemmes me barbaient, j’ai prolongé ma séance de jogging bien au-delà du raisonnable, en insérant, de temps à autre, entre deux halètements poussifs, un « je comprends » dégoulinant de sueur et de compassion.

La conversation s’est engagée sur une pente glissante, dans tous les sens du terme, quand Jennifer m’a demandé si je pensais qu’elle retrouverait quelqu’un un jour. Je suis descendu de mon instrument de torture en prétextant un rendez-vous et lui ai conseillé d’essayer de se changer les idées. Plus tard dans la journée, j’ai déposé mes trois derniers bouquins devant sa porte. C’est malheureusement tout ce que je peux lui offrir.

 

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Expéditeur : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Date : Samedi 28 juillet, 23:58:01

Destinataire : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Objet : Melvin Phelps

Tu ne devineras jamais ce qui agite notre petite communauté. Ce soir, Melvin Phelps, le président de la copropriété, a frappé à ma porte. Il voulait m’entretenir des effets déplorables de tes articles. Alléché par ce préambule, je me suis empressé de le faire entrer. Évidemment, il ignore que nous sommes en contact ; tu te doutes bien que je ne me vante pas de compter au rang de tes amis.

Il semblerait que plusieurs de mes voisins se soient plaint que tes livraisons hebdomadaires empiètent sur leur vie privée. On pourrait objecter (je ne m’en suis d’ailleurs pas privé) qu’ils connaissaient les règles du jeu quand ils ont accepté de te rencontrer. Phelps ne l’entend pas de cette oreille : il prétend que tu vas trop loin et que tu prends un plaisir pervers à dépeindre les habitants de Destin Terrace sous leur jour le plus sombre.

Ce dernier argument m’a laissé pantois. Certes, Bruce Webb et Brian Hess ne sortent pas grandis de ton dernier article, mais j’ai l’impression qu’ils se sont confiés de leur plein gré, voire qu’ils t’étaient reconnaissants de la tribune que tu leur offrais. Qui éreintes-tu au juste ? Babbitt ? Mais pourquoi Phelps prendrait-il la défense d’une crapule qui n’habite même pas Destin Terrace ? Et quand bien même deux ou trois résidents seraient venus pleurer sur son épaule, en quoi cela le concerne-t-il ? On l’entendait moins quand tu révélais au grand jour les pratiques de Chuck Patterson… Détiendrais-tu des secrets bien dégueulasses sur son compte ?

Pour ton information, il a essayé de me faire signer une pétition menaçant le Wall Street Tribune d’une action en justice si vous ne suspendez pas immédiatement la publication des articles. J’ai dit que j’allais réfléchir. Phelps a eu l’air déçu.

« Je pensais pouvoir compter sur vous, Dan », a-t-il reniflé.

Sa réaction m’a à nouveau surpris. Un type de son calibre doit savoir que de telles gesticulations n’ont aucune chance d’aboutir.

PS : Allez, je relance le jeu des anagrammes avec Lupe Baslow.

 

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Expéditeur : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Date : Dimanche 29 juillet, 00:33:18

Destinataire : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Objet : Donna Phelps

Je viens d’éplucher ton dernier article en cherchant ce qui a pu pousser Phelps à sortir du bois. Je crois avoir trouvé. En lisant que Babbitt a donné 20 000 dollars à la Veterans Jobs Alliance, je me suis souvenu que Donna Phelps, la femme de Melvin, dirige une œuvre caritative au profit des anciens combattants. Après vérification, il s’agit bien de la même association.

 

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Expéditeur : Vlad Eisinger <vlad.eisinger@wst.com>

Date : Dimanche 29 juillet, 09:06:25

Destinataire : Dan Siver <danielgsiver@gmail.com>

Objet : Bien vu

Honte à moi d’avoir laissé passer ça ! À ma décharge, Babbitt a donné à plus de 50 œuvres différentes rien que l’année dernière ! C’est classique chez les criminels en col blanc qui attendent d’être jugés. Ils arrosent la communauté, dans l’espoir que le jury comprendra un parent de gamin autiste, une survivante du cancer du sein ou tout autre récipiendaire de ses largesses. Cela revient moins cher que d’embaucher une star du barreau ou de multiplier les contre-expertises. Quelle plus grande volupté, au demeurant, que de se montrer généreux avec l’argent des autres ?

