Une héritière pour les Sabbatini
Chapitre 4
Une heure environ après le départ de Bronte, Luca faisait rageusement les cent pas dans le salon quand il s’arrêta pour se verser une nouvelle coupe de champagne. Après tout, il pouvait bien s’enivrer, se dit-il en prenant la bouteille et la coupe avant d’aller s’installer sur le sofa. De cette façon, au moins, il se calmerait un peu, et son esprit cesserait de se focaliser sur son ex-maîtresse.
A aucun moment il n’avait escompté que la soirée se terminerait ainsi ; il s’était leurré. Bronte avait été claire : elle n’avait pas l’intention de revenir. De toute évidence, elle en avait bel et bien terminé avec lui.
Deux ans plus tôt, elle avait mis du temps à avouer qu’elle l’aimait ; quand elle l’avait fait, Luca avait compris qu’elle était sincère. A ce moment-là, il n’avait pas été entièrement certain que ce qu’il ressentait pour elle était de l’amour. En revanche, il était sûr d’une chose : avec elle, il se sentait un autre homme. Mais à l’époque, l’avenir était trop incertain, aussi avait-il gardé ses sentiments pour lui.
A ses yeux, il avait dû passer pour un homme sans cœur. Même s’il savait que cela la perturbait, il ne lui avait jamais parlé de ce qu’il vivait, dans aucun domaine. Car il n’avait pas voulu qu’elle se sente obligée d’être là, de rester à ses côtés. Elle était en effet le genre de femme à se sacrifier, à faire passer les autres avant elle-même ; ne souhaitant pas cela, il avait dû la quitter sans une explication. Parce que le fardeau qu’il avait à porter était le sien seul, il n’avait pas le droit d’impliquer Bronte. Ce fardeau, il en était maintenant débarrassé. Enfin.
Au moment où il se penchait pour reprendre la bouteille, il sentit quelque chose de dur sous sa cuisse. Se levant légèrement, il aperçut un petit téléphone mobile noir coincé entre deux coussins.
Un lent sourire étira ses lèvres. Il prit l’appareil, le retourna dans sa main et appuya sur une touche. Aussitôt, un message apparut sur l’écran :
« Alors, comment ça s’est passé ? Comment est-il ? Lui as-tu parlé de tu sais qui ?
Appelle-moi !!! »
Luca effleura les icônes du bout des doigts avant de s’arrêter sur celle correspondant à l’album photo. Il hésita une fraction de seconde avant d’appuyer dessus. Toute une série de photos défilèrent alors sous ses yeux ébahis. Un bébé ! Une toute petite fille, ressemblant à une poupée, avec des cheveux brun foncé et d’immenses yeux bleus.
Son ventre se noua atrocement tandis que, d’un doigt tremblant, il faisait défiler d’autres photos. L’enfant était une version miniature de Bronte et, visiblement, elle commençait juste à marcher.
Luca sentit une douleur insupportable lui labourer le cœur. Non seulement il ne s’était pas attendu à cela, mais il n’avait rien vu venir. Comment avait-il été assez stupide pour ne pas comprendre ? Pas étonnant qu’elle ne veuille plus aucun contact avec lui : elle avait vraiment avancé dans sa vie.
Elle avait un enfant. D’un autre homme.
Cette découverte était trop douloureuse, il suffoquait, sa poitrine soudain trop étroite pour contenir ses émotions. A chaque inspiration, Luca avait l’impression qu’un couteau s’insinuait entre ses côtes. Quant à ses poumons, on aurait dit qu’ils allaient exploser.
Incapable d’en supporter davantage, il reposa le mobile sur le sofa. Et puis il craignait de broyer l’appareil s’il découvrait une photo du père du bébé. Il ne voulait pas savoir qui il était ni à quoi il ressemblait.
Il serra les poings malgré lui puis tâcha de se calmer et de réfléchir. Bronte ne portait pas d’alliance. Par ailleurs, elle avait dit qu’elle vivait avec sa mère. Le père de sa fille vivait-il aussi avec elles ? Pas étonnant qu’elle ait refusé qu’il vienne la chercher. Al diavolo ! Il allait devenir fou à la pensée qu’elle était rentrée chez elle pour aller se coucher dans les bras d’un autre… Peut-être était-elle en train de faire l’amour avec lui, en ce moment même ; peut-être concevait-elle un autre enfant avec lui…
Il reprit le téléphone et le serra entre ses doigts, tout en appuyant la tête contre le dossier du sofa. Puis il ferma les yeux et contracta les paupières jusqu’à en avoir mal pour tenter, en vain, de repousser les images insoutenables concoctées par son cerveau.
