Sais-tu? / Recueil de poésies destinées à servir d'exercices / élémentaires de mémoire

Le Colimaçon

Enfin, après un long voyage,

Notre homme et le coffret arrivent un matin

Dans la ville de Constantin.

Il trouve tout le peuple en joie:

«Que s'est-il donc passé?—Rien, lui dit un iman; C'est notre grand-vizir que le sultan envoie,

Au moyen d'un lacet de soie,

Porter au prophète un firman.

Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;

Et, comme ce sont des misères,

Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.

—Souvent?—Oui.—C'est fort bien. Votre nouveau vizir

Est-il nommé?—Sans doute, et le voilà qui passe.» Le dervis à ces mots court, traverse la place,

Arrive, et reconnaît le pacha son ami.

«Bon! te voilà, dit celui-ci,

Et le coffret?—Seigneur, j'ai parcouru l'Asie:

J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.

Aujourd'hui ma course est finie;

Daignez l'accepter, grand-vizir.»

FLORIAN.

 

LE COLIMAÇON

 

Sans ami, comme sans famille,

Ici-bas vivre en étranger;

Se retirer dans sa coquille

Au signal du moindre danger;

S'aimer d'une amitié sans bornes;

De soi seul emplir sa maison;