Zozo la Tornade
Chapitre 1
La « cache-tête »
À Lonneberg, en Suède, il y a de cela assez longtemps, vivait un petit garçon qu’on appelait Zozo. Ce n’était pas là bien sûr son véritable nom. Ses parents l’avaient en réalité baptisé Émil. Mais comme il zozotait légèrement, on l’avait surnommé Zozo et cela lui était resté.
Zozo était un petit garçon têtu et pas sage du tout. Il lui arrivait pourtant d’être mignon quand il ne criait pas.
Blond et frisé, avec sa figure ronde et ses joues toutes rouges, ses grands yeux bleus, il ressemblait à un ange, mais c’était, en fait, un vrai diable ! Aussi l’appelait-on souvent, en riant, Zozo la Tornade.
À sept ans, Zozo était fort comme un petit bœuf. Il habitait une jolie ferme nommée « La Pommeraie ».
Quand il voulait sa casquette, il ne disait pas, comme les autres enfants :
« Je veux ma casquette ! » mais : « Ze veux ma cache-tête ». À vrai dire, il faisait un peu exprès de zozoter. En outre, il s’entêtait à parler un langage enfantin. Or, tout petit, il avait cru comprendre « cache-tête » pour « casquette ».
Bleue avec une visière noire, sa « cache-tête » n’était pas très jolie. Son père la lui avait achetée un jour à la ville. Zozo adora immédiatement sa casquette et le soir, au moment d’aller se coucher, il brailla :
« Ze veux ma cache-tête ! »
Mais sa maman ne voulut pas la lui laisser au lit. Elle allait l’accrocher dans l’entrée lorsque Zozo se mit à crier, et on l’entendit dans toutes les maisons du village :
« Ze veux ma cache-tête ! » Pendant trois semaines, Zozo dormit avec sa casquette sur la tête. Cela ne dura pas plus longtemps, car c’était, finalement, assez peu commode.
Mais Zozo avait gagné et, pour lui, c’était ce qui comptait le plus.
Il ne voulait surtout pas obéir.
Un jour de Noël, sa maman essaya de lui faire manger de la salade verte, parce que la salade verte c’est bon pour la santé. Mais Zozo refusa.
« Tu ne manges jamais de verdure ! se lamenta sa mère.
— Si, répondit Zozo. Mais de la vraie ! »
En silence, il alla s’asseoir derrière le sapin de Noël et se mit à le grignoter. Il en eut cependant vite assez, car les aiguilles de sapin lui piquaient la bouche.
Vous voyez à quel point Zozo était têtu. Il aurait voulu commander son père, sa mère, la ferme entière, et même tout le village de Lonneberg. Mais les habitants ne se laissaient pas faire.
« Quelle malchance pour les Svensson d’avoir ce garnement de fils ! disaient-ils. Ils n’en feront jamais rien de bien ! »
Ils le pensaient vraiment. Mais ils se seraient bien gardés de le dire s’ils avaient pu deviner ce que Zozo deviendrait un jour ! Or imaginez-vous que Zozo, ayant grandi, devint maire de son village. Et vous savez peut-être que, dans un village, il n’y a pas de situation plus importante et plus honorifique !
Mais occupons-nous, pour le moment, de Zozo à l’âge de sept ans.
Il habitait la Pommeraie avec son papa, Antoine Svensson, sa maman, Anna Svensson, et sa sœur, la petite Ida. À la Pommeraie logeaient également Alfred, le garçon de ferme, et Lina, la servante.
En ce temps-là, on trouvait encore partout des garçons de ferme et des servantes.
Les garçons de ferme labouraient les champs, soignaient les chevaux et les bœufs, rentraient les foins et plantaient les pommes de terre. Les servantes trayaient les vaches, faisaient la cuisine, la vaisselle, le ménage et, le soir, chantaient des berceuses pour endormir les enfants.
Vous savez maintenant qui habitait à la Pommeraie. On y trouvait aussi deux chevaux, une paire de bœufs, huit vaches, trois cochons, dix moutons, quinze poules, un coq, un chat et un chien. Et Zozo, bien sûr !
Comme toutes les fermes de Suède, la Pommeraie était construite en bois et on l’avait peinte d’un joli rouge. Elle perchait sur la colline, parmi les pommiers et les lilas. Autour d’elle s’étendaient des champs, des prés, des pâturages, un lac et un grand bois.
Tout aurait été calme à la Pommeraie sans la présence de Zozo !
« Ce gamin ne fait que des bêtises ! disait Lina. Et même lorsqu’il se tient tranquille, les malheurs arrivent toujours à cause de lui. Je n’ai jamais vu quelqu’un de pareil ! »
Mais la maman de Zozo le défendait.
« Ce n’est pas très grave, déclarait-
elle. Aujourd’hui, par exemple, il n’a pincé
Ida qu’une fois, et il a juste renversé le pot
au lait, c’est tout !… Ah ! oui… il a aussi
poursuivi le chat autour du poulailler… Je
trouve en tout cas qu’il devient plus calme
et plus gentil. »
Non, certes, Zozo la Tornade n’était
pas méchant. Il aimait beaucoup la petite
Ida, et il aimait beaucoup le chat. Mais il
fallait bien qu’il pince un peu sa sœur s’il
voulait obtenir sa tartine de miel ! Et
lorsqu’il avait poursuivi le chat, c’était tout
simplement pour voir lequel des deux
courait le plus vite. Mais le chat n’avait pas compris.
Ce jour-là – où Zozo, si gentil, n’avait pincé Ida qu’une seule fois, puis s’était contenté de renverser le pot au lait et de poursuivre le chat –, ce jour-là, donc, on était le 7 mars.
Vous allez pouvoir, maintenant, vous rendre compte des ennuis qui arrivaient à Zozo les jours où il faisait des bêtises, comme s’en plaignait Lina.
Commençons par le 22 mai.
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