Et surtout, pour ne pas songer que quelques mois auraient pu tout changer…
Soudain, le téléphone vibra dans sa main. Rouvrant les yeux, Luca contempla l’écran, puis décrocha.
— Oui ?
Il y eut un court silence, ponctué d’un souffle rapide.
— Luca ?
— Oui, Bronte, répondit-il d’une voix nonchalante en posant sa cheville droite sur sa cuisse gauche. C’est gentil de m’appeler.
Nouveau silence.
— Tu as mon téléphone, dit-elle rapidement. Il doit avoir glissé de ma pochette.
— En effet. Tu veux venir le chercher, ou je te l’apporte demain soir ?
— Je…
— Je peux aussi te le rapporter chez toi maintenant.
— Non !
Luca essaya de refouler la souffrance qui irradiait dans tout son corps.
— Cela ne me dérange pas, tu sais. Où habites-tu ?
— Je ne veux pas que tu viennes chez moi, Luca, dit-elle d’une voix crispée.
— Ton chéri n’apprécierait pas ?
Cette fois, le silence vibra de tension.
— J’ai besoin de mon téléphone, fit-elle enfin. Je vais venir le chercher tout de suite. Enfin, si cela te convient… Il est peut-être trop tard… ?
Luca jeta un coup d’œil à sa montre et sourit.
— Je t’attends.
***
Luca avait-il vu les photos d’Ella ? Lorsqu’elle s’était rendu compte qu’elle avait laissé son mobile chez lui, une panique folle s’était emparée de Bronte. La mémoire de l’appareil contenait des dizaines de clichés de sa fille.
Aurait-il pu constater une ressemblance ? Sa mère l’avait assurée que c’était peu probable. Ella était petite pour son âge et avait la même couleur de cheveux que Bronte, les mêmes yeux bleus, la même peau claire. Son portrait tout craché.
Néanmoins, elle n’était pas certaine que Tina eût raison. Parfois, elle voyait beaucoup de Luca dans sa fille. Quand celle-ci se concentrait sur un puzzle, par exemple, elle fronçait les sourcils exactement comme lui. Et maintenant que, marchant enfin, elle devenait de plus en plus aventureuse, elle adressait parfois un regard étincelant de fierté à sa mère, exactement identique à celui de Luca…
En pénétrant de nouveau dans l’ascenseur rutilant de l’hôtel, elle se reprocha une fois de plus d’avoir oublié que sa pochette ne fermait pas bien. Elle n’aurait jamais dû accepter d’aller retrouver Luca pour boire ce verre. A quoi avait-elle pensé ? Il était évident qu’il ne cherchait qu’une aventure éphémère. Elle avait vu dans ses yeux qu’il la désirait. Et ce baiser ! Qu’est-ce qu’il lui avait pris de lui répondre avec cette ardeur ? Quelle folie s’était emparée de son esprit, de tout son être ?
Quelle idiote ! Pourquoi avait-elle succombé ainsi ? Elle aurait dû se montrer plus déterminée, plus incisive, plus… plus… plus en contrôle d’elle-même.
Bronte s’appuya le front contre la paroi lisse de la cabine en essayant de calmer sa respiration précipitée. Il suffisait qu’elle reprenne son téléphone et puis qu’elle s’en aille. C’était tout. Le prendre et s’en aller. Ne pas parler, ne pas rester et, bien sûr, ne pas le regarder trop longtemps, et surtout pas dans les yeux…
Frémissant d’un affreux mélange d’émotions contradictoires, elle eut l’impression que l’ascenseur n’atteindrait jamais le dernier étage.
Quand la cabine s’immobilisa enfin, la panique de Bronte était à son comble et son cœur cognait dans sa poitrine.
Après s’être avancée vers la porte de la suite, les jambes tremblantes, elle frappa discrètement. Il ne lui ouvrit pas tout de suite : était-ce délibéré ?
— Entre, dit-il enfin en ouvrant grand la porte.
— Non merci, répliqua-t-elle rapidement. Je vais juste récupérer mon téléphone et rentrer.
