Sous d'autres formes nous reviendrons
4 ::: - ramener à la vie
4 :::
ramener à la vie
::: c’est fini et pourtant ça recommence, et s’il faut une date pour ne plus tout à fait s’égarer dans le labyrinthe du temps décomposé, que ce soit le 22 décembre 1932, puisque ce jour-là un film est projeté, un film qui pourrait ne parler que de momies si l’on voulait en rester aux apparences, mais les apparences ont cédé, déjà un faisceau fend l’obscurité, imposant sur l’écran un cartouche tremblé tandis que tintent quelques accords du Lac des cygnes, des mots scintillent en lettres crayeuses, qui pourraient nous sidérer si nous n’étions déjà depuis longtemps pétrifiés par la peur du vide ou le souci de soi, avertissement ou prophétie qu’importe, ce qui est projeté ici sort du Livre de Thot, ce sont les paroles prononcées par Isis pour ressusciter Osiris son époux bien-aimé,
Ô AMON-RA, Ô DIEU DES DIEUX, LA MORT EST UN PASSAGE VERS UNE
NOUVELLE VIE NOUS VIVRONS AUJOURD’HUI, NOUS VIVRONS DEMAIN,
SOUS D’AUTRES FORMES NOUS REVIENDRONS
::: comme toutes les images nous savons que celle-ci finira par s’effacer, comme tous les mythes nous sommes enclins à y lire le récit d’un échec, le cygne pourrira dans le nid des roseaux, le sarcophage ne sera jamais descellé, c’est toujours nous qui nous retournons, jamais les morts, mieux vaut rester immobiles dans la nuit de la salle, dans le placard d’une très vieille enfance, parmi des cadavres préoccupés qui fument de longs cigarillos en croisant-décroisant les jambes, spectateurs d’un au-delà de pur celluloïd,
::: sous les lèvres la morsure, et dans le poing de la promesse une menace, sensible dès les premières secondes de La Momie, le film de Karl Freund, et dans des centaines de cinémas des milliers de vivants découvrent à leurs dépens que la peur n’est rien d’autre qu’une crypte, une boîte à taille humaine où s’absenter jusqu’au fond de soi, bras et jambes gelés, chacun inhumé pendant une heure et quatorze minutes dans un fauteuil dont la stèle de velours, une fois les lampes rallumées, se rabat en claquant doucement,
::: vue depuis la salle de projection, La Momie du docteur Freund n’a rien de hiéroglyphique, la mythologie qu’elle ânonne a la simplicité du malheur à l’état brut, en épouse le tourbillon fatal, ce n’est, pourrait-on croire si l’on détenait encore le secret des croyances, qu’un conte plein de silence et de douceur articulée par un mort préférant ne rien signifier,
::: l’action se passe en Égypte ancienne, dans ce nulle part du temps où même les incantations se profèrent de profil, à la croisée des ombres et des nombres, sur les rives du grand fleuve Nihil, alors que la princesse Ankh-Souh-Namu, rongée par une maladie, dépérit au grand dam de son peuple, et tandis que des artisans muets mettent la dernière main à la confection de son sarcophage, le grand prêtre Imhotep, qui depuis toujours l’aime et l’adore en secret, dérobe le manuscrit de Thot contenant la formule magique qui permet – vraiment ? – de ramener les morts à la vie, il s’approche du corps de la princesse et prononce les syllabes thaumaturgiques • modelez ce corps broyez les / os avec la poudre je / réécrirai sans fin comme la vague sans / trembler •
[bénézet]
::: surpris en plein rituel, il est arrêté, et pour le punir d’avoir lu à voix haute ce que nuls yeux n’ont le droit de contempler, en châtiment d’avoir fait du sacré œuvre de poésie, on le ceint de bandelettes et l’enferme vivant dans un sarcophage • j’attends la pioche et la pelle et le bulldozer et la bombe et le bûcher, et l’éclipse du soleil et le dessèchement du Nil, et j’oublie que j’ai eu des enfants, des parents et des dieux, qu’il y avait le Ciel, le Soleil et la Nuit, l’Égypte et le Nil, qu’il y avait mon nom, qu’il y avait ma femme, les yeux et les parfums, le sommeil et l’éveil, j’oublie que je suis né, j’oublie que je suis mort et j’oublie j’attends et j’oublie que j’oublie •
