Une invasion Martienne
Chryse Planitia, latitude 19° nord, longitude 34° ouest - 3 mars 2027
Chryse Planitia, latitude 19° nord, longitude
34° ouest – 3 mars 2027
Mariella descend l’échelle en vacillant, maladroite dans sa combinaison d’exploration tricouche. Après un mois et demi en microgravité, elle se sent plus lourde que sur Terre. Son premier pas sur Mars est un saut en arrière disgracieux sur le béton noirci. La plate-forme d’atterrissage s’étend sur des centaines de mètres dans toutes les directions, calcinée, rayée et craquelée, éclaboussée par les ronds de suie imprimés par les tuyères. Des draps froissés ou des petits hamacs de poussière rouge gisent çà et là. Le module de transfert a touché le sol à midi, le soleil est encore haut dans le ciel, manifestement rétréci mais encore trop brillant pour être regardé directement, et nage dans une sorte de mélange d’or et de bleu violacé. Le ciel sombre et sans nuages n’est pas aussi rose que Mariella se l’imaginait et vire progressivement au bleu foncé à l’horizon proche et rectiligne.
— J’arrive ! claironne allègrement Ali Tillman sur la fréquence commune.
Mariella s’écarte de l’échelle pour laisser descendre la climatologue. Les autres se sont déjà éloignés du véhicule. Boursouflés par leurs casques et leurs combinaisons, ils sont aussi maladroits que des nourrissons habillés par une mère excessivement protectrice ; leurs survêtements matelassés sont teints en violet par un pigment photosynthétique artificiel qui complète les accumulateurs des combinaisons, leurs casques sont de différentes couleurs. Celui de Mariella est bleu, celui d’Ali Tillman vert.
Un panache de poussière s’élève à l’ouest, soulevé par un véhicule de la taille d’un camion qui fonce dans leur direction. Quelque chose scintille dans le ciel derrière lui, un objet aérodynamique métallisé qui lance des éclairs lorsqu’un de ses flancs accroche le soleil. L’espace d’une absurde seconde, Mariella croit qu’il s’agit d’un gigantesque aéronef qui vole à une vitesse fantastique à l’horizon ; puis, dans une brutale inversion de perspective, elle se rend compte que c’est un des nombreux drones caméras – plusieurs centaines – qui écument les cieux martiens. Il est venu observer leur arrivée.
Elle aperçoit maintenant d’autres drones. Une petite plateforme sur roues, sorte de tortue couverte de cellules photoélectriques, est perchée sur une crête festonnée de sable ocre à une centaine de mètres. Une batterie de caméras accrochée à une grappe de ballons tubulaires tourne sur elle-même en survolant le terrain d’atterrissage dans le sens nord-sud.
Le camion ralentit puis s’arrête à l’ombre du module de transfert et sa banderole de poussière retombe sur tout le monde : une poussière impalpable qui s’accroche comme du talc aux combinaisons et aux visières des casques. Mariella essuie sa visière du dos de son gant et suit les autres jusqu’au plateau de chargement derrière la cabine pressurisée sphérique du conducteur. Ils prennent place sur la longue banquette capitonnée au milieu du plateau, le camion s’éloigne du module dans un grand virage et fait demi-tour. Mariella a un léger vertige nauséeux : les otolithes de son oreille interne, si longtemps inutiles dans la microgravité du Beagle, sont maintenant hypersensibles aux brusques changements de position. Peut-être qu’Ali Tillman ressent la même chose, parce qu’elle dit d’une petite voix assourdie :
— C’est pas un peu dangereux ?
— C’est le moyen le plus rapide d’entrer dans la station, dit Anchee Ye.
Le camion rebondit par-dessus le rebord de la dalle de béton et retombe sur la piste de terre brun-rouge jonchée de pierres qui passe devant un cimetière de fusées de ravitaillement robotisées. La plupart, dépouillées de leur coque et de leurs réservoirs, ne sont plus que des squelettes de poutrelles en alliage rainurées. Au-delà, la station expérimentale Lowell s’étend jusqu’à l’horizon. Elle ressemble à une usine chimique sibérienne. Partout du matériel au rancart. Des réservoirs montés sur piliers au-dessus du sol congelé s’agglutinent autour des hautes tours en acier inoxydable de la centrale atmosphérique, où l’hydrogène est extrait de l’eau puis combiné avec le gaz carbonique ambiant pour fabriquer du méthane, du propane et de l’oxygène. Un gigantesque parc de panneaux solaires noirs s’étend vers l’est. Des poteaux électriques défilent martialement en ligne droite sur des champs de rochers rouges. Vers le sud, les trois longues tranchées de la biocentrale, où l’effluent est traité par un système suédois en circuit fermé, sont comme des bracelets de diamants et d’émeraudes posés sur le sable rouge. Des serres tubulaires rayonnent à partir du gros cube de béton marron clair qui entoure le réacteur nucléaire ; au-delà se dressent les baraquements, les dômes et les réservoirs du parc scientifique, et les monticules couverts de terre de la station elle-même.
Et partout, dressés comme des drapeaux sur des mâts, suspendus aux poutrelles des pylônes électriques, peints sur les flancs des citernes et des baraquements, les emblèmes des sociétés qui ont fourni équipements, machines et matériaux de construction.
La route plonge et le camion entre dans un grand garage souterrain bas de plafond où les attend un homme au casque blanc, en combinaison d’exploration. Il leur serre la main quand ils descendent du plateau, répétant à chaque fois sur la fréquence commune : « Bienvenue sur Mars, bienvenue sur Mars. » Un drone gros comme une tortue les file à une distance respectueuse tandis qu’ils pénètrent à la suite de leur guide dans la première chambre d’un vaste sas brillamment éclairé. Ils retirent leurs surbottes poussiéreuses et les jettent dans une grande poubelle, montent sur des tapis électrostatiques et s’époussettent mutuellement comme une bande de singes qui font leur toilette (les brosses soyeuses en fibres de carbone et les tapis vont aussi à la poubelle), franchissent le seuil du sas et entrent dans une autre chambre. Celle-ci se pressurise avec un sifflement pneumatique, une brève giclée d’eau en pluie fine qui s’évacue par la grille du plancher et de violents jets d’air comprimé.
Cela rappelle à Mariella le Centre de réception des échantillons martiens – sauf qu’ici, ce sont les organismes terrestres qui sont protégés contre l’environnement martien. Cette pensée la remplit d’une exaltation nauséeuse qui lui creuse l’estomac.
Elle est sur Mars.
Ils peuvent enfin retirer leur casque et se débarrasser de leurs gants. L’air est froid et sec, des effluves d’ozone piquants et salés chatouillent les narines de Mariella. C’est l’odeur des infimes traces de poussière, chargée de superoxydes, qui s’accrochent encore à leurs combinaisons. Anchee Ye éternue trois fois, essuie du dos de la main ses yeux humides.
Le visage ingrat de leur guide, crevassé de rides et encadré par son bonnet Snoopy à micro-casque, se fend d’un large sourire dents blanches.
— Bienvenue sur Mars, réitère-t-il.
Il serre les mains à la ronde avant d’ouvrir l’écoutille interne.
