Sous l'emprise du mal

Jane Yam · Chapitre 10 sur 10

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Sous l'emprise du mal

Epilogue

SIX ANS APRÈS

Maxime n’a jamais autant râlé. Il n’est pas inquiet, non. Il se demande seulement, en quel honneur son homme lui impose de rester loin du club. Il n’est autorisé à s’y présenter qu’au moment du spectacle, à vingt-deux heures. C’est bien trop long sans le voir. Depuis quelque temps, il lui donne du fil à retordre. Étrangement, il aime cette facette de son amant. Leur nuit et la douche qui a suivi, lui laissent une sensation de bien-être et l’envie de se trouver à nouveau au fond de son homme. Raphaël s’est levé en premier, lui a préparé un petit déjeuner comme il l’aime.

— Mon amour chéri, tu devrais profiter de ta journée de congé pour aller rendre visite à papa et maman. En ce moment, je dois gérer pas mal de choses au club. Je suis désolé, je n’aurai pas de temps à te consacrer. Tu sais comment c’est chaque fois que l’on prépare un nouveau spectacle a-t-il ajouté, d’un air innocent, tout en posant un baiser gourmand sur ses lèvres.

Envolé, le jeune homme timide, ce matin, contrairement à son habitude, il ne l’a pas regardé dans les yeux pendant son petit discours. Il ne cessait de remuer les casseroles, de replacer des papiers parfaitement rangés, il s’agitait pour rien. Max enrage de ne pas savoir ce que lui cache ce petit démon. Comme l’avait prédit Dimitri, le nouveau Raphi est devenu un homme fort et resplendissant. Il ne se laisse plus monter sur les pieds, sait ce qu’il veut, et surtout comment l’obtenir.

Le géant repense quelquefois à la première fois où il l’a vu, petit oiseau tombé du nid, si perdu, si triste, si souffrant. Non vraiment, rien à voir avec l’homme qu’il est devenu au fil des années.

Il est remonté sur scène, pour son plus grand plaisir. Il reste sidéré par ses performances magistrales. Bon, il se montre peut-être un peu de parti-pris. Ce jour-là, il a failli sauter sur scène, l’attraper pour lui faire l’amour devant une salle bondée. C’est à ce moment qu’il s’est rendu compte de sa jalousie féroce face à tous ces regards lubriques. Il lui a fallu longtemps pour calmer sa rage. Tous ces gens sont des fans. Il surveille juste, qu’ils ne dépassent pas les limites. Pour ceux qui insistent, cet homme est à lui.

Un projet trotte dans sa tête. Il a pensé en discuter avec lui, mais il a repoussé ça à plus tard devant ses manigances. Bon sang ! Cette journée l’agace, son mec tente de le faire tourner en bourrique. Il se promet de lui donner une fessée dont il se souviendra. Il leur arrive de pimenter leurs rapports depuis peu. Enrique et Claude l’impliquent de plus en plus dans la vie du club. Lorsqu’ils se sont installés ensemble, ses deux pap’s l’ont inscrit propriétaire à parts égales du Sésame. Du coup, il s’investit à fond. Il choisit les nouveaux numéros. Il a concocté entièrement le spectacle à venir. Les dernières semaines ont donc été plus que chargées. Ce soir, il s’agit du lancement. S’il avait pensé que les gars se placeraient de son côté, il s’est mis le doigt dans l’œil. Pour rentrer, il a joué à l’innocent, c’est sans compter sur la malice de son petit chameau.

— Désolé mec, le patron a ordonné de ne pas te laisser entrer. Il a dit clairement « Si mon chéri vient fouiner, dites-lui de repartir à la maison, ou je me lance dans la grève du sexe pour le mois à venir. » Ne m’en veux pas, je suis juste le messager.

Manuel, qui vient d’arriver, se tient les côtes. Le videur, un bel homme noir grand et musclé, se pince les lèvres pour ne pas rire lui aussi. Impossible de chercher des noises à ce beau bébé d’un mètre quatre-vingt-quinze, pesant cent kilos, qui répond au doux nom de Ange. Sur tous ceux qui se sont présentés pour ce poste, Raphaël a flashé sur lui. Ce gars est prêt à tout pour son jeune patron. Personne n’ose le contrarier. Il le suit comme son ombre sans jamais le gêner. Il écarte les importuns. Quelque part, Maxime est heureux de le savoir à ses côtés, sauf que là, ça ne l’amuse pas du tout. Cette situation le met en pétard. Sa moitié et lui ne se cachent rien, enfin d’habitude !

