Zozo la Tornade

Astrid Lindgren · Chapitre 5 sur 5

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Zozo la Tornade

Chapitre 4

 

Zozo veut s’amuser

 

Alfred, le garçon de ferme, aimait beaucoup les petits enfants, et Zozo tout particulièrement.

Que l’espiègle enfant joue des tours, Alfred s’en moquait bien ! Il l’aimait quand même, et lui avait fabriqué un beau fusil en bois.

Le jouet ressemblait tout à fait à un vrai fusil, même si l’on ne pouvait pas s’en servir pour tirer.

Zozo faisait semblant de viser et criait : « Pan ! Pan !… Pan ! Pan !… » C’était si bien imité que, pendant plusieurs jours, les moineaux n’osèrent pas se montrer à la Pommeraie.

Zozo adorait tellement son fusil qu’il le gardait avec lui, la nuit. Et il aimait encore plus Alfred, qui le lui avait donné.

Aussi ne fut-il pas surprenant de voir Zozo fondre en larmes le jour où Alfred partit pour la ville faire son service militaire.

Savez-vous ce qu’on faisait, pendant le service militaire ?

Les garçons de toute la province devaient s’entraîner à divers exercices pour devenir de bons soldats.

« Ça tombe mal, se lamenta le père de Zozo. Juste au moment de rentrer les foins. »

Il n’était pas du tout content de voir Alfred partir en pleine fenaison, car il fallait se dépêcher de terminer avant les pluies.

Mais ce n’était pas le papa de Zozo qui pouvait décider de la date à laquelle les garçons de Lonneberg allaient partir pour faire leur service militaire. L’ordre venait du roi et de ses généraux.

Et, qu’on le veuille ou non, Alfred ne reviendrait à la maison que lorsqu’il saurait bien exécuter tous les exercices du soldat.

Cela ne servait donc à rien que Zozo pleure ainsi, mais il n’arrivait pas à s’en empêcher. Lina non plus, d’ailleurs.

En effet, Zozo n’était pas le seul à aimer Alfred !

Alfred, lui, ne pleurait pas. Il se réjouissait, sachant qu’on s’amusait bien à la ville.

Tandis que la voiture l’emmenait, et que les habitants de la Pommeraie agitaient tristement leur mouchoir en signe d’adieu, Alfred chantonnait joyeusement pour les consoler :

« Votre petit ami soldat

S’en va servir le roi.

Pleurer à rien ne servira,

Chantez plutôt tous à la fois

Tradéridéra, tradéridéra ! »

Mais la voix de Lina, qui pleurait à fendre l’âme, couvrit bientôt celle d’Alfred.

Et la voiture qui emmenait Alfred ne tarda pas à disparaître après le premier tournant de la route.

La maman de Zozo essaya de consoler Lina.

« Ne sois pas si triste, lui dit-elle. Calme-toi, voyons. Patiente jusqu’au 8 juillet ; il y a une parade et une kermesse à la ville, et nous irons dire bonjour à Alfred.

— Moi aussi, déclara Zozo, ze veux aller à la ville, voir Alfred et m’amuser.

— Moi aussi », ajouta la petite Ida.

La mère secoua la tête.

« Ce n’est pas une fête pour les enfants, expliqua-t-elle. Ils ne s’y amusent pas et, en plus, ils se perdent dans la foule.

— Moi, ze trouve que c’est drôle de se perdre dans la foule », répliqua Zozo. Mais ses parents ne changèrent pas d’avis pour autant.

Le 8 juillet au matin, le papa de Zozo, sa maman et Lina partirent pour la ville afin d’assister à la parade. Ils laissaient Zozo et sa sœur sous la surveillance de la Grosse Marie.

La Grosse Marie était une brave grand-mère qui venait parfois à la Pommeraie, lorsqu’on avait besoin d’elle pour accomplir de menus travaux.

La petite Ida était une enfant sage. Elle s’assit aussitôt sur les genoux de la vieille femme, et lui demanda de raconter une de ces terribles histoires de fantômes dont elle raffolait.

Mais il en était tout autrement de Zozo. Fou de rage, il se dirigea vers l’écurie, son fusil à la main.

« Ze ne vais pas me laisser faire, gronda Zozo. Ze veux aussi aller à la ville, et ze veux aussi m’amuser. Comme les autres. C’est décidé ! T’as compris, Zulie ? »

Il avait adressé ces derniers mots à une vieille jument, appelée Julie, qui paissait dans le pré, derrière l’écurie. À la ferme, il y avait encore un autre cheval nommé Marcus. Mais Marcus, lui, était en route vers la ville, avec Papa, Maman et Lina.