[butor]
::: des siècles s’écoulent, guerres épidémies servage, mais en 1921 un groupe d’archéologues exhume la momie d’Imhotep, par mégarde l’un des membres de l’expédition ramène à la vie le grand-prêtre avant de perdre la raison, et pendant onze ans et onze jours l’homme-momie va errer à la surface de la terre jusqu’à ce que son chemin croise celui d’autres archéologues, parmi lesquels se trouve le fils de l’homme qui l’a exhumé – le hasard est la férule des dieux, le levier des scénaristes –, Imhotep les conduit alors jusqu’à la tombe de la princesse, mais bien sûr bien sûr bien sûr il tombe amoureux d’une des expéditionnaires, une jeune femme du nom de Helen, en laquelle le grand prêtre, qui se fait appeler à présent Ardath Bey, voit la réincarnation de sa bien-aimée Ankh-Souh-Namu, il décide de la sacrifier afin qu’elle puisse ressusciter et devenir éternelle à sa semblance, mais Helen, avertie de son projet, entre en transe et invoque l’esprit d’Isis, qui intercède en sa faveur et réduit en cendres l’imprudent Imhotep, fondu au noir, ::: musique, générique, tout le monde rentre chez soi, troublé, inquiet, quel étrange film, on n’est pas sûr d’avoir bien suivi l’intrigue, les tenants et les aboutissants de cette fable qui semble autre chose qu’une fable, mais une fois chez soi chacun comprend que cette histoire est la sienne, l’a été et le sera de toute éternité, chacun comprend que la danse du deuil est une danse qui se danse seul, à l’abri des regards, et que ce film, La Momie, est une leçon, la leçon de l’amour mort, et dans les ténèbres de la chambre où dort l’être aimé chacun se tourne et se retourne, et chaque fois que les yeux se rouvrent c’est sur un mur qu’ils s’ouvrent, le mur de l’être aimé, son dos de pierre, le dos de pierre de l’être aimé qui dort dans l’amour comme on dort dans la mort, le verso d’une leçon prodiguée par la mort à l’amour qui dort, et c’est paralysant, on est paralysé, on voudrait tendre la main, toucher le dos, toucher le mur, traverser la chair et les os de la leçon et se fondre dans le corps de l’être aimé et renaître de l’autre côté, dans le réveil de l’amour et l’odeur du café chaud à l’extrémité du sommeil de la mort, mais de l’autre côté de la leçon de pierre seule la pierre veille au sommeil de la mort • vivant on oublie l’inoubliable d’être en vie, et mort faudra-t-il se souvenir de l’oubli d’avoir été vivant ? vous avez l’habitude d’entendre certaines phrases toujours les mêmes phrases de l’existence et vous avez fini par être enseveli dans le langage, une momie de langage que des explorateurs quotidiens tentent de ramener à la vie •
[boyer]
::: chaque bandelette une phrase destinée à masquer l’indispensable décomposition, le verso ne cessant de dissimuler le recto à mesure qu’une phrase recouvre la précédente, et ainsi la mémoire se dessèche, momifiée elle attend sans attendre, mais • la langue touche le cadavre . presque . comment . dire . et toutes ces morts successives font un livre . un livre •
[bénézet]
::: un livre vain, une nécropole de papier où s’enterrer soi-même entre les bandes successives des lignes qui ne laissent plus rien passer, dans le sarcophage de la page, chacun rentre chez soi, rentre en soi et s’enfonce lentement dans l’eau lourde de l’au-delà, à croire que le cinéma est lié depuis ses origines à la résurrection, non seulement parce qu’il inhume la lumière dans la nuit de théâtres funéraires, non seulement parce que les acteurs morts se relèvent dans la vie une fois le film fini et leurs personnages enterrés, non seulement parce qu’il joue avec le Temps au point de parier sur l’éternel retour des disparus, non, s’il a partie liée avec l’idée le miracle le leurre de la résurrection c’est peut-être aussi parce que d’emblée, sans réfléchir, il s’est enivré de mythologies, laissant s’agiter en lui mille figures hybrides, toute une foule d’êtres amphibies, comme si le simple fait de reproduire, à même le vide de l’écran, le mécanisme de la vie, convoquait ex nihilo une tribu chancelante, composée de golems de vampires de zombies de fantômes de robots d’amants ressuscités, et ce à raison ou folie de vingt-quatre images-vie par éternité de seconde,
