Vieille Sicile
Chapitre II
Dom Ravana dit sa messe au maître-autel.
– Pssstt, regarde un peu… murmure-t-il, les yeux baissés, au sacristain qui verse l’eau et le vin dans le calice. Le docteur Nicastro est là… au premier rang, contre la balustrade… Ne bouge pas, imbécile, ne te tourne pas… À droite… Quand tu pourras, fais-lui signe de rester après la messe et de passer me voir à la sacristie.
Cosimino fronce le sourcil, pâlit, serre les dents pour réfré-ner sa colère.
– Hier au soir vous avez… Allons, dites la vérité !
– Veux-tu te taire, mal élevé ! Devant le très Saint-Sacrement ! le gourmande Dom Ravana entre haut et bas en le dévisageant avec sévérité.
La réprimande du prêtre à son sacristain est entendue des premiers bancs et un murmure de réprobation s’élève contre le malheureux Cosimino qui rougit jusqu’aux cheveux tout frémis-sant de colère et de honte. Il ne sait plus où poser les ampoules du fiel et du vinaigre.
La messe achevée, il suit Dom Ravana à la sacristie, d’un air sombre et renfrogné. Un instant plus tard faisait son entrée le docteur Liborio Nicastro, un petit vieux, tout voûté et ratatiné par l’âge. Le bord arrière de son chapeau haut-de-forme repo-sait presque sur sa bosse. Il était vêtu à l’ancienne mode et por-tait la barbe en collier.
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– Qu’est-ce qui ne va pas, Dom Ravana ? demanda-t-il. Il parlait du nez en fermant à demi ses petits yeux sans cils. – Vous avez une figure de prospérité.
– Ah, oui ?
Dom Ravana regarda un instant, perplexe, le médecin, se demandant s’il devait ou non le croire ; puis d’une voix irritée, comme pour se plaindre de tant d’injustice, il reprit :
– C’est l’estomac, mon cher docteur, l’estomac qui ne veut plus me laisser en paix, comprenez-vous.
– Et ça n’a rien d’étonnant, grogna Cosimino en se tour-nant pour regarder d’un autre côté.
Dom Ravana le foudroya du regard :
– Asseyez-vous, asseyez-vous, dom Ravana, reprit le doc-teur. Et voyons cette langue.
Cosimino, les yeux baissés, avança une chaise à Dom Ra-vana. Le docteur Nicastro tira flegmatiquement ses lunettes de leur étui, les ajusta sur son nez et examina la langue du prêtre :
– Elle est vilaine…
– Vilaine ? répéta Dom Ravana, en rentrant sa langue, comme si les paroles du docteur l’avaient ébouillantée.
Cosimino fit entendre, mais par le nez cette fois, un nou-veau grognement. La bile lui gonflait l’estomac. Il serrait les poings, pinçait les lèvres. À la fin, il n’y tient plus :
– Alors quoi ? du tartre, comme vous dites…
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