Ils le suivent dans une sorte de crypte nue aux parois en brique. La lumière solaire qui filtre par des tubes encastrés allume des taches brillantes sur le carrelage rouge du sol. Sur le mur en face de la sortie, un grand panneau : Les États-Unis d’Amérique Vous Souhaitent la Bienvenue sur Mars. Il est encadré par les drapeaux des dix-huit nations signataires du Traité de Mars. Une demi-douzaine de personnes attendent de rencontrer le groupe, toutes en salopettes de papier bleu sur des sous-vêtements gaufrés à chauffage autonome. Le directeur scientifique et administrateur délégué par la NASA, Donald Poole, s’avance. Martin McCord, le casque dans le creux du bras telle la tête d’un fantôme décapité, le salue, lui serre la main. Alex Dyachkov filme la scène sous tous les angles. Mariella entend derrière elle un discret gargouillis – Ali Tillman est en train de vomir.
Bienvenue sur Mars.
Penn Brown s’isole avec Donald Poole tandis que les autres inspectent les chambres qu’on leur a attribuées. Le module standard des sections logement et laboratoire de la station est un tube d’acier extrudé à double paroi enterré dans une tranchée couverte ; un couloir de service le relie à ses voisins à une extrémité et à sa propre issue de secours en surface à l’autre. Il y a trois modules dans la section logement, portant chacun le nom d’un écrivain associé à Mars. La petite chambre de Mariella, trois mètres de long sur un mètre cinquante de large, est dans le dortoir Edgar Rice Burroughs.
La plupart des scientifiques sont en déplacement sur le terrain, et la station évoque un hôtel de plage hors saison, plein des fantômes poignants des vivants. Mais lorsque Mariella, les cheveux encore mouillés après une douche prolongée (à bord du Beagle, en microgravité, on se lavait à fond en soixante secondes à l’intérieur d’un étroit tube en plastique, avec un masque filtrant pour respirer), s’aventure dans la cantine, elle tombe sur une petite fête de bienvenue.
Tube aux parois d’acier de vingt mètres de long sur quatre mètres de large, la cantine occupe un module à elle seule ; le sol est carrelé de rouge et un plafond suspendu en treillis plastique diffuse une lumière blanche intense. Une demi-douzaine de personnes sont en conversation animée avec les occupants du Beagle. Des verres et des plateaux de canapés sont disposés sur le comptoir en acier. Des bouteilles en plastique de vodka distillée à partir de pommes de terre lyophilisées refroidissent dans des coffres en polystyrène pleins à ras bord de glace et de morceaux fumants de neige carbonique ; des bouteilles plus petites contiennent une liqueur sirupeuse et sucrée à base de fraises. Mariella goûte les deux. La recette de la vodka a été laissée par un chimiste atmosphérique russe ; la liqueur de fraise est une invention nouvelle.
— Presque tout finit par mourir, mais les fraises se défoncent, dit un grand gaillard sympathique.
C’est Joe Skulski, conducteur de tracteur chaque fois qu’il en a l’occasion, sinon c’est un mig comme les autres.
— Un mig ?
— MIG. Main-d’œuvre d’intérêt général. Tenez, goûtez-moi ça.
Il lui agite sous le nez un sachet de prélèvement en plastique à moitié plein de flocons verts.
— C’est quoi ?
— Des Chlorella, principalement, dit une femme. C’est le seul ici qui les aime. Je suis Sue Sabee, une autre mig. Il n’y a pratiquement que des migs ici en ce moment, tous les autres sont sur le terrain en train de terminer leur boulot avant la fin de leur roulement. Bienvenue sur Mars. Comment trouvez-vous notre merdique liqueur de fraise ?
— Elle est un peu sucrée.
Avec son visage ultrapropre et sa sévère coupe en brosse. Sue Sabee fait plus vieille qu’elle ne l’est réellement, comme une sorte de cheerleader blonde tout ce qu’il y a de plus américain engagée de force dans les Marines.
— Oui ! s’écrie-t-elle, c’est bien ce que je disais à Bill. Il reste trop de sucre après la fermentation. On est obligé de la mélanger avec de la vodka. Une part de liqueur pour trois parts de vodka sur de la glace pilée. Et là, c’est pas si mal.
Mariella continue de boire. Ça émousse sa lassitude. Ses articulations lui font mal. La pesanteur est moindre que sur Terre et Mariella s’est entraînée assidûment sur le Beagle, mais son corps a été affaibli par quarante-huit jours de microgravité et elle n’a pas beaucoup dormi les dernières vingt-quatre heures : elle anticipait le stress de la descente, bien qu’en vérité, la secousse lors de la manœuvre d’aérofreinage, le choc franc à l’ouverture des parachutes et l’allumage des rétrofusées aient été moins brutaux que dans les simulations. Mais ce n’est pas le moment de dormir. Elle est sur Mars.
Elle fait connaissance avec les autres occupants de la station. Bob Neft, l’homme qui leur a fait franchir le sas. Joni DeSanto, Bill Glass, Tyler Madigan. Elle demande à Sue Sabee si quelqu’un est allé au pôle.
— Depuis qu’on sait exactement ce que les Chinois ont trouvé, précise-t-elle.
— Non. Pas du tout.
— Vraiment ? C’est ce que j’aurais fait.
— Le boss ne plaisante pas avec les ordres et le règlement. Les plans de vol du dirigeable, pour lui, c’est sacré.
— Vous auriez pu y aller par voie terrestre.
— Bon, je crois que c’est possible, admet Sue Sabee sur un ton suggérant qu’elle ne le croit pas du tout.
— Mais personne ne l’a fait. Je veux dire, confidentiellement.
— Vous n’êtes pas sur Mars depuis longtemps. Vous allez bientôt comprendre qu’il n’y a pas de « confidentiellement », ici. Vous voyez ce truc dans le coin ?
L’objectif d’une webcam.
— Ça prend des photos pour notre site Internet, dit Sue Sabee en décochant à la caméra un sourire mortel de deux cents watts. Les images sont rafraîchies toutes les trente secondes. La NASA pense que c’est bon pour la pub. Ça l’est probablement, aussi.
— Les gens vous regardent manger ?
— Et boire. Tenez.
Et Mariella boit encore un verre de vodka de pommes de terre parfumée à la fraise. Tout le monde boit, même Martin McCord ; pour une fois, il a renoncé à jouer les commandant Glaçon. Emmenés par Joe Skulski qui tambourine sur un plateau, ils forment un bruyant monôme qui serpente dans deux modules, descend une volée de marches, emprunte un couloir tapissé de briques et un autre escalier, puis débouche en plein soleil.
Ils sont dans l’une des serres. Tandis que les autres dansent dans les travées entre de longues parcelles rectangulaires où pommes de terre, arachides et tomates poussent dans la terre orange, Mariella contemple derrière les strates de plastique transparent le soleil qui se couche au-delà des tours et des réservoirs de la centrale atmosphérique. Un engin qui creuse une tranchée à quelque distance soulève un panache de poussière qui flotte longtemps avant de commencer à se disperser dans l’air. Un drone rampe jusqu’au sommet d’un repli de terre friable de l’autre côté du plastique stratifié de la serre et braque sa caméra sur Mariella.
— On s’y habitue, dit quelqu’un derrière elle.