À cette idée, la fureur de Zozo redoubla. Ils auraient, eux, le droit d’aller à la ville, et pas lui ! Ah ! non, alors !

« Z’en connais deux qui vont les poursuivre, et filer comme une flèche, dit le petit garçon. Et ces deux-là, Zulie, c’est toi et moi ! »

Ainsi fut fait. Zozo harnacha la jument et la fit sortir du pré.

« Ne t’inquiète pas, dit-il à la bête. Alfred sera content de me voir et toi, si tu n’aimes pas t’amuser, tu trouveras sûrement un brave cheval pour te tenir compagnie en m’attendant ! »

Il conduisit Julie vers la barrière, méditant d’y prendre appui pour grimper sur le dos du cheval. Il était malin, le petit diable !

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« Maintenant, en route ! s’écria Zozo. Hue ! cocotte ! Au galop ! Nous dirons au revoir à la Grosse Marie quand nous reviendrons à la maison ! »

 

Assis droit et fier sur l’encolure du cheval, le petit garçon tenait son fusil devant lui. Il fallait que le fusil aille, lui aussi, à la ville.

Puisque son ami Alfred était soldat, Zozo le serait aussi.

Alfred avait une arme à feu, Zozo un fusil en bois et, pour lui, il n’y avait pas beaucoup de différence entre les deux. Zozo estimait donc qu’il était soldat comme Alfred.

Julie et son petit cavalier disparurent bientôt dans le bois qui bordait la route.

Julie était vieille, et trottinait lentement. Pour lui donner du courage, Zozo lui chantait :

« Ma bonne vieille zument

ne file pas comme le vent,

mais qu’est-ce que ça peut faire ?

Elle a quatre bons fers et,

de son pas tranquille,

me conduit à la ville. »

Julie trottinait, s’arrêtait pour souffler un peu, repartait en boitillant. Bref, bien fatiguée, elle arriva enfin à la ville avec son compagnon.

« Bon ! s’écria Zozo. Ze vais enfin pouvoir m’amuser ! »

Comme il se rapprochait du centre de la ville, Zozo se frotta les yeux pour s’assurer qu’il ne rêvait pas !

Il savait que, sur terre, il y avait beaucoup d’hommes, mais il n’en revenait pas de voir tant de gens rassemblés en un même endroit !

Jamais il n’avait vu une telle foule. Des milliers de personnes entouraient la grande place, admirant les soldats qui faisaient des exercices avec leur arme sur l’épaule, tournaient à droite puis à gauche, et défilaient à la manière de tous les soldats du monde.

Un petit bonhomme rouge de colère, avec un gros ventre, allait et venait à cheval, hurlant des ordres. Tous les soldats lui obéissaient sans rien dire. Zozo trouva cela très bizarre.

« Ce n’est pas Alfred qui commande ici ? » demanda-t-il à son voisin, un jeune paysan.

Mais le paysan ne répondit pas, trop occupé à regarder les manœuvres.

Zozo aussi s’amusait de voir les soldats passer leur arme d’une épaule à l’autre, mais il se fatigua vite du spectacle et décida de se mettre à chercher Alfred. C’était là, finalement, le but de son expédition.

Or tous les soldats se ressemblaient, dans leur uniforme bleu ! Retrouver Alfred parmi cette quantité d’hommes n’était pas chose facile !

« Attends, qu’Alfred me voie, dit Zozo à Julie, et tu vas bien rigoler. Il viendra me chercher, et l’affreux bonhomme n’aura qu’à zouer tout seul avec les armes, si ça lui chante ! »

Pour se faire remarquer d’Alfred, Zozo sur son cheval se fraya un chemin parmi les soldats et se mit à crier, de toutes ses forces :

« Alfred ! Où es-tu ? Viens vite, ze veux aller m’amuser avec toi ! Tu ne me vois pas ? »

Évidemment, qu’Alfred le voyait ! Il était impossible de ne pas voir Zozo, sur la vieille jument, avec sa « cache-tête » et son fusil ! Mais le garçon de ferme se trouvait parmi les soldats, et il n’osait pas sortir du rang à cause du gros bonhomme qui criait, jurait et hurlait des ordres sans s’arrêter.

Et voilà soudain que le terrible officier s’approcha à cheval de Zozo la Tornade et lui demanda, d’un ton amical :

« Que t’arrive-t-il, mon petit ? Tu as quitté ton papa et ta maman ? Tu t’es perdu ? »

Il y avait longtemps que Zozo n’avait rien entendu d’aussi bête.

