Une saison arc-en-ciel (French Edition)

David JULLIEN · Chapitre 11 sur 12

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Une saison arc-en-ciel (French Edition)

Chapitre 11

 

Je suis la couleur symbolique de ce sur quoi on ne peut marcher De ce qui n'est pas solide

De ce qui file entre les doigts

De ce qui peut partir en vapeur légère

De ce qui peut tomber du ciel

De ce qui peut se transformer en glace

Si tu m'as trouvé, traverses la plus grande étendue de cette substance précieuse

Et déposes-en quelques gouttes au pied de mon arc pour en redécouvrir la couleur.

Ainsi était rédigée la sixième énigme sur la sixième page vierge que découvraient les enfants ce samedi matin.

 

- Alors les enfants, avez-vous trouvé quelle est cette étrange matière ? demande Balthazar toujours là pour donner un petit coup de main aux six enfants pour lesquels il semblait s'être pris d'une très grande affection.

- Oui moi je sais fit Marius. On ne peut pas marcher sur le feu fit-il, et il n'est pas solide, et il peut partir en vapeur légère avec la fumée ajouta t-il fièrement.

- ah oui petit malin, et as-tu déjà vu du feu tomber du ciel et se transformer en glace ? lui rétorqua Sophie. Et si tu es si sûr de toi, serais-tu prêt à en traverser une grande étendue comme le dit l'énigme.

A cette pensée et face à la réplique de son amie, les joues de Marius se réchauffèrent du feu de sa petite bêtise. Il se trouva un peu bête et ne chercha pas à en rajouter.

- Moi je crois que j'ai une idée fit Léna, mais j'ai peur de me tromper.

- Peur de te tromper ? Mais que risques-tu ? essaya de la rassurer Balthazar. Il y a suffisamment d'indice à vérifier pour que nous puissions être certains que tu as la bonne réponse.

- D'accord je me lance alors. Je crois que c'est l'eau. L'eau sur laquelle on ne peut pas marcher sinon on coule, l'eau qui n'est pas solide, l'eau qui file entre les doigts, l'eau qui peut tomber du ciel quand il pleut, l'eau qui se transforme en glace quand il fait froid.

 

- Oui, oui, comme pour faire des glaçons ! renchérit Robinson en déclenchant un fou rire de l'assemblée.

- Bravo Léna, je pense en effet que c'est la bonne réponse. Mais l'énigme n'est pas terminée.

- Hélas oui, fit Léna. D'après ce que je comprends il va falloir que je traverse la plus grande étendue d'eau de la région et que j'en prenne quelques gouttes.

A cette idée, les six amis semblaient avoir été pris par la peur. Car il leur était venue très vite à l'esprit que la plus grande étendue de la région était ni plus ni moins que la rivière en bas du village, et elle était large d'au moins cent mètres. Aucun d'entre eux n'avait jamais réussi à la traverser en entier, c'était à peine s'ils osaient s'aventurer plus loin que le bord des berges lorsqu'ils jouaient pendant les fortes chaleurs de l'été. Mais après quelques secondes de craintes, ils reprirent leurs esprits, car quelque chose les incitait à garder espoir.

- Léna, c'est toi la meilleure nageuse de notre bande. Et ce n'est pas un hasard si c'est toi qui a trouvé la réponse à la première partie de l'énigme lança Lévana.

- Oui Léna poursuivit Chloé. C'est toi notre sirène, c'est donc toi qui doit traverser la rivière. Rappelles-toi qu'il n'y a que très peu d'endroits ou tu n'auras pas pied, alors tu peux le faire !

- Oui Léna, et c'est aussi toi notre chef ajouta chloé- Je ne sais pas, j'ai peur, je sais nager que dans la piscine, je n'ai jamais nagé autant moi !

- N'aie pas peur, nous allons nous répartir de part et d'autre de la rivière, et un d'entre nous restera près du pont pour te voir. Ainsi nous pourrons tous t'encourager tenta de la rassurer Marius.

- Et te surveiller…conclut robinson.

- Bon d'accord, allons-y. De toute façon je n'ai pas le choix, c'est la dernière épreuve, je DOIS réussir !

Léna récupéra sa combinaison de nage qu'elle venait d'avoir pour son dernier Noêl et dont elle était très fière, même si elle n'aurait jamais imaginé devoir l'inaugurer aussi tôt et dans de si périlleuses conditions. Quelques minutes plus tard, elle se retrouva sur une berge de la rivière, avec à ses côtés Chloé et Lévana. Marius était bien sur le pont à quelques dizaines de mètres à droite, et en face, elle distinguait difficilement les silhouettes de Robinson, de Sophie et de Balthazar qui lui faisaient de grands signes en sautant dans tous les sens comme pour lui servir de repères. Ils semblaient aussi crier très fort, mais aucun son ne parvenait jusqu'à ce côté-ci de la rivière.

- Qu'ils sont loin fit Léna !

- Mais non ça va aller la rassurèrent ses deux amies. Allez vas-y, le plus dur c'est de mettre les pieds dans l'eau.

Heureusement la rivière semblait calme, en tout cas beaucoup plus calme que les jours ou des branches et des troncs dévalaient son cours après les forts orages. Rassurée par le faible courant, Léna décida de se lancer. Quelque chose d'étrange se passa alors, car elle sentait une eau de plus en plus chaude, comme si les rayons du soleil gris se concentraient à l'endroit précis où elle avançait. Elle continua d'avancer doucement, et elle avait déjà fait une dizaine de mètres lorsqu'elle arriva au point où elle était obligée de nager car l'eau lui arrivait jusqu'au menton. 1, 2, 3 c'est parti, elle prit la position horizontale et commença à agiter les bras et les jambes pour se propulser vers l'avant. Elle ne pensait plus à rien si ce n'est à se concentrer sur ses mouvements. Elle entendait venir de derrière les "allez allez" de ses amis, de la droite " des hourras hourrahs" de Marius, mais toujours rien de la berge d'en face dont elle ne voyait plus rien par-dessus les vaguelettes de l'étendue d'eau. Elle était seule, vraiment toute seule au milieu de rien. Elle se mit à penser à "Clown" son poisson rouge en se disant que pour une fois c'est lui qui se serait amusé de la regarder se démener dans son milieu naturel.

