Une héritière pour les Sabbatini

Melanie Milburne · Chapitre 3 sur 12

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Une héritière pour les Sabbatini

Chapitre 3

 

 

Incapable de réfléchir, Bronte sentit son esprit tournoyer à une vitesse vertigineuse. Luca voulait qu’elle couche avec lui. Il voulait reprendre leur liaison. Il allait l’utiliser et la repousser comme il l’avait déjà fait.

Comment pouvait-il lui faire cela ? Après lui avoir brisé le cœur, avoir détruit sa vie, il se conduisait comme si elle lui devait quelque chose !

Elle recula en se mordant l’intérieur de la lèvre jusqu’à sentir un goût de sang, puis elle se détourna et se dirigea vers la porte. Il fallait qu’elle s’en aille. Qu’elle trouve une issue à cette situation absurde — mais, y en avait-il une ?

— Reviens !

Ce seul mot, prononcé comme un ordre, s’était enfoncé dans son cœur. Luca semblait si impitoyable ! Pour lui, elle ne représentait qu’un bien, une possession dont il se servait à sa guise.

Elle s’immobilisa et redressa le menton en se retournant vers lui, agressive.

— Si tu me veux, tu devras me prendre de force !

Ses lèvres s’arquèrent en un sourire follement sexy.

— Tu en es vraiment sûre, cara ? fit-il d’une voix rauque.

En proie à une vague de panique, Bronte repensa à la sensation que sa main chaude avait fait naître en elle quelques instants plus tôt. Des étincelles de feu avaient jailli du plus profond de son être, avant de fuser dans tout son corps, alors qu’il n’avait fait que lui effleurer le bras. Comment réagirait-elle si…

Lentement, il s’avança vers elle avant de lui poser le bout du doigt sous le menton ; puis il le souleva fermement, jusqu’à ce qu’elle soit forcée de le regarder.

— Elle est encore là, poursuivit-il, cette alchimie qui nous attirait irrésistiblement l’un vers l’autre. Je l’ai ressentie dès que je suis entré dans le studio cet après-midi. Comme je la ressens maintenant. Toi aussi, tu la ressens. Je le vois dans tes yeux, je la sens vibrer en toi quand je te touche : tu trembles de tout ton corps.

Quand il pencha la tête et posa sa bouche au coin de la sienne, Bronte cessa de respirer. Son baiser était doux comme la caresse d’une brise de printemps. Aussitôt, elle frissonna violemment, confirmant ainsi ce qu’il venait de dire. Son corps la trahissait : elle n’avait aucun espoir de dissimuler son trouble.

Et lorsque le souffle tiède de Luca passa sur ses lèvres, Bronte ne put réprimer une plainte, tandis que sa bouche s’entrouvrait doucement, s’offrant à la sienne.

Mais il ne la prit pas. Au lieu de cela, il sourit, de ce sourire paresseux qui la faisait fondre, avant de lui déposer un baiser sur le front.

— Tu as les yeux bleus les plus stupéfiants du monde, dit-il d’une voix profonde, à la fois rauque et douce comme du velours. Ils ont l’éclat et la vivacité des flammes. Ils brûlent, s’embrasent, mais une seconde plus tard, ils brillent d’un éclat lisse et tranquille, comme la surface de l’océan.

Quand il passa les mains sur ses bras, elle trembla encore plus violemment, puis il referma les doigts autour de ses poignets. En même temps, il l’attira vers lui, si bien que Bronte sentit son érection palpiter contre son ventre.

Une chaleur explosive se déploya alors en elle, avant de se répandre inexorablement dans son bas-ventre.

Comment pouvait-elle encore le désirer, alors qu’elle le haïssait autant ? C’était injuste que sa chair la trompe de façon aussi éhontée. Bronte se détesta d’être aussi faible ; elle détesta Luca pour avoir ressuscité le désir en elle.

— Ma belle, ma douce Bronte, murmura-t-il contre ses lèvres. Tu sens comme je te désire encore ?

Toutes sortes d’images érotiques surgirent dans son esprit enfiévré : celle du corps puissant de Luca, la pénétrant par-devant, en chien-de-fusil… Ou encore la soulevant et l’appuyant contre un mur ; la déposant sur la table de la cuisine, avant de se livrer à un va-et-vient délicieux, ensorcelant, et l’emportant dans l’extase, encore et encore…

— Dis-moi que tu ressens la même chose, exigea-t-il dans un souffle. Dis-moi que tu te souviens de nos merveilleuses étreintes.