— Vous allez dire à votre patron que c’est moi qui me mets en grève du sexe et qu’il va pouvoir renforcer les muscles de son poignet. Il me trouvera chez mes parents, s’il change d’avis.

Boudeur et en colère, Maxime se détourne des deux hommes. Il remonte dans sa voiture et démarre sur les chapeaux de roues.

— Super, méga merci les garçons, glousse Raphaël qui a tout entendu planqué derrière l’entrée, pas du tout inquiet du coup de gueule de son amant.

— Purée ! Il ne fait pas bon le contrarier. Je suis aussi grand que lui, n’empêche, il me fout les boules. Tu l’as mis en rogne, il pensait vraiment ce qu’il disait ? insiste le portier, le regard fixé sur l’emplacement de la voiture de l’agent.

— Ange, ne t’affole pas. Tu n’es pas avec nous depuis longtemps, mais tu dois savoir que nous avons traversé l’enfer il y a des années. Notre relation est bien plus solide qu’on ne l’imagine. Je connais ma tête de mule sur le bout de tous mes doigts, s’amuse-t-il. S’il y a bien une chose qu’il n’osera pas… c’est cette grève du sexe, il se punirait tout seul. Alors tu vois mon beau… je suis le gagnant dans cette histoire.

— Je peux t’assurer qu’il dit vrai, approuve Manuel. Ce gars tenterait n’importe quoi pour son amoureux, et ce depuis qu’ils se sont rencontrés. J’aimerais connaître la recette et mon Diégo aussi.

— Le truc, reprend le jeune patron, c’est qu’il adore avoir l’impression de tout régenter, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Il montre un côté froid et ours mal léché, en fait, il est doux comme un agneau. Ce sont les restes de son ancien boulot. Il peut être aussi chaud que la braise, fanfaronne-t-il, diabolique, un sourcil relevé. Tu vas apprendre à le découvrir. Manuel, la pause est terminée. Nous avons d’autres chats à fouetter d’ici ce soir, alors, bouge tes fesses.

De son côté, Maxime ne décolère pas. Ce petit allumeur va lui payer. Il roule vers la demeure familiale, remonté comme un coucou suisse. Il ne sait pas pourquoi il se fout en boule à ce point. Mais bon sang ! Il n’a pas l’habitude qu’il l’envoie chier.

À la réouverture du Sésame, les deux propriétaires ont tenu à effacer le passé, décidant de tout changer dans le club. Ils ont tout cassé et modernisé, pour retrouver une clientèle. L’immeuble d’à côté était en vente, ils l’ont acheté. C’est bien tombé pour tenir leur fils occupé. Les amoureux ont passé énormément de temps ensemble à tout redessiner, ça s’est avéré amusant.

Maxime a cru être incapable de relever ce défi, mais le résultat est à tomber. Un bar plus grand, plus moderne, noir laqué et doré a remplacé le vieux. Derrière sont stockés verres et bouteilles dans des vitrines éclairées de LED bleues. Raphaël a pensé que les clients seraient heureux de pouvoir grignoter avec leurs boissons. Du coup, il a embauché un jeune cuisinier pour préparer des tapas. Il a fallu réajuster la salle. De petites tables rondes remplacent celles en bois, carrées, moches et surtout, très abîmées. Des fauteuils crapauds détrônent les chaises. L’intérieur du club est devenu cosy, accueillant.

Pour la scène, rien n’a bougé. Elle est parfaitement centrée, idéale et suffisamment grande pour que son homme y installe un piano. Ce que veut Raphaël, Maxime le lui donne. Celui-ci sait assurément qu’il se comporte comme un idiot. C’est ce que sa mère lui assure lorsqu’il s’épanche auprès d’elle au téléphone. Il finit par sourire.

Depuis trois ans, ils vivent dans un duplex à Montmartre. Le petit pavillon est plein de souvenirs, mais ils voulaient un lieu bien à eux. Ils s’étaient mis en chasse et difficilement avaient trouvé l’appartement de leurs rêves. Refusant toute aide de leurs familles, ils se sont endettés pour des décennies.