« Ze ne suis pas perdu, riposta-t-il, puisque ze suis ici. Et c’est papa et maman qui m’ont quitté et se sont perdus ! »

Zozo avait presque raison.

Sa mère lui avait dit que les petits enfants pouvaient se perdre dans la foule, mais elle se trouvait là, à présent, étouffée dans la cohue avec son mari et Lina, et tous les trois se sentaient perdus, car ils ne pouvaient pas bouger d’un pouce !

Mais ils avaient aperçu Zozo ! Ils l’avaient vu fendre la foule à cheval, avec sa « cache-tête » et son fusil. Le père dit alors :

« Zozo va pouvoir fabriquer encore un bonhomme en bois !

— Oh ! oui, alors ! approuva la mère. Mais comment le récupérer ? »

C’était un problème de taille ! Vous pouvez vous rendre compte de la confusion qui régnait là-bas si vous avez déjà assisté à des fêtes de ce genre.

À peine les soldats eurent-ils terminé leurs manœuvres que la foule envahit la place. Il y eut une bousculade épouvantable. Alors comment retrouver Zozo ?

Ses parents n’étaient pas les seuls à le chercher. Alfred s’y était mis également, car les soldats étaient libres à présent, et le garçon voulait s’amuser avec son jeune ami.

Mais ce n’était pas une mince affaire que de trouver quelqu’un dans cette foule !

Presque toutes les personnes présentes allaient et venaient en cherchant quelqu’un.

Alfred cherchait Zozo et Zozo cherchait Alfred. La maman de Zozo cherchait son fils et Lina cherchait Alfred. Le père de Zozo cherchait sa femme. Elle s’était en effet perdue dans la foule, et il dut la chercher pendant deux bonnes heures avant de la trouver, complètement désespérée, coincée entre deux espèces de géants.

Mais Zozo ne trouvait personne, et personne ne le trouvait !

Il se dit petit à petit que, s’il voulait avoir encore une chance de s’amuser, il fallait qu’il s’y mette tout seul.

Avant tout, il devait cependant trouver de la compagnie pour Julie, car il le lui avait promis.

Cherchant une bonne vieille jument qui ferait l’affaire, il tomba sur leur cheval Marcus. C’était encore mieux ! Attaché à un arbre du champ de foire, Marcus mâchonnait son foin et, près de lui, Zozo reconnut avec plaisir la carriole de la ferme.

Les deux bêtes parurent ravies de se retrouver. Zozo attacha Julie au même arbre que Marcus et alla lui chercher une botte de foin dans la voiture. En ces temps-là, on ne voyageait pas sans réserve pour les chevaux.

Voyant Julie se mettre à mastiquer, Zozo sentit qu’il avait faim, lui aussi.

« Ze ne vais tout de même pas manzer du foin ! » se dit-il.

Il y avait mieux à faire.

Les nombreuses petites baraques installées à l’occasion de la foire regorgeaient de sandwiches, de saucisses, de petits pains et de gâteaux. On y trouvait tout ce que l’on désirait… à condition d’avoir de l’argent !

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Il y avait, par ailleurs, toutes sortes d’attractions : un cirque, des manèges et divers spectacles.

Il y avait même un avaleur de sabres qui avalait des sabres, un avaleur de feu qui avalait des flammes et aussi une superbe femme à barbe qui n’avalait, elle, que du café et des gâteaux !

Mais il fallait payer partout, et Zozo n’avait pas d’argent.

 

Comme je vous l’ai déjà dit, il était cependant très malin.

Il voulait tout voir. Il commença par le cirque, parce que c’était le plus facile.

Il lui suffit de grimper sur deux caisses, placées l’une sur l’autre derrière la tente, et de regarder par une ouverture de la toile.

Pendant le numéro du clown, Zozo rit de si bon cœur qu’il dégringola bruyamment de son échafaudage et se cogna la tête contre une pierre.

Du coup, il quitta le cirque et s’aperçut qu’il avait encore plus faim qu’avant.

« Ze ne peux pas m’amuser avec l’estomac vide, dit-il. Et sans arzent, ze ne peux pas manzer. Réfléchissons. »

Il avait déjà remarqué que la foire offrait diverses occasions de gagner de l’argent. Pourquoi ne trouverait-il pas un moyen, lui aussi ?

Mais, n’ayant pas de barbe et ne sachant pas avaler ni feu ni sabre, que pouvait-il faire ?