Il croisa les bras sur son torse puissant en basculant sur ses talons.
— Puisque tu as fait tout le chemin, pourquoi ne pas rester un peu et bavarder tranquillement avec moi ?
— Mon téléphone, s’il te plaît, fit-elle en tendant la main.
Luca prit vivement celle-ci et entraîna Bronte dans la suite, dont il referma la porte en la poussant du bout du pied.
Devant son air choqué, il lui adressa un sourire moqueur.
— Si tu refuses mes conditions, Bronte : pas de téléphone !
Elle le foudroya du regard.
— Espèce de salaud ! C’est de nouveau du chantage !
— Tu le récupéreras quand nous aurons eu une petite conversation, expliqua-t-il tranquillement.
— Je ne veux pas parler avec toi ! s’écria-t-elle en essayant de dégager sa main.
— Tu voudrais peut-être boire quelque chose ? Malheureusement, il ne reste plus beaucoup de champagne. Mais je peux ouvrir une autre bouteille, bien sûr.
— Je ne suis pas venue faire la conversation ou boire un verre, rétorqua-t-elle, les dents serrées. Je veux simplement récupérer mon téléphone et rentrer chez moi.
Luca se retourna et darda sur elle un regard pénétrant.
— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu avais un enfant ? Je suppose que c’est ta fille : elle te ressemble comme deux gouttes d’eau.
Son visage blêmit tandis qu’un véritable effroi se lisait dans ses yeux.
— Tu as regardé mes photos ? demanda-t-elle d’une voix étranglée.
— Je n’y ai rien vu de trop intime, rassure-toi. Pas de scènes de couple, par exemple.
A ces mots, le visage de Bronte reprit de la couleur et deux taches rouges marbrèrent ses joues.
— Tu n’avais pas le droit de fouiller dans mon téléphone !
— Il était sur mon sofa et il a vibré alors que je l’avais dans la main. Aurais-tu préféré que je ne te réponde pas ?
Elle lui lança un regard glacial.
— Comme tu l’as tellement fait autrefois, n’est-ce pas ?
En son for intérieur, Luca reconnut qu’elle venait de remporter le round. Mais il ne pouvait pas lui dire ce qu’il avait éprouvé à cette époque, lorsqu’il voyait son numéro apparaître sur l’écran et qu’il devait absolument s’empêcher de prendre son appel, refoulant le désir irrésistible d’entendre le son de sa voix. Finalement, il avait changé de téléphone et de numéro, pour être sûr de ne pas faillir dans un moment de faiblesse. Et durant les mois suivants, il en avait vécu beaucoup, de ces moments.
— Où en es-tu avec le père de ton enfant ? demanda-t-il négligemment. Vu que tu ne portes pas d’alliance, j’en déduis que vous n’êtes pas mariés.
Elle le regarda en silence, longtemps, avec une expression étrange au fond des yeux.
— Non, je ne suis pas mariée, finit-elle par répondre… Je… En fait…
Après s’être interrompue, elle soupira en baissant la tête, comme si parler de ce sujet lui était pénible.
— Vous n’êtes plus ensemble, c’est cela ?
Après s’être mordillé nerveusement la lèvre, elle répondit d’une voix à peine audible :
— Oui. Enfin, non. En quelque sorte…
— Eh bien, répliqua Luca, nous avons au moins réglé ce petit détail. Je suis prêt à beaucoup de choses pour te faire revenir dans mon lit, mais affronter un mari jaloux n’en fait pas partie.
— Je ne vais pas…
Luca lui posa un doigt sur les lèvres.
— Garde ton calme, cara.
Lorsqu’il passa doucement le doigt sur la bouche de Bronte, il vit son regard bleu s’enflammer. La douceur de ses lèvres l’avait toujours stupéfié. Elle avait une bouche magnifique au dessin classique, aux lèvres pulpeuses et incroyablement sensuelles, d’un bel incarnat.
Luca pencha la tête et effleura doucement sa bouche de la sienne pour en goûter la douceur. Il en voulait plus, mais il se retint : elle avait besoin de temps. Il sentit la tiédeur de son souffle, tandis qu’elle entrouvrait légèrement les lèvres en fermant les yeux.
— Tu en as envie, cara, murmura-t-il contre sa bouche. Laisse-toi aller.