Dans ce petit nid, ils se ressourcent quand leurs journées deviennent délirantes comme celle d’aujourd’hui. Il leur arrive de vivre en décalé lorsque le travail de l’agent déborde de ses journées. Raphaël bosse toujours de nuit, Maxime s’arrange pour que ça n’arrive pas trop souvent. Oh ! Il leur arrive de s’engueuler, vu que tous les deux se montrent têtus, les réconciliations n’en sont que meilleures.

Max, même s’il y a mis plus de temps que Dimitri, s’est fait à son nouveau poste. S’il lui arrive d’oublier pourquoi il se trouve mieux là que sur le terrain, sa foutue jambe le lui rappelle.

Dans la chambre, il a retiré son nouveau smoking de la housse pour voir s’il n’oublie rien. Il attrape le tout, quitte l’appartement pour se rendre au club. Avant, il doit aller retrouver ses parents. Choisir sa tenue peut devenir très vite une affaire d’État. C’est encore le cas cette fois aussi. Raphaël a posé des conditions. Chez le tailleur, il a parlementé sur la forme, la couleur, la qualité, au point que le pauvre n’a plus su où donner de la tête devant ce client aux idées très arrêtées. Dans ces moments-là, Maxime préfère laisser couler. Son costume est d’un noir profond avec des liserés argentés que l’on retrouve au niveau de la large ceinture. Inutile de dire à son homme que cette tenue lui donne l’impression d’être boudiné. Il lui répondrait qu’il ne connaît rien à la mode. Ce qui n’est pas loin de la vérité, pourtant, il a tenté le coup, résultat : son cher amant a hurlé de rire. Ce qui lui arrive de plus en plus.

Tout en roulant dans les embouteillages, l’agent repense à ces dernières années. L’arrestation du brillant mécène avait jeté un froid, statufié des tas de gens dans le monde entier, un véritable séisme encore plus grand, quand son nom de criminel avait éclaté au grand jour. Une vague d’horreur et de ressentiment a déferlé dans le microcosme où ce pervers évoluait. Certains, face à la longue liste de ses méfaits, refusèrent d’y croire. Avoir fréquenté cet être immonde les classait où ? Ils préférèrent lancer à qui voulait l’entendre qu’ils avaient toujours su que cet homme cachait un lourd secret. Ils le fréquentaient juste pour son savoir immense de l’art. Une fois la tempête de sable passée, il ne resta plus qu’un désert. Si le monde des arts trembla sur ses bases, que dire de celui de la politique ! Des ministres, des sénateurs en vue avaient assisté à ses nombreuses soirées, à des déjeuners dans les plus grands restaurants. Ils leur étaient impossible de le nier, des photos dans les revues people le prouvaient. Le pire resta quand même pour le président de la République qui l’avait décoré de la médaille de chevalier des arts et lettres, juste quelques mois avant sa fracassante arrestation, tout cela avant les élections où il avait perdu son poste. Des tas de gens honnêtes étaient tombés de l’armoire et n’arrivaient pas à s’en remettre. Cela incluait les dirigeants d’associations, les employés de ses galeries.

Pour Kutcheïv, le jeu avait été tout autre. Ne voulant pas se retrouver dans les prisons russes, il avait donné des renseignements précis au gouvernement français, provoquant une houle diplomatique. Les années de réclusion s’étendaient de vingt à trente ans, sans remise de peine, au grand soulagement des enquêteurs.

Langogne avait tenu parole, ces connards devaient connaître l’enfer à leur tour. Déverrouiller l’ordinateur de Langlois avait nécessité des mois, le résultat s’était montré au-delà de leurs espérances, tout y était référencé. Dimitri était resté obsédé par ces putains de chiffres, lâché par Langlois sous Pentothal. Les comptes, découverts dans pas moins de quatre pays, donnaient un montant vertigineux. C’est alors que l’avocat fanfaron de Gaël avait saisi le juge d’instruction pour que la victime soit auditionnée, tout cela pour la manifestation de la vérité, bien sûr ! Bishop, croyant le jeune homme mort, avait préféré avouer un viol plutôt que d’être accusé d’assassinat. Le juge au vu du dossier refusa qu’on le prenne pour un lapin de six semaines, il rendit une ordonnance de non-lieu. Précisant au défendeur que tous les enregistrements suffisaient pour preuves, sans que la victime ait besoin de se présenter au procès. Très ironiquement, il avait rajouté en post-scriptum, qu’il serait bon qu’il en prenne connaissance puisque ces pièces étaient jointes au dossier. À la plus grande joie des deux agents, le juge avait inclus l’affaire du viol au reste, gardant le nom de la victime secret. Aucune vidéo, dont il était question dans les enregistrements, ne fut trouvée lors de la perquisition. Au procès, les suspects avaient perdu de leur superbe. Même Lemercier avait changé : plus vieux, moins apprêté, il était un autre homme. Maxime s’y était rendu en tant que directeur d’enquête avec son beau-frère sans en parler à son compagnon. Ils s’étaient sautés dans les bras lorsque le jeune homme avait obtenu son statut de victime.