::: mais la vie-momie n’est pas la vie recommencée, l’éternel retournement des morts n’est pas pour demain, et quand a lieu la première du film La Momie le 22 décembre 1932, c’est déjà foutu pour la pâque des âmes, dans son salon gras de pénombre le réalisateur Karl Freund n’allume pas de cigare, le sujet est trop grave, le plaisir trop aigu, qui sommes-nous pour oser être ce que jamais nous ne serons, la question tournebroche dans la tête de l’ancien chef opérateur devenu réalisateur qui aura mis dix ans pour troquer un mythe contre un autre, pour passer du golem de Wegener à la momie de Karloff, le docteur Freund sait maintenant que jamais la substance humaine ne franchira le seuil interdit, elle passera peut-être celui des cinémas et des morgues, mais JAMAIS, même transfigurée méconnaissable évanescente gazeuse, elle ne laissera de traces dans la sciure du temps, et une fois le cerceau crevé – une fois une seule ! –, nul retour possible, nous aurons beau vouloir monter dans le premier cargo venu, nous assoupir dans un cercueil avec les rats, endurer la houle de l’au-delà, jouer les noyés récalcitrants du moment que ça tangue encore un peu, nous devrons tous résider dans le deuil imposé de nous-mêmes • tous rêvés par notre mort / en attendant que son réveil nous tue •
[bernard noël]
::: tous allongés dans un lit de pierre nous ne pouvons que nous dessécher lentement en sachant que sous d’autres formes JAMAIS nous ne reviendrons, déjà à notre chevet plus rien ne vient, n’advient, nulle procession sinon celle des heures vides, emmailloté dans l’attente de quelque-chose-noir,
::: à jamais privés des puissances du souffle, de plus en plus blêmes, semblables à de grasses larves de cétoines, les siècles s’écoulent, le temps s’écroule, nous voilà simples cocons, à peine rassis déjà creux, signes vains sevrés de sens,
::: en nous, dans la chambre du cœur déchiré, là où ça cogne et tergiverse, un macchabée s’échine à faire le beau jusqu’au dernier sursaut, joue des coudes et des os, cherche à bien se placer dans le charnier de tête, à fendre la foule des morts sous une pluie de cendres-confettis,
::: sentant frémir le lait suri de l’au-delà, un gisant un pauvre pétrifié s’obstine à remuer en nous, nous enjoignant de rêver la résurrection,
::: l’œil clos sous d’infinies bandelettes de soie, les bras collés aux flancs, les pieds un seul pied, le corps une toupie arrêtée • on s’écoute battre, / boiter dans du silence, / tourner en rond, moudre / de la mort avec des / mots au fond du temps •
[claude adelen]
::: çà et là sur nous tintent sans tinter des centaines de piécettes, pourrissent sans pourrir des débris de viande roide, de modestes offrandes, des guirlandes de fruits secs, des bracelets de toc, des brindilles d’os, un vieux camée ivoirin contenant la mémoire d’un éléphant, de la myrrhe de l’encens du paprika et des clous de girofle, sur notre peau parcheminée quelqu’un a déposé des photos semblables à celles qu’on arrachait naguère au contre-jour, aux bords dentelés par la négligence, et sur lesquelles sourit peut-être l’être aimé, mais de dos, à notre froide surface ont été semées des cartes à jouer, reines folles, rois au sceptre brisé, valets aux dents noires, à quoi rime cette litanie de mémentos puisque nous voilà momifiés, confits dans la terreur du dernier jour, trop las pour hurler mais trop effrayés pour nous résigner tout à fait, entendant sentant devinant, le monde autour de nous réduit à un poing serré et soi dedans, la sueur gouttant imprégnant le drap violent qui nous étreint, chacun alité alangui dans la pierre à notre forme creusée, oh • se voir couché sur le lit, la tête à l’oreiller, tel non pas que l’on dort, mais comme la boîte peinte de l’instrument, la momie du violon vivant, monté sur deux pieds et dont les clés, tournées sur le son, les vertèbres du crâne, sont étrangement immobiles •
