Une saison arc-en-ciel (French Edition)
Chapitre 6
La journée s'était ainsi remplie des allers et venues des six enfants à travers le village, et si chacun d'entre eux y était allé de son ingéniosité pour trouver les bonnes réponses, les grandes personnes s'étaient tout de même étonnées d'avoir été interpellées à plusieurs reprises par six enfants différents qui leur posaient à chaque fois les mêmes questions. Quoique, en y réfléchissant bien, cela confortait l'idée qu'ils participaient tous au même jeu, et cela les rassuraient de savoir que les enfants restaient dans leur innocence alors qu'eux-mêmes s'affairaient à résoudre le mystère de la disparition des couleurs avec de grands experts.
Quant aux enfants, ils s'étaient pris au jeu des questions-réponses. A chaque fois qu'ils en récoltaient, ils se saisissaient du petit bout de papier avec émotion. Ils brûlaient d'envie de l'ouvrir pour vérifier que c'était à chaque fois la même réponse. Mais aucun n'avait craqué, et, à l'heure du goûter, tous s'étaient retrouvés avec tous leurs bouts de papier remplissant leurs poches.
- Et maintenant ? fit Léna, que faisons-nous.
Alors qu'elle prononçait ces mots, des gouttes de pluie commencèrent à tomber, d'abord rares, puis rapidement elles devinrent assez nombreuses pour mouiller la petite troupe. Pourtant, dans le même temps, le soleil, bien que gris, continuait de briller haut dans le ciel. Léna se tourna dans sa direction. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant par delà le toit des maisons un magnifique et immense arc multicolore se dessiner.
- Regardez fit-elle à tous ses amis. Quel bel arc-en-ciel ! Elle se rappela immédiatement le livre.
- Venez, il faut aller déposer nos réponses à son pied, comme c'est écrit dans le livre.
Les six amis traversèrent le village à la vitesse de l'éclair, la tête toujours haute pour ne pas perdre de vue la courbe de l'arc. Une fois les maisons dépassées, l'horizon dégagé leur permettait de mieux voir un des pieds, qui semblait toucher la terre à la limite du premier bois. Pourtant au fur et à mesure qu'ils avançaient, celui-ci semblait perdre de son éclat. Quelques minutes plus tard, la troupe arriva près du bois. Il n'y avait plus rien, l'arc avait disparu.
- C'est pas juste s'écria Léna. Il n'y a rien, plus rien.
Les six amis commencèrent à chercher un dernier signe de l'arc, dans les airs, dans le bois, par terre, quand soudain Léna s'exclama.
- Là ! Regardez !
Les six amis s'approchèrent autour de Léna. Au sol, une grande auréole multicolore était dessinée, reprenant les couleurs de l'arc-en-ciel : rouge à l'extérieur, orange, jaune, vert, bleu, violet.
- Ca alors s'exclamèrent les six amis, c'est incroyable, les couleurs sont revenues ?
-Non pas encore fit Léna, mais quelque chose me dit que c'est le pied de l'arc que nous avons vu dans le ciel.
Comme à son habitude quand quelque chose la tracassait, Léna resta silencieuse quelques instants, un doigt sur la bouche, et plongée dans ses pensées.
- Donnez moi vos papiers finit-elle par demander à ses amis. Nous allons les poser au centre du cercle.
Léna pris les 36 petits bouts de papier et les plaça au milieu de l'auréole colorée. Les six cœurs battaient forts. Quelques instants plus tard, un vent léger se leva, les feuilles des arbres se mirent à chanter doucement, et, tandis que les enfants restaient silencieux, une pluie de poudre rouge se mit à tomber du ciel juste au-dessus de la tête des enfants.
Ils n'en croyaient pas leurs yeux. Léna retourna un bout de papier, puis deux, puis trois, puis tous, et constata que sur tous les bouts de papiers était inscrit le mot "ROUGE"
- C'est la magie du livre, c'est la magie du livre ! criait-elle aussi fort qu'elle le pouvait.
Les cinq autres compagnons restaient eux aussi émerveillés. Ils se remplirent les poches d'autant de poudre qu'elles pouvaient en contenir. La première couleur venait d'être découverte.
- Venez les amis, maintenant que nous avons la poudre, il nous faut la répandre partout où nous pouvons.
Et tous partirent à travers les champs, les chemins, les rues, envoyant de ci de là leur précieuse poudre que le vent se chargeait de disperser sur tout le village. Le soir, alors que la nuit tombait, les grandes personnes sortant de leur haute réunion furent ébahies de constater que tout ce qui était encore rouge deux jours plus tôt était redevenu… rouge, tandis que sous le vieux chêne, six petits bambins riaient sous cape de la bonne blague qu'ils venaient de leur faire, enfin plutôt, du fabuleux tour de magie dont eux seuls connaissaient le secret. Un peu plus loin, un vieux monsieur isolé contemplait ce spectacle avec discrétion, c'était le vieux Balthazar.
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