 

Après quelques minutes de brasses et de nages improvisées, les sons d'encouragements de derrière se firent moins forts, ceux de Marius restaient identiques car il la suivait depuis le pont, et enfin, enfin, elle entendit les premiers échos des "vas-y vas-y" des trois personnes dont elle savait la présence quelque part dans un encore lointain horizon. Cela la relança légèrement, mais alors qu'un second souffle semblait arriver, une forte douleur à une jambe la paralysa. Elle hurla très fort, agita ses bras dans tous les sens, et très vite la panique s'empara d'elle. Elle sentait qu'elle n'avançait plus mais que ses mouvements n'avaient pas d'autres sens que celui de lui éviter de se retrouver sous l'eau, et déjà elle commençait à avaler des gouttes puis des gorgées entières d'eau qu'elle recrachait comme elle pouvait.

Le temps s'accélérait, elle essayait de retrouver le fond de la rivière mais n'y parvenait pas, elle n'avait toujours pas pied. La douleur à la jambe était toujours là, et une autre fit son apparition à un bras. Après quelques secondes de résistance Léna, à bout de forces, finissait par être plus souvent sous l'eau qu'au-dessus. Alors qu'elle était persuadée qu'elle n'arriverait jamais à repartir, elle sentit quelque chose la soulever très fort.

- Accroche-toi à moi fit une voix venue d'elle ne savait où.

Elle reprit son souffle après avoir craché de l'eau, se retourna, et vit alors le visage amical et souriant de Robinson.

- Accroche-toi Léna, j'ai repéré un endroit où le fond est plus haut et où tu pourras te reposer.

Il y avait en effet à quelques mètres de l'endroit où Léna avait été prise de douleurs un banc de sable sur lequel les deux amis ne tardèrent pas à arriver. Léna s'allongea avec bonheur dessus pour reprendre ses esprits.

- Que m'est-il arrivé ? s'interrogea Léna. J'étais en pleine forme, et tout d'un coup j'ai eu ces douleurs à la jambe et au bras, comme si on m'appuyait dessus très très fort. Je ne pouvais plus les bouger et ça faisait très mal.

- Tu as eu des crampes fit Robinson. Les sportifs comme moi connaissent tous ça, même si à force de nous entraîner nous en avons de moins en moins déclara t-il en essayant de montrer ses quelques muscles d'enfant de six ans. Je t'ai vu t'affoler, alors j'ai plongé dans la rivière pour venir t'aider.

- Merci Robinson, sans toi je ne sais pas ce qui ce serait passé !

Robinson était fier, en tout cas beaucoup plus fier que la veille lorsqu'il avait fallu deviner la charade du mot "violet"…

- Je t'en prie Léna, c'est normal, je n'ai pas du tout réfléchit à ce que je faisais, tout ce que je voulais c'était t'éviter de boire la tasse !

- Oui, surtout qu'elle n'est pas bonne cette eau. Mais il faut que je reparte, ça va mieux maintenant.

Sur ces mots elle se retourna et s'aperçut qu'il ne lui restait qu'une trentaine de mètres à faire. Cette fois elle voyait parfaitement Balthazar et Sophie, tandis que de l'autre côté Chloé et Lévana étaient devenus toutes petites. Elle se sentait tout à fait capable de finir le travail !

- Je n'ai pas le choix, c'est à moi de faire la traversée, sinon nous ne trouverons pas la dernière couleur !

- Très bien Léna, mais je reste près de toi cette fois, je ne pense pas que cela empêchera la réussite de ta mission.

Après s'être assuré que tout allait bien, les deux nageurs se retrouvèrent l'un derrière l'autre dans leur dernière portion de traversée. Léna décida de prendre son temps, de bien respirer, et ses gestes désormais plus légers lui donnait l'impression qu'elle glissait paisiblement sur l'eau. Quelques minutes plus tard, elle se redressa, et constata avec un grand bonheur que ses pieds touchaient enfin le sol de l'autre berge. Durant les derniers mètres Marius, Lévana et Chloé avaient rejoints Balthazar et Sophie, et tous les cinq entourèrent et acclamèrent Léna avec des mots et des gestes plein de chaleur pour réchauffer leur héroïne du jour.

- Bravo bravo ! criaient-ils à la fois pour féliciter leur amie, mais aussi pour expulser la frayeur qu'ils avaient eue en voyant Léna paniquer quelques minutes plus tôt.

- Tu peux te vanter de nous avoir fait une peur bleue fit Balthazar.

- Ce n'était pas grand-chose, tenta d'affirmer Léna, mais c'est vrai que sans Robinson, j'aurais mis beaucoup plus de temps !

Ses compagnons ne cherchèrent pas à l'en dissuader, mieux valait profiter de la réussite et de l'exploit de Léna.

- Peu importe les difficultés reprit Léna. Ce qui compte c'est d'avoir réussi, et maintenant il faut que je prenne quelques gouttes de la rivière pour la rapporter au pied de l'arc.

Mais pour Marius il était déjà temps de penser à autre chose.

- D'accord mais ne restons pas là trop longtemps. Léna il faut te changer, et ensuite il faut que nous allions au pied du nouvel arc.

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