Sais-tu? / Recueil de poésies destinées à servir d'exercices / élémentaires de mémoire

La Souris Bloquée

«Mets donc un terme à ta furie,

Ou je retire mes bienfaits.

Insensé, tes bœufs, ta charrue,

Ton champ, font très-bien leur devoir;

Les défauts qu'en eux tu crois voir,

C'est chez toi qu'ils frappent ma vue.

Tu veux gronder? Apprends d'abord,

Apprends des experts du village

A bien guider ton attelage,

Et tais-toi, car toi seul as tort.»

J-J. PORCHAT.

 

LA SOURIS BLOQUÉE

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Une souris de campagne

Choisit pour cantonnement

Un vaste champ de froment:

C'était pays de Cocagne.

Dans son trou dès le matin

Par la faim sollicitée

D'un riant espoir flattée,

Elle courait au butin.

Du lendemain n'avait cure,

Faisant ses quatre repas,

Puis courant à ses ébats:

Bref tout aux lois d'Épicure

Dans le fond de son réduit

Jamais de graine amassée;

Un peu de paille entassée,

Voilà tout; c'était son lit.

Devers son manoir tranquille

Un maudit chat vint rôder;

Elle, habile à s'évader,

D'un saut gagna son asile.

Soit! nous reviendrons demain,

Dit-il faisant la grimace:

Puis observant bien la place,

Il poursuivit son chemin.

Le matois dès l'aube arrive;

Mais il a beau se blottir,

La souris près de sortir,

L'aperçoit, rentre et s'esquive.

Oh! dit-il, un peu confus,

Celle-ci me fait la nique!

Nous l'aurons, et je m'en pique!

Changeons le siège en blocus.

Aussitôt devant la porte

Vient se camper le matou,

Les yeux fixés sur le trou.

Qu'elle paraisse, elle est morte!

Il faudra faire une fin,

Dit-il, petite rebelle.

Choisissez, mademoiselle,

De ma gueule ou de la faim.

L'autre de terreur glacée,

Et tremblante au fond du nid,

De jeûner bientôt lassée,

En pleurant mangea son lit.

Vain secours, faible ressource.

Ah! que n'a-t-elle amassé

Tant de froment dispersé

Sans profit dans mainte course!

Dans son gîte elle pourrait

Du chat braver la menace.

Tant qu'enfin de cette place

L'appétit le chasserait.

Cependant l'âpre famine

Ronge, affaiblit la souris.

Pour échapper du logis,

Ouvrons, dit-elle, une mine.

Mais vit-on jamais quelqu'un

Travailler sans nourriture!

Hélas! la terre est si dure,

Quand l'estomac est à jeun!

Elle cesse, elle succombe

Et dit: Je n'ai plus d'espoir, C'en est fait et dès ce soir,