Sous l'emprise du mal
Chapitre 4
Ce matin, Enrique descend le premier, rejoint par Raphaël et Claude. Aujourd’hui, tout va de travers. Cet instant leur sert en général à remonter la salle.
— Mon poussin surtout ne touche à rien. Les flics vont nous envoyer quelqu’un. Fais chier ! On a payé une blinde pour cette merde qui n’a pas fonctionné ! Amour de ma vie, appelle-moi ces incapables, ils vont m’entendre. Quant à celui qui a commis cet acte, si je le coince, je l’ÉMASCULE, tu m’entends.
— Tu dois te calmer, Ricky. Je suis certain que rien ne cloche avec notre alarme.
— Il a raison, affirme son mari. Je certifie qu’on a vérifié tous les deux avant de monter. Tout était OK.
— Ils sont partis avec quel montant ?
— J’avais tout mis au coffre pour préparer mon versement à la banque. Il ne restait que les paiements des retardataires, des cartes bancaires. Ces crétins n’ont récolté que quelques centaines d’euros, répond Enrique.
— Le fond de caisse en fait !
Une voix féminine résonne derrière eux, les faisant sursauter.
— Bonjour messieurs, lance-t-elle.
La jeune femme en tailleur crème, blonde comme les blés, à l’énergie débordante se présente à eux. À chaque mouvement, sa veste dévoile une arme coincée dans un holster d’épaule.
— Je suis le lieutenant Naomi Debort, continue-t-elle la main tendue vers Claude. Ces policiers font partie de la scientifique. Ils sont là pour l’enquête, formule-t-elle en montrant les deux personnes qui l’accompagnent.
— Nous sommes contents de vous voir, je vous présente mon compagnon Enrique, copropriétaire de ce lieu avec moi, et Raphaël notre fils adoptif.
— Bonjour messieurs ! à quel moment avez-vous constaté le vol ?
— C’est mon mari en descendant ce matin.
— C’est impensable, rage celui-ci.
— Excusez-le, il est un peu soupe au lait. Pour une fois qu’il descend avant moi. Je suis réglé comme une pendule. J’arrive en premier, toujours à la même heure. J’ouvre et je ferme. La plupart du temps, je profite de la tranquillité du matin pour terminer la paperasse en retard. Tout ce que je peux certifier, c’est que lorsque j’ai fermé hier soir, l’alarme fonctionnait parfaitement.
— Vous vivez au-dessus ?
— Ouaip, reprend Enrique. Depuis toujours, c’est plus simple que d’affronter la circulation infernale dans Paris. Ce qui me tarabuste, c’est qu’on n’a absolument rien entendu. Ils n’ont pas pu entrer du côté privé. Ils auraient eu besoin du code que nous changeons tous les deux jours.
— Bien, on va laisser mes collègues effectuer leur travail. Mais en raison du passage, je doute que l’on obtienne un résultat probant. Y a-t-il eu effraction ?
— C’est là que ça se corse, avoue Claude dépité, justement… pas du tout.
— Étiez-vous au courant que sur le mois précédent, deux autres boîtes de nuit ont subi le même avatar ?
— Heu… non, répondent-ils en cœur.
— Si je me fie à mon instinct et à vos explications, je pense que nous nous trouvons face au même mode opératoire dans les trois cas. On suppose que l’un d’eux se laisse enfermer, ou qu’ils prennent contact avec un employé qui leur ouvre pour leur permettre de perpétrer leur méfait, ni vu ni connu. Je dois interroger votre personnel.
— Ça ne pose aucun problème. Nous avons une confiance absolue en tous ces hommes. Ils travaillent avec nous depuis des années. Je suis certain qu’aucun d’eux ne nous causerait le moindre tort. Vous comprenez, ils sont un peu notre famille.
— La trahison arrive souvent par les siens. Croyez-moi, je vois ça très fréquemment.
— Dès que nous les avons mis au courant, ils sont tous venus. Ils attendent là-haut. Nos deux barmans, Léo et Xavier ne vont pas tarder. Et enfin, Daniel qui s’occupe du ménage est injoignable. Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau. Vous serez plus tranquille. Mon poussin, tu veux bien essayer de le rappeler s’il te plaît ?
— Claude, c’est bien ça ?
— Oui madame.
— Votre club, c’est un club homosexuel, échangiste ? demande la jeune femme.
Le grognement d’Enrique la fait se retourner vers lui, surprise. Les trois hommes marquent un temps d’arrêt, se regardent en éclatant de rire.
— Nan, note Raphaël de sa voix douce, un sourire illuminant son visage. Notre club présente un spectacle de travestis. Un peu comme chez Michou à Montmartre pour vous donner une idée. Si, effectivement, pour la plupart nous sommes gays, deux de mes amis sont très heureux en ménage avec leur dulcinée et leurs enfants. Ils n’ont absolument aucun problème avec leur virilité. De façon à vous rassurer, nous ne sommes pas des pervers non plus. Chaque homme qui travaille avec nous est simplement différent. Chanter et se travestir reste un travail complet. Vous allez rencontrer ici des drag-queens qui bossent en tant que serveuses.
— Vous ne m’en avez pas parlé tout à l’heure.
— Ils ont un autre boulot tous les deux.
— Comment ça ? Excusez-moi, je suis novice dans ce qui concerne votre travail, alors il se peut que je commette des impairs.
— Vous n’avez pas à vous excuser. Les drag-queens sont propres au milieu gay. Chi-chi-La-Rue et Kiki La Sauvage, dans le civil sont respectivement Adrien Camargue, ingénieur et Paul Dubourg infirmier libéral.
— La raison de ce choix ?
— Elle est simple. Le milieu de la nuit est un besoin pour eux, ils s’y sentent à l’aise, s’y amusent. Leur préparation laborieuse demande du temps. Elles servent en robes à sequins moulantes et colorées, portent des corsets, des paillettes, des plumes, juchées sur des talons vertigineux.
— Vous dites… elles ?
— Une fois habillées, ce sont elles. Si vous désirez leur parler, il va falloir vous rendre sur leur lieu de travail ou attendre ici.
— Je ne porte aucun jugement, vous savez. Je suis juste curieuse.
— Alors si c’est ça, revenez voir notre spectacle. Tous nos garçons imitent des stars. Dans certains cabarets, les artistes utilisent le play-back, pas dans notre établissement. Raphaël possède un don incroyable.
— Si je ne suis pas trop intrusive, qui imitez-vous ?
— En ce moment, Madona, Lady Gaga entre autres. Vous êtes la bienvenue, vous savez, on accepte tout le monde, s’amuse le jeune homme.
— Je ne dis pas non. C’est bientôt notre anniversaire de mariage, je pourrais réserver une surprise à mon mari. Ce changement le ravira, sourit-elle. Donc, pas de jeunes femmes qui s’effeuillent, ni de laps danse pour ces messieurs ?
— Pour un peu, on dirait que vous êtes déçue ! Désolé, rien de tout ça, reprend un Raphaël, mutin.
Naomi apprécie ce garçon. Il masque assez bien sa personnalité. Elle s’y connaît pour débusquer les failles. Sa gentillesse n’est pas feinte. Il est superbe, un mélange de timidité, de fragilité, le tout saupoudré d’une grâce éthérée. On ne peut pas se tromper sur l’amour que lui portent les deux hommes. Quelque chose de fort les unit.
— C’est vraiment votre fils ? demande-t-elle.
— Il est arrivé sur les ailes du vent, porté par le destin. Nous ne sommes pas liés par les gènes ou la loi. Mais nous n’aurions pu rêver mieux. C’est un jeune homme attentionné, merveilleux, continue Enrique tout en posant sa main manucurée sur la joue de Raphaël, qui s’y love tel un chaton.
— Sans eux, je serais certainement mort dans un caniveau, souffle-t-il.
En un claquement de doigts, la luminosité de ce superbe visage a disparu. Naomi n’insiste pas, surprise par ce retournement. Elle interroge tout le monde, y compris Chichi et Kiki. Elle reconnaît que tous adorent excessivement le club et ses propriétaires pour leur porter préjudice.
L’enquête dure moins longtemps que prévu. Naomi détient des preuves solides contre le fameux Daniel. Il a accepté pour pratiquement rien d’être le cheval de Troie des cambrioleurs. L’homme de ménage les a fait rentrer en coupant l’alarme qu’il a rebranchée après leur départ. En apprenant ça, Enrique pète un câble. Pourquoi ne s’est-il pas tourné vers eux pour leur parler de ses problèmes ? Jamais ils ne refusent d’aider quelqu’un. L’homme est d’autant plus à même de le savoir puisqu’ils l’ont sorti de la rue, lui ont fourni un toit, un travail. Il ne trouve rien de mieux que parier le peu qu’il gagne sur des courses de chevaux. Enrique et son mari restent stupéfaits de n’avoir rien deviné. Même si Daniel apporte son aide à la police, sa faute ne s’en trouve pas amoindrie pour autant. Des portraits-robots circulent, reste à coincer ses complices. Naomi est abasourdie d’entendre les deux patrons le rassurer. Il pourra récupérer son poste dès qu’il aura payé sa dette. Elle les voit quitter le commissariat abattu par cette trahison.