Ça l’a aidé sur le chemin de sa guérison. Sa psyché, altérée par cet événement, le renvoie loin dans sa bulle à certains moments. Dans ces périodes difficiles, Clara se montre présente.

Son entraînement est un plus. Maxime repense à ce jour où il est entré dans le gymnase de l’agence pour passer sur le tapis de course. Il est tombé sur son chéri en pleine séance de boxe avec le prof de la boîte, restant interdit. Dire qu’il pensait que ses tablettes de chocolat venaient de sa préparation pour le spectacle. Quel crétin ! C’est un coup de klaxon qui le ramène au présent. Perdu dans ses réflexions, il n’a pas vu que le feu passé au vert est redevenu rouge, énervant le chauffeur derrière lui.

Assis sur le canapé de ses parents il se dit que sa journée va être très longue. Il ne peut compter sur sa mère pour lui donner des indices. Lorsqu’il s’agit de son gendre, elle devient muette, garde ses secrets.

De son côté, dans sa loge Raphaël stresse comme jamais. À la réouverture du club, il a fallu mettre les bouchées doubles pour récupérer la clientèle. Mais surtout, pendant toute la durée de l’enquête, ses deux pap’s, ont continué de payer leurs artistes, il ne reste plus grand-chose sur leur compte.

Comme chaque soir, la salle est comble. Plus aucun souci ne se pose au niveau des finances. Des panneaux publicitaires annoncent un spectacle unique. Lorsqu’il en a eu l’idée, tout lui avait semblé simple. Le trac creuse un sillon au creux de son estomac. Il est complètement cinglé de s’être lancé dans cette aventure. Il doit tout annuler, tout va foirer.

— Oooh ! Je crois que j’ai bien fait de venir. Tu es pratiquement sur le point de fuir, s’amuse Enrique.

— Ça ne va pas marcher, souffle son garçon en laissant tomber sa tête au creux de ses bras sur sa table de maquillage.

— Tu ne vas pas te dégonfler, tout de même ? Je croyais que tu t’étais forgé des couilles en béton armé, fils. Si tu n’es pas sûr de toi, on peut toujours laisser tomber, insiste-t-il, conscient de titiller l’orgueil de celui-ci. C’est certain, les garçons ont tellement travaillé qu’ils seront déçus. Les clients risquent de vouloir être remboursés et…

— Arrête ton char, je sais ce que tu es en train de tenter. Putain ! j’ai le droit de mouiller mon froc. Aide-moi au lieu de radoter comme une vieille femme, s’énerve Raphaël.

Enrique se détourna pour sourire. Il n’avait jamais douté de son fils. Il a seulement besoin d’une piqûre de rappel. Il sait combien cette soirée est importante pour lui.

Pendant ce temps, les familles Debort-Langogne s’installent dans un joyeux remue-ménage, à leur table. Celle-ci se trouve juste devant la scène. Claude tente de calmer son mari qui a embrayé sur le deux cent quarante. Ils rejoignent tout le monde, ne pouvant passer inaperçus. Les deux pap’s ont revêtu des smokings bleu glacier pour l’un et blanc doré pour l’autre. Le plus calme pose une main affectueuse sur l’épaule de son beau-fils.

— Je reconnais la patte de ton chéri. Tu es superbe, mais tu m’as l’air tendu. On ne t’a pas vu au club aujourd’hui.