— Je ne veux pas… commença-t-elle en soulevant brièvement les paupières avant de les refermer. Je ne veux pas te voir. Ce n’est pas une bonne idée de… de faire revivre le passé.
— Il est tout prêt à renaître. Cela ne tient qu’à nous.
Elle rouvrit les yeux, puis posa les mains sur son torse et le repoussa de toutes ses forces, avant de s’écarter et de croiser les bras en se détournant.
— A présent, nous ne sommes plus seulement deux à être concernés, avança-t-elle d’une voix tremblante. J’ai une fille, et je dois penser à elle. Elle représente ma première priorité — elle le restera toujours.
Luca se passa la main dans les cheveux, comme chaque fois qu’il se sentait nerveux ou irrité. Il ne voulait pas penser à la fille de Bronte. Non qu’il n’aimât pas les enfants : au contraire, il avait d’ailleurs toujours espéré créer une famille un jour. Mais il avait tellement de mal à s’habituer à l’idée que son ancienne amante avait eu un enfant d’un autre homme… Même s’ils n’étaient pas ensemble, peut-être étaient-ils restés très liés. La petite était adorable, comment Bronte aurait-elle pu ne pas ressentir quelque chose pour le père ? La lutte allait être plus féroce qu’il ne l’avait escompté…
— Quel âge a-t-elle ? demanda-t-il.
Bronte repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille et répondit sans le regarder :
— Elle vient d’avoir un an, mentit-elle.
Car en réalité, Ella avait fêté son premier anniversaire deux mois plus tôt. Mais elle avait bien fait de ruser car déjà elle voyait Luca plisser le front, se livrant sans doute à un rapide calcul mental.
— Donc, tu as connu son père… environ deux mois après ton retour à Melbourne ?
C’était affreux de devoir mentir ainsi, mais qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Elle n’avait pas eu le temps de se préparer à cet interrogatoire. Tout s’était passé si rapidement…
— Qu’y a-t-il de mal à cela ? répliqua-t-elle d’un air de défi.
— Rien, certes. Mais concevoir un enfant avec un type que tu connais à peine…
— Ne me fais pas la leçon, s’il te plaît, l’interrompit Bronte avec irritation. Je le connaissais suffisamment. Ou du moins je le croyais. Mais ça n’a pas marché, c’est tout.
— Tu le vois toujours ? Est-il en contact avec l’enfant ?
Inquiète, Bronte se demanda combien de mensonges elle allait devoir fabriquer pour se sortir de cette situation. Soudain, elle se détesta. C’était terriblement injuste de mentir ainsi à Luca, mais l’alternative était trop terrifiante.
Avec le temps, peut-être trouverait-elle le courage de lui dire la vérité. Qui sait s’ils ne pourraient devenir amis ? Ensuite, elle pourrait lui dire qu’Ella était sa fille. Mais peut-être se racontait-elle des histoires…
— Non, répondit-elle, je ne le vois plus.
— Comment ? Tu veux dire qu’il ne veut pas voir son enfant ? s’étonna-t-il, l’air totalement incrédule.
— Ecoute, Luca, je n’ai pas envie d’en parler. Si tu veux bien me rendre mon téléphone et…
— Alors, comment te débrouilles-tu ? l’interrompit-il. Le père t’aide-t-il au moins financièrement ?
— Je me débrouille très bien sans l’aide de quiconque.
— Comment fais-tu pour t’occuper et du studio de danse et de ta petite fille ? insista-t-il en fronçant les sourcils d’un air sombre.
— Comme les autres mères célibataires qui travaillent : en jonglant, en faisant des compromis.
— C’est pour cela que tu vis avec ta mère.
— Oui. Cela nous arrange toutes les deux. Elle travaille à temps partiel et moi, je donne mes cours durant ses jours de congé, pendant qu’elle s’occupe d’Ella.
Luca continuait à la dévisager fixement, avec une intensité presque insoutenable, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon.
— Je dois vraiment m’en aller, maintenant, reprit Bronte. Maman est chez moi avec Ella, et elle attend mon retour pour aller se coucher.
— Si je n’avais pas mis un terme à notre liaison comme je l’ai fait, crois-tu que tu serais dans la même situation, actuellement ?
Le cœur battant à tout rompre, Bronte eut du mal à soutenir son regard.
— A quoi bon en parler… Ce ne seraient que des suppositions.
— Avais-tu prévu ta grossesse ?