Raphaël danse sur des charbons ardents. Depuis plus d’un mois, il répète avec Lucas. Ce soir, il se lance dans le grand bain en présentant une nouvelle imitation, Céline Dion. Paniquer avec l’envie de fuir, il se prend la tête entre les mains. Ce n’est pas le moment de se planter. Malgré Lucas qui lui rabâche qu’il la tient parfaitement, il doute toujours. Il fait comme son mentor lui a appris, tente de réguler sa respiration. Ses pensées dérivent vers ses pap’s, avec les événements, ils n’ont pas le moral au beau fixe. Il n’a qu’à les imaginer en train de lui botter les fesses pour sourire. N’ayant pas reçu une enfance choyée, il lui arrive de se comporter tel un adolescent qui cherche l’attention de ses parents. C’est totalement idiot, car il l’a. Pourtant, au fond de lui une petite voix le pousse à en avoir la certitude.
Il pense à sa performance à venir, vérifie sa tenue. Sa robe fluide à paillettes tombe parfaitement, sa perruque et son maquillage bien posés. Il retrouve une certaine sérénité. Il ne peut plus reculer, le trac lui noue l’estomac. Il sait qu’une fois lancé, plus rien ne doit venir chambouler ses pensées. Il se donne corps et âme. Après le passage de Diégo, la salle reste chauffée à fond.
Manuel et lui vivent une belle histoire d’amour depuis deux ans maintenant. Ils ont monté un numéro ensemble pour le plus grand bonheur du public. Chi-chi passe lui poser le baiser habituel sur le front, histoire de lui porter chance. Pour rien au monde, ils ne loupent ce petit rituel. Une fois qu’Enrique habillé en monsieur Loyal l’annonce, il n’a plus qu’à foncer dans la fosse aux lions, souhaiter que tout se déroule sans anicroche.
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Depuis leur retour de Russie, la poisse les poursuit. Pour fuir un instant ces merdes qui leur tombent sur la gueule, Richard a retenu une table au Jules Vergne, le célèbre restaurant de la tour Eiffel. Avec l’espoir que Gaël ne se comporte pas comme un connard.
Il ne l’a jamais vu aussi infernal. Dans cet état, il décide n’importe quoi, à tel point qu’il n’a qu’une envie, lui casser la gueule. Leur repas terminé, Richard décide de passer la fin de soirée dans ce club réputé. Celui dont le nom ressort dans toutes les conversations de leurs amis. Pourquoi ne pas s’y rendre ? On ne peut pas dire que son boss trépigne sur place, il tire carrément la gueule. Richard insiste sur le fait que le spectacle présenté est époustouflant et que des drag-queens servent en salle.
Une fois installé, le galeriste vire d’humeur, contemplant tous les artistes, plus beaux les uns que les autres. Gilles n’a cessé de vanter ce lieu. Insistant sur le grand brun magnifique, aux jambes interminables et au visage délicat. Il voulait vérifier par lui-même à quoi ressemblait cette soi-disant merveille. Il doit se rendre à l’évidence, le spectacle lui plaît énormément. Rien de racoleur, tout en finesse, le service est soigné, le champagne, à sa grande surprise, excellent.
Au moment du final, les artistes démaquillés saluent le public en pantalon moulant. Force est de reconnaître que tous représentent une tentation. Monsieur Loyal demande le silence pour le clou de la soirée. C’est alors qu’une superbe Céline Dion entame sa chanson. Gaël manque soudain d’oxygène en présence de cette beauté incandescente ! Savoir que sous cette robe, il y a un homme, le titille. Devant ce mélange détonant, il vibre. Il le sait, ce garçon bandant va terminer dans son lit. Son apparition soulève la salle. Il comprend que la concurrence va être rude. Si les autres artistes sont talentueux, aucun d’eux n’arrive à la cheville de ce mâle. Les applaudissements et sifflets du public amènent sur les joues de cette diva une jolie teinte rosée. Cela dénote une timidité étrange pour ce milieu. Peut-être n’est-ce là qu’un jeu.
Pendant le final, les artistes assis autour de lui sur la scène, forment comme un cocon. Ils lui font penser aux soldats d’un pharaon prêts à défendre la vie de celui-ci, au détriment de la leur. Un véritable défi, tout ce qu’il aime. La chasse va s’avérer intéressante. Il se penche à l’oreille de Richard.
— Putain ! Je le veux ce mec.
Dès que le gars s’est montré, il a senti son amant frétiller sur son siège. Lui qui pensait avoir une chance pour une fois, il soupire. S’opposer à lui en chasse est inutile, pire même, dangereux. Beaucoup l’ont appris à leurs dépens. Il traque sa proie, la broie puis la jette. Il ne lui reste plus qu’à s’acquitter de la demande de son seigneur et maître. Boudeur, il se dit qu’il peut profiter des miettes. Pour cela, il suffit d’attendre que le jouet perde tout intérêt. La durée est variable. Pourtant, cette fois quelque chose dans le comportement de son partenaire occasionnel est étrange, le laisse dans l’expectative. Ce qui se passe ensuite le confirme.
— Fais envoyer trente-cinq roses rouges à cette fleur de serre, le plus vite possible. Il va être à moi.
— Tu tombes dans le côté midinette maintenant ? Fais gaffe, on pourrait s’imaginer que tu courtises ce mec.
— T’es vraiment con ou tu agis de manière délibérée ? Gronde l’homme, dents serrées. UN, ce gars n’est pas un des demeurés dont on a l’habitude pour nos petits jeux. DEUX, il est connu et apparemment très surveillé. Je ne peux pas me permettre d’ignorer ces éléments. T’as pigé, tête de nœud ?
Vexé, Richard cesse illico de sourire. Gaël, son air de tueur plaqué sur le visage, lui fait peur. Sa voix cinglante et son regard réfrigérant le pétrifient sur place, lui qui ne tremble devant personne. Il ne lui laisse pas le temps d’avoir une répartie, il continue sur sa lancée.
— Si je vais trop vite, il va fuir. C’est inenvisageable ! Hors de question, tu m’entends. Une beauté pareille ne peut que m’appartenir. En plus, il est timide, c’est trop mignon.
— Toi l’éminent Lemercier, tu te laisses prendre à ces foutaises ? C’est évident qu’il joue un rôle, bougonne Richard, grognon.
Depuis quand le mafieux tient-il compte des éventuels sentiments des autres ? Si c’est le cas, c’est une sacrée révélation ! Il épie subrepticement la nouvelle proie de celui-ci. Il ne peut s’empêcher de pincer les lèvres. Lui n’a pas bénéficié d’autant de délicatesse. Évidemment, celui-ci remarque son air chafouin. Amusé, il se moque de lui.
— Jaloux ? Tu sais, ce sentiment que tu dis ne plus avoir ? T’es vraiment chou ! raille-t-il. Ne t’affole pas, avec celui-là, je sens que ça va être chaud bouillant. Je peux t’assurer que je me fous totalement de savoir comment il va finir dans mon lit, du moment qu’il y arrive. Le plus dur va être de lui laisser croire que c’est lui qui mène la danse. Je vais le baiser avant qu’il comprenne ce qui lui arrive. Le reste, je m’en tape. Seul son joli cul m’intéresse, rien d’autre. Alors, cesse de m’emmerder.
Richard lâche un soupir. Son amant, fidèle à lui-même, ne dévie pas de son but. Il aurait dû s’en douter, on ne change pas un loup en agneau. Malgré tout, il pense que les jours à venir risquent d’être amusants. Le voir museler sa véritable nature reste l’euphémisme du siècle. Tout ne se passera peut-être pas comme le souhaite le grand homme. Pour la première fois, sans savoir d’où cela vient, quelque chose flotte dans l’air. Il ressent le besoin viscéral de tourner les talons pour fuir très loin. Merde ! Il devient idiot ou quoi ?
***
Bien loin de toutes ces discussions, Raphaël se relaxe. L’adrénaline court encore dans ses veines. Sa prestation a enflammé le public. Sa robe et sa perruque ôtées, il se démaquille devant sa glace. On frappe à sa porte, trop épuisé, il sursaute sans bouger. La personne se montre insistante. Merde ! Il ne va pas ouvrir en boxer. Pourtant elle s’obstine, le faisant se lever comme un ressort. Il se précipite sur son vieux peignoir. Un accord tacite au club établit que personne ne tambourine, ou n’entre en loge sans s’être au préalable annoncé. Le public n’a pas accès à ce lieu. Raphaël se demande quel importun est passé outre pour pénétrer en zone interdite. Celui qui s’est aventuré jusque-là risque d’encourir les foudres de Ricky.
Il se place derrière la porte, l’entrouvre suffisamment pour voir l’intrus. Il reste bouche bée. Il aurait reconnu l’homme qui lui fait face n’importe où. Le gars le dévisage sans retenue. Son portrait fait la une de tous les magazines financiers et people. Gaël Lemercier est une célébrité. Il se croit tout permis, pensant que personne n’est décemment à la hauteur, pas même pour lui cirer les bottes. Que lui veut-il ? Il ne possède rien qui puisse l’attirer.
Enrique et Claude se chamaillent souvent à cause de lui. Pour le premier, ce personnage n’est qu’arrogance, alors que pour le second c’est un homme beau, très élégant. Celui-ci pousse le bouchon jusqu’à dire que s’il se présente chez eux, il ne dormira pas dans la baignoire. Les grognements de son compagnon le font rire aux éclats. Ce n’est qu’un jeu. Ces deux-là s’aiment trop, ne jurent que par la fidélité dans un couple. Le galeriste si imbu de sa personne agace Raphaël, cette intrusion l’ennuie. Sa soi-disant beauté lui importe peu, ça n’est qu’une enveloppe. Il préfère que la personne possède une belle âme. Il se cramponne à la porte comme si sa vie en dépendait. Au mieux, il passe pour un idiot. L’artiste souhaite qu’il parte, mais l’autre semble voir les choses différemment.