[andré suarès]
::: la mort donne le la, le lacis des neurones cesse de raciner, dans les veines le sang alentit sa cadence, la lymphe épaissit, les os s’ensablent, le cœur se rompt, l’intestin geint encore un peu, la merde encore coulant, les larmes encore suintant, et tout cela tout bas, tout cela dans un silence de fausse soie, et de moins en moins de lumière, de moins en moins d’obscurité connue, de plus en plus de ce rien qui nous réclame, que faire sinon se contempler dans le miroir de sa mémoire, pris en tenaille dans la tenaille d’on ne sait quoi, enfin affranchi des tiraillements de la chair, l’âme ridiculement pharaone, incomplète déjà flétrie, les signaux un à un s’éteignant, ::: enfin !, qu’on nous déchire ! nous dissèque ! puisque plus rien ne nous est ni cher ni utile, puisque sous aucune forme, même dispendieuse, nous ne reviendrons, pour lors ne plus bouger, attendre à défaut de guetter, la terre désormais notre ventre autant que notre dos, notre tombeau ne roulant ni ne tanguant, la mer montant en nous comme une mer de pierres, l’eau filtrée par notre cadavre moins salée et plus pure que les larmes, à notre front les diamants de la gloire ont cessé de briller, autour de nous résonnent déjà des rires sans bouche, des yeux sans regard passent sans nous voir, des bâtons d’encens brûlent aux portes de nos narines, des bougies fondent sur nos paupières de cire, le temps n’est plus de mise, enfin prélevé à soi-même on peut murmurer d’inoffensives promesses, dire je • ne laisserai pas se perdre en vains nuages / le frêle avènement de cette aube où je pleure, / ni dormir au soleil parmi vos pierres blanches / ce vœu, plus que divin, d’aimer même la mort, / qui seul fiance une âme à son sens éphémère •
[armand robin]
::: et dans la salle obscure de l’amour qui meurt la momie de Karl Freund n’en finit pas de se décomposer, dans la chambre de la mort projetée s’avance, de plus en plus titubante, l’ombre momifiée de l’amant suffoqué, et cette fois-ci la leçon qui en émane dans l’aveugle lumière est une leçon plus difficile à avaler que la loi des hommes, nous voyons alors la femme morte pour ce qu’elle est, dormante infinie, non de dos mais de face, ses yeux peints et clos sur la vie interdite, nous voyons l’amant brisé, son dos animé de sanglots, face à face et dos à dos plus rien ne passe, un court instant il nous est donné d’être un vivant au chevet d’une morte, au seuil du deuil nous aussi refusons d’enterrer l’amour mort dans la mort de l’amour, nous aussi prions pour que revienne l’être aimé, et avec lui l’amour, car si l’amour meurt avec l’être aimé alors notre amour n’est plus qu’un cadavre, du moins est-ce là ce que nous croyons et redoutons, mais est-ce l’être aimé ou l’amour que nous voulons ressusciter, n’est-ce pas notre propre mort que dans l’amour de l’être aimé qui meurt nous souhaitons dérober aux ombres, et voilà Imhotep prêt à commettre l’irréparable l’interdit l’impensable, est-ce la vérité de l’amour qui brûle en lui, serions-nous prêts nous aussi à braver les dieux pour que revienne sur terre l’être à jamais digéré par la terre, et nous comprenons alors qu’Imhotep est fou, qu’il a besoin d’embrasser la folie pour empêcher le temple de son amour de s’écrouler, mais la folie qui s’empare de lui est-elle vraiment la voix déformée de son amour, est-ce l’amour qui en se contractant en lui finit par expulser de lui cette bulle de folie qui enfle puis explose hors de lui, l’amour décomposé n’a-t-il d’autre choix que de mordre et dévorer, tâtonner • à la porte, l’œil mort / et retourné sur ce cadavre, / ce cadavre écorché que lave / l’affreux silence de ton corps •