En tout cas, bravo, tu ferais un excellent journaliste. Tu veux que je me renseigne pour voir si on propose des stages d’été ?

PS : Lupe Baslow = Paul Bowles = compositeur doué mais auteur surestimé. En voici un facile : Pearl Rhee.

PPS : Un détail qui me revient concernant ton ami Ray Wiggin : tous les jours en fin d’après-midi, il envoie la liste des nécros du lendemain à Chuck Patterson, en échange d’une invitation annuelle à un match de base-ball. D’après ce que j’ai compris, notre Chuck national a des accords de ce genre avec des dizaines de médecins légistes, entrepreneurs de pompes funèbres, j’en passe et des meilleurs.

 

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JOURNAL DE DAN

 

Dimanche 29 juillet

Mrs Cunningham a quasiment forcé ma porte ce matin pour me livrer le dernier potin : si Jennifer Hansen n’a pas encore reçu son chèque, c’est parce que la police de Mark présenterait des irrégularités. Cela me paraît peu plausible, dans la mesure où Chuck a suivi le dossier de bout en bout.

J’ai changé de sujet, par respect pour la malheureuse Jennifer, en demandant à Mrs Cunningham si la revente de sa police avançait. Je n’aurais pas pu lui faire plus plaisir. Elle s’est vantée d’avoir négocié un taux de commission imbattable auprès de Kim.

« Elle a besoin de mon affaire bien plus que je n’ai besoin d’elle, m’a-t-elle expliqué, non sans un certain bon sens. En plus, comme elle n’a qu’une poignée de clients, j’ai la garantie qu’elle va bien s’occuper de moi. »

Mrs Cunningham s’amuse par ailleurs de l’empressement de sa fille, qui lui rend visite tous les jours et l’accompagne chez le médecin.

« Je ne suis pas née de la dernière pluie ! Je sais bien qu’elle lorgne ma police et qu’elle arrêtera de venir me voir du jour où je l’aurai vendue. »

J’ai encore pris la défense d’Ashley, sur le ton de la plaisanterie cette fois :

« Allons, Patricia, pourquoi ne pas admettre que votre fille vous adore ? »

Elle a éclaté de rire.

« Décidément, votre mère avait raison : vous ne connaissez rien à la vie. Je comprends mieux pourquoi vos livres n’ont aucun succès. »

Je mentirais si je niais avoir ressenti un petit pincement au cœur.

(…)

Rencontré Susan McGregor à Publix, au rayon surgelés. J’ai tout de suite remarqué que quelque chose ne tournait pas rond. Elle empilait les barquettes de lasagnes dans son chariot avec une sorte de rage contenue, inhabituelle dans un supermarché. Elle ne s’est pas fait prier pour m’exposer le motif de sa colère. Apparemment, Jennifer Hansen a sondé Rafaela pour savoir si celle-ci accepterait de garder les jumeaux au cas où elle recommencerait à travailler. Elle offrirait le même salaire que les McGregor, pour une heure de travail en moins par jour. Rafaela prétend avoir décliné la proposition mais a tout de même éprouvé le besoin d’en parler à son employeuse. Susan guettait mon soutien. Je me suis prudemment abstenu. Aimant beaucoup Rafaela, je me suis borné à remarquer qu’elle devait défendre ses propres intérêts.

« C’est la loi de l’offre et de la demande, ai-je fait valoir. En cela, le marché des baby-sitters ne diffère guère de celui des polices d’assurance-vie. »

Susan a ouvert la bouche, avant de tourner brusquement les talons.

Je crains que le sel de la situation ne lui échappe.

(…)

Rédigé, après le dîner, quelques brouillons du paragraphe sur Broch et Perutz.