— Non. C’était un accident. Mais je ne le regrette pas. Ella est le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu de la vie.
Luca sortit le mobile de sa poche et le lui tendit.
— Je crois que tu en as besoin, effectivement. Au fait, elle est vraiment très mignonne. Et elle te ressemble trait pour trait.
Bronte sentit une boule lui obstruer la gorge.
— Merci, murmura-t-elle en prenant l’appareil.
Puis elle cligna des paupières pour refouler ses larmes — de soulagement, de regret et de mépris envers elle-même.
Luca fit alors un pas vers elle et prit son visage entre ses mains, si tendrement que cette fois, elle ne put contenir un sanglot, puis deux…
— Pourquoi pleures-tu, cara ? demanda-t-il d’une voix douce.
— Tout aurait pu être tellement différent… chuchota-t-elle.
Elle essuya rageusement ses larmes, qui continuaient de jaillir en dépit de la volonté qu’elle mettait à ne pas se montrer faible devant Luca.
— J’aurais tellement voulu que ce soit différent… reprit-elle. Mais maintenant, il est trop tard…
Il attira sa tête contre sa poitrine et lui caressa les cheveux.
— Je sais, mais tout est ma faute. Je n’étais pas prêt. C’était une mauvaise phase de ma vie. Je n’étais pas capable de te donner ce que tu désirais — je n’étais même pas capable de me donner ce que je désirais. Ce n’était pas le bon moment pour nous.
Bronte resta blottie contre lui sans rien dire. Sa voix profonde avait coulé en elle comme du miel chaud, jusque dans son cœur. Soudain, elle désira rester ainsi, dans ses bras jusqu’à la fin de ses jours.
Mais au bout d’un moment, il l’écarta doucement. Son expression était indéchiffrable : il souriait, mais une ombre voilait ses yeux.
— Je devrais te laisser aller retrouver ta petite fille, dit-il en glissant les mains sur ses bras.
Une douleur aiguë étreignit la poitrine de Bronte, l’empêchant presque de parler.
— Je… J’ai été contente de te revoir, Luca.
Il porta l’une de ses mains à ses lèvres et l’embrassa avec une douceur presque insupportable.
— J’espère qu’un jour, tu me pardonneras la façon dont j’ai mis fin à notre histoire.
— C’est du passé, répliqua-t-elle. J’aurais dû accepter ta décision. Je crois que je me suis rendue affreusement ridicule. J’en suis même sûre. Je t’ai presque harcelé. Je voulais tellement te dire que…
Bronte s’interrompit et se ressaisit.
— Je voulais tellement te demander si j’avais fait quelque chose qui t’avait déplu, reprit-elle. J’aurais dû comprendre que notre histoire était terminée. Tu ne m’avais jamais rien promis de durable, et j’étais stupide d’espérer autre chose. C’était ma première histoire d’amour : j’étais vraiment immature.
— Ne rejette pas la faute sur toi. Nous avons maintenant une nouvelle chance, alors voyons ce que nous pouvons en faire.
Elle sentit son cœur frémir douloureusement.
— C’est ce que tu voudrais… Moi je ne peux pas, Luca. Je ne peux pas te revoir, je te l’ai déjà dit.
Il crispa les mâchoires d’un air déterminé.
— Tu m’as dit toi-même qu’il n’y avait personne dans ta vie. Qu’est-ce qui nous empêcherait de reprendre notre relation, si nous en avons envie tous les deux ?
— C’est ce que tu veux, répéta-t-elle. Mais pas moi.
— Je n’en crois pas un mot, répliqua-t-il en resserrant les doigts autour de ses poignets pour l’empêcher de s’éloigner. A la façon dont tu m’as embrassé tout à l’heure, j’ai compris que tu me désirais encore. Et aussi violemment que moi.
— Tu m’as forcée à t’embrasser, contesta-t-elle.
— Ne sois pas ridicule, Bronte. Nous nous sommes embrassés tous les deux. Et nous nous désirons l’un l’autre, autant qu’autrefois.
— Je ne peux pas vivre une aventure passagère avec toi, insista-t-elle. J’ai des responsabilités, à présent. Il n’y a pas de place pour toi dans ma vie.
— Eh bien, s’il n’y en a pas, fais-en une ! riposta-t-il en l’attirant contre lui.
Puis il prit sa bouche avec passion.
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