Un homme de haute taille, svelte comme un coureur de fond, le visage tanné par les intempéries, avec des lunettes à affichage intégré à monture en or et un crâne hérissé de cheveux ras. Les manches de sa chemise en flanelle sont retroussées au-dessus des coudes ; les revers de son pantalon chino flottent sur des pieds nus aux orteils presque préhensiles. Il serre la main de Mariella, lui dit qu’il est Bill Glass, l’agronome.
Mariella lui demande qui utilise les drones.
— Quiconque en fait la demande. On peut les louer à l’heure, à partir de la Terre. Vous n’avez jamais essayé ?
— Non, dit Mariella en songeant à ce que sa voisine Kim lui a dit un jour.
— Il y en a partout, mais, au moins, on ne les autorise pas à pénétrer dans la station. Il y a deux ans, l’une des sociétés qui gèrent les systèmes de survie a attaqué la NASA en justice pour y avoir accès, mais elle a perdu son procès. Il y a les webcams, bien sûr, mais on finit très vite par ne plus les remarquer. Waouh ! visez-moi ça !
Ils regardent le minuscule disque solaire plonger rapidement vers l’horizon en lame de rasoir. Il ne montre ni l’aplatissement ni la teinte rouge d’un coucher de soleil terrestre – l’atmosphère est trop ténue. Le ciel s’assombrit, descendant toute la gamme des bleus et des indigos jusqu’à un violet foncé. Des guirlandes de brillantes lumières s’allument, suspendues aux échafaudages cintrés qui encadrent la serre. La double hélice et le tube à essais du logo Cytex ornent le fronton de chaque arche.
— Je ne me lasse jamais de ça, dit Bill Glass avec un sourire gamin. Un ciel rouge le jour et bleu au coucher du soleil. Vous voulez que je vous fasse faire le tour du propriétaire ?
— Je veux bien.
Ils parlent de la génération problématique d’un sol viable à partir du caliche martien salé et oxydant. Bill Glass explique comment il le cuit au four et le traite chimiquement pour en éliminer les matériaux oxydants et le fer, le sulfate et les chlorures excédentaires.
— Mais ça reste encore très grenu, dit-il en s’accroupissant pour en tamiser une poignée à travers ses longs doigts. La plupart des roches superficielles sont des basaltes volcaniques – amphiboles, pyroxènes, olivines. Ce truc est essentiellement à base d’argiles de type smectite et de zéolites résultant des intempéries et modifiées par des infiltrations acides dues à un apport périodique de substances volcaniques volatiles, et il est chargé de grains de verre choqué par les impacts de météorites. Il laisse donc très facilement passer l’eau et retient mal les nutriments ; pour faire pousser quoi que ce soit, il faut ajouter beaucoup de matière organique, que je récupère essentiellement dans le système d’épuration des effluents de la station.
— Nous avons des problèmes similaires en Arizona.
La lumière remplit les lentilles des lunettes à affichage intégré de Bill Glass lorsqu’il lève les yeux vers Mariella, le visage concentré et sérieux.
— Oui, j’ai entendu dire que vous avez quelque chose à voir avec les communautés écolo de là-bas.
— Il y a beaucoup de nuances chez les Verts. Les gens que je conseille sont à l’extrémité modérée du spectre. Des technomaniaques ou des réfugiés urbains qui visent l’autarcie. Ils pourraient certainement vous apprendre deux ou trois trucs sur la survie en terrain inhospitalier.
— J’aimerais parler de ça avec vous, dit Bill Glass.
Il se relève, s’époussette les mains sur son chino, boit à une bouteille en plastique et la tend à Mariella. Au moment où elle la porte à ses lèvres, il lui décoche un grand sourire et dit :
— Attention. C’est mon nectar de derrière les fagots.
— Waouh.
Mariella cille pour évacuer ses larmes et lui rend la bouteille.
— C’est du bon, pas vrai ? dit Bill Glass.
Mariella se rend compte qu’il est très saoul, mais un amour intense et sérieux de son travail perce sous son ébriété. Ils parlent des cocktails de micro-organismes qu’il utilise pour conditionner le sol, et il lui parle du rêve qu’il caresse.
— Tout ce qu’il vous faut, c’est pressuriser une parcelle de terrain bien plate, la réchauffer et l’ensemencer avec les bestioles qu’il faut. La meilleure solution serait d’inonder le sol et d’utiliser un cocktail de bactéries réductrices du soufre halophyte pour dissoudre le fer et le soufre avant d’éliminer l’eau. Après quoi, vous injectez dans le sol du gaz carbonique enrichi avec du méthane et de l’azote produits par les réacteurs Sabatier, puis des cocktails de cyanobactéries, surtout des espèces formatrices de capsules, de bactéries fixatrices de l’azote et un assortiment de décomposeurs. Les cyanobactéries fixeraient le gaz carbonique dans le matériau organique et libéreraient de l’oxygène ; les bactéries fixatrices de l’azote transformeraient l’azote gazeux en ammoniac et nitrate biologiquement utiles ; les décomposeurs commenceraient alors à recycler le matériau organique. Quiconque s’engagerait à fond dans ce projet pourrait vivre ici.
« Quant à ces serres, elles n’ont rien à voir avec un projet visant l’autarcie. Ce sont des bancs d’essai pour les cultures OGM. Les sociétés amortissent leurs frais, se font une bonne publicité. Il se peut même que les données soient utiles. Mais ce système est à trop petite échelle et exige trop d’énergie pour permettre une habitation à long terme. Il faudrait voir grand, recouvrir un grand cratère – une centaine de kilomètres carrés ou plus –, utiliser des robots pour cultiver et conditionner chimiquement le sol, ajouter un maximum d’espèces de bactéries et d’espèces de la macrofaune du sol et puis voir ce qui en sort.
— C’est possible ? Recouvrir un grand cratère ?
Bill Glass hoche lentement la tête et dit :
— Absolument. Il y a une abondante littérature sur la mise sous dôme des cratères. Il y a quarante ans, quelqu’un a même proposé de mettre sous dôme la plus grande partie de l’hémisphère Nord.
— Sérieusement ?
— Sérieusement. C’est possible. Et avec des matériaux modernes comme le superdiamant et la roche mousse, ce serait vraiment un problème d’ingénierie trivial que de mettre sous dôme un cratère relativement récent, relativement petit. Un cratère de deux ou trois kilomètres de diamètre, avec une muraille externe non érodée, pourrait être enclos pour moins de deux milliards de dollars. On ferait flotter le dôme par-dessus le rempart, et des pylônes de suspension en porte-à-faux seraient installés à l’intérieur du cratère. La roche mousse qui assurerait l’étanchéité entre le rebord du cratère et le dôme supporterait une pression interne de quatre cents millibars. Essentiellement du gaz carbonique au début, qui contribuerait à créer un effet de serre plus que suffisant pour réchauffer l’intérieur au-dessus du point de congélation de l’eau. En outre, la différence de pression allégerait la charge sur les pylônes. On extrairait de l’eau de l’atmosphère et de la combustion des roches. Le principal problème est le conditionnement du sol.
— Vous avez vraiment planché sur la question.
Ils sont parvenus tout au bout de la longue serre et reviennent sur leurs pas. Quelqu’un a mis de la musique : une voix brésilienne qui flotte langoureusement sur un rythme de samba.