— Désolé de vous tomber dessus à l’improviste. Je tenais à être le premier à vous féliciter pour votre performance. Vous avez été bluffant, croyez-moi, je suis sincère.
Cet artiste fait partie de ceux qui peuvent se permettre n’importe quoi au niveau vestimentaire, tant sa grâce est innée, pense Gaël, une merveille. Il ne songe qu’aux trésors cachés sous cette horrible robe de chambre. Il sent aussi que le jeune homme reste sur ses gardes. Son regard de biche ne le quitte pas. Apparemment, il refuse d’ouvrir cette foutue porte ! Il va savourer cette formidable sucrerie avec délectation.
— Je vous remercie, très heureux que le spectacle vous ait plu. Comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? Les loges ne sont accessibles qu’aux travestis. Enrique se montre strict sur cette interdiction.
— Que fichez-vous là ? demande une Dalida revêche.
— Je suis Gaël Lemercier et…
— Je me fous de qui vous êtes. Ce côté du club est privé.
Le galeriste n’a pas l’habitude qu’on l’éconduise. Ce mec se prend pour qui ? Il n’est qu’un gugusse qui se déguise ! Il lui jette un regard noir, l’autre ne baisse pas les yeux.
— Je crois que ça va, émet timidement Raphaël.
— Si tu as besoin on est à côté. Et vous, à votre place je viderais les lieux. Le boss va vous botter le cul. Raphi chéri, si…
— Merci, Steve, je pense que monsieur est sur le point de s’en aller.
Avant de réintégrer sa loge personnelle, l’individu lui décoche un regard noir. Des rires résonnent avant qu’il ne claque la porte. Le silence revient laissant les deux hommes dans un face-à-face oppressant. Le play-boy n’a pas du tout apprécié cette interruption. Il se ressaisit assez vite. Nom de Dieu ! Ils surveillent ce gamin comme le lait sur le feu. La partie va se montrer serrée. Tout cela lui met l’eau à la bouche, la queue en feu. Raphaël se satisfait que ses amis sachent que cet homme se trouve là. Son regard revient sur lui alors que celui-ci reprend la parole.
— Ça vous dit un verre au bar ?
— Heu… je ne sais pas. Je dois finir de me changer.
— Prenez votre temps. Je vais m’installer là-bas et vous y attendre.
Comme tous les soirs, Enrique passe voir si tous ses garçons vont bien. Voyant Lemercier poireauter devant la loge de son fils, son sang ne fait qu’un tour. Que fout-il ici ? Quelque chose chez ce vantard lui hérisse le poil. Pourtant, ils ne se sont jamais adressé la parole, mais c’est plus fort que lui. Dans la pénombre, son visage ressemble à celui d’un démon. Il frissonne et l’apostrophe d’une voix coupante. Sa notoriété ne lui donne pas tous les droits, pas plus que son argent. Il va le comprendre.
— Qui vous a autorisé à pénétrer dans les coulisses ? Cet endroit reste privé, même pour vous, aucun passe-droit. Je ne pense pas que vous seriez ravi de me voir me pointer dans votre hôtel particulier pour fouiner partout. Dans ce lieu, c’est pareil. C’est interdit pour une bonne raison, mes vedettes ont besoin de calme. Alors je ne vous retiens pas, avertit-il, lui montrant le chemin de la sortie.
Si un regard pouvait tuer, Enrique serait déjà raide mort. Il est heureux d’avoir botté Sa Seigneurie en touche. Le gars plaque un sourire de façade sur ses lèvres, moins chaleureux qu’une porte de prison. Lemercier fait partie des requins. Il tente le coup du repentir, mielleux.
— Je comprends, n’en voulez à personne. Je sais que j’aurais dû attendre dans la salle. Mais ce jeune homme a présenté un tel numéro que je tenais à lui rendre hommage au plus vite. Je n’ai pensé à rien d’autre et me suis faufilé dans les coulisses. Je vous présente mes excuses.
— J’entends bien, mais si à l’avenir l’envie vous reprenait, je vous conseille très fortement de patienter avec les spectateurs, comme tout le monde. Vous pourrez de cette façon adresser vos félicitations. Il y a des règles à respecter, elles ne sont pas inventées pour les chiens, au plaisir.
Enrique le regarde tourner les talons, le dos raide, les poings serrés. Personne ne doit oser remettre ce connard à sa place. Décidément, il ne lui plaît pas. Jamais de toute sa vie il n’a ressenti une telle aversion pour quiconque. Probablement dû au fait qu’il semble vouloir planter ses crocs sur son fils. Il le protégera contre vents et marées. Les rumeurs sur ce prétentieux vont bon train. Il sait que tout n’est pas forcément vrai. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. Celle qui revient le plus souvent dit que son lit ressemble à un hall de gare. Il mène une vie de bâton de chaise avec la gent féminine. Si ce gars est hétéro, lui va se transformer en chanteur d’opéra. Bisexuel au mieux, autrement son gaydar ne tinterait pas si fort. Décidément, il pressent des problèmes à venir. Fort de cette intuition, il pénètre dans la loge de Raphaël.
***
— Mon poussin tu as été grandiose. Quand je pense que tu as passé tout ce temps à te tracasser. Lucas certifiait que tu étais prêt. Tu avais notre totale confiance. Que voulait notre gloire nationale ? Il s’est abaissé à venir frayer avec le bas peuple ? J’avoue que je n’en suis pas revenu, incroyable !
— Il tenait à me saluer. Je ne comprends toujours pas pourquoi il m’attend au bar.
— Ce crétin pense que tout le monde plie devant lui dès qu’il claque des doigts. Je te demande de te montrer prudent. Tu me connais assez pour savoir que jamais je n’interférerais dans ta vie. Je veux juste te protéger. Ce mec me donne la chair de poule. Il y a quelque chose chez lui… je ne sais pas, je n’arrive pas à mettre le doigt dessus, ça m’agace. Mon instinct ne me trompe jamais.
— Que peut-il m’arriver ? Je suis bien trop loin de sa sphère habituelle. Je ne représente qu’un autre défi, un coup de tête, l’attrait de la nouveauté. Il veut m’offrir un verre ? D’accord, je bois ce verre, et basta.
— Chais-pas, il me donne l’impression d’être en chasse. Je connais ces hommes, ils ne lâchent rien jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce sur quoi ils sont fixés. Oh, et puis merde ! Laisse tomber poussin, je suis un vieux con qui voit des trucs là où il n’y a rien à voir. Sois juste prudent avec ce vautour, ne te laisse pas aveugler par son côté charmeur. Ces gars-là déversent un tas de belles paroles toutes prêtes. Amuse-toi, mais ne te lance pas dans quelque chose que tu regretteras ensuite.
— Promit papa, sourit Raphaël en le prenant dans ses bras, c’est juste que tu m’aimes. On va dire que tu me couves un chouïa… trop.
— Moque-toi, sale gosse, n’oublie pas que tu es notre bien le plus précieux. On sait désormais que sans toi, tout cela n’a aucun intérêt, aucune valeur, exprime-t-il montrant le club. Je ne sais pas si je peux te dire à quel point on t’aime. On refuse que quoi que ce soit t’arrive du coup, nous nous montrons envahissants, voire étouffants. Putain ! Ce connard traîne une réputation sulfureuse. Ceux qui le regardent ne voient de lui que ce côté affable, ce fric qu’il distribue. Ils en loupent son côté maléfique. Je sais, il n’y a pas de preuve, mais… me voilà encore en train de radoter ! C’est probablement lié à la mauvaise expérience que j’ai vécue il y a longtemps. Des années avant ton papinou, j’ai rencontré un baratineur du même genre. J’ai répondu au chant des sirènes. Comme les hommes d’Ulysse, j’aurais dû me boucher les oreilles avec de la cire. Inutile de te dire qu’une fois obtenu ce qu’il voulait, il a fichu le camp, me laissant le cœur en miettes et des regrets. Jusqu’à mon chéri, je n’ai plus jamais accordé ma confiance à personne, alors…
— Moi aussi je t’aime, affirme Raphaël ému tout en déposant un baiser sur sa joue barbue. Je vais faire attention, même si à ce petit jeu je ne suis pas le meilleur. J’ai l’énorme chance de vous avoir.
— Ne compte pas trop sur mon mari, renifle-t-il. C’est un cœur d’artichaut !
— Il n’aime que toi et l’un comme l’autre vous donneriez votre vie pour celui qui reste.
— Oh putain, oui ! Il m’a sauvé, je ne pensais plus qu’à mourir. Il est arrivé comme mon ange gardien et depuis il prend soin de moi avec tant d’amour !
— C’est beau, je suis certain de vouloir la même chose.
— Tu l’auras un jour, j’en suis sûr.
Ricky souhaite de tout son cœur que son pressentiment ne soit justement, que ça, pas une catastrophe à venir. Leur fils est un être si pur ! Il le regarde s’éloigner pour rejoindre son rencart d’une démarche chaloupée, inconscient de sa beauté. Il grogne, pourquoi ne lui a-t-il pas demandé d’enfiler quelque chose de moins… seyant ? Habillé de cuir bordeaux, sa tenue semble cousue sur lui. Elle remplit les bons endroits. Sa chemise blanche, resserrée aux poignets, lui donne l’air d’un jouvenceau. Tout cela le rend sexy en diable. Le mafieux songe à la même chose à l’approche du jeune homme. Il le regarde serrer des mains sur son parcours, sourire aux personnes rencontrées. L’effet est immédiat sur sa queue bandée, trop à l’étroit dans son pantalon.