Zozo réfléchissait le plus fort qu’il pouvait. Il aperçut soudain, dans la foule, un pauvre vieillard aveugle qui chantait, debout sur une caisse.

L’air misérable, il chantait des chansons tristes, et cela lui rapportait de l’argent.

Il avait posé son chapeau à terre, près de lui, et les gens y jetaient sans cesse des pièces de monnaie.

« Ça, ze peux le faire aussi ! pensa Zozo. Quelle chance, z’ai emporté ma cache-tête ! »

Il posa sa casquette sur le sol, devant lui, et se mit à chanter :

« Ma bonne vieille zument

ne file pas comme le vent… »

La foule l’entoura aussitôt.

« Quel mignon petit garçon ! s’exclamaient les gens. Il doit être bien pauvre pour être obligé de gagner de l’argent en chantant ! »

À cette époque, il y avait beaucoup de pauvres enfants qui ne mangeaient pas à leur faim.

Une dame s’approcha gentiment de Zozo et lui demanda :

« Dis, mon petit, as-tu mangé quelque chose aujourd’hui ?

— Zuste un peu de foin ! » répondit Zozo.

Entendant cela, tous les gens sentirent leur cœur fondre de pitié.

Un petit paysan se mit à pleurer, plaignant ce pauvre enfant qui semblait si seul et avait de si jolis cheveux bouclés.

Tous, alors, jetèrent des pièces d’une demi-couronne et même d’une couronne dans la « cache-tête » de Zozo.

Le petit paysan sortit aussi une pièce de monnaie, mais il se ravisa et, la remettant dans sa poche, il murmura à l’oreille de Zozo :

« Accompagne-moi jusqu’à ma voiture, et je te donnerai encore un peu de foin ! »

 

Mais Zozo était riche à présent, avec sa casquette remplie d’argent.

Il la ramassa, et s’en fut acheter une montagne de sandwiches, de petits pains, de gâteaux et plusieurs bouteilles de sirop.

Quand il eut tout englouti, il fit quarante-deux tours de manège pour quatre couronnes et demie.

Il n’était jamais monté sur un manège auparavant, et il ne se doutait pas qu’il puisse exister quelque chose d’aussi distrayant sur cette terre.

« Enfin ze m’amuse ! pensa-t-il tandis que, ses cheveux blonds volant au vent, il tournait, juché sur un chameau. Ze me suis dézà amusé dans ma vie, mais zamais autant que maintenant ! »

Il alla ensuite admirer l’avaleur de sabres, le mangeur de feu et la femme à barbe. Et il s’aperçut, après cela, qu’il ne lui restait presque plus d’argent.

« Ze pourrais chanter encore un peu pour remplir ma cache-tête, pensa-t-il. Les zens sont tellement zénéreux ici ! » Mais il se sentit fatigué. Ne désirant plus chanter ni gagner d’autre argent, il donna à l’aveugle le peu qui lui restait. Puis, allant de-ci de-là, il se mit à la recherche d’Alfred.

Or Zozo s’était trompé en pensant que tout le monde était gentil.

Il y avait, ce jour-là, quelqu’un de très méchant qui se trouvait également en ville. C’était un dangereux voleur qui rôdait dans la région. On l’appelait le Corbeau, et toute la province le craignait.

Tous les journaux parlaient de ses « exploits ». À toutes les fêtes, tous les marchés, tous les endroits où des gens se réunissaient, on pouvait être sûr que le Corbeau apparaîtrait et, ni vu ni connu, volerait tout ce qui lui tomberait sous la main.

On le reconnaissait difficilement, car il portait chaque fois une barbe et une moustache différentes.

Ce jour-là, il avait assisté à la parade et, coiffé d’un chapeau à larges bords, portant de grandes moustaches noires, il se faufilait parmi la foule. Il cherchait quelque chose d’intéressant à voler.

Personne ne l’avait reconnu. Sinon, les gens se seraient évanouis de frayeur !

Si le Corbeau avait été intelligent, il se serait bien gardé de venir le même jour que Zozo et son fusil.

Zozo allait et venait, cherchant toujours Alfred. Comme il passait devant la baraque de la femme à barbe, il la vit par la porte ouverte, assise, en train de compter sa recette. Elle voulait savoir combien d’argent elle avait gagné dans la journée. À son visage souriant, on devinait qu’elle était très satisfaite du résultat.

Apercevant Zozo, elle lui cria :

« Entre, mon petit ! Je te permets de regarder ma barbe sans payer. Tu as l’air si gentil ! »

Zozo avait plusieurs fois admiré cette barbe au cours de la journée mais, puisqu’il était invité, il ne pouvait pas refuser.