Bill Glass dit :
— Les gens y pensent depuis cinquante ans. Nous tous ici envisageons sérieusement une installation permanente.
— La découverte de la vie peut changer cela.
— Ouais. Les protecteurs de l’environnement s’agitent déjà. Et moi, je suis entre deux chaises : je veux que ce soit vrai, et en même temps j’espère que les Chinois ne mentaient pas quand ils ont dit qu’ils n’avaient rien trouvé. S’il y a de la vie sur Mars, ça mettra fin au lobby de la terraformation, au moins pour un certain temps.
— Et vous faites partie de ce lobby ?
— Bien sûr. Nous ne pouvons pas rester coincés à perpète sur la même planète. Et on ne peut pas faire vivre une population significative en recouvrant quelques cratères.
Bill Glass la fixe intensément et dit :
— Ça ne vous plairait pas de vous balader dehors en ne portant qu’un simple masque filtrant ?
— C’est un concept utopique.
— Oui, bien sûr.
— Je veux dire utopique au sens propre. Idéaliste jusqu’à l’impossibilité totale, surtout après ce que je viens de voir. La station est un refuge souterrain qui vous protège d’une surface tellement hostile que même une simple promenade exige un plan de mission et des procédures de sécurité strictes. Et je crois comprendre que la plupart des installations externes sont reliées à la station centrale par des tunnels, si bien que personne ne va à la surface à moins d’y être obligé. Ce n’est pas vraiment le comportement de pionniers purs et durs.
— Bon, ces tunnels, c’est à cause des robots qu’ils nous ont envoyés. Ils creusent des tranchées et les tapissent avec des briques faites à partir du mort-terrain. Une fois qu’on les a mis en marche, ils continuent en ligne droite jusqu’à ce qu’on leur dise de s’arrêter.
— J’en ai vu un abandonné à côté du garage. J’ai l’impression d’être en présence d’une sorte de culte du cargo à la mode high-tech, qui dépend totalement d’un ravitaillement permanent pour subsister. Si un truc tombe en panne, vous ne prenez pas la peine de le réparer ; vous le jetez carrément en attendant qu’on vous en expédie un autre depuis la Terre. Et la logistique est trop fragile pour autoriser le maintien d’autre chose qu’une petite communauté de scientifiques.
— Pas du tout, réplique Bill Glass. Actuellement, il y a deux navettes NICAM, exactement comme le Beagle, qui attendent qu’on les sorte de leur cocon.
— Oui, mais la NASA n’a pas les moyens de les remettre en circulation.
— Et dans deux ans, s’obstine Bill Glass, quand le premier fragment de Murchison sera en orbite lunaire, il y aura une quantité virtuellement illimitée de carburant conventionnel disponible à l’extérieur du puits gravitationnel de la Terre. Ça coûtera moins cher d’envoyer une fusée cargo sur Mars que d’envoyer un stratojet autour du monde. La Vieille Dame ne peut compter que sur les fusées cargo pour se réapprovisionner, et elle a survécu jusqu’ici avec une technologie bien plus primitive que ce que nous avons à Lowell. Nous avons beaucoup à apprendre d’elle.
— Peut-être. Mais peut-on extrapoler tout un monde à partir d’un cas unique ?
Bill Glass boit une rasade à sa bouteille en plastique, mais la garde pour lui cette fois.
— Vous n’êtes pas sur Mars depuis longtemps, docteur Anders, dit-il. Je suis surpris de vous voir nous juger si vite.
— Je suppose que j’ai tendance à dire ce que je pense, avoue Mariella. Mais je suis déçue par ce que j’ai vu et, tout en ne voulant pas déprécier vos projets, je les trouve irréalisables.
— La station n’a peut-être l’air de rien, mais je trouve que c’est déjà stupéfiant qu’elle soit là. Quand vous aurez séjourné sur Mars aussi longtemps que moi, peut-être que vous comprendrez qu’il n’y a pas vraiment un abîme entre ce que nous avons et ce que nous voulons. Maintenant, veuillez m’excuser, mais il faut que j’aille voir les autres serres.
Des arroseurs de déclenchent tandis que Bill Glass s’éloigne. Les gens applaudissent et poussent des vivats. La pluie sur Mars, sous le ciel martien de plus en plus sombre. Ali Tillman et Tyler Madigan dansent lentement, bras dessus bras dessous, autour d’un jet en éventail. Joe Skulski propose son sachet de flocons de Chlorella à Joni DeSanto, qui dit : « Non, mec. J’essaie de décrocher. » Et Penn Brown, debout en haut de l’escalier, observe Mariella.
Penn Brown est furieux : Donald Poole, l’administrateur délégué par la NASA, lui met des bâtons dans les roues. Penn Brown informe Mariella qu’il veut modifier le programme et aller directement au trou de sonde que l’expédition chinoise a déjà foré et abandonné.
— Mais le gratte-papier qui commande ici ne veut rien savoir. Nous sommes obligés d’attendre. D’attendre notre tour. Incroyable.
— Qu’est-ce qui cloche dans le programme prévu ?
— Qu’est-ce qui cloche ? Vous avez oublié que les Chinois ont essayé de me tuer, peut-être ?
— C’était un groupuscule d’Ultraverts.
— Oui, oui, dit Penn Brown d’une voix impatiente, mais qui les finance ?
Mariella est trop décontenancée par cette logique paranoïaque pour imaginer une réponse appropriée. Ils sont au bas de l’escalier qui mène à la serre, loin des autres et hors du champ des caméras.
— Les Chinois ont quelque chose à cacher, dit Penn Brown. Peut-être qu’ils sont en train de le cacher en ce moment même. Ils ont déjà foré un trou de sonde, ils sont en train de bosser sur un autre, et nous sommes obligés d’attendre ici pendant qu’ils font tout ce qu’ils veulent.
Mariella est épuisée par cette infatigable obstination.
— J’ai promis de vous aider à obtenir la responsabilité de la mission, dit-elle. Mais je n’ai pas dit que je ferais plus que cela.
— Oui, bon, je ne m’attendais pas à ce que vous compreniez.
— Nous pouvons faire la partie science. C’est ça qui est important.
— Rien à foutre de la science !
Il se détourne un instant, la regarde à nouveau.
— Désolé. Je suis fatigué. Mais il faut que vous compreniez que ce n’est pas la science qui est en jeu. C’est une question de ressources. Sans ressources, nous ne pouvons ne serait-ce que commencer à faire de la science. Et les Chinois contrôlent les ressources.
— En attendant, nous avons nos propres recherches à faire, et eux seront obligés de repartir avant nous.
— Oui, mais ils ont trouvé le bon coin, là-bas à Chasma Boreale, juste au bord de la calotte glaciaire. Vous croyez qu’ils vont nous laisser quelque chose ?
Penn Brown se frotte les yeux du talon de la main et dit :
— J’espérais que vous comprendriez.
— Peut-être que vous devriez vous détendre un peu. Vous ne pouvez pas continuer comme ça. Vous allez griller vos circuits avant de terminer le travail.
— Il faut bien que quelqu’un pousse à la roue. Howard a fait de son mieux, mais la NASA est intraitable là-dessus.
— Vous en avez parlé avec Smalls ?