— Couchez ! attend ton heure, murmure-t-il tout en la replaçant discrètement.
Aucun doute, ce superbe éphèbe va terminer dans son lit. Leurs regards se croisent. Raphaël voit le sourire étrange lié à un truc qui n’a rien de doux dans les yeux de l’autre homme. Il frissonne et repense à la conversation qu’il vient d’avoir. Il continue sa progression, angoissé. L’instinct de son père fonctionne.
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Les jours passent. Il s’avère que le play-boy se montre vraiment très insistant. Avec malice, il se présente au club chaque soir, s’installe devant la scène, seul ou accompagné de ses amis, toujours les mêmes. Pour l’angelot, ces hommes tiennent de la meute dont l’alpha ne peut être que ce présomptueux. Enrique voit clair dans son jeu. Il noie son poussin sous des cadeaux futiles, des bouquets de fleurs, qui égayeraient de nombreuses chambres d’hôpital. Heureusement, personne n’est allergique. Les autres artistes se moquent gentiment de leur petit protégé, trouvant ça louche. Arrivent des cadeaux coûteux, livrés par coursiers, des bijoux trop voyants pour une personne si réservée. Sous ce déluge, le jeune homme ressent bientôt une sensation d’étouffement. Il finit par ne plus les ouvrir, les posant dans un coin de sa loge.
Avec Gaël, il se sent tenu en laisse, plus libre de son temps. Entre les musées, les restaurants, l’Opéra, les balades sur la Seine, plus un seul moment pour se poser. Le pire, c’est qu’il l’éloigne des siens. Depuis qu’ils sortent ensemble, la presse ne les lâche pas, à croire que quelqu’un les informe de leurs déplacements. Lorsqu’on les voit main dans la main, l’homme se montre transi d’amour. Plus le temps passe, plus le jeune homme éprouve un réel malaise. Ce vaniteux demeure secret, se met facilement en colère, au point de devenir exécrable. En un seul claquement de doigts, il lui provoque une peur terrible. Ça devient intenable. Le jeune travesti se trouve sur un grand huit émotionnel permanent qui l’épuise. Il doit constamment surveiller ses paroles et ses gestes. Quand il s’excuse, le play-boy met toute cette mauvaise humeur sur le dos de son travail. Il a beau tourner le problème dans tous les sens, il ne lui trouve aucune justification. Cet homme ne lui correspond pas, il ne s’accorde pas à celui qu’il imagine dans ses rêves. S’il compare sa rencontre avec celle de ses pap’s, sa vie n’est pas chamboulée dans le bon sens du terme. Son cœur ne bat pas la chamade à sa vue. Pire encore, il se sent même soulagé de ne pas le voir. Tout lui déplaît. Il se montre brutal dans ses baisers qui lui laissent un goût amer. Ce mec l’achète, veut le posséder comme un vulgaire trophée. Il n’y a pas d’amour dans tout cela. Il n’aurait jamais dû accepter de sortir avec lui. Ça ne peut plus durer. Même s’il appréhende sa réaction, il doit stopper cette relation toxique, y mettre fin. Il craint aussi sa clique qui le dévisage toujours bizarrement. Le plus inquiétant reste son bras droit, ce fameux Richard au regard salace, la bave aux lèvres en permanence.
***
Gaël est passé le prendre, ils se trouvent à l’intérieur de son hôtel particulier. Encore une fois, il cherche à l’impressionner. C’est loin d’être le cas. Pour quelqu’un qui bosse dans le milieu de l’art, il lui faut revoir sa copie. À peine viennent-ils de franchir le seuil, que ce crétin de Richard leur saute littéralement dessus. Sans un bonjour pour lui, il requiert de parler en privé avec son patron, retardant le moment de son annonce.
— Veux-tu bien m’attendre ici mon doux prince ? Je vais tenter de faire vite et revenir vers toi, déclare-t-il en tirant le corps fin entre ses bras. Il survole ses lèvres d’un baiser léger sans remarquer le mouvement de recul de Raphaël.
Soulagé, il les regarde entrer dans le bureau. Tendu, il s’installe dans un des canapés, laisse son regard survoler le salon. Il patiente un moment, mais il lui est impossible de rester assis des heures. C’est dans sa nature. Il se lève, ses pas l’amènent près de l’imposante et luxueuse bibliothèque. Dans son renfoncement se trouve la porte derrière laquelle discutent les deux hommes. Négligence, involontaire ou pas, elle est entrouverte. Le jeune artiste entend une partie de la conversation.
— Ses parents sont des grenouilles de bénitier indécrottables, jamais vu ça. En bien propre, ils ne possèdent que leur baraque qui vaut que dalle. Lui est comptable à domicile aussi rigide qu’une verge en attente de fellation. Elle, ma foi, pourrait se faire baiser, pas sans lui avoir enfoncé la tête dans un sac auparavant. Je me demande comment deux erreurs de la nature ont pu donner cette merveille. Cette bonne femme pourrait pratiquer des pipes à la chaîne, vu qu’elle passe les trois quarts de sa vie à genoux. Ils sont toujours fourrés à l’Église. Il est fils unique. Tu n’imagines pas la rumeur qui court là-bas pour expliquer la disparition soudaine du fiston. Je te le donne en mille.
— Qu’il s’est barré ?
— C’est beaucoup mieux que ça. Le chiard est soi-disant décédé pendant un voyage d’études lors de ses dix-sept ans.
— Sérieux ? Ces abrutis ont gobé l’histoire ?
— Oh que oui ! Ce gros lard alcoolique de sacristain a confirmé la chose sans aller jusqu’à l’état civil quand même.
— Si l’on cherchait un signe, en voilà un. La vie se révèle foutrement bien faite quand on y pense, du coup plus aucun risque là-bas, mais ici ?
— Comme tu t’en doutes, ça va être compliqué. Les deux pédales sont en couple depuis plus de quinze ans. À la légalisation du mariage, ils ont sauté le pas, toujours le même cul, la même bouche, les mêmes mains pendant toutes ces nuits, très peu pour nous. Aucune dette, pas d’emprunt, pas d’amant ni pour l’un ni pour l’autre, ils sont clean et ennuyeux à gerber, désolé, rien qui laisse une ouverture pour un chantage. Les deux autres l’ont trouvé dans la rue et le considèrent comme leur fils. Mon petit doigt m’a dit que ce cul d’enfer est vierge.
— Tu parles d’une vie de merde !
— C’est bon pour toi, tu seras le premier. Avec tout ce que tu as accompli, il devrait te manger dans la main. Quelles étaient ses chances de se…
Les deux hommes semblent avoir bougé, il n’entend plus rien. Raphaël reste tétanisé, jamais l’obséquieux Richard n’a parlé devant lui avec ce ton dédaigneux. Ils forment une sacrée paire. Son estomac menace de renvoyer son déjeuner. Non, mais c’est quoi ce cirque ? Ils ont enquêté sur lui ? De quel droit ? Pourquoi agir derrière son dos, il lui suffisait de poser ses questions. Il aurait répondu. Au moins, désormais, il sait pourquoi ce connard s’intéresse à lui. Son esprit se met en mode rouleau compresseur. Il ressent un besoin urgent de s’asseoir tant il tremble. De l’autre côté, la discussion continue.
— À vingt-deux ans ? Je pense que ce sont des conneries.
— Ma source est fiable à cent pour cent.
— Ben merde, si j’m’attendais ! C’est mon jour de chance, ça ouvre des tas d’horizons.
— N’oublie pas que d’autres poireautent.
— Hé ! ne m’emmerdez pas, votre tour viendra. Je vais tout programmer. J’en ai ras le cul de me conduire en amoureux transi. À partir de maintenant, crois-moi, il va y avoir du changement !
— Je ne pensais pas à ce que tu marines aussi longtemps, se moque Richard.
— Ouais ben c’est terminé, terminé les chemins de traverse pour obtenir le seul truc qui me tente, son cul. La plaisanterie a assez duré.
— Il était temps, tu nous as inquiété, tu sais. Tu ne nous as pas habitué à tout ce cirque. Ils vont tous apprécier ton passage à la vitesse supérieure. Ils frétillent d’impatience, le voir se tortiller sur scène ne suffit plus. Tu leur as promis une part du gâteau.
— Ils l’auront lorsque moi j’aurai obtenu la mienne. Jusqu’à plus ample informé, c’est encore moi le patron.
— Je sens que tout ça va leur plaire, murmure un Richard ironique.
— Pourquoi ? Vous avez cru que quelque chose était changé ? Si certains sont mécontents, je ne les retiens pas. Qu’ils sachent que l’attente rend tout bien meilleur. J’en sais quelque chose.
Raphaël sent son sang se figer dans ses veines. Son envie de vomir égale celle de s’enfuir. Comment peuvent-ils parler de lui comme d’une pute ? Un mal de tête lancinant lui enserre les tempes. Au moins, il n’aura pas à mentir quand il leur annoncera ne pas se sentir bien. Il doit quitter ces psychopathes au plus vite. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Comment réussissent-ils à cacher au monde entier cette facette immonde ? Comment va-t-il se sortir de leurs pattes sans inquiéter ses pap’s ? Il est dans l’obligation de se débrouiller seul. Il verra plus tard pour leur expliquer, lorsque tout serait terminé. Qu’y a-t-il en lui pour qu’une nouvelle fois on l’abandonne ? La porte s’ouvre sur ces deux vipères : ne rien montrer, ne pas pleurer.