Bronte se trouvait désormais dans un monde où toute parole était inutile. Elle ne voulait plus que sentir la bouche de Luca sur la sienne, même si c’était pour la dernière fois. Qu’y avait-il de mal à désirer un ultime abandon ?

Après avoir dégagé ses mains, elle les noua sur sa nuque en le regardant dans les yeux. Puis elle se haussa sur la pointe des pieds et appuya sa bouche sur la sienne, tout en sachant qu’elle franchissait un point de non-retour.

Ce fut un véritable embrasement. Le désir s’enflamma en elle, consumant tout sur son passage. Dès la première caresse de sa langue, elle renonça à toute prudence. Timidement d’abord, puis avec de plus en plus d’audace, elle se laissa entraîner dans un ballet d’un érotisme inouï.

Luca poussa une plainte sourde et approfondit son baiser, tout en appuyant Bronte contre le mur le plus proche. Sa bouche dévorait la sienne avec passion, faisant naître en elle un tourbillon de désir désespéré. Son membre érigé se pressait contre son ventre, tandis qu’elle frémissait au plus profond de son intimité. Celle-ci exigeait l’assouvissement, que seul Luca pouvait lui apporter.

Soudain, il posa les mains sur ses seins, doucement mais en un geste possessif, ses pouces caressant ses aréoles durcies et ses tétons dressés. D’instinct, Bronte creusa les reins pour mieux s’offrir à ses caresses et tout à coup, les vêtements de Luca la gênèrent : elle voulait sentir ses mains chaudes sur sa peau nue.

Elle tira sur sa chemise, la sortant de son pantalon, puis glissa les mains sous le tissu. Fermant les yeux, elle laissa ses doigts explorer son torse puissant, ses muscles fermes. Elle sentit ses mamelons plats et durs, parmi la toison un peu rêche qui couvrait sa poitrine. Luca était la virilité incarnée : mince mais tout en muscles, racé, bouillonnant d’énergie mâle, puissant et irrésistiblement sexy.

Soudain, il quitta sa bouche pour happer son sein. Quand ses lèvres en titillèrent l’extrémité, Bronte eut l’impression de se liquéfier. Un son rauque monta alors du fond de sa gorge, entre murmure et halètement.

— J’ai tellement rêvé de cela, chuchota Luca. De te toucher, de sentir que tu me répondais. Personne ne m’a jamais excité autant que toi.

Ces mots firent quelque peu reprendre ses esprits à Bronte. Elle n’était pas la seule femme qu’il ait fréquentée, et elle ne serait pas la dernière. Dès son adolescence, Luca avait connu des créatures superbes. Lorsqu’elle l’avait rencontré, elle était au courant de sa réputation de play-boy, mais avait été incapable de résister à son charme ravageur.

Mais à présent, elle était plus âgée, plus mûre. Et elle avait des responsabilités : Ella était la plus importante. Bronte ne reculerait devant rien pour protéger sa fille. Aussi devrait-elle se sacrifier pour elle. Pour l’instant, du moins, jusqu’à ce qu’elle ait trouvé un moyen de sortir du piège que lui avait dressé Luca.

Laissant retomber ses bras, elle le regarda de nouveau dans les yeux.

— Je ne peux pas, Luca, murmura-t-elle. Pas ici. Pas comme ça. C’est… c’est trop tôt.

Ses yeux incandescents fouillèrent les siens comme pour sonder son âme pendant un moment interminable. Ses mâchoires jouaient nerveusement sous sa peau hâlée tandis qu’il luttait pour retrouver son contrôle.

— Souviens-toi de notre marché, lâcha-t-il enfin.

Bronte se dégagea de ses bras et s’écarta du mur avant de s’éloigner prudemment de Luca. Elle aussi avait du mal à calmer sa respiration précipitée.

— Notre marché ? répéta-t-elle avec dédain. Tu veux dire que tu achètes mon corps, Luca ?

— C’est une façon très crue de présenter les choses.

— Pourtant, c’est la vérité, non ?

— Ne te rabaisse pas ainsi, Bronte.

— Tu me dis de ne pas me rabaisser, alors que tu m’as insultée de façon odieuse, fit-elle en laissant échapper un rire étranglé.