— Avec Howard et Al Paley, tandis que Poole regardait par-dessus mon épaule et faisait des suggestions condescendantes. C’est ça qui a pris tout ce temps. Les délais entre tous les messages échangés. Nom de Dieu. J’ai dit à Paley dès le début qu’il ne pouvait pas diriger ça à partir de Houston. Que nous sommes ici sur le terrain, et que nous devrions décider de la marche à suivre. Nous risquons gros, mais je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui le comprenne. Je veux que vous me souteniez sur ce point.
Mariella ressent une petite pointe inattendue de sympathie pour Penn Brown. Il a obtenu ce qu’il voulait, mais ce n’est pas exactement ce qu’il s’imaginait.
— Ai-je dit que je ne vous soutiendrais pas ?
— Vous ne l’avez pas dit.
— J’ai signé ce contrat, Penn. Je ne le voulais pas, mais je l’ai signé quand même et je vais essayer de le respecter. Mais pas ce soir. Je suis fatiguée et j’ai bu plus que je ne l’aurais voulu. Demain. Je promets de vous aider demain. Vous allez être obligé de me faire confiance.
— Oui, dit-il, j’imagine.
Il a un regard étrange, à la fois tendre et calculateur. Un instant, Mariella craint qu’il ne se penche et essaie de l’embrasser, mais il y a du bruit en haut de l’escalier et ils s’écartent l’un de l’autre pour se tourner vers l’intrus. C’est Ali Tillman. Elle descend les marches en titubant et dit, du ton solennel que donne une profonde ébriété :
— Vous allez être obligés de m’excuser.
Et elle vomit dans un coin.
Mariella a du mal à dormir sur la couchette de sa petite chambre. Ses os souffrent de la pesanteur dont elle avait perdu l’habitude ; des faux plis des draps en soie d’araignée l’obligent à se tourner sans cesse. Lorsque Donald Poole la coince dans la cantine tôt le lendemain matin, elle est encore à moitié endormie ; elle feuillette sur son portable les manuels opérationnels de la station et espère qu’un café noir bien fort lui fera passer son mal de tête. À l’autre bout de la longue table, Alex Dyachkov parle avec Ali Tillman et Tyler Madigan. Vu la manière dont Ali se serre contre Tyler, hanche contre hanche, il est clair qu’avec Bernie Thomas laissé en orbite, Ali espère faire une autre conquête avant d’aller sur le terrain. Mariella est partagée entre l’amusement et l’envie.
Tyler est un vétéran – deux ans sur Mars – qui rentrera sur Terre avec le Beagle. Il essaie de persuader Dyachkov d’accompagner Ali au pôle Sud. Il s’exprime rapidement et énergiquement, fourchette en main, ponctuant chacune de ses phrases d’une bouchée de gruau d’avoine.
— C’est fantastique, là-bas. De longues crêtes et des vallées en spirale comme un mandala centré sur le pôle lui-même. Comme ceci.
Tyler fait tourner sa fourchette dans son gruau pour illustrer son propos. Sa peau a la couleur du café au lait ; son crâne rasé et huilé étincelle sous l’éclairage brillant de la cantine.
— En ce moment, la neige carbonique s’étend à des centaines de kilomètres à la ronde autour du pôle, mais ça va bientôt être le printemps dans l’hémisphère Sud, et la majeure partie de la neige carbonique se sublimera. C’est pour cela que les dépôts stratifiés sont très accessibles là-bas, bien plus que dans le Nord. Vous devriez y faire un tour, Alex. Il n’y a rien de pareil sur Terre.
Ali ne souffre plus de cinépathie. Elle a l’air très jeune, très heureuse.
— Alex n’est pas ici pour faire ce genre de documentaire, Tyler, dit-elle.
Tyler ramasse le reste de son gruau d’un coup de fourchette et dit entre deux bouchées :
— Je sais que vous allez voir la Vieille Dame, mais ça ne vous intéresse pas de savoir comment la planète en est arrivée là où elle est ? Actuellement, la calotte glaciaire boréale est dominée par la glace hydrique et la calotte australe est dominée par la neige carbonique, mais tous les cinquante et un mille ans, la situation est inversée. Une fois que nous saurons ce qui gouverne les fluctuations climatiques sur Mars, nous pourrons imaginer les moyens de la terraformer. La Vieille Dame, c’est de l’histoire ancienne.
— Justement, dit Alex en riant. Ça fait dix ans. La NASA estime que le moment est venu de raconter son histoire.
— J’ai vu le film, dit Tyler. Bien que la vérité soit plus étrange que la fiction.
Il fronce ses sourcils sombres.
— La Naufragée de Mars, dit Ali. C’est une des raisons pour lesquelles je suis ici.
— Il n’était pas très réussi, dit Tyler.
Ali hausse les épaules.
— J’étais encore une gamine quand il est sorti. Il m’a fait une grosse impression, à l’époque.
— Il y a eu aussi un film japonais, dit Alex. Mais ce genre de récit ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont elle vit maintenant.
— Dans une caverne au fond d’un canyon, dit Tyler. Elle fait des forages. Elle ne parle pas beaucoup. Demandez aux gens de l’équipe de paléontologie. Mais ils sont à Candor Chasma en ce moment.
— Elle me parlera, dit Alex. Nous échangeons des e-mails depuis plus d’un an.
— Ouais, dit Tyler avec le cynisme candide de la jeunesse, elle a des tas de fans sur la Toile.
C’est alors que Donald Poole s’assoit à côté de Mariella. Tyler et Ali commencent à rassembler leurs couverts et leurs plateaux, et Poole dit avec un sourire bienveillant :
— Ne partez pas à cause de moi, Tyler. Pareil pour votre amie… Ali Tillman, je crois.
— Tyler va nous entraîner pour notre homologation sur le terrain, dit Ali.
— J’y vais moi aussi, dit Alex. À plus, Mariella.
Quand ils sont partis, Poole dit à Mariella :
— L’un des problèmes de l’autorité, c’est que personne n’aime la fréquenter de près. Tenez, une barre de muesli. Une vraie, directement importée de la Terre.
Mariella la prend et la pose sur la table devant elle. Elle referme son portable et dit :
— Nous vous causons des tas d’ennuis.
Poole est un quinquagénaire au visage anguleux, aux cheveux blond roux, à la peau sèche grêlée de taches de rousseur, avec des touffes de poils dans les oreilles et dans les narines de son nez crochu aux pores dilatés. Sa salopette bleue en papier est froissée, et il affecte un vague paternalisme, bien que Mariella soit convaincue qu’il est bien plus dangereux qu’il n’en a l’air.
— Je suppose que le Dr Brown est très en colère après moi, dit-il, mais je suis sûr que ça passera. Dans un registre plus positif, je suis heureux d’avoir une invitée aussi distinguée. Je dois dire qu’il était temps. J’ai soutenu votre candidature il y a plusieurs années, et j’ai été très déçu quand elle a été rejetée.
— Je ne peux pas prendre votre parti sur ce terrain, dit Mariella. C’est le Dr Brown qui est responsable de l’enquête, et s’il y a la moindre chance qu’il ait raison quant aux projets des Chinois, alors il faut faire quelque chose pour nous emmener là-bas au plus vite.