— Désolé, mon prince, les affaires ne souffrent d’aucun retard, celle-ci était importante. Tu ne peux pas encombrer ton petit cerveau avec tout ça, profère-t-il, affable, tentant de le prendre dans ses bras. Tu es tout pâle !
Comment pouvait-il manier le mensonge avec une telle dextérité ? Des années d’entraînement certainement !
— Ce n’est pas grave, mais je me sens affreusement mal. Ma tête va exploser, j’aimerais rentrer. On devra se voir plus tard, car je souhaite te parler au plus vite. C’est quelque chose que j’aurai dû gérer plus tôt.
Raphaël est heureux de s’être exprimé sans que sa voix tremble ou que des larmes intempestives montrent le bout de leur nez, un exploit. Il a même réussi à plaquer un simulacre de sourire sur ses lèvres. Il aura tout le temps du monde pour s’effondrer plus tard. Il ne ressent que du dégoût pour cet homme. Celui-ci ne voit en lui qu’un objet sexuel capable d’assouvir ses envies. C’est dégradant et déstabilisant. La pilule passe mal. Dès que Ricky en prendra connaissance, il sortira de ses gonds. À sa plus grande surprise, le marchand d’art ne lance aucune réflexion. Il se dirige en silence vers la luxueuse berline et sort de la cour. Il devait lui parler plus tard, mais les mots sortent sans qu’il puisse les retenir plus longtemps, comme dans l’urgence.
— Heu… je suis désolé, mais nous devons cesser de nous voir… C’est en partie ma faute… je ne suis… pas la personne qui te convient… Mais surtout, je ne suis pas prêt pour une relation, j’ai essayé, crois-moi… mais…
— C’est quoi cette merde ? Hurle celui-ci tournant sa tête si vite vers lui qu’il aurait pu souffrir du coup du lapin.
La voiture dévie légèrement de sa trajectoire, mais il reprend sa maîtrise rapidement, comme toujours.
— Excuse-moi, tu m’as surpris. C’est une blague, hein ? Pourquoi veux-tu te barrer ?
— Je ne me sens pas à ma place dans ton monde. Je suis un travesti, je ne laisserai jamais tomber ce qui me fait vibrer. Pour une fois dans ma vie je suis bien où je suis. Toi, tu es une personne en vue avec des devoirs et des gens importants qui t’entourent, si éloignée de ce que je suis qu’à un moment tu regretteras de m’avoir à tes côtés. On devra alors voir les choses en face et il me faudra partir. On ne va pas en arriver là, je pars maintenant. Je sais que je ne réussirais jamais à m’intégrer à ton univers, ce n’est pas ma nature. L’argent ne dirige pas mon cœur, encore moins ma raison. Ramène-moi au club, je dois te rendre tous les cadeaux superbes que tu m’as offerts, eux non plus, ne sont pas pour moi.
Il ne veut pas de crises, pourvu qu’il ait employé les bons mots, quitte à se transformer en carpette il renchérit.
— Tu t’es montré si patient avec moi, je crois que je me sentirais comme un menteur si j’allais plus loin. Tu pourras rencontrer un homme qui ne risquera pas de te faire honte. Encore une fois, je ne t’accuse de rien. Je n’ai pas réussi à m’intégrer. Tu sais, je pense que je suis un cas désespéré. J’en suis désolé, tu avais placé ta confiance en moi. Pouvons-nous nous quitter bons amis ?
Raphaël n’a jamais trouvé le chemin si long ! La bile remonte par vagues. Seigneur, que tout se termine vite ! Que je sorte de ce cauchemar ! pense-t-il. Il préfère passer pour un pleutre plutôt que rester avec le conducteur ou le voir devenir une nouvelle fois incontrôlable. Le Sésame est son oasis, son port contre la tempête. Mais à cause de lui, ça n’est plus vraiment le cas. Il lui en veut de lui avoir volé ça.
De son côté, Gaël bouillonne. Si son passager en avait la moindre idée, il fuirait pour se cacher là où il ne le retrouverait jamais. Ce petit trou du cul se prend pour qui ? Quel ramassis de conneries ! Non seulement il s’est permis de le faire poireauter pour atteindre son but, maintenant, il ne veut plus le voir ! Ah ça, mon pote, certainement pas ! De gré ou de force, il va prendre ce pour quoi il a tant ramé. Jamais Lemercier ne part la queue entre les jambes, il passerait pour qui face aux autres ? Sa mâchoire est si crispée que ses dents ne vont pas résister. Il doit se calmer, se détendre, étirer ses mains aux jointures blanchies sur le volant. Il suffit qu’il abonde dans son sens pour le moment. Il inspire profondément et s’apaise. Tout part en vrille. Il ne peut qu’attendre que la pagaille se déchaîne. Aussi tranquillement qu’il le peut, il se tourne vers ce petit con qui vient de commettre une erreur monumentale. Il le comprendra bien assez vite. Le gars regarde droit devant lui, pâle et tendu. Il est satisfait de sentir sa peur, c’est encore très loin de ce qu’il lui fera endurer, chaque chose en son temps.
— Mon prince, je vois bien que ça ne va pas, j’en suis si désolé. J’avais prévu une surprise pour toi, ce n’est pas grave. Ta décision me semble irréfléchie. Tu veux bien nous donner une chance ? Je suis certain qu’en en parlant, on peut trouver un compromis. Si malgré tout, tu persistes dans cette voie, c’est avec regrets que je te rendrais ta liberté.
— Pas besoin de cogiter, ma décision est mûrement réfléchie. Je te fais espérer ce que je ne peux te donner. Je t’assure, tu mérites mieux. Sache que mon but n’était pas de te blesser. Admets que tes amis me regardent comme si j’étais un paillasson sur lequel ils n’essuieraient pas leurs bottes. Non, il n’y a pas d’autres solutions.
Putain ! pense Raphaël, je suis pathétique ! Il se mord fort l’intérieur de la joue.
— Une relation doit se travailler, souligne Gaël avec un sourire forcé digne du grand acteur qu’il est. Sa rage bouillonne en voyant sa proie lui échapper momentanément.
Entendre ces niaiseries pourries, manque le faire s’étouffer. Il va lui montrer à quel point il peut être désolé, ça sera jouissif. Ce petit merdeux n’a aucune idée de ce que donne comme résultat un non à Lemercier. Personne, encore moins une petite pute telle que lui, ne s’oppose sans risque de représailles à un homme si puissant. Sans insister, il le dépose au club et le regarde s’enfuir. C’est trop tard, les mailles du filet viennent de se refermer.
— Bientôt, très bientôt, nous allons nous revoir, si tu t’en sors, tu t’en souviendras longtemps, crois-moi. Tu ne sais pas qui je suis, fuis tant que tu peux petit Bambi, pense-t-il.
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Raphaël passe les jours suivants perdu dans un semi-brouillard, surpris de ne plus voir le galeriste ou l’un de ses amis dans la salle. Chaque soir, comme un robot, il assure le spectacle avec l’affreuse sensation de se dédoubler. Le cœur n’y est pas, même s’il fait de son mieux. Une fois seul, les lumières éteintes, une angoisse l’étreint. Il doute que l’autre arrogant accepte la situation sans rien dire. Ce n’est pas un homme à se contenter d’un refus.
Il aurait dû trancher dans le vif du sujet, dès qu’il a compris que ça ne fonctionnerait pas entre eux. Sa timidité, sa peur l’en ont empêché. Le jeune homme n’a pas vraiment répondu à la proposition de Gaël sur cette histoire de deuxième chance. Une nouvelle erreur de sa part, c’est certain. Il tremble en se disant que passer une seule minute dans la même pièce que ce monstre est impossible. Il n’a toujours rien rapporté à ses pap’s. Il espère juste que tout se termine vite. L’arrivée du lieutenant Debort le tire de ses sombres pensées. Elle leur annonce que les cambrioleurs se sont fait pincer en flagrant délit.
— Un café, ça vous dit ? demande Claude.
— Si vous me prenez par les sentiments, je ne dis pas non.
Face à eux, les deux mains autour de sa tasse, elle envie les propriétaires du Sésame en les voyant interagir si facilement. Elle aime profondément son mari, mais entre ces deux-là il y a une réelle magie. Une entente pareille nécessite un amour et une confiance inébranlable, un don de soi à l’autre sans retenue. Le jeune homme ne lui paraît pas aussi souriant que la dernière fois. Il l’étonne par ses connaissances variées. Elle aimerait discuter avec lui plus longtemps tant il se montre captivant. Elle s’en veut de ne pas avoir vu au-delà de l’enveloppe charnelle. Certainement dû au fait qu’il travaille dans le monde de la nuit à vingt-deux ans. Elle en a déduit qu’il avait stoppé sa scolarité. Comment a-t-elle pu ressentir des a priori de cette sorte ? C’est d’un ridicule !
— De quelle façon, un être aussi passionné, n’y voyait rien d’insultant, atterrit-il dans ce milieu ?
— Genre une crise familiale douloureuse, insurmontable, sans compromis possible peut-être ? J’ai quitté dans l’urgence une maison où je n’étais plus le bienvenu, pour terminer dans un foyer pour sans-abris. Je n’avais que dix-sept ans. À cette époque, j’ai cru que ma vie se terminait là. Il faut croire que je marchais sous une bonne étoile, elle m’a placé sur la route de ces deux-là, sourit Raphaël affectueusement. Sans poser de question, ils m’ont proposé un travail et un toit. À mes dix-huit ans, j’ai aidé au bar en continuant mes heures de ménage. Grâce à eux, je sais enfin ce que c’est de recevoir de l’amour.