— Je suis tendu, parce que mon chameau d’homme a tout conçu pour que je ne puisse pas rentrer ici avant ce soir. Tu te rends compte qu’il a demandé au bulldozer à l’entrée de me renvoyer à la maison, comme un gosse punit. Le pire c’est qu’il n’a répondu à aucun de mes SMS. Tu peux me dire si j’ai foiré un truc.

— As-tu confiance en lui ?

— Bien sûr, mais ça ne m’empêche pas d’être inquiet, nom d’une pipe !

— Je te garantis que tu n’as pas merdé. Il te réserve une surprise, ne m’en demande pas plus. Tu sais ce que tu représentes pour lui, il t’aime trop pour te faire du mal.

— J’suis con, hein ?

— Pas du tout, juste amoureux, je connais ça, avoue Claude en regardant son mari en discussion avec Dimitri.

— Tu ne peux vraiment rien me dire ?

— Oh, non. Mais tu vas être incroyablement content d’être assis dans ce fauteuil.

— À ce point, pourquoi m’avez-vous installé au milieu ?

— C’est ton homme qui a placé toute la famille, il a expressément demandé à ce que tu sois assis à cet endroit.

— Les surprises et moi, ça fait deux, je flippe là.

— Détends-toi, il y a mis tout son cœur.

— Tonton Max, où est tonton Raphi ?

— En coulisse, répond-il à son neveu Aidan. En six ans, le gamin a pris un peu plus de vingt-cinq centimètres et quelques kilos. Il devient la copie conforme de son père. Peut-être est-ce dû au contact de son homme, mais le gamin est très attiré par le théâtre. Il rêve d’intégrer le cours Florent. Raphaël lui a promis son aide. C’est sous ce prétexte, que la semaine dernière il est venu chez eux. Sa sexualité le perturbe. Attiré autant par les filles que par les garçons, il trouve anormal de ne pas pouvoir se fixer. Les deux hommes pensent qu’il pourrait être bisexuel.

— Aidan, on pense que tu aimes les deux. Tu n’as que dix-huit ans et tout ton temps pour te décider. Tu dois vivre ta vie sans te poser de question. Reste seulement prudent. Si dans une année ou deux, tu te trouves devant ce même choix, ça ne sera pas grave. Un garçon, une fille, le principal, c’est que toi, tu sois bien dans tes baskets.

Le gamin est réparti apaisé, après une accolade. Ce n’est pas le cas de Maxime. Pendant tout le spectacle, il a remué sur son fauteuil, ne pouvant rien avaler. Il se demande ce que peut bien fabriquer son amant, lorsque Enrique monte sur scène, souriant.

— Mesdames et messieurs, oui, quelques dames sont présentes ce soir, Chi Chi la rue et Kiki la sauvage vont vous apporter une coupe de champagne pour vous remercier. Vous venez d’assister à notre nouvelle revue, annonce-t-il au milieu des acclamations. Nos garçons ont tous travaillé très dur pour vous offrir des numéros sans play-back. Mais ce soir, nous vous réservons une autre surprise, quelque chose qui va vous laisser ébahit. Du moins, je l’espère. Notre vedette a lancé un défi à toute la troupe, qui l’a relevé. Diégo va endosser le rôle de Sally Bowles et s’installer au piano pour partager la scène avec notre garçon. Ils vont vous chanter un morceau de la comédie musicale « Cabaret, » Raphaël sera le maître de cérémonie du Kit-kat club, Emcee, rôle tenu magnifiquement par le chanteur Emmanuel Moire. Tous les deux vont chanter en direct, les enfants à vous.

La salle croule sous les applaudissements lorsqu’il regagne sa place avec un clin d’œil pour son beau-fils.

La première chanson démarre alors que le rideau se lève. Après un petit moment de flottement, la salle devient frénétique. La bouche de Maxime s’arrondit dans un O parfait tandis que son corps entier frissonne et se couvre de chair de poule. Son amant porte la réplique exacte de la tenue d’Emmanuel Moire : un short bavarois qui descend jusqu’aux genoux, sur un torse glabre, rehaussé par ses tablettes de chocolat. Ses mirettes, soulignés d’un trait d’eye-liner épais qui accentue la profondeur de son regard, demeurent fixées sur son compagnon. Celui-ci paralysé le dévore des yeux, mon Dieu ! Cet homme est le sien. Son cœur tambourine si fort dans sa poitrine que toute la salle doit l’entendre. Raphaël est juché sur le piano, assit une jambe repliée, l’autre pendante. Putain ! Une vraie tentation au péché. La respiration de Maxime s’emballe, son pantalon devient trop serré. Son amant l’achève d’un battement de cils. Il rage de devoir attendre la fin du spectacle pour pouvoir ravager cette bouche qui le nargue. L’artiste quitte la scène, laissant Diégo seul. Ce bout de comédie musicale frôle la perfection, s’il en croit la folie dans la salle. Il se tortille dans son fauteuil sous le regard amusé des deux pères, croyant qu’il va se lever, papou le retient.