Il inspira profondément et s’éloigna, avant de s’arrêter devant les baies vitrées qui donnaient sur les lumières scintillantes de la ville. Bronte contempla ses larges épaules crispées, son dos droit et ses longues jambes, légèrement écartées. Elle aurait tant voulu aller le rejoindre, passer les bras autour de sa taille, accepter tout ce qu’il lui offrait. Mais à la fin, elle aurait le cœur encore plus brisé.

Et cette fois, comment pourrait-elle survivre à un nouvel abandon ?

Pourtant, c’était tentant. Tellement tentant. De sentir de nouveau la chaleur de son torse protecteur tandis qu’il la serrait contre lui, comme si elle était la chose la plus précieuse du monde. Au cours de tous ces longs mois, elle avait tant rêvé de revivre ces instants encore une fois.

— Très bien, lâcha-t-il soudain d’une voix creuse. Tu peux t’en aller.

Stupéfaite, Bronte sentit son cœur faire un petit bond dans sa poitrine.

— Mais, tu…

Il se tourna vers elle, les yeux étincelants.

— Va-t’en, Bronte. Avant que je ne change d’avis.

Elle déglutit péniblement et fit un pas hésitant vers la porte, avant de se souvenir qu’elle avait laissé sa pochette sur le sofa. Elle posa les yeux sur celle-ci, mais avant qu’elle n’ait eu le temps de faire un geste, Luca se déplaça et se pencha pour la prendre.

Puis il s’avança vers elle et la lui tendit.

— Tout cela est une erreur, n’est-ce pas ? lâcha-t-il d’une voix sourde.

Bien sûr que c’était une erreur ! Elle avait tort de le désirer encore en dépit des conditions scandaleuses qu’il cherchait à lui imposer. Elle aurait dû avoir honte de faire preuve d’une telle faiblesse. Il fallait qu’elle s’en aille, et tout de suite. Avant qu’il ne comprenne à quel point elle était près de s’offrir à lui.

— Je m’y suis mal pris, en tout, reprit-t-il avec une ironie dirigée contre lui-même. J’aurais dû d’abord t’appeler, te prévenir d’une façon ou d’une autre de ma venue. Peut-être qu’alors, tu ne te serais pas montrée aussi méfiante envers moi.

— Pourquoi n’en as-tu rien fait ? répliqua-t-elle d’une voix étouffée.

Il haussa brièvement les épaules.

— Je voulais voir comment tu réagirais en me voyant sans avoir été préparée à cette rencontre.

— A t’entendre, on dirait qu’il s’agit d’une sorte de test… lui lança-t-elle amèrement.

Il posa son regard sombre sur elle.

— Je veux te revoir, cara. Demain soir. Sans contraintes, cette fois, ni menaces ni chantage. Juste pour dîner tranquillement avec toi.

Déchirée entre la tentation et l’inquiétude, Bronte se mordilla la lèvre.

— Cette histoire d’augmentation de loyer… commença-t-elle. Je n’ai pas d’argent. Tu le sais, n’est-ce pas ?

— Oublie cela. Je ne veux pas que tu partages mon lit parce que tu n’aurais pas le choix. Tu viendras à moi, Bronte. Ni toi ni moi n’y pouvons rien. Je l’ai su dès que je suis entré dans le studio.

Bronte se demanda avec un frisson si elle avait été aussi transparente.

— Tu te fais des illusions, Luca, dit-elle en redressant fièrement le menton. Tu t’es mépris sur ma réaction : j’ai été surprise, c’est tout.

A son sourire, elle comprit qu’il n’était pas dupe.

— Tu es si belle, fit-il d’une voix traînante en lui caressant la joue du bout du doigt. Tellement belle.

Sa caresse était douce comme une plume et pourtant, elle l’ébranla tout entière. Craignant de se trahir de nouveau, Bronte se força à se ressaisir.

— Que se passe-t-il, Luca ? demanda-t-elle en se frottant la joue, comme si ce contact l’avait souillée.

Son expression se figea, devenant impénétrable.

— Que veux-tu dire ?

— Ceci… commença-t-elle en faisant un geste du bras vers la suite. Toi. Moi. Nous. Je ne comprends pas vraiment ce qui se joue ici. J’ai l’impression que tu me caches quelque chose.