Un silence embarrassant. Betsy Sharp est à l’autre bout de l’autre table, en conversation avec Bob Neft et Bill Glass. Un écran de télé qui scintille au-dessus de leurs têtes affiche : « Ce sont ses grains sur mesure qui donnent son plus à Mokaplus. »
— Voulez-vous venir dans mon bureau ? dit Poole. J’aimerais vous expliquer quelque chose.
Son sourire a un peu de la dureté du silex. Non, il n’est manifestement pas l’affable vieux birbe qu’il fait semblant d’être.
— Le Dr Brown…
— Je sais que vous êtes obligée de prendre le parti du Dr Brown, mais je tiens à vous aider à comprendre la situation.
Poole n’aime pas le superflu. Un bureau bien rangé, deux chaises en plastique comme celles de la cantine, un présentoir dans un coin, avec le drapeau bleu de la NASA et la bannière étoilée qui s’entrelacent. Un portrait du Président avec son autographe et une photo de chasseurs décollant d’un porte-avions sur un mur, un planisphère de Mars sur l’autre. La carte fait deux mètres de long. Des punaises noires et jaunes marquent les sites des expéditions scientifiques. La plupart s’égrènent le long de l’équateur.
— Mes enfants, explique Poole en voyant Mariella regarder la carte. Le Dr Brown vous a-t-il précisément expliqué pourquoi je ne veux pas me plier à ses fantaisies ?
— Il faut que nous arrivions là-bas le plus vite possible, c’est tout.
— Et vous y arriverez. Mais nous ne disposons que de deux patrouilleurs à grand rayon d’action ici à la station, dont un démonté pour cause de réparations. Les autres sont dans la nature. Deux par expédition, dit Poole en tapotant la carte. Largement dispersés, comme vous pouvez le voir. Toutefois, il y a deux patrouilleurs qui vous attendent au pôle, et nous allons vous conduire à eux.
La NASA a détourné la dernière fusée cargo robotisée. Elle a touché le sol martien à quelques centaines de kilomètres à l’est du site d’atterrissage des Chinois.
— Le Dr Brown veut se rendre d’un trait au pôle en utilisant notre unique patrouilleur en état de marche, dit Poole. Mais vous ne gagnerez pas plus de cinq ou six jours, et c’est tout à fait contraire au règlement. Mieux vaudrait attendre le dirigeable.
— Et où est-il ?
Poole tapote à nouveau la carte.
— Il vient de quitter Noctis Labyrinthus, à la fin d’un circuit de ravitaillement qui lui a fait faire le tour de la planète. Il y a encore deux escales de prévues, ensuite la rotation à Lowell prendra trois jours. Alors, vous voyez qu’il n’y a pas moyen de faire plus vite.
— À moins qu’il ne vienne directement ici.
— Je ne suis pas disposé à perturber les travaux importants d’autres chercheurs pour obéir aux caprices du Dr Brown. Ils ont besoin d’être ravitaillés, sinon ils seront obligés de cesser prématurément leurs travaux, et la NASA serait alors en situation de rupture de contrat. J’ai le soutien de la NASA en l’occurrence, mais ça ne changerait pas grand-chose si je ne l’avais pas. C’est moi qui ai le dernier mot ici, mais il semble que le Dr Brown ait du mal à le comprendre.
— Et vous voulez que je lui explique ça, dit Mariella.
— Peut-être que vous pouvez le calmer. Il ne comprend pas à quel point il importe de maintenir une charge de travail équilibrée ici.
Mariella accepte mal d’être mêlée à ce ridicule concours de bites.
— Vous savez quoi ? dit-elle. Nous sommes ici pour quelque chose de tellement important que ça a la priorité sur vos habitudes, vos programmes et votre charge de travail équilibrée. Vous semblez vouloir entendre mon avis là-dessus, alors je vais vous dire ce que je recommande. Vous pouvez annuler le reste des largages prévus et faire venir le dirigeable ici directement. Et la rotation ne devrait prendre qu’un jour, pas trois. Ce qui réduit l’attente de trois ou quatre jours.
— Trois jours, c’est vraiment le minimum pour la rotation. Le dirigeable est en action depuis longtemps et a fait tout le tour de la planète…
— Je suis sûre que vous pouvez organiser ça. Il se pourrait que ça ne vous plaise pas, mais c’est votre boulot.
— Je ne crois vraiment pas que vous devriez…
— Vous dire ce qu’il faut faire ? Il faut bien que quelqu’un vous le dise. Il vous reste combien de temps à tirer ici ? Deux ans, peut-être ? Je sais que vous ne voulez pas faire de conneries avant ça, mais respecter les habitudes et équilibrer la charge de travail, c’est précisément ce qui va foutre en l’air notre mission. Et ça, ça vous foutra certainement dans la merde vous aussi.
Poole est devenu tout silex.
— Je vois, dit-il. Je vais prendre cela en considération, docteur Anders, mais il est clair que vous ne comprenez pas la réalité de la vie sur Mars.
— Je comprends les manuels. J’étais en train de les consulter. Les gens sur le terrain ont de la marge à revendre. Ils peuvent facilement attendre le ravitaillement une semaine de plus. Et quant à la rotation, ce dirigeable est beaucoup moins high-tech qu’un stratojet, et un stratojet repart dans les deux heures. En fait, si je me souviens bien, le dirigeable peut être ravitaillé et contrôlé plus ou moins dans le même laps de temps. Je pourrais le vérifier dans le manuel, mais je suis sûre d’avoir raison.
— Je ne crois pas que nous ayons besoin de commencer à discuter des procédures opérationnelles, docteur Anders.
— Non, parce que j’ai raison, pas vrai ? C’est ce que je vais dire à Penn Brown, et je vous laisserai vous arranger tous les deux, les mecs. Il faut que je me prépare pour mon propre travail.
Après quoi, Mariella essaie de ne pas croiser le chemin de Donald Poole. Elle fait de longs aller-retours au pas de course dans une des serres inoccupées, vérifie et revérifie le matériel qui a été déchargé du module de transfert, et le remballe avec précaution. Sous le regard vigilant de Penn Brown, Anchee Ye et elle s’entraînent à utiliser les trousses de tests et les pièges de Wolf. Bien que Brown soit malgré lui satisfait de la manière dont Mariella a rivé son clou à Donald Poole, son orgueil masculin blessé le conduit à critiquer sa prestation avec aigreur.
— Vous seriez vraiment allé au pôle avec le patrouilleur ? lui demande Mariella.
— Si j’avais été obligé de le faire. Et vous m’auriez accompagné.
— Oui, je suppose.
— Parce que nous savons tous les deux à quel point c’est important.
— Si c’est si important que ça, dit-elle, pourquoi la station a-t-elle laissé passer tant de mois sans envoyer personne ?
Il la regarde. Elle ajoute :
— J’ai entendu parler de l’interdiction permanente d’aller voir sur place.
— « Pour empêcher une éventuelle contamination par du personnel non qualifié. »
— Allons donc ! Ces gens savent extraire une carotte.
— Ils n’ont pas de foreuse protonique.
— Ils auraient pu rouvrir les trous de sonde faits par les Chinois.
Ils sont en train de charger les échantillons dans les lecteurs d’ADN. Un instant, Penn Brown se concentre sur sa pipette pour injecter dans les puits des gouttelettes de quelques microlitres.