— Tu restes là, ce n’est pas terminé, murmure-t-il. Les autres vont arriver pour un final. Bois un peu de champagne et relax.

— Relax, relax, bougonne-t-il.

— Encore grognon ? Questionne Dimitri un peu plus loin.

C’est alors que les garçons, tous en smoking blanc et noir, investissent la scène sans la vedette principale. Là, c’est trop ! à quoi il joue, bordel ? Sous son regard noir, Davy prend la parole, réjoui.

— Nous sommes heureux de vous avoir diverti.

Des sifflets lui coupent la parole. Il laisse cette foule hurler de joie. D’un signe, il leur demande gentiment le silence.

— Les surprises ne sont pas terminées. Pour ce qui va suivre, âmes sensibles s’abstenir, s’amuse-t-il. J’espère qu’un médecin se trouve dans l’assistance, car la tension va monter. Pour notre ami Raphaël, ce moment à venir est important. Nous désirons que vous restiez calmes un moment. À toi, lance-t-il se retournant.

Les artistes du Sésame forment une haie d’honneur, intercalant un smoking blanc, un noir et laissent passer le jeune homme, vêtu à l’identique de son compagnon. À quel moment l’a-t-il acheté ? se demande Maxime éberlué. Il ne s’est pas démaquillé. Ses doigts tremblent sur le micro. Il respire profondément, se tient bien droit en fixant son homme, cherchant sa force. L’ombre d’un sourire se dessine sur ses lèvres.

— Jusqu’à il y a peu, le but de ma vie était de vous divertir. Mais le destin est un joyeux lutin qui a placé sur ma route un homme comme il en existe peu. Tous les jours, il me montre que je peux lâcher prise. Je sais qu’il se tiendra toujours entre moi et le reste du monde. Il devance mes désirs, mes envies. Le rencontrer a réaxé ma vie de façon immuable. Chaque fois que je le regarde, la terre tremble sous mes pieds, je me perds dans le bleu si particulier de ses prunelles. Il est mon eau, mon oxygène, mon soleil, mon tout. Chéri, je veux que tu saches à quel point je t’aime. Au fond de mon cœur, le moment est venu. Ces derniers jours ont tenu du tourbillon. Je sais que tu n’as pas aimé qu’on te tienne éloigné. Mes amis m’ont soutenu pour la création de ce spectacle, mais également pour ce moment. Peux-tu te lever et venir me rejoindre s’il te plaît ?

Maxime a occulté la salle et le monde qui s’y trouve. Ses jambes tremblent, le soutiennent à peine. Dans un semi-brouillard, il rejoint celui qu’il aime, s’accroche à sa main. Lui aussi frissonne. Les spectateurs semblent en apnée. Le silence est retentissant. Clara et Naomi, les yeux humides et écarquillés, posent leurs mains devant leurs bouches. Romain et Dimitri fixent la scène, un sourire idiot plaqué sur le visage. Le regard des neveux passe du couple à leur famille bouche bée.

— Mon amour, il semblerait que j’ai réussi à te laisser sans voix. Je tenais à ce que ce moment soit spécial. J’ai une seule question à te poser. Veux-tu officialiser notre relation ? Veux-tu m’épouser et me rendre le plus heureux du monde ?

— Ça fait deux questions, murmure son amant, sourdement.

Des larmes glissent sur ses joues. Il agrippe son compagnon, comme un noyé attrape une bouée et plaque sa bouche sur la sienne. Il prend son visage en coupe, puis recule sans jamais le quitter du regard.

— Mon ange, tu m’as grillé sur ce coup-là, oui je veux t’épouser, je veux passer cette vie et celle d’après avec toi mon tendre amour.