Il rougit, surpris de s’être ainsi laissé aller.
— Et maintenant, vous êtes dans le spectacle.
— Oh ! ça, déclare-t-il, le visage rayonnant, j’ai toujours adoré chanter. J’étais loin de penser que ça me servirait un jour, que j’en vivrais. J’ai obtenu un bac avec mention, je ne voyais pas plus loin que la faculté, sans idée bien précise de mon avenir. Ricky et papinou m’ont laissé du temps et de l’espace pour réfléchir. Un jour, je suis monté sur scène pour un essai qui dure depuis deux ans maintenant.
— Apparemment, ça vous plaît.
— Je ne souhaite pas être ailleurs, je me sens à ma place, enfin !
— Il possède un don incroyable, vous savez, s’extasie Claude, avec une immense tendresse.
— On a pensé que ça l’aiderait à soigner sa timidité maladive, reprend Enrique. Tout en lui nous émerveille, continue-t-il, fier comme un paon.
— Si je n’avais pas échoué dans ce club, je pense que ma vie aurait été toute autre. Avec eux, mon destin a pris une voie plus sereine. Se retrouver à la rue si jeune, sans un sou en poche, ne laisse que peu de possibilités pour s’en sortir. Il m’est arrivé d’avoir peur ! continue Raphaël, les yeux brillants de larmes contenues. J’ai appris très tôt que les gens qui vous entourent ne sont pas forcément ce qu’ils prétendent être, qu’ils attendent des contreparties. Avec mes pap’s, c’est tout le contraire, ils donnent tout et se trouvent dévastés lorsqu’on les trompe. J’en veux à Daniel de ce qu’il a osé. Alors vous comprenez pourquoi je les aime de tout mon cœur.
Devant le bonheur sans fard qui irradie, ces trois-là se sont parfaitement trouvés. Ce jeune garçon si doux est bien tombé. Ces choses douloureuses qu’il a subies la retournent, elle comprend que le gosse a été renié par sa famille. Aucune raison ne donne le droit à des parents d’agir de la sorte. Ses pensées voguent vers son frère qui semble se chercher. Quelque chose paraît l’empêcher de vivre sa probable homosexualité. Le seul truc qui peut le retenir demeure la crainte que ça se sache à son travail. Il s’entête bêtement à ne sortir qu’avec des filles plus idiotes les unes que les autres. Si encore ça le rendait heureux ! Depuis quelque temps, la petite étincelle qui faisait briller ses yeux a disparu. Elle adore cette tête de mule. À vingt-neuf ans, il est plus que temps qu’il se bouge les fesses. Contrairement au gosse à ses côtés, il obtiendra tout le soutien nécessaire.
— Vos parents ? tente-t-elle.
— Pas de commentaires ! Nos opinions se situent à des années-lumière. Je souhaite que l’on m’accepte pour ce que suis, qu’on ne s’arrête pas à l’emballage. Je suis un homme qui aime les hommes sans vouloir pour autant me cacher derrière un mariage avec une femme. Ça serait d’une telle hypocrisie ! Il n’en sortirait que du malheur pour les deux, je le refuse. Je veux vivre ma vie pour moi, pas avec ce que les autres envisagent pour ma personne. Tout ça parce que la société rejette les différences pour d’obscures raisons.
— Votre façon de regarder la vie me touche. Je suis l’heureuse maman de trois garçons qui sont encore jeunes. Le moment venu, nous accepterons ce qu’ils décideront pour leur avenir. Ils resteront nos merveilleux enfants. Soyez heureux d’avoir trouvé votre famille de cœur, avancez sans regret. Sachez que c’est un honneur de vous avoir rencontré. Mes quatre hommes se feront une joie de venir vous écouter chanter.
— Le plaisir sera partagé.
— Messieurs, votre compagnie est un réel bonheur. Si mon boulot ne m’appelait pas, je resterais auprès de vous. Mais je dois retourner à mon triste sort, courir après les méchants, s’amuse-t-elle. Merci pour le café.
***
Lemercier n’a pas remis les pieds au Sésame depuis quinze jours. Sans lui ni ses amis, l’air est plus respirable. Raphaël semble pourtant porter la misère du monde sur ses frêles épaules. Le changement pour un œil non averti est à peine perceptible, mais il est là. Sa joie envolée inquiète ses pères. Ne sachant pas ce qui se trame, ils ne peuvent pas être d’une grande aide. Si ça ne tenait qu’à Enrique, il foncerait dans le tas. Claude, inflexible sur le principe, souhaite laisser de l’espace au gamin. Leur fils sait qu’il peut, si besoin, se tourner vers eux. Enrique connaît suffisamment son mari pour savoir qu’il ne déroge jamais à une règle établie. Ils doivent lui faire confiance, sans intervenir dans sa vie amoureuse.
— Mon amour, moi aussi je sens qu’un truc ne tourne pas rond, soulève papinou. On ne peut pas bouger tant qu’il ne demande pas d’aide.
— Je sais que c’est à cause de ce connard, j’en mettrais ma main au feu. Je n’ai jamais aimé ce m’as-tu-vu, continue-t-il les sourcils froncés, tout en regardant leur fils s’agiter derrière le bar.
Raphaël, fébrile, ne sait plus quoi penser. Il sursaute au moindre bruit, se replie sur lui-même, devient taciturne. Sur scène cependant, il retrouve une partie de sa joie de vivre. Il travaille au réassort du bar même si ça n’entre plus dans ses tâches. Le but est de s’occuper l’esprit pour ne plus cogiter. Le jeune homme mange et dort mal, perdant du poids à vue d’œil. Il ne réussit pas à cacher ses cernes sous les crèmes. Les deux pères installés au fond de la salle ne le quittent pas du regard. Ils s’affairent sur leurs papiers en retard. Ricky grogne lorsqu’il remarque l’homme qui entre comme en terrain conquis.
Le garçon blêmit, manque lâcher la bouteille qu’il tient dans ses mains tremblantes. C’était quoi ce cirque ? Leur poussin est timide, mais pas peureux. Devant cette réaction inattendue, ils s’alarment. Doivent-ils s’en mêler ? Ils ont remarqué la fin des cadeaux, plus de coursiers, plus de fleurs. Il y a manifestement de l’eau dans le gaz. Comme chaque fois que quelque chose les dépasse, ils se prennent la main tout en regardant le marchand d’art avancer tel un félin vers sa proie. Voir leur fils se ratatiner devant lui les émeut profondément. Focalisé sur lui, ce connard ne remarque pas les deux hommes dans la pénombre. Ils entendent sa voix grincer à leurs oreilles.
— Es-tu prêt pour notre discussion, mon prince ? Parce que c’est le moment, tu sais que tu m’as manqué. J’ai préparé ce rendez-vous méticuleusement.
Le jeune travesti se hérisse en entendant son baratin. Ces surnoms l’agacent au plus haut point. Mon prince, mon biquet, que va-t-il encore inventer ? Il n’y a personne à impressionner. La préoccupation de ses pap’s reflue jusqu’à lui. Il a tout tenté pour éviter qu’ils se posent trop de questions ! Il doit montrer qu’il peut gérer sa vie. Plusieurs SMS tombés sur sa messagerie le laissent dubitatif. Il a refusé d’ouvrir le premier, le suivant s’est montré insistant. Monsieur l’oblige à accepter une dernière entrevue. Il tient toujours parole. Quoi qu’il lui en coûte, il va l’honorer, tentant de ne pas paniquer.
— Je doute de t’avoir manqué. Je ne comprends pas non plus pourquoi tu insistes, sachant que je ne reviendrai pas sur ma décision. J’aurais aimé savoir ce que tu avais prévu, insiste-t-il, tout en remarquant Gaël lutter contre la colère. J’ai préparé les cadeaux que je veux absolument te rendre. Je n’en ai aucune utilité, persiste-t-il, sa voix grimpant dans les aigus.
— Tout doux ! Prenons les choses une par une. On verra ça plus tard.
— Qu’est-ce que ça change ? Je refuse de les garder.
— On va passer cet après-midi ensemble. Je t’ai réservé des surprises que tu n’oublieras pas de sitôt. Qui sait ? Tu pourrais revenir sur ta décision de me larguer. J’aimerais que tu me suives sans histoire. Nous prendrons un verre, ensuite nous passerons du temps avec mes amis. Tu ne peux pas me refuser ça ? demande-t-il, un sourire carnassier aux lèvres.
— Ils ne m’aiment pas, alors pourquoi ?
En conquérant, il vrille son regard d’aigle sur lui. Raphaël se force à rester immobile, ne pas lui montrer son dégoût. Pas moyen de faire diversion, sa tension monte en flèche. Pourquoi veut-il qu’il rencontre ces snobinards ? Ils sont juste censés arranger les choses. Dans quel guêpier se dirige-t-il encore ? S’il refuse, Gaël va plonger dans une colère qui n’aura rien de chimérique. Il est capable de s’en prendre à ceux qu’il aime uniquement par plaisir. Il abandonne sa lutte interne. Stoïquement, il va endurer ce rendez-vous. Ce soir, tout sera enfin terminé. Il récupérera sa vie.
— Allons-y, qu’on en finisse, souffle-t-il.