[artaud]
::: quoi ? redouterait-on qu’avec la disparition de l’être aimé disparaisse l’amour, à moins que privé de son objet de son reflet de sa mémoire l’amour n’ait d’autre choix que celui de disparaître, nous laissant à jamais seul et exsangue, non seulement dépossédé de l’objet aimé mais privé du pouvoir d’aimer, dans la salle d’obscur désir où n’en finit plus de mourir l’amour mort voilà que le pire se lève et s’avance vers nous, et sa bouche de mort nous dit dans le silence des vers que l’amour n’est qu’une forme vide, hanté par l’être aimé, et qu’une fois purgé de son contenant l’amour perd peu à peu ses contours,
::: et nous aussi nous perdons nos contours à mesure que l’amour entre en pourriture, et si Imhotep devient fou d’amour, c’est bien parce que seule la folie peut remplacer l’amour, parce qu’elle seule a le pouvoir d’imiter l’amour, et qui sait de le remplacer, la princesse meurt mais sa mort ne tue pas Imhotep, et c’est cela qui le rend fou, c’est de découvrir qu’il ne mourra pas de la même mort que l’être qu’il aime, c’est de savoir qu’il devra vivre dans le lit de l’amour mort jusqu’à la fin des temps, de son temps à lui, mais personne ne peut vivre dormir coucher marcher rêver parler dans le lit de l’amour mort, personne ne peut s’allonger sur le corps de l’amour mort comme un miroir couché sur un autre miroir, seule la folie peut nous aider à croire qu’en niant la mort l’amour mort pourra revivre, seule la folie peut nous convaincre que devenir momie sera notre salut car • c’est par là que je te rejoins / par la route calcinée des veines / et ton or est comme ma peine / le pire et le plus sûr témoin •
[id.]
::: si l’apparence est la forme adoptée par ce qui apparaît, alors il me faut trouver un mot pour celle laissée par ce qui disparaît, un mot qui pourrait être celui de disparance, car il faut bien admettre et peut-être souhaiter que tout ce qui renonce à l’ici et au maintenant abandonne en sa place une trace, une empreinte, un contour, qui est davantage qu’un souvenir, davantage qu’une illusion, et si dans ce mot de disparance on veut entendre l’écho d’une transparence, alors cette disparance est notre unique devenir, et dans l’obscurité où nous pensons distraire notre mémoire nous sommes contraints de devenir à notre tour momie, embaumé vivant, en équilibre sur le seuil de l’impossible résurrection, un disparant à jamais réfugié dans les bandelettes du langage, les phylactères du dernier silence, afin de devenir cet être aimé qu’on n’a plus besoin de pleurer puisqu’il est à lui seul l’essence du pleur, et prend de lui-même, une fois mis au tombeau, la forme d’une larme creusant sans fin le lit de la terre sans fin creusant le temps :::
::: Précipité 4
faisceau image de pur celluloïd sous les lèvres regrets sans trembler surpris des siècles au noir musique chaque livre un livre vain d’éternité la vie tous allongés quelque-chose-noir à jamais sevrés de sens en nous cendres-confettis résurrection œil du temps çà et là immobiles la mort s’éteignant enfin éphémère dans la salle de ton corps quels contours le plus sûr témoin toujours creusant le temps
OceanofPDF.com
Sources
1/ Se vêtir de cendres
les soleils hâleront ces… • Jean de Sponde, Stances et sonnets de la
mort
ô vous dont les maisons sont pleines… • Frère Jérôme Savonarole,
Dernières méditations : méditations sur le psaume 30 suivi de Derniers
instant
par détestation… • ; • au sommet l’image… • Frère Jérôme Savonarole,
Sermons
on dirait qu’une parque… • Sándor Márai, Journal
la transformation organique… • Antonin Artaud, « Le Théâtre et la
Science »
parce que le théâtre… • id.