Il lui adressa son irrésistible petit sourire en coin.

— Est-ce si difficile pour toi de comprendre que j’ai désiré te revoir ? Qu’étant à Melbourne, si loin de l’Europe, je puisse essayer de reprendre contact avec toi ?

— Reprends-tu contact avec toutes tes ex-maîtresses quand tu voyages à travers le monde ? riposta-t-elle cyniquement. Si c’est le cas, tu dois avoir un emploi du temps très chargé…

Son sourire erra sur ses lèvres, comme s’il trouvait sa repartie amusante.

— Il n’y a pas eu autant de maîtresses que tu le crois. J’ai été occupé à… d’autres choses.

Bronte se demanda quelles avaient été ces autres choses. Il travaillait dur dans l’entreprise familiale, elle le savait, mais elle était bien placée pour savoir également qu’il pouvait trouver le temps de s’amuser.

— Tu es venue en voiture ou tu as pris un taxi ? reprit-il soudain.

— J’ai pris un taxi. Pour ne pas perdre de temps à me garer.

Il prit une clé de voiture posée sur un guéridon en acajou.

— Je te ramène chez toi.

Un frisson glacé parcourut le dos de Bronte.

— Ce n’est pas la peine, dit-elle précipitamment. Je trouverai facilement un taxi. Et en fait, je préfère…

Son regard s’étrécit une fraction de seconde.

— Où est le problème, Bronte ? Tu me fais suffisamment confiance pour que je te ramène en sécurité chez toi, n’est-ce pas ? Je sais que vous roulez à gauche, ne t’en fais pas.

— Il ne s’agit pas de cela. Je préférerais rentrer seule.

— Quelqu’un t’attend-il à la maison ?

— Ma vie privée ne te regarde en rien, Luca. Plus maintenant.

Il continua à l’observer sans un mot, le regard sombre et indéchiffrable.

— Ecoute, reprit-elle avec impatience. Je travaille demain. Et puis, je ne voudrais pas que ma mère s’inquiète.

— Ta mère ? répliqua-t-il en fronçant les sourcils. Tu vis avec ta mère ?

— Qu’y a-t-il de mal à cela ? répondit-elle d’un ton vif. L’immobilier est horriblement cher à Melbourne. Je ne peux pas assumer le loyer d’un studio de danse et un emprunt immobilier en même temps. Je commence à peine.

— Depuis combien de temps donnes-tu des cours au studio ? demanda-t-il, l’air perplexe.

— Environ un an. Rachel et moi avons suivi des cours à la même académie. Elle s’est cassé la cheville dans un accident de voiture il y a deux ans, alors elle a dû abandonner la danse. Ensuite, nous avons décidé de monter notre propre école.

Un autre silence s’installa entre eux, très lourd, interminable.

— Tu as dit que tu n’avais pas pu te présenter à l’audition, dit-il en la regardant avec attention. Est-ce que cela avait un rapport quelconque avec moi ?

Bronte sentit son cœur bondir violemment ; elle évita soigneusement le regard de Luca.

— Pourquoi… pourquoi me poses-tu cette question ?

— Notre histoire s’est terminée je dirais… environ un mois avant la date de cette audition, c’est bien ça ?

Elle réussit à hausser nonchalamment les épaules, toujours sans le regarder.

— Puisque je n’avais plus de raison affective de rester à Londres, je ne voyais plus pourquoi essayer d’entrer dans cette compagnie.

Puis elle leva enfin les yeux vers lui avant de poursuivre :

— Il était temps pour moi de rentrer, Luca. Rien ne me retenait plus là-bas. De toute façon, la compétition était dure : je n’avais pas le moindre espoir d’être sélectionnée. Et cela aurait représenté un rejet de plus, auquel je n’avais pas la force de faire face.

— Et plutôt que d’échouer, tu as préféré ne pas te présenter.

Ce n’était pas une question, mais un bon résumé de ce qu’elle avait ressenti à l’époque. Bronte ne s’était pas rendu compte qu’il l’avait aussi bien cernée. En effet, elle ne lui avait pas parlé de ses doutes, de ses hésitations. Leur relation ne s’était pas prêtée à ces sortes de confessions. Sentant qu’il gardait ses distances, pas seulement physiquement mais aussi émotionnellement, elle avait fait la même chose.