— Tout va bien se passer. Ils vont te dévorer, si je puis dire, continue-t-il ses yeux étrécis à une fente.
– Co... comment ça, qu’une bouchée ? questionne-t-il, s’empêtrant dans ses pieds à l’approche de la berline de Gaël.
— N’encombre pas ta petite cervelle, ça te donne des rides. Je suis là, tout ira bien.
Raphaël apprécie de ne pas tomber sur ce crétin de Richard. L’autre l’entraîne vers le salon. Il ne peut s’empêcher de fixer la porte du bureau. Il entend encore les mots des deux hommes le concernant. Une bouteille et deux verres les attendent. L’atmosphère s’alourdit. Il ne peut s’empêcher de penser que ce menteur mijote un truc. Des frissons montent le long de sa colonne. Il est bel et bien coincé ! Non seulement il l’a suivi volontairement, mais il est trop tard pour se soustraire. Perdu dans ses pensées, il sursaute lorsque l’homme, très souriant, lui tend une flûte. Totalement contracté, il l’avale d’un trait, s’étouffant presque. Beurk ! Ce truc est dégoûtant, amer et acide à la fois.
— Waouh, moi qui pensais que tu prendrais ton temps ! Ce n’est pas de l’eau, ce millésime se déguste. Tu as raison, tu n’es qu’un être inculte. Ce n’est pas grave, tu vas quand même être le roi de ma petite soirée privée. J’aurais pu laisser tomber, mais impossible, tu es un régal pour les yeux.
— Puis-je prévenir Enrique et Claude, que… que tu vas me… me ramener ?
Bon sang ! Que lui arrive-t-il ?
— Pourquoi les avertir ? Tu es majeur non ? On va juste passer du bon temps. D’ailleurs, en parlant de ça, c’est le moment d’y aller. Tu vas voir, nous sommes attendus.
Gaël le tire du canapé. Il tangue légèrement saoul. Il aurait dû avaler sa coupe moins vite. Autour de lui, tout tourne.
— Pu… putain ! Pour… oi, j’ai si… chaud ? Bizarrrre !
Sa tête, lourde, ressemble à une enclume qui roule de droite à gauche sur l’appui-tête. Il n’arrive plus à garder les yeux ouverts. Comment un seul verre de champagne peut-il le mettre dans cet état ? Son organisme ne fonctionne plus normalement. Il crève de chaud. Une idée l’obsède, se dévêtir. Pas un mot ne sort de sa bouche, pourtant, il aimerait hurler à cet abruti d’arrêter ses caresses. Paradoxalement, chaque effleurement l’électrise, poussant son sexe à se dresser. Comment éteindre ce feu intense ?
— Tu es vraiment très réceptif. Mon petit mélange fait déjà effet. Ça tombe au poil, nous sommes arrivés.
Raphaël ne réagit pas, incapable de descendre du véhicule. Encore une fois, Gaël l’attire vers lui sans douceur. Il s’affaisse contre le corps musculeux, sent une érection aussi dure que la sienne. Il grogne lorsque l’homme ouvre son pantalon. C’est quoi ce bordel ?
— Tu ne peux pas me répondre, mais je sais que tu comprends. Tu es à point pour jouer avec nous. Je t’ai donné une mixture qui va t’empêcher de te rebeller, mais pas de sentir. Personne ne me largue, seul moi détiens ce pouvoir. Je pensais te baiser et m’en aller, mais avec tes chiens de garde impossible. Alors je t’ai courtisé pour te mettre dans mon lit. Tu as joué ta mijaurée, tu t’es foutu de ma gueule trop longtemps. Je n’ai jamais été patient, je vais prendre ce que tu me dois. Lorsque tu reprendras tes esprits, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi.
Son corps n’est plus qu’un brasier. La voix pédante parvient assourdie à ses oreilles. Son esprit reste focalisé sur des envies encore inconnues. Il passe du soleil à une grande pièce blanche, trop lumineuse. Ce qui l’oblige à fermer les paupières. Il ne peut rien fixer, malgré tout, il dénombre quatre hommes, peut-être cinq. Il les entend, planant, comme hors de son corps. Ses jambes flageolent, il souhaite s’allonger.
— Soifff, croasse-t-il.
— Messieurs, notre sex-toy est prêt. Son cul est à nous, on va pouvoir en profiter. Foi de Bishop, nous n’allons pas nous priver !
Quelqu’un tire fort sur ses cheveux, son corps entier réagit, déclenchant un millier d’épines sur sa peau. Des doigts durs s’accrochent à son menton, ouvrant sa bouche pour lui faire boire un liquide qui dégouline sur lui. Il entend le verre se briser sur du carrelage. Brusquement, des mains, des lèvres glissent sur sa chair nue, parcourue d’un frisson. À quel moment s’est-il déshabillé ? Se demande-t-il, hébété. Curieusement, ces attouchements, il les déteste et les désire.
— Putain, c’est une vraie beauté, un dieu grec, un Rodin !
— Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être si bien monté !
— Tout doux les gars ! J’ai attendu et je vais prendre cette petite merde. Ensuite, ça sera votre tour.
Malgré la peur, Raphaël aspire à être touché. Il entend, ressent tout comme l’en a averti l’autre salaud. Des cris résonnent dans sa tête. Sa bouche est sèche et râpeuse comme s’il avait avalé du sable. Des larmes roulent sur ses joues. Il sent qu’on l’allonge. En un flash, il comprend qu’on l’a drogué. Aussitôt, il repart voguer dans cette oasis imaginaire où plus rien n’a d’importance.
— Bordel ! Jamais eu une barre de fer pareil à sucer. Que lui as-tu donné ?
— Cadeau de Vlad, il va tenir comme ça pendant des heures. Croyez-moi, vous allez apprécier. Tout le monde utilise des préservatifs.
— Je croyais qu’il était vierge ? s’étonne un des participants, dépité.
— Tu tiens à ce qu’on retrouve ton ADN ?
— Hmm… nan, pas particulièrement.
— Voilà, réfléchi un peu. Ma salope, à nous deux, profite de la balade. On va te pilonner jusqu’à crever le matelas, ricane-t-il, méchamment.
Une bouche goulue et chaude engloutit l’érection douloureuse de Raphaël. Une succion particulière qui l’amène très vite à la jouissance. Ils le prennent dans tous les sens. Il perd plusieurs fois connaissance. À chaque fois qu’il revient à lui, un participant différent le viol. Il ressent un haut-le-cœur en reconnaissant un Richard dédoublé, monter et descendre sur sa hampe, le visage rouge et extasié. À ses oreilles résonnent des gémissements et des halètements. Il espère que ça ne vient pas de lui, jouir pour ces porcs serait épouvantable. À cet instant, il veut mourir, disparaître à tout jamais. Le visage déformé et en sueur de Gaël apparaît dans son champ de vision. Sa voix, froide et sifflante, tente de se frayer un chemin.
— On a dû t’attacher, tu es une roulure de première. Sur le trottoir, tu nous rapporterais des sommes folles ! Avoir ma queue dans ton cul étroit est divin, un geyser à éjaculation magique. La source se tarit, mais nous ça ne nous gêne pas, hein les gars, t’inquiètes pas, la soirée est loin d’être terminée.
Richard laisse un son énorme sortir de sa gorge, la tête en arrière alors qu’il remplit le préservatif, Raphaël hurle de douleur.
— On devrait cesser de se vider sur lui comme ça, souffle celui-ci épuisé. Il est dégueulasse.
— Aucune importance ! Relevez-lui les jambes vers ses épaules et attachez-le, on n’en a pas fini. Yvan desserre un peu les menottes, Gilles tire plus haut, je le veux ouvert. Alors, la pute ! Ton trou est en sang, au bout de deux heures c’est logique. Si j’étais certain que tu ne me mordes pas, je te baiserais la bouche. Mais tu peux avoir des réflexes inattendus avec ce qu’on t’a fait prendre. Je vais me contenter de ton cul, plus aussi serré.
— Tu ne le prépares pas ? demande une voix grave derrière lui.
— Son cul est un hall de gare, pas la peine, voir sa rondelle bousillée me donne la trique.
Sans plus attendre, il se glisse durement dans l’anus blessé de Raphaël et se met à le pilonner. Incapable de bouger, il ouvre les yeux, l’air quitte ses poumons, ça devient insoutenable. Il ne va pas survivre à cet épisode cruel ! Seigneur ! qu’on en finisse !
— Ça aurait été dommage que je ne profite pas de ce super coup ! Et j’ai bien l’intention de t’utiliser jusqu’à plus soif ! avertit le galeriste entre deux poussées.
La sueur roule sur le torse vigoureux de Lemercier. Un homme inconnu lèche ses tablettes de chocolat, mordant au sang ses tétons.
— Plus fort… mords plus fort… oh oui, encore… là… merde. Trop bon.
Raphaël se laisse emporter par les ténèbres. Quand il revient à lui, difficilement, il réussit à ouvrir les yeux sans reconnaître les lieux. Tout est cotonneux. Il n’est pas mort, dommage ! Cette chienne n’a pas voulu de lui. La souffrance remonte en lui par vagues. Les élancements l’empêchent de bouger. Les nausées roulent en lui. Il va devoir se lever. L’horreur subie se fraie un chemin dans son esprit enfiévré. Il serre ses lèvres gercées, des larmes mouillant ses cheveux poisseux. La douleur et la honte l’étouffent. Où se trouve-t-il ? Vont-ils recommencer, revenir le chercher ? Il hoquette, ces salauds ont piétiné sans remords son innocence. Sa vision s’améliore, il constate qu’il est seul dans une chambre. Après une tentative surhumaine, il réussit à s’asseoir. Son regard tombe sur des taches brunes, pour certaines coagulées, qui maculent les draps. Ses bourreaux l’ont bousillé !