J’ai décidé de ne pas parler à Vlad pour le moment. Après tout, Sade et Soljenitsyne ont écrit leurs plus belles pages en prison.

 

Lundi 30 juillet

C’est l’anniversaire de Papa aujourd’hui. Il aurait eu 77 ans.

Il se préparait à gravir le mont McKinley avec des anciens collègues. Pour mettre toutes les chances de son côté, il avait décidé de se faire retirer l’appendice : à 6 000 mètres d’altitude, une péritonite ne pardonne pas. Il est entré à l’hôpital un lundi. D’après les médecins, il a chopé une saloperie pendant l’opération. Le mercredi, il avait 40 oC de fièvre. Le vendredi, il était mort.

(…)

Invité Kim, qui sortait de chez Mrs Cunningham, à prendre un verre. Elle m’a confié que la vieille la faisait tourner en bourrique.

« Je lui ai dit que je ne parviendrais pas à vendre sa police sans un rapport d’espérance de vie, qui coûte autour de 800 dollars. Elle a tellement comprimé ma commission qu’il est hors de question que je prenne cette dépense supplémentaire à ma charge. Du coup, elle s’est mis en tête de s’adresser directement à Brian Hess. J’ai essayé de lui expliquer qu’un rapport signé du nom d’un indépendant n’aurait pas grande valeur, elle n’a rien voulu entendre. Ah, je t’assure, si j’avais su, je l’aurais laissée entre les mains de Patterson. »

À ces mots, je me suis souvenu que Mrs Cunningham est en procès avec son agent de change. Début 2009, en pleine déconfiture des marchés, elle a liquidé sans réfléchir son plan d’épargne retraite. Quand la tendance boursière s’est inversée, elle a reproché à son courtier de l’avoir laissée céder à la panique. L’intermédiaire, un ami d’enfance d’Otto Cunningham, a expliqué à sa cliente la différence entre un courtier et un conseil en gestion de patrimoine, et lui a gentiment offert un toaster en inox, habituellement réservé aux nouveaux clients de la banque. Tonnant qu’on ne la ferait pas taire avec un grille-pain, Mrs Cunningham a engagé un avocat surnommé Clark the Shark, qui, moyennant la promesse d’un tiers des sommes récupérées, a assigné devant les tribunaux tous les établissements financiers ayant un jour hébergé un compte de la famille Cunningham. Aux dernières nouvelles, la justice suivait son cours.

Va savoir pourquoi, je n’ai pas jugé opportun de partager cette anecdote avec Kim. La pauvre m’avoue avoir du mal à percer dans le métier. Les amis de son père se révèlent des proies moins faciles que prévu. Ils sont déjà assurés jusqu’aux yeux. Quant à ceux qui n’ont pas encore la panoplie complète, ils ont tous un cousin ou une nièce qui convoite leur clientèle.

Elle n’a pour l’instant signé que trois affaires dans la résidence : une police auto pour Ed Linkas (que je soupçonne de ne pas être entièrement désintéressé sur ce coup), une police bateau pour Michael Hart (qui s’honore de faire travailler l’économie locale) et, naturellement, le contrat de la copropriété sur lequel elle craint de ne pas gagner sa vie. Chuck tient ses clients d’une main de fer. Je décris à Kim le réseau d’informateurs qu’il a patiemment mis en place au fil des ans. Je la sens découragée par l’ampleur de la tâche.

Elle promet de m’inviter à dîner si elle décroche Manuel. J’en profite pour lui demander par quelle aberration Chuck a pu proposer à celui-ci une police qui faisait double emploi avec son contrat de prêt immobilier. Kim m’explique que ce que je prends pour une erreur ne doit rien au hasard. La dernière fois qu’elle a loué une voiture, elle a souscrit sans réfléchir l’assurance du loueur, avant de réaliser qu’elle était déjà couverte par son assurance auto individuelle et par l’émetteur de sa carte de crédit.

« Si j’avais eu un accident, dit-elle, les trois sociétés se seraient partagé le coût du sinistre. Voilà comment les assureurs parviennent à continuer à augmenter leurs profits dans un marché saturé. »

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