Une invasion Martienne

McAuley Paul J · Chapitre 2 sur 23

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Une invasion Martienne

Oracle, Arizona, 12 octobre 2026

Lorsqu’elle arrive chez elle, Mariella enfile sa veste en jean doublée de peau de mouton, selle sa jument baie, Twink, et part au trot sur le lit de la rivière à sec. Un kilomètre plus loin, elle oblique et éperonne sa monture pour prendre une piste qui grimpe entre les pins rabougris et les genévriers jusqu’au sommet de la crête.

Il n’est pas tout à fait six heures du soir en ce jour d’octobre plutôt glacial pour la saison. De l’autre côté du bassin désertique, au-delà de la chaîne des Batamonte, la trame du ciel immense est trouée de nuages rouges en estafilade. Twink transpire sous l’effort de l’ascension, ses flancs fument légèrement dans l’air froid et sec. Les odeurs âcres du cuir de la selle et de la sueur chevaline se mêlent agréablement. Mariella secoue les rênes lorsque Twink baisse la tête pour examiner un carré d’herbe stabilisatrice. Une pellicule de neige s’accroche au côté ombragé des rochers et des ornières. L’air pince le visage de Mariella, ses oreilles et ses doigts ; elle aurait dû penser à prendre sa toque et ses gants. Elle perçoit le froid via le diabolo qui lui traverse le sourcil gauche et les fils de cuivre cousus sur le pourtour de ses oreilles.

Les lumières d’Oracle sont dispersées au-dessous de la crête – les caravanes dans leurs enclos, les bulles translucides et les cubes emboîtés de verre et d’acier des habitations plus récentes. Des rangées d’eucalyptus et d’acacias définissent des rues inachevées qui épousent en général les contours des collines basses sur lesquelles s’étale la petite ville. Vers le sud, Tucson scintille comme un monceau de diamants ; plus près, les balises de clôture de la Réserve biologique de l’Arizona délimitent trois cents kilomètres carrés dans le désert assombri. La longue tranchée couverte de Gaïa Deux est si brillamment illuminée qu’elle semble plus intensément réelle que tout ce qui l’entoure, telle une arche interstellaire flottant dans les ténèbres antédiluviennes. La vapeur qui monte de la haute cheminée en acier de l’usine d’azote liquide capte sa luminescence et son panache blanc tranche sur la terre crépusculaire. Au-delà de l’extrémité nord de Gaïa Deux tremblent les lumières des laboratoires de recherche commerciaux, chacun séparé de son voisin par des tertres paysagers, des fossés et des dalles bétonnés, et des clôtures grillagées. Disposés en damier au-delà des laboratoires pointent les blockhaus en béton armé qui coiffent les puits, construits sur le modèle des silos de missiles intercontinentaux, où sont stockés sous forme de carottes les échantillons biologiques congelés. Des constellations de balises rouges clignotent au milieu des panneaux et des câbles de la vaste centrale solaire.

Immobile sur son cheval, Mariella contemple le ciel qui s’assombrit et voit poindre les premières étoiles. Elle pense au coup de fil de Washington. Elle pense, et pas pour la première fois, qu’elle vient de boucler la boucle et qu’il est temps de rompre le cercle, d’aller voir ailleurs. Elle ne peut pas laisser passer cette chance.

Le mince croissant de la Lune nouvelle est en train de se coucher à l’ouest. Et là, dans le Lion, près du point brillant de Jupiter, se trouve ce qu’elle est venue voir.

Mariella se hausse sur la selle et tend la main droite comme pour s’emparer de Mars la rouge.

— Je t’ai eue ! crie-t-elle. J’ai fini par t’avoir, salope !

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