— Oui, acquiesça-t-elle en soutenant son regard. Néanmoins, je suis allée voir le président du jury pour lui expliquer pourquoi je retirais ma candidature. J’ai au moins eu la décence de faire cela.

Il y eut de nouveau un long silence.

— Je sais que tu prenais cela très à cœur, dit-il d’une voix sourde. Je ne voulais pas te faire souffrir mais hélas, c’était inévitable. Je devais mettre un terme à notre histoire. Je n’avais pas le choix.

Bronte refoula farouchement ses larmes. Elle ne pleurerait pas devant lui. C’était hors de question.

— Voyais-tu quelqu’un d’autre pendant tout ce temps ? demanda-t-elle d’une voix tendue. Tu peux être franc avec moi, Luca. J’ai mûri. Je pourrai le supporter. Je ne te suffisais pas, n’est-ce pas ? Je n’étais pas assez… sophistiquée pour toi.

Il plissa le front d’un air lugubre.

— C’est ce que tu as pensé ?

— C’est ce que j’ai compris, corrigea-t-elle. Pour toi, j’ai d’abord représenté une nouveauté ; mais après un certain temps, tu t’es lassé. J’étais assez bonne pour le sexe, mais pas assez présentable pour que tu m’emmènes dans tes voyages à l’étranger. Mais je suis sûre que tu avais toutes sortes de créatures ravissantes à ta disposition sur place.

Il continua à la regarder, les sourcils froncés.

— Cela ne s’est pas passé ainsi. J’ai toujours préféré voyager seul. C’est moins compliqué.

Elle se mordit la lèvre pour contrôler les émotions qui tourbillonnaient en elle. Pourquoi n’était-elle pas partie cinq minutes plus tôt ?

— Nous nous sommes vus pendant six mois, insista-t-elle. Et tu n’as pas passé une seule nuit entière avec moi. Pas une, Luca. Tu ne m’as jamais emmenée en week-end non plus. Pas même à la campagne. J’étais la fille facile avec qui tu pouvais coucher chaque fois que tu en avais envie. Tu n’avais qu’à prendre ton téléphone : j’étais toujours disponible.

Il se rapprocha d’elle et lui prit résolument les mains.

— Arrête, Bronte ! dit-il. Tu n’as jamais été cela pour moi.

Elle le regarda, les yeux brillants de larmes.

— Tu t’es servi de moi. Ne le nie pas. Tu m’as utilisée et quand tu en as eu assez, tu m’as quittée.

Luca contempla ses mains, qu’elle essayait de libérer de son emprise. Ses propres mains étaient si mates, si grandes, comparées aux siennes, toutes fines, à la peau laiteuse. Elles lui firent penser à de petites colombes battant des ailes pour s’échapper.

Tout en Bronte était si délicat, si élégant : l’ovale parfait de son visage, son corps de danseuse, son maintien, la façon dont elle le regardait avec ses yeux immenses. Sa silhouette était gracieuse. Comment pourrait-il jamais réparer le mal qu’il lui avait fait ?

Il plongea son regard dans le bleu du sien. Il y lut la douleur causée par son brusque départ. Elle brillait là, parmi les larmes qu’elle retenait de toutes ses forces.

Bronte était totalement différente de toutes les autres femmes qu’il avait connues avant elle, et il avait adoré être son premier amant. Elle avait semblé très embarrassée par sa virginité, mais lui en avait été ravi. Etait-ce pour cela qu’il n’avait pu l’oublier ? Elle avait touché un point sensible profondément enfoui en lui, un monde auquel personne n’avait jamais accédé.

A cette époque, Luca n’avait jamais eu l’intention de tomber amoureux de quiconque ; vu son état de santé, c’était d’ailleurs impensable. Mais avec Bronte, il avait failli. Dangereusement failli. C’est pour cela qu’il avait dû se retirer, avant d’être impliqué si profondément qu’il en aurait perdu toute lucidité.

Luca lâcha l’une des mains de Bronte et posa la sienne sur ses reins ; puis il l’attira de nouveau vers lui. Il aimait tant la sensation de son corps pressé contre le sien. On aurait dit qu’elle avait été faite pour lui.