— Il y avait aussi des considérations commerciales, dit-il enfin.
— C’est bien ce que je pensais. La NASA a voulu envoyer des gens au pôle dès que l’origine de la nappe a été découverte, mais Cytex a fait jouer son influence politique pour l’en empêcher. Et c’est pourquoi la NASA temporise maintenant. Comment Cytex a-t-il pu avoir une telle emprise sur ce projet ?
— Nous sommes intelligents, voraces et agressifs. Nous investissons un tas de fric dans cette affaire, et nous attendons une récompense à la hauteur.
Ce qui ne répond pas du tout à la question, mais Mariella a la sagesse de ne pas insister. Il s’agit là du triangle inextricable des rapports entre Cytex, Penn Brown et Howard Smalls. Penn Brown veut utiliser le projet pour augmenter son influence dans la politique interne de Cytex, et Mariella est convaincue que Smalls est l’homme de Cytex dans la sous-commission ad hoc, que ce soit pour l’argent ou pour le pouvoir. Peut-être que ça remonte même jusqu’au Président ; Cytex a apporté un soutien financier important au Parti démocrate lors des dernières élections. Et maintenant, Cytex utilise ce moyen de pression pour s’assurer qu’il peut mettre la main sur les organismes martiens et en extraire des gènes rentables sur le plan commercial. Cytex doit déjà avoir une certaine idée de la valeur potentielle du génome martien, à partir de son analyse de la nappe. Et d’où la nappe est-elle venue ? Les Chinois ont pris des gènes martiens et les ont ajoutés à des espèces terrestres de phytoplancton – ça au moins, c’est sûr. Mais comment la chimère résultante est-elle arrivée dans le Pacifique ?
Elle en discute avec Anchee Ye, lors de sa première promenade à la surface. Au Centre spatial Kennedy, elles se sont entraînées à s’habiller mutuellement, puis se sont entraînées à le faire seules ; ensuite, elles ont recommencé, dans l’obscurité ou sous une lumière rouge puissante accompagnée du hurlement théâtral d’une sirène. Elles ont démonté et remonté toutes les soupapes et toutes les pompes de leur système de survie dorsal, se sont entraînées à relier les combinaisons pour partager l’air, ont appris à régler au toucher les fréquences radio, ont appris comment empêcher avec des rustines aspirantes les contusions d’expansion au cas où une partie quelconque de la combinaison pressurisée serait endommagée, et se sont entraînées à marcher sur une maquette de la surface martienne, sanglées dans des harnais suspendus pour simuler la pesanteur réduite de la planète rouge.
Et lorsque Mariella sort du grand garage et émerge en plein soleil, posant ainsi pour la première fois le pied sur la surface physique de Mars, elle doit donc se forcer à réagir. Je suis debout sous un ciel rose à la surface de Mars, la planète rouge. Tout autour de moi, juste derrière l’horizon, s’étendent des paysages où personne n’a jamais marché, qu’aucun œil humain n’a jamais vus.
Mais il leur faut marcher longtemps pour laisser derrière elles l’accumulation d’épaves hétéroclites abandonnées par la station. Elles longent les remblais de gravats qui recouvrent les modules des logements et des laboratoires, interconnectés comme deux peignes qui se touchent à angle droit, passent devant le désordre du parc scientifique. Partout le sol est marqué par les crampons des bottes et les traces des véhicules. Des palettes, des caisses d’emballage en plastique et en métal et des barils en plastique sont entassés en plusieurs piles dressées au hasard. Les carcasses dénudées de deux camions ont été abandonnées au bord de la route ; derrière elles, un tas de climatiseurs hors d’usage. Un engin imposant est immobilisé au bout d’une tranchée inachevée ; son processeur central et ses servomoteurs ont été enlevés, sa peinture verte est rayée par les tempêtes de poussière.
Mariella et Anchee suivent une route vers l’est, large piste tracée par les bulldozers qui ont repoussé les rochers sur les côtés pour en faire de grossières bordures. Une plaine absolument plate s’étend de part et d’autre de la route. Des rochers de toutes tailles et teintes – noir, marron, jaune, rouge vif –, sont dispersés sur un sol de la couleur du sang séché depuis une journée. C’est à peine si on trouverait un mètre carré de plaine qui n’ait pas son rocher. Ces rochers sont presque tous arrondis et grêlés. Quelques-uns montrent des strates granuleuses, ou sont fendus le long de plans de fracture. La plupart se sont partiellement enfoncés dans la surface ; les plus gros ont des traînées de poussière grenue sous leur face abritée du vent. Les rochers plats ont de la poussière jaune sur leur face supérieure. C’est comme une plage infinie d’où la mer s’est retirée à jamais. La majeure partie de la surface de Mars est comme cela. Une plage qui attend son océan perdu, jonchée des vestiges d’éruptions volcaniques et d’impacts météoriques vieux de trois ou quatre milliards d’années.
Anchee conduit Mariella vers une crête de faible hauteur à mi-distance. Des collines arrondies se dressent à l’horizon en une chaîne brisée qui s’étend d’ouest en est. Elles marquent la périphérie du cratère Burton, vieux site d’impact comblé dont le rempart écroulé est partiellement enseveli. Anchee Ye prend de l’avance lorsqu’elles s’approchent de la crête, petite silhouette bleue qui bondit impatiemment dans ce paysage rouge minéral.
La crête s’élève brusquement au-dessus de la plaine : c’est une falaise rouge terne, basse et fracturée. Il y a un étroit sentier entre deux à-pics, avec des marches taillées dans le roc et des arceaux métalliques pour s’accrocher. Soixante-dix mètres plus haut, le sommet de la crête, où des plans de fracture produisent des plates-formes et des rebords irréguliers au milieu de blocs alvéolés.
Mariella se glisse entre deux rochers arrondis ; elle sent le froid de leur surface à travers les couches de sa combinaison. Même au début de l’été, à midi, il fait aussi froid qu’à l’intérieur d’un congélateur de ménage ordinaire. Vers l’ouest, au-delà de la pente douce en terrasse, elle discerne des traces de creusement plus claires qui courent sur le paysage brun-rouge comme des ondulations sur une plage et, tout au bord de l’horizon, une mesa rectiligne qui doit être le bord du cratère Haskin. Pour la première fois, elle ne voit plus rien des œuvres de l’Homme, et il lui vient soudain à l’esprit qu’elle est maintenant ici, sur Mars, et elle rit en songeant à cette nuit glaciale en Arizona où, dressée sur son cheval, elle avait fait semblant de prendre la planète tout entière dans sa main.
— On peut continuer ? demande-t-elle par radio.
— Je m’aperçois que je veux toujours savoir ce qu’il y a derrière le prochain horizon moi aussi, dit Anchee Ye en contournant les rochers rouges pour rejoindre Mariella. Mais nous en avons fait assez pour votre homologation, et nous avons atteint les limites du plan d’excursion déposé. Le panorama n’est pas génial, mais ça vous donne quand même une idée de ce qui s’est passé ici. Au moins un des épisodes d’inondation a submergé cette terrasse en gradins. Vous voyez les traces d’ondulations et les sillons longitudinaux ?
— Je les vois.