Face à lui, une porte ouverte lui indique une salle de bain. Il doit absolument s’y rendre. Cependant, il y a un problème. Elle a une fâcheuse tendance à s’éloigner au fur et à mesure qu’il s’en approche. Dès qu’il bouge, une forte odeur de sexe mêlée à celle de la sueur envahit ses narines. Putain ! Il va encore tomber dans les pommes. Provoquant sa respiration, bouche ouverte, nez pincé, il finit par se traîner jusqu’à cette pièce. Il a juste le temps de se pencher au-dessus de la cuvette pour vomir ses tripes. Son estomac convulse, le visage en sueur. Sa peau est moite. Ses mouvements désordonnés le gênent. L’effort demandé le laisse les jambes flageolantes. Incapable de se relever, il s’écroule, recroquevillé devant les toilettes. Il frotte les marques laissées par les menottes sur ses poignets cisaillés. Il sent son anus palpiter à un rythme effréné. Il suppose qu’un de ces monstres a arraché sa peau. À l’aide de ses deux mains, il s’accroche au lavabo pour se relever. Les volets non fermés laissent passer la lumière du jour. Quelle heure est-il ?
Nu devant la glace, il se mord les lèvres, et verse des larmes amères en voyant son reflet. Son corps est couvert de sperme séché, de coupures, et de morsures. Sa peau ressemble à un kaléidoscope de couleurs qui virent du bleu au noir, passant par le violet et le jaune. Il ne désire que s’écrouler sur le matelas. Il laisse passer le vertige, entre dans la douche, avec ce besoin de frotter sa peau, jusqu’à effacer la moindre trace, l’infime odeur de son calvaire. Il ne s’essuie pas, son retour vers le lit ressemble à une lente agonie.
Il n’est pas surpris d’apercevoir ses vêtements en boule à terre. Difficilement, il les enfile, sa respiration prend un rythme saccadé. Il siffle entre ses dents. Maintenant, s’il arrive à s’enfuir, il pourra rejoindre ses pap’s. Doucement, le corps tendu, les mains tremblantes, il tire la porte, souhaitant qu’elle ne grince pas. À sa grande surprise, personne ne monte la garde. Des bribes de conversations, mêlées à de nombreux gémissements, montent jusque à lui.
Curieux, il s’approche silencieusement de la balustrade. Sa peau aussitôt se couvre de chair de poule. Sa tête se met à tourner, l’obligeant à se faire violence. Il reste là, pieds nus, ses baskets à la main, tétanisé. Il prend sur lui, se penche, ce qu’il voit en bas lui donne une furieuse envie de vomir à nouveau. Une orgie se déroule sous ses yeux. Qui sont ces mecs à poil ? Lui sont-ils tous passés dessus ? Ses souvenirs restaient épars.
Au centre de la pièce trône un lit immense entouré de canapés. Le reflet de la lumière dans l’acier des menottes accroche l’œil de Raphaël. Ces hommes ne possèdent rien d’humain. Ils se comportent tels des animaux. Ils grognent, hurlent, les peaux claquent en coups secs. Raphaël sait qu’il se souviendra longtemps de ces sons. Il frissonne et chancelle lorsque ses yeux tombent sur son tortionnaire, nu comme un ver, étalé de tout son long sur un canapé. Sans aucune gêne, un verre dans une main, de l’autre il tire les cheveux d’un homme qui le suce. Il écoute d’une oreille distraite les deux mecs installés près de lui. Raphaël les reconnaît. Ils font partie de sa clique et se trouvaient là à son arrivée. Il tend l’oreille, ce qu’il entend lui glace les sangs.
— Vlad a envoyé six mercenaires au Mali. Ils vont passer par le Gabon et ne seront sur zone que dans quatre ou cinq jours. Le Premier ministre doit présenter son discours deux jours plus tard si tout va bien. Ça se passera dans la salle de conférence du Radisson Hôtel. Les rebelles tiennent à ce qu’il soit descendu, que l’enquête conclut à un coup d’État du Front de libération. Avouez qu’ils endosseront parfaitement le rôle de pigeons. La population ne pourra que les trouver ignobles, une bonne manière de perdre le crédit accumulé depuis des années.
— Merci, Gilles. À ton tour Richard, où en es-tu ?
— On peut démarrer. Les vingt-mille euros sont arrivés, répond-il, se léchant les lèvres tout en sortant la tête des jambes écartées de Lemercier, le corps en sueur.
Raphaël n’a pas reconnu, en ce dos musclé, un de ses agresseurs. Le bras droit reprend.
— Le reste sera versé dès que le corps touchera le sol. On a tout intérêt à ce que rien ne foire, notre nouvelle filière tient à ce coup d’État.
Bordel ! de quoi parlent ces connards ? Les drogues qu’on lui a injectées font-elles encore effet ? comprend-il de travers ? Rêve-t-il tout éveillé ? Planqué derrière la balustrade en ciment, il vibre de peur.
— Pas de crainte, nos snipers sont les meilleurs, de plus la bombe finira le travail, lance un des gars à la moustache fournie.
— Jérôme, tes recrutements frôlent l’excellence. Tu es un incroyable soumis au pieu, mais pour les plans, j’avoue que tu es un génie.
— Nous aussi sommes de bons soumis, tu pourrais le signaler.
— Ça servirait à quoi ? Gilles et Alexandre vous êtes de vraies salopes en fait.
Raphaël, l’esprit encore confus a du mal à suivre. Le trop-plein d’informations le fait douter d’être apte à tout piger. Merde ! En plus d’être un violeur, un vendeur de drogue, ce pervers planifie de tuer des innocents. Il se sert de ses galeries ! Ça ne finira donc jamais ? Ce mec représente le mal incarné.
— Assez parlé boulot, si ton minet a repris vie on peut remettre ça ?
— Nan Yvan, on ne va pas risquer qu’il nous claque dans les pattes. Contente-toi de l’avoir baisé et dis-toi que ça valait le coup. Moi, j’ai récupéré mon égo, de toute façon, je n’suis plus bon à rien. Il y a longtemps que je ne m’étais pas autant amusé !
— Tu vas lui laisser la vie sauve, après ce qu’il t’a fait subir ?
— Nous sommes en France, tout le monde m’a vu avec lui. Les deux pédés croient que je ne les ait pas remarqués. Trop de nettoyage, pas assez de monde dans notre poche, partout ailleurs je l’aurais balancé sur un tas d’ordures.
— Il risque d’aller baver.
— Pas en sachant qu’on peut reprendre notre petit tour de manège. À mon avis, il va retenir la leçon, s’il ouvre sa gueule, il aura droit à autre chose qu’un simple dépucelage. Je vais grimper le chercher, habillez-vous, le bal est terminé.
— Lorsque je suis monté tout à l’heure, il n’avait pas encore émergé.
Toujours titubant, Raphaël terrifié regagne la chambre et, va cracher des restes de bile dans les toilettes. Il ne peut pas croire à sa stupidité. Lemercier entre d’un pas vif, sa haute stature bouchant l’entrée de la salle de bain.
— Sans cesse à genoux ? Tu apprends vite. Regarde-toi un peu, le cul en l’air, ma position préférée, venant de toi.
— Tu n’es qu’un salaud, un jour, tu paieras sale violeur, rage Raphaël tout en passant le dos de sa main tremblante sur sa bouche.
— Ne joue pas ta chochotte, on a juste participé à ton éducation. Tu t’es fait baiser, n’y donnes pas une importance démesurée. Un jour ou l’autre, tu y serais arrivé de toute façon. C’est une avance pratiquée avec art.
— Je ne voulais pas de toi, je tenais à choisir.
— J’ai assez poireauté, tu croyais que j’allais te laisser me planter comme un con ? Personne, tu m’entends, personne ne quitte Bishop, c’est moi qui décide. Par contre, si tu ne veux pas qu’on recommence, tranche-t-il, glacial, lui arrachant les cheveux pour placer sa tête en arrière, tu vas gentiment fermer cette bouche à pipes sur notre petite virée. Dans le cas contraire, le club risquerait de partir en fumée et ce n’est pas ce que tu souhaites ? Putain ! Ouvre les yeux !
Il ne peut que regarder ce malade, dont l’âme se montre plus noire que la suie.
— T’as pigé ma pute ?
Il secoue la tête, incapable d’articuler un seul mot, il veut partir. Pour ça, il accepterait n’importe quoi. L’homme l’agrippe au niveau du bras, ses doigts se transforment en serres. Il le relève d’un coup sec, le regard plus démoniaque que jamais, la voix métallique.
— Allez, avance, bordel !
Laborieusement, il descend les marches sans oser rien regarder d’autre que ses pieds. La poigne de fer de Lemercier appuie sur son dos. Il traverse la pièce sous les sifflets et les bruits immondes. Enfin, ils sont dehors. Son bourreau le pousse dans sa berline et claque la porte. Sans un mot, ils roulent dans un silence de plomb jusqu’au club.
— N’oublie pas, ferme ta gueule, sinon…
Raphaël ne demande pas son reste, oubliant ses douleurs, il saute littéralement du véhicule. Trébuchant et en larmes, il pénètre dans le Sésame. Il retrouve sa maison, il va pouvoir se cacher.
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