Aussitôt, il sentit réagir sa propre chair. Il fallait qu’il se contienne, sinon il allait de nouveau l’effrayer. C’était trop tôt. Il fallait qu’il s’y prenne lentement, en douceur. La patience ne lui manquait pas, mais il disposait de peu de temps : il avait un mois pour faire en sorte qu’elle revienne vers lui. Pour voir si la magie existait encore entre eux, et savoir s’ils pouvaient envisager de construire un avenir ensemble.

Un mois… Cela suffirait-il ?

— Ne résiste pas, Bronte, dit-il doucement. Tu es en colère contre moi, et je le mérite. Mais il y a encore quelque chose entre nous. Tu le sais.

Ses yeux luisaient comme ceux d’un animal pris au piège.

— Il… il n’y a plus rien, balbutia-t-elle. Et je ne veux plus te voir. Je ne veux pas être ton esclave sexuelle. Je ne veux… rien avoir affaire avec toi.

Il porta sa main à ses lèvres et en embrassa chaque doigt jusqu’à ce qu’elle en tremble.

— Je te demande seulement de dîner avec moi demain soir.

Un éclat traversa son regard, de peur et de désir mêlés.

— Et… et ensuite ?

Délicatement, il embrassa ses phalanges.

— Ensuite, si tu ne veux plus me revoir, je serai forcé de l’accepter.

Elle le regarda d’un air soupçonneux.

— Tu me laisseras partir ? Juste comme ça ?

Luca lissa le pli qui creusait son beau front, pâle comme l’albâtre.

— Si tu fronces tout le temps les sourcils, tu vas avoir de vilaines rides.

Elle tourna vivement la tête pour repousser sa main.

— Tu ne m’as pas répondu, Luca.

Tout en soupirant, il laissa retomber son bras.

— Autrefois, je n’avais pas besoin de te faire du chantage pour t’amener dans mon lit. Je ne vois pas pourquoi j’en aurais besoin maintenant.

— Parce que tu crois que je vais m’y précipiter la tête la première, c’est ça ? riposta-t-elle d’un air farouche.

Luca observa son visage tendu pendant quelques instants.

— Je crois que ce qui doit arriver arrivera, cara. Pourquoi ne pas laisser faire le destin ?

— Le destin, tu parles ! Comme si c’était le destin qui avait décidé que tu deviennes subitement mon propriétaire !

— Au moins, tu ne risqueras pas d’être mise à la porte du jour au lendemain.

— Peux-tu mettre ça par écrit, s’il te plaît ?

Il resta immobile à la regarder pendant un long moment, respirant son parfum, un délicieux et enivrant mélange de chèvrefeuille et de pois de senteur.

— Tu n’as vraiment pas confiance en moi, n’est-ce pas ?

Elle croisa les bras sur sa poitrine.

— Non, je n’ai pas confiance en toi. Tu ne m’es même pas sympathique, et je suis impatiente de ne plus te voir.

Irritée, elle se demanda si elle devait lui rappeler combien elle le haïssait. Quoi qu’elle fasse, on aurait dit que son attitude ne faisait qu’exacerber le désir de Luca.

Il se dirigea vers le bar, sur lequel il avait posé la bouteille de champagne et les deux coupes. Après avoir pris celle de Bronte, il revint vers elle et la lui tendit.

— Ce serait vraiment dommage de laisser perdre un aussi bon champagne, dit-il. Pourquoi ne pas rester quelques minutes et m’aider à finir la bouteille ?

Elle contempla la coupe comme si elle contenait du poison.

— Ce n’est que du champagne, dit-il avec humour. Finissons-le et rattrapons ces deux années perdues.

Il porta sa coupe à ses lèvres en espérant qu’elle l’imiterait.

— Parle-moi de tes cours. Tu aimes enseigner ?

Elle sembla hésiter, puis trempa finalement ses lèvres dans le liquide ambré.

— Oui, ça me plaît énormément. Les enfants sont adorables.

Il s’approcha du sofa avant de lui faire signe de s’y installer. Elle s’assit de nouveau tout au bord, comme prête à s’envoler.

— Combien d’élèves as-tu ?

— Actuellement, nous en avons soixante ; j’aimerais que nous allions jusqu’à deux cents. Je voudrais embaucher deux autres professeurs, pour le jazz et les claquettes. J’envisage aussi de créer des cours pour adultes.

Luca reprit une gorgée de champagne.

— Des cours pour adultes ? N’est-ce pas trop tard pour apprendre ? Je croyais que la danse classique devait être commencée très tôt — le plus tôt possible.