— Je suis heureuse d’être revenue. Si c’était possible, je ne repartirais jamais.
Il est plus facile de parler de choses qui n’ont rien à voir avec l’objet brûlant de la mission.
— Et qu’est-ce qu’en pense Don ?
— Nous en avons parlé. Il serait heureux de venir ici avec moi. Il y a beaucoup de gens qui pensent comme ça parmi le personnel de la station. C’est pourquoi ils prolongent leur séjour au lieu de profiter du roulement pour rentrer sur Terre. Je crois que le mouvement va s’amplifier. Les gens veulent faire leur vie ici.
— Comme la Vieille Dame.
— Bon, c’est un cas extrême, mais… oui.
— Ou comme Bill Glass.
— Il vous en veut encore.
— Apparemment, je suis douée pour ça.
Anchee lui tend un cordon de connexion et Mariella le branche. Elles peuvent maintenant parler de Penn Brown et de la mission sans qu’on puisse écouter leur conversation. Anchee a réfléchi elle aussi à l’implication de Cytex, mais elle dit qu’elle n’a pas plus de réponses que Mariella. Peut-être que la NASA a vraiment été court-circuitée. Si ce n’est pas le cas, Mariella ne veut plus jamais jouer au poker avec Anchee Ye. Or Anchee lui précise qu’elle était au courant de l’intention qu’avait Penn Brown de modifier le programme de la mission.
— Il m’en a parlé juste avant l’atterrissage. Il voulait que je le soutienne.
— Mais vous ne l’avez pas fait.
— Et vous l’avez fait.
Mariella n’avait pas le choix ; elle a donné sa parole qu’elle le soutiendrait lorsqu’elle a signé le contrat, afin de ne pas être exclue de la mission. Mais elle n’a pas pu expliquer à Anchee Ye pourquoi elle a une dette envers Penn Brown et pourquoi elle le déteste en conséquence, et elle ressent donc un tiraillement sous-jacent, à base d’orgueil blessé et de honte, chaque fois qu’elle parle avec la biogéochimiste. Les maîtres chanteurs profitent des faiblesses humaines, et le méchant Penn Brown est très doué pour les détecter.
— Nous avons une tâche à accomplir ici, dit Anchee Ye. C’est un travail d’équipe. Il faut être vigilant en permanence quand on est sur le terrain. Ce n’est pas comme sur la Lune. Le paysage ressemble un peu à un désert sur la Terre. Il y a des nuages dans le ciel, du vent qui soulève la poussière. Et, quelque part, le cerveau se détend. On oublie de faire attention à soi.
— Et Penn Brown ne connaît que la Lune.
— Exact. Il n’a pas l’expérience nécessaire pour conduire cette mission. Il a dit aussi, quand il m’a parlé des changements qu’il voulait apporter au programme, que vous ne comptiez pas. Que vous n’aviez aucun poids ni à la NASA ni à la sous-commission du Congrès.
— Il a raison.
— Mais vous avez damé le pion à Don Poole, non ? Alors, je pense qu’il se trompe.
Cette tentative maladroite de flatterie amuse Mariella. Elle dit :
— Vous ne voulez pas arriver là-bas le plus rapidement possible ?
— Vous ne le savez peut-être pas, mais les gens de la NASA ne voulaient pas y aller, au départ. Ils ne voulaient pas se retrouver impliqués dans la politique internationale et foutre en l’air toute collaboration future avec les Chinois. Al Paley les a fait changer d’avis. Il est dans le coup pour des bonnes raisons, et je crois l’être aussi… et je crois que vous l’êtes aussi. Mais Penn Brown voit cela comme un moyen de se faire de la pub et de faire gagner du fric à Cytex, et je n’arrive pas à comprendre que vous marchiez dans sa combine.
— Vous devriez m’apprendre ce que vous savez sur Mars, dit Mariella.
Anchee Ye réfléchit, puis dit :
— Peut-être que ce serait un début. Écoutez, je ne veux pas savoir ce qui s’est passé entre vous et Brown, et ça ne m’intéresse pas trop. Simplement, je ne veux pas que la mission soit compromise.
— Non, moi non plus. Et Penn Brown non plus, et je ne dis pas ça pour le défendre. Alors, peut-être que ça marchera.
— Je crois que c’est l’heure de rentrer, dit Anchee Ye.
Elle débranche le câble et commence à descendre le grossier escalier.
Elles marchent en silence ; Anchee Ye avance à grandes enjambées, à cent mètres devant Mariella. Elle peut aller se faire voir, songe Mariella. Et Penn Brown aussi. Ce qui compte, c’est la science. Ce qui est important, c’est ce qu’ils pourraient découvrir. Une vie insolite dans un refuge enseveli sous la glace polaire, et pourtant une vie qui a forcément la même origine que la vie sur Terre. Nos lointains ancêtres ou nos enfants si longtemps perdus de vue, comme l’a écrit Penn Brown dans une de ses chroniques, en empruntant largement au « beau fantasme » de Mariella. Pas de doute, il a le don de la formule qui frappe, même quand elle n’est pas strictement conforme à la réalité. Ce qu’ils trouveront ne ressemblera pas à un ancêtre universel, mais aura suivi un autre parcours évolutif que la vie sur Terre, façonné par les contingences de l’environnement martien primitif. La vérité est toujours plus vaste que le champ des slogans de la science-pour-tous.
Mariella songe à ces idées tout en essayant de copier la foulée légère d’Anchee Ye. La pesanteur est moindre que sur Terre, et bien que Mariella se soit souvent entraînée dans le harnais de simulation de la NASA, elle est bridée par la pensée qu’un seul faux pas pourrait la tuer. Elle tombe, pulvérise la visière de son casque… et pschttt ! c’est fini. Même une petite déchirure dans sa combinaison d’exploration causerait une vilaine contusion de décompression et des engelures.
Elle croit avoir trouvé l’allure qu’il faut, une sorte de petit galop prolongé, lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle va trop vite. Elle essaie de ralentir, ses bottes perdent leur adhérence et se dérobent sous elle, et elle culbute dans un gigantesque nuage de poussière.
Elle se retrouve sur le dos, l’armature du paquetage lui meurtrit les épaules, et elle rit parce qu’elle est en vie et indemne.
Anchee Ye a rebroussé chemin et se dirige vers Mariella. Et il y a une brillante étoile dans le ciel jaune rosâtre derrière elle.
Mariella appuie ses mains gantées contre le sol gelé, roule sur le côté et se hisse sur les genoux. La poussière flotte dans l’air tout autour d’elle ; elle en est couverte. Elle essuie la visière de son casque et contemple l’étoile. Elle croit d’abord que ce doit être l’un des deux satellites martiens, mais l’astre est trop bas dans le ciel. Et ça ne peut pas être la Terre, car, juste après l’opposition, elle est proche du Soleil, étoile du soir entrevue pendant quelques brèves minutes après le coucher de l’astre du jour.
En plus, l’objet se déplace, flottant du sud vers le nord. Mariella croit qu’il s’agit d’un des drones ballons, mais il passe alors derrière les tours de la centrale atmosphérique et elle voit qu’il est bien plus volumineux que n’importe quel drone. Et maintenant elle comprend. Bien sûr. C’est le dirigeable.
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