par le feu intérieur… • Abel Gance
mon corps / jusqu’à ce qu’il rende… • Antonin Artaud, « Chanson »
tissé en torsades… • Antonin Artaud, « L’Enclume des forces »
voûté, dans ce charnier d’oiseaux… • Franck Venaille, La Procession
des pénitents
tournant les yeux… • L’Ecclésiaste
il reste quelques envolées… • Franck Venaille, Hourra les morts
la mort est la pluralité… • Jacques Roubaud, Quelque chose noir
pas de philosophie… • Antonin Artaud, Artaud le Mômo
2/ Retourner les morts
car à l’éternité… • Pierre Chopinaud, Enfant de perdition
je me suis assis… • Nietzsche, Memorandum
je devrais savoir que… • Dominique Fourcade, magdaléniennement
toute chair est de l’herbe… • Pascal, Pensées
on ne pouvait rien voir… • Virginia Woolf, Journal d’un écrivain
je ne suis rien / et le monde… • Franck Venaille, Cavalier/Cheval
comme les cadavres étaient… • Ceija Stojka, Je rêve que je vis
l’être humain doit… • Rainer Maria Rilke
écoute le temps dur… • Armand Robin, Ma vie sans moi
au fond de moi je vous… • Pierre Jean Jouve, Les Noces
je me présente ici… • Jean-Baptiste Chassignet, Mépris et consolation
de la mort
[que] la mort est tout épuisée… • Pierre Chopinaud, Enfant de perdition
et de céder comme ta chair • ; • à la lumière • Jacques Roubaud,
Quelque chose noir
la tristesse hideuse du vide… • Antonin Artaud
je me dis que… • Dominique Fourcade, magdaléniennement
ils ont fondu dans une… • Paul Valéry, Le Cimetière marin
on s’écoute battre… • Claude Adelen, Légendaire
quelque chose arrive… • Franck Venaille, Cavalier/Cheval
car nous allons comme… • Pétrone, Le Satyricon
toi qui meurs… • Jean d’Hesnault, Œuvres diverses
je tourne le dos… • André Suarès, Voici l’homme
et moi / j’entends… • André de Richaud, « La chanson de mort »
je crie à la fosse… • Le Livre de Job 3/ Écrire à creux perdu
cela crée un bruit… • Franck Venaille, Ça
la force éruptive… • Antonin Artaud, Héliogabale
dans cette suffocation… • Antonin Artaud, « Cogne et foutre »
mort, il faut en passer… • Antonin Artaud, « Lettre à Adamov du
22 mars 1946 »
afflictions et dures… • Pierre de Nesson, Vigiles des morts
célèbre chaudron ardent… • Herbert de Clairvaux, Liber miraculorum et
visionum
car sans son benoit… • Pierre de Nesson, Vigiles des morts
une femme au ventre rond… • Kim Hyesoon, Autobiographie de la
mort
la matrice ridée de diverses… • Jacques-Auguste de Thou, Mémoires :
1553-1601
tout fut effacé… • Charles Dobzynski, L’Opéra de l’espace
on n’est qu’herbe rase… • Claude Adelen, Légendaire
peut-être reste-t-il encore… • Jules Supervielle, Gravitations,
on redevient une espèce… • Pierre Guyotat, Humains par hasard
je ne crois pas… • Pierre Jean Jouve, Les Noces
car c’est tout de suite… • Frédéric Boyer, Orphée
tout être qui accepte de ne pas… • Antonin Artaud, « Texte préparatoire
à Paris-Varsovie »
choisir, dis-je, maintenant mon corps… • id.