— Oui, c’est vrai. Mais beaucoup de femmes, et même des hommes, ont suivi des cours autrefois avant de laisser tomber. Participer à un cours avec d’autres adultes, une ou deux fois par semaine, c’est une bonne façon de garder la forme.

Luca laissa errer ses yeux sur son corps aux courbes à la fois délicates et sensuelles.

— Oui, je constate que ça te réussit, dit-il avec un sourire malicieux. Tu es aussi mince qu’autrefois. A quel rythme pratiques-tu ?

Une légère rougeur envahit les joues de Bronte, qui baissa les yeux.

— Deux heures par jour. J’aimerais en faire davantage, mais avec…

Elle s’interrompit brusquement et se mordit la lèvre, avant de reprendre d’un ton hésitant :

— Je veux dire qu’avec tout ce qu’il y a à faire au studio, je… je n’ai pas beaucoup de temps.

Elle était devenue écarlate. Elle ressemblait à une écolière, nerveuse, timide, manquant d’assurance malgré son talent. Elle était si différente de ces femmes qui lui faisaient une cour assidue. Bronte était une perle rare, un diamant pur et sans aucun défaut.

A cet instant, elle se leva du sofa avant de se pencher pour poser sa coupe presque vide sur la table basse.

— Je suis désolée, Luca, mais je dois m’en aller.

— Pourquoi cette hâte ? demanda-t-il en se levant lui aussi.

Elle détourna rapidement les yeux.

— Ma mère doit commencer à s’inquiéter.

— Bronte, tu as vingt-cinq ans, observa-t-il. Dois-tu vraiment lui rendre des comptes comme si tu en avais quinze ?

Un éclat dur passa dans ses yeux bleus.

— Ma mère m’a beaucoup aidée. Elle m’a soutenue en toutes circonstances. Je n’ai aucun compte à lui rendre, mais je la respecte pour tous les sacrifices qu’elle a faits pour moi.

— Elle ne t’en voudra certainement pas de rentrer un peu tard, avança-t-il.

Il s’interrompit un bref instant, avant d’ajouter avec une légère moue :

— Ou ta hâte est-elle plus liée à cet homme que tu fréquentes ?

Luca sentit la jalousie déferler en lui comme un ouragan. A la pensée qu’elle puisse être dans les bras d’un autre homme, il sentit son ventre se nouer, tandis que la sueur perlait à son front. De toutes ses forces, il refoula cette vision.

— Comment s’appelle-t-il ? demanda-t-il d’un ton neutre malgré le chaos qui régnait en lui.

Elle redressa de nouveau son adorable visage.

— Je n’ai pas à te le dire.

Craignant, de colère, d’en briser le pied délicat, Luca reposa sa coupe avec force précautions. Puis il serra et desserra les poings pour ne pas perdre tout contrôle. Elle le défiait délibérément, agitant son amant devant lui comme un chiffon rouge devant un taureau en furie.

— Tu couches avec lui ?

Il ne voulait pas le savoir mais n’avait pu s’empêcher de le lui demander.

— Cela ne te regarde pas, répondit-elle en se penchant pour prendre sa pochette, qui s’était glissée entre deux coussins.

Elle se redressa et la serra dans ses mains, avant de se diriger vers la porte, tête haute.

— Au revoir, lui lança-t-elle par-dessus l’épaule. Et merci pour le champagne.

— Nous avons rendez-vous demain, lui rappela-t-il.

Aussitôt, elle se raidit.

— Je ne pourrai pas venir te rejoindre, dit-elle sans se donner la peine de se retourner.

— Bon sang, Bronte, il ne s’agit que d’une soirée ! s’exclama-t-il, en proie à une frustration insupportable. Est-ce vraiment trop te demander ?

Cette fois, elle se retourna, lentement, avant de darder sur lui un regard étincelant de colère.

— Oui, Luca, c’est trop me demander. Durant tout le temps que nous avons passé ensemble, tu ne m’as jamais accordé une seule de tes nuits.

Il sentit ses mâchoires se contracter malgré lui.

— Et maintenant, tu prends ta revanche, c’est ça ? fit-il en desserrant à peine les dents.

— Non, répliqua-t-elle en ouvrant la porte. Ce n’est que justice.

Puis elle sortit et referma la porte sur elle.

 

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