Une saison arc-en-ciel (French Edition)
Chapitre 5
Les six amis partirent donc interroger ici et là les grandes personnes, chacun y allant de ses inventions pour faire croire qu'il s'agissait d'un simple jeu entre enfants, comme il en existe tant pendant les vacances. Chacun aussi ayant sa petite idée sur la meilleure personne à interroger pour avoir la bonne réponse.
Ainsi Marius s'était demandé qui il pourrait bien interroger sur la passion. Ce mot n'évoquait pas grand-chose pour lui, à part peut-être sa grande sœur de 16 ans qui depuis quelque temps était toute bizarre à la maison, ce que ses parents mettaient sur le compte de sa "passion" pour un garçon. "C'est qu'elle est amoureuse !" lui avait confié son papa alors que Marius s'interrogeait sur les rêveries de sa sœur alors que tout le monde était à table et que le monde aurait pu s'écrouler que cela ne l'aurait en rien dérangée. Que ça peut être bête les filles ! s'était-il résolu à penser.
Mais pour cette fois, l'état de sa grande sœur allait peut-être lui servir, on ne sait jamais. Ni une ni deux Marius se dirigea vers sa maison. Arrivé sur place, il se faufila discrètement jusqu'à la chambre de sa sœur pour éviter les mille et une questions de ses parents sur son départ précipité de la maison ce matin-là. Une grande croix assortie de multiples consignes à respecter scrupuleusement avant de pouvoir entrer dans la pièce remplissait toute la surface de la porte. Marius ne savait pas où commencer et décida de faire au plus court. Il frappa trois fois légèrement de son petit poing. Pas de réponse. Toc toc toc recommença t-il, plus fort. Toujours rien.
- Bon tu vas répondre finit-il par crier en s'énervant.
Dans un grand fracas la porte finit par s'ouvrir. Une grande silhouette lui faisait face et le dominait, de longs cheveux en bataille, décorés de quelques accessoires étranges qui les regroupaient par touffes irrégulières. Marius sentait qu'il tombait mal.
- Qu'est-ce que tu veux ? ronchonna t-elle, avant de continuer avec une certaine moquerie. Je sais bien que tu n'es qu'en CP, mais avec ta grande intelligence, tu dois bien être capable de comprendre deux ou trois trucs qui sont écrits là juste sous ton nez ? hurla t-elle en plaquant son poing sur les consignes.
- oui oui grande sœur, je suis désolé de te déranger, mais j'ai quelque chose de très important à te demander.
- Il n'y a rien de plus important aujourd'hui que de me préparer pour aller voir quelqu'un.
Marius avait une petite idée sur ce "quelqu'un" mais il s'abstint de tout commentaire de peur d'énerver encore plus sa chère grande sœur. Voyant la mine triste de son frère, elle finit par accepter de l'écouter.
- bon c'est bon vas-y, mais tu ne mets pas un seul doigt de pied dans ma chambre sinon je vais faire un véritable feu de joie avec tous tes livres pour me réchauffer en attendant que le printemps se réveille !
Et Marius expliqua qu'il était lancé dans un jeu de piste avec ses amis, et qu'il lui fallait trouver une couleur qui évoquait la passion, et il ne voyait qu'elle qui pouvait l'aider à trouver cet indice. A ces mots, sa sœur changea radicalement, visiblement toute heureuse de pouvoir évoquer ce mot magique.
- Ah, mon cher petit frère, la passion. La Passion, comment te dire, La passion c'est, c'est, c'est…comment dire, c'est…
- Oui, c'est ? s'impatientait Marius.
- Oui bon, c'est quelque chose que tu ne peux pas comprendre, voilà ce que c'est ! Tu m'ennuies avec tes questions à la fin.
- Je suis désolé grande sœur, mais tout ce que je voulais c'est une couleur qui évoque la passion.
- Pffff, vraiment trop bizarre les jeux des petits d'aujourd'hui, conclut-elle. Tiens, je vais t'écrire la couleur que tu veux, la couleur qui remplit mon cœur, la couleur qui remplit mes rêves, la couleur qui remplit mes journées, la couleur qui remplit mes…
- oui heu je vois, la coupa Marius. Ca remplit beaucoup de choses, mais si tu pouvais remplir mon bout de papier ce serait gentil…
- Pffff reprit la grande sœur, aucun sens des sentiments mon pauvre Marius.
Dans un geste rempli de rage ou de désespoir devant tant d'ignorances enfantines, elle finit par prendre le bout de papier tendu par son petit frère pour y écrire la couleur de la passion.
Ouf songea Marius sitôt sorti, j'ai bien cru ne jamais m'en sortir, faites que la passion m'épargne le plus longtemps possible, je ne veux pas devenir aussi gaga !
Quant à Léna, c'était bien évidemment auprès du chef du village qu'elle avait décidé d'interroger par exemple sur le pouvoir et la force disait cet indice, et le maire était le chef du village !
- Ma petite Léna, je crains que le temps ne soit pas aux enfantillages commença par lui dire le maire. Je dois organiser une réunion de la plus haute importance avec les plus hautes autorités de la région, car nous sommes tous totalement dépassés par la haute tournure des évènements. Mais je comprends que cela dépasse l'entendement d'une petite fille comme toi, et tu as bien raison de continuer à vouloir t'amuser avec ces petits jeux. Ah qu'il est doux le temps de l'enfance insouciante. Allez zou, je vais t'écrire ce que tu attends, et après je retourne à mes occupations de grandes personnes !
Léna fut bien obligée de remercier chaleureusement le maire, même si elle n'avait qu'une envie, c'était de lui expliquer par le menu qu'il n'y avait pas que les grandes personnes qui étaient préoccupées par la disparition des couleurs, et qu'elle et ses amis étaient bien décidés à s'occuper eux-mêmes de ce mystère. Ce que les grandes personnes peuvent être prétentieuses finit-elle par se dire !
Chloé aussi n'avait pas eu à réfléchir bien longtemps pour trouver la bonne personne concernant l'indice sur les lèvres. Elle était déjà très bonne amie avec l'esthéticienne du village, et bien qu'elle ait elle-même sa petite idée sur la couleur, elle se fit un plaisir de trouver un nouveau prétexte pour rentrer dans son extraordinaire magasin de beauté, et se faire confirmer le nom de cette mystérieuse couleur qu'on pouvait voir sur des lèvres.
Robinson, en bon super-héros qui n'avait peur de rien, s'était naturellement dirigé vers la caserne des pompiers pour les interroger sur "la peur et le sang". Ceux-ci se firent une joie d'écrire à leur tour ce qu'ils pensaient être la bonne réponse.
Sophie dont le papa était gendarme, avait très vite compris qu'il serait certainement très bien placé pour lui donner facilement la réponse sur le mal et l'interdit !
Enfin Lévana n'avait rien trouvé de mieux que le bar du village pour trouver l'indice qu'elle eut le plus de mal à résoudre. Il était presque midi quand elle rentra dans ce lieu de grandes personnes, et il y avait foule à l'intérieur. Toutes les conversations semblaient tournées autour de la disparition des couleurs. Elle finit par trouver un client isolé et lui fit part de sa préoccupation du moment en lui confiant l'indice qui allait très bien avec l'endroit :
Et si c'est par le vin que tu me trouves tu pourras me boire.
L'homme regarda son verre que le patron venait de lui servir d'une bouteille de vin, et comme une révélation, il s'exclama :
- ah ben ça alors, on dirait que tu ne pouvais pas mieux tomber petite ! Je vais te donner ma réponse…
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