Sous les tilleuls

Alphonse Karr · Chapitre 105 sur 145

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Sous les tilleuls

Chapitre CV

 

 

Dans un coin du salon, Stephen seul avait les yeux tour-nés vers la porte, et, chaque fois que l’on annonçait quelqu’un, un sourire involontaire se dessinait sur sa figure.

C’était chez la tante de Magdeleine ; cette dame ne re-cevait que des personnes graves, et sa maison n’aurait offert que peu d’intérêt aux jeunes gens : depuis la mort de son frère, on ne dansait plus chez elle.

Edward entra.

Stephen pâlit.

Edward salua tout le monde et feignit de ne pas le voir.

— Ma tante, dit-il, ma femme n’a pu se rendre à votre invitation ; notre fils souffre beaucoup de ses premières dents, et elle ne veut pas perdre un de ses cris ni une de ses douleurs.

Ces mots : notre fils, retombèrent comme du plomb sur le cœur de Stephen ; il sortit brusquement, oubliant ce qu’il at-tendait en souriant quelques instants auparavant.

Comme dans le salon quelques-uns jouaient au whist, d’autres, et c’était le plus grand nombre, causaient politique, un laquais, étouffant avec son mouchoir un rire convulsif, annonça : « M. le marquis Melchior ! »

Et, à la vue du marquis, les femmes jetèrent d’horribles cris et se cachèrent la tête dans les mains, et des hommes, quelques-uns, étonnés, étourdis, se regardaient entre eux,

– 351 – s’interrogeant des yeux ; les autres se prirent à rire et à se rouler par terre.

Le marquis, sur l’assurance que lui avait donnée Stephen que cette soirée était un bal, avait imaginé de se costumer en Amour ; il était tout vêtu de couleur de chair, avait des pe-tites ailes bleues et un carquois sur le dos, et un arc à la main.

 

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