Théâtre . 1

Eugène Labiche ; texte établi par Henry Gidel · Chapitre 36 sur 47

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Théâtre . 1

Scène XX

M. et Madame de Claquepont, Sabouleux, Suzanne, Pépinois

 

M. et Madame de Claquepont rentrent avec des paquets.

Claquepont. − Nous voici prêts.

Madame de Claquepont. − Allons, ma fille, embrassez votre nourrice... et partons.

Sabouleux. − Ah ! ma fille !

Suzanne, se cramponnant à la robe de Sabouleux. − Non ! j'veux pas quitter maman Sabouleux ! ...

M. et Madame de Claquepont. − Comment ?

Sabouleux l'embrassant. − Pauvre trognon !

Suzanne. − J'veux rester ici jusqu'à douze ans.

Claquepont, voulant prendre Suzanne, qui tourne autour de Sabouleux pour lui échapper. − Certainement, tout ça est très gentil... Mais nous ne sommes pas ici pour faire du sentiment.

Tout en parlant, il court après elle.

Suzanne, s'arrêtant près de Pépinois. − J'veux pas quitter mes oies... ni le perruquier ! ...

Pépinois, attendri. − Ni le perruquier ! ... Je mouille un cil ! ...

Madame de Claquepont, à son mari. − Allons, monsieur, finissons−en... Emportez−la !

Claquepont, courant après Suzanne. − Mademoiselle, ici ! ... Je vous ordonne.

Suzanne, fuyant. − Non ! jamais ! jamais ! jamais !

Elle sort par le fond.

Claquepont, en même temps, la poursuivant. − Ma fille ! ma fille ! ma fille ! ...

Il sort après elle.

Sabouleux, attendri. − Aimable enfant !

Madame de Claquepont. − Voilà comme vous lui avez appris à obéir !

On entend Goberval cogner contre la porte, dans le clocher.

 

Scène XX 532

Sabouleux et Pépinois. − Oh ! ! !

Madame de Claquepont. − Qu'est−ce que c'est que ça ?

Pépinois. − C'est les maçons.

Claquepont, rentrant essoufflé. − Ouf ! ... je n'en peux plus.

Madame de Claquepont. − Comment, monsieur, vous ne la ramenez pas ?

Claquepont, essoufflé. − Elle est... elle est montée.

Madame de Claquepont. − Où ça ?

Claquepont. − Dans un arbre ! ! !

Tous. − Dans un arbre ! ! !

Pépinois et Sabouleux, éclatant de rire. − Ah ! ah ! ah ! ah !

Madame de Claquepont, appelant par la fenêtre. − Suzanne ! ... Suzanne ! ... (A Claquepont.) Voyons, monsieur, quel parti prenez−vous ?

Claquepont. − Que voulez−vous que je fasse ? ... Je ne peux pas emporter un marronnier !

Pépinois. − Il est à la commune... (Goberval sonne dans le clocher. − A part.) L'oncle à Toto ! ... y se bat avec les cloches.

Claquepont. − Quel est ce bruit ?

Sabouleux. − La cloche du chemin de fer.

Claquepont, désolé. − Quelle situation ! ... avoir sa fille dans un arbre ! ... Et le chemin de fer qui va partir !

Madame de Claquepont. − Que faire ? ... que devenir ?

Claquepont. − Allons, madame... puisqu'on ne peut pas séparer cette enfant de sa nourrice... je ne vois qu'un moyen ! ...

Madame de Claquepont. − Lequel ?

Pépinois, bas à Sabouleux. − Il va nous la laisser !

Claquepont. − Emmenons la nourrice !

Il remonte.

Sabouleux, stupéfait. − Hein ? moi ! en femme ! ... Sacrebleu ! ...

Pépinois, à part. − Je ris comme quarante−deux mille bossus !

Scène XX 533

Claquepont, revenant à Sabouleux et cachant un châle qu'il a pris au fond. − Nous vous ferons un pont d'or... le café au lait le matin...

Sabouleux. − Permettez...

Madame de Claquepont, de même, à Sabouleux. − Quatre repas...

Claquepont. − Neuf cents francs... blanchie

Madame de Claquepont. − Et des cadeaux ! ... voici le mien.

Elle lui met un châle sur les épaules.

Sabouleux.− Un châle !

Claquepont, lui mettant l'autre châle sur les épaules. − Et le mien !

Sabouleux, bas. − Deux châles ! ... (Se décidant.) Allons ! c'est pour l'enfant ! ...

M. et Madame de Claquepont, avec joie. − Ah ! (Remontant.) Suzanne, descends... Nous emmenons la nourrice !

Ils disparaissent un moment.

Sabouleux. − Pépinois, mon paquet... Fourrez−y mes rasoirs...

Pépinois, bas. − Et le vieux du clocher ?

Sabouleux, bas. − Toto revient demain... Fais−lui voir la cascade...

Pépinois. − Prrré Sabouleux !

Il sort un moment à gauche pour chercher les paquets.

Claquepont, amenant Suzanne. − Ah ! petite mauvaise tête ! ... nous te tenons !

Suzanne, tenant un nid. − J'ai trouvé un nid... je serai sa nourrice ! ...

Sabouleux, embrassant la petite. − Oui, mon trésor !

Madame de Claquepont, à son mari. − Cette femme chez nous ! ... quelle affreuse chose !

Claquepont, mystérieusement et riant. − Chut ! je lui prends un billet de troisième... embranchement sur Boulogne ! ... Elle pourra voir le camp !

Pépinois, à part, revenant et posant à terre le paquet de Sabouleux et un grand panier. − Qué bon état que d'être nourrice ! Je prends sa suite...

Pendant le choeur final, M. et Madame de Claquepont remontent à la table du fond, y prennent tous les paquets et les mettent sur la table du premier plan.

 

Scène XX 534

Choeur Final

M. et Madame de Claquepont, Sabouleux et Suzanne

Air final de Michel et Christine

Adieu don (ter) ce tranquille

Adieu don (ter) mon tranquille

Asile.

Vers la ville

Faut qu'l'on file

Faut que j'file

Adieu bonsoir,

Pas au revoir

Mais au revoir

Pépinois

Adieu donc (bis) ! quitte cet asile

Tranquille,

Vers la ville

Faut qu'tu files.

Adieu, bonsoir,

Mais au revoir !

Un pleur amer mouille ma lèvre !

Suzanne

Bon perruquier, pour t'apaiser,

De ma part embrasse ma chèvre.

Pépinois

Je lui promets un doux baiser !

Sabouleux, au public, présentant Suzanne

Scène XX 535

D'ma nourrisonn' pour que l'talent grandisse,

Soyez, messieurs, ses nourrices nouveaux

Prodiguez−lui le lait de vos bravos...

Suzanne

Et n'en sevrez pas ma nourrice !

Reprise de l'ensemble

Pendant la reprise de l'ensemble, madame de Claquepont charge son mari de tous les paquets. Pépinois donne à Sabouleux le panier et un paquet enveloppé dans un mouchoir, d'où sort très ostensiblement une paire de bottes ; Sabouleux cherche vivement à la cacher. Suzanne a pris sa gaule. Pépinois embrasse Sabouleux, puis tombe ému sur une chaise.

RIDEAU

 

Scène XX 536 Un Monsieur qui prend la mouche