L’adonis se tourne vers Steve qui lui tend une petite boîte en velours rouge dans laquelle se trouvent deux anneaux en platine. Il en glisse un à l’annulaire de Maxime qui fait de même avec l’autre bague. Une émotion les embrase tous les deux. Le crépitement des flashs les tire de leur bulle.

Leur mariage se déroule deux mois plus tard.

Raphaël porte désormais le nom de Langogne, abandonnant celui de Montérosi sans aucun regret. Aucun d’eux ne souhaite adopter d’enfant, leur amour prend toute la place. Ils n’oublient pas le parcours du jeune homme. Loin d’être égoïstes, ils décident de devenir bénévoles auprès de l’association le Refuge, y emmenant avec eux Aidan qui vit sa vie comme elle se présente.

Les deux époux vivent une vie simple, préfèrent rester chez eux au calme dans les bras l’un de l’autre, à visionner des films, lire un bon livre. Mais ce qu’ils affectionnent encore plus c’est faire l’amour.

Pour leur voyage de noces, ils n’arrivent pas à s’accorder : entre le premier qui doit poser des congés longtemps à l’avance, et le second qui ne peut faire abstraction du club. Depuis la demande en mariage du couple, il ne désemplissait pas, alors Enrique et Claude, exaspérés, décident pour eux. Ils les envoient en week-end à Barcelone dans un superbe cinq étoiles.

Ils n’ont pas vu grand-chose des merveilles de la ville. Par contre, ils ont visité sans problème, tous les recoins de leur suite et utilisé le room-service et le jacuzzi. Maxime pensait que jamais personne ne s’était servi aussi bien de son corps. Son mari se montre si inventif, qu’y penser lui donne des érections. Ils sont rentrés de ce week-end plus fatigué qu’à leur départ, certains endroits de leurs corps se rappelant à leur bon souvenir un moment.

Au vu de leurs tempéraments, les engueulades surviennent quelques fois. Max se demande si son mari ne le titille pas exprès pour qu’ils se réconcilient sur l’oreiller. C’est bien loin de lui déplaire. Béat, après une session intensive de sexe, il le regarde dormir bouche ouverte, un léger filet de bave s’écoule de sa bouche. Cet homme est son foyer, il remercie le ciel de le lui avoir envoyé.

Ensemble, ils sont invincibles, Raphaël avait pourfendu et vaincu ses démons. L’avenir s’annonce plein de couleurs. À son tour, Maxime laisse le sommeil l’emporter.

 

FIN

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Sans toi, Jean-Frédéric Toiron, ce roman ne serait pas ce qu’il est. (La couleur turquoise va me manquer.) De notre rencontre magique est né ce petit quelque chose qui durera, toi mon frère de cœur, ton amitié sans faille m’a permis de me remettre sur les bons rails. Bonne nouvelle (ou pas) tu vas devoir encore me supporter.

Anaïs Mony, impossible de t’oublier sur cette page, merci pour ton amitié, ta présence constante, merci de m’avoir accepté dans ta formation coaching pour l’AE. Pour tous ceux qui se lancent et se sentent perdus, un conseil prenez contact avec elle (Anaïs Mony. L’autoédition pour tous).

Merci à toi ma belle amie, Athénaïs de La Rochefoucauld, toi qui t’es retrouvée relectrice sans avoir rien demandé, merci aussi de tout cœur à Mist designer (pour avoir trouvé mon image à venir), Marilyn Sigonneau, Karine Tysler, Sandrine Périgois, Claudine Evrard, Nelly Topsher (pour ses conseils avisés), pour votre amitié sincère, sans vous tous, je ne me serais pas lancée.

Ma dream-team…. Aucun mot n’est assez fort pour vous dire à quel point vous comptez dans ma vie.

Je n’oublie pas les lectrices et les lecteurs sans qui un auteur n’existe pas, ni les libraires et magasins qui me reçoivent si gentiment pour les dédicaces.

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Jane vit en Bretagne. Amoureuse des mots, les romans de cette auteure prennent tout leur sens. L’écriture est pour elle le moyen de faire vivre tout le petit monde qui s’agite dans le bocal où trempe son cerveau. Ses personnages possèdent souvent des vies difficiles. Les premiers romans qu’elle a écrits étaient des romances entre hommes et femmes. Au fil de ses lectures, l’univers masculin l’a beaucoup plus attiré.

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