4/ Ramener à la vie
modelez ce corps broyez les… • Mathieu Bénézet, Ceci est mon corps
j’attends la pioche… • Michel Butor, Monologue de la momie
vivant on oublie l’inoubliable… • Frédéric Boyer, Orphée
la langue touche le cadavre… • Mathieu Bénézet, Ceci est mon corps
tous rêvés par notre mort… • Bernard Noël, La Chute des temps
on s’écoute battre… • Claude Adelen, Légendaire
se voir couché sur le lit… • André Suarès, Voici l’homme
ne laisserai pas se perdre… • Armand Robin, Ma vie sans moi
à la porte, l’œil mort… • Antonin Artaud, « La momie attachée »
c’est par là que je te rejoins… • Antonin Artaud, « Invocation à la
momie »
OceanofPDF.com
Crédits
© Flammarion, 2009, Légendaire de Claude Adelen. – © Flammarion, 2012, Œuvre de Mathieu Bénézet. – © P.O.L, 2009, Orphée de Frédéric Boyer. – © Fata Morgana, 2013, Monologue de la momie de Michel Butor. – © P.O.L, 2020, Enfant de perdition de Pierre Chopinaud. – © Paléo, 2004, Mémoires : 1553-1601 de Jacques-Auguste de Thou pour la traduction d’Éric de Bussac et Pascal Dumaih. – © Gallimard, 1963, L’Opéra de l’espace de Charles Dobzynski. – © P.O.L, 2020, magdaléniennement de Dominique Fourcade. – © Gallimard, 2016, Humains par hasard de Pierre Guyotat. – © Circé, 2018, Autobiographie de la mort de Kim Hyesoon pour la traduction de Moduk Koo et Claude Murcia. – © Mercure de France, 1966, Les Noces de Pierre Jean Jouve. – © Albin Michel, 2019, Journal. Les années hongroises : 1943-1948 de Sándor Márai pour la traduction de Catherine Fay. – © Flammarion, 1933, La Chute des temps de Bernard Noël. – © Flammarion, 2008, Le Satyricon de Pétrone pour la traduction de Laurent Tailhade. – © Seghers, 1954, Le Droit d’asile d’André Richaud. – © Gallimard, 1970, Ma vie sans moi d’Armand Robin. – © Gallimard, 2001, Quelque chose noir de Jacques Roubaud. – © Desclée de Brouwer, 1995, Dernières Méditations : méditations sur le psaume 30 suivi de Derniers Instants de Savonarole pour la traduction de Charles Journet. – © Seuil, 1993, Sermons, Écrits politiques et Pièces du procès de Savonarole pour la traduction de Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini. – © Isabelle Sauvage, 2016, Je rêve que je vis de Ceija Stojka pour la traduction de Sabine Macher. – © Gallimard, 1966, Gravitations de Jules Supervielle. – © Mercure de France, 2009, Ça de Franck Venaille. – © Castor Astral, 2007, Cavalier/Cheval de Franck Venaille. – © Obsidiane, 2004, Hourra les morts de Franck Venaille. – © Monsieur Bloom, 1983, Procession des pénitents de Franck Venaille. – © Nouvelles Éditions Oswald, 2015, Artaud vivant d’Odette et Alain Virmaux. – © 10/18, 2000, Journal d’un écrivain de Virginia Woolf pour la traduction de Germain Beaumont.
OceanofPDF.com
Découvrez Fiction & Cie
Une collection pour vous faire découvrir
des œuvres éclectiques et exigeantes.
À plus de 40 ans et avec plus de 500 titres au catalogue,
« Fiction & Cie » ne cesse de s’enrichir de nouveaux textes,
inventifs et de qualité.
Découvrez les autres titres de la collection sur
www.seuil.com
Et suivez-nous sur :
OceanofPDF.com
Vous avez terminé Sous d'autres formes nous reviendrons
Claro