Il entra donc dans la baraque avec sa « cache-tête » et son fusil, et regarda longuement la femme à barbe. N’importe qui d’autre aurait dû payer au moins une demi-couronne pour cela !

« Qu’est-ce qu’il faut faire pour avoir une aussi zolie barbe ? » demanda-t-il d’un ton galant.

La femme à barbe n’eut pas le temps de répondre car, à cet instant, on entendit une voix effrayante qui disait :

« Donne-moi l’argent ou je t’arrache ta barbe ! »

C’était le Corbeau !

Il s’était faufilé dans la baraque sans se faire remarquer.

La femme devint pâle comme un linge sauf, bien entendu, à l’endroit de la barbe.

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La pauvre s’apprêtait à donner tout son argent au brigand lorsque Zozo lui chuchota :

« Prenez mon fusil ! »

Elle saisit l’arme de bois que Zozo lui tendait. Mais il faisait assez sombre dans la baraque et, comme on n’y voyait pas très bien, la femme crut qu’il s’agissait d’un véritable fusil.

Le plus drôle fut que le Corbeau le crut aussi !

« Haut les mains, ou je tire ! » cria la femme à barbe.

Le Corbeau pâlit à son tour, et leva les bras en l’air. Il tremblait de tous ses membres tandis qu’elle appelait la police à tue-tête.

La police arriva, emmena le voleur en prison et, depuis lors, on ne revit plus jamais le Corbeau ni en ville ni ailleurs. Les gens de la province n’eurent enfin plus de vols à craindre.

Oui, c’est exactement ainsi que les choses se passèrent. Or la femme à barbe eut droit à la première page des journaux, mais personne n’écrivit un mot sur Zozo et son fusil. Elle lui devait pourtant d’avoir attrapé le Corbeau, et il serait temps de rétablir la vérité. Voilà qui est fait !

« Quelle bonne idée z’ai eue d’emporter ma cache-tête et mon fusil, se félicita Zozo lorsque les policiers arrêtèrent le voleur.

— Tu es un petit garçon précieux, déclara la femme à barbe. Si cela t’amuse, tu peux me regarder autant que tu voudras, sans payer ! »

Mais Zozo était fatigué. Il n’avait plus envie de regarder la barbe, ni de s’amuser. Il aurait voulu dormir.

La nuit commençait à tomber sur la ville. La journée avait passé, et il n’avait toujours pas trouvé Alfred.

Les parents de Zozo et Lina étaient également fatigués. Ils avaient cherché et cherché Zozo. Lina avait cherché et cherché Alfred. Et maintenant plus personne n’avait la force de continuer à chercher.

« Ouille, mes pauvres pieds ! » geignait la maman de Zozo tandis que le papa hochait la tête d’un air renfrogné.

« C’était amusant, cette parade, remarqua-t-il. Viens, rentrons à la maison ! Il n’y a rien d’autre à faire. »

Ils se dirigèrent vers le champ de foire pour atteler leur cheval. Ils virent alors Julie attachée au même arbre que Marcus.

La maman de Zozo se mit à pleurer.

« Je voudrais tant savoir où est mon petit garçon ! se lamentait-elle.

— Vous pouvez être sûre qu’il fait encore des bêtises, répliqua Lina. C’est un vrai diable ! »

À cet instant, quelqu’un arriva en courant, hors d’haleine. C’était Alfred !

« Où est Zozo ? demanda-t-il. Je l’ai cherché toute la journée !

— Je me moque bien de savoir ce qu’il fait ! » répondit Lina, très vexée.

Et elle monta dignement dans la voiture, pour rentrer à la ferme. Mais elle trébucha sur un obstacle, et cet obstacle… c’était Zozo !

Couché dans le peu de foin qui restait dans la voiture, il dormait à poings fermés.

Il se réveilla quand Lina le bouscula, et vit alors quelqu’un qu’il connaissait bien, encore tout essoufflé et rouge dans son uniforme bleu.

Fou de joie, Zozo bondit et sauta au cou d’Alfred.

« Alfred ! s’écria-t-il. Enfin, te voilà ! » Puis il se rendormit.

La famille reprit la route de la Pommeraie. Marcus tirait la voiture et Julie trottinait, attachée à l’arrière.

Zozo se réveillait parfois, et voyait la forêt noire qui se détachait sur le ciel clair de l’été. Il sentait l’odeur du foin, des chevaux. Il entendait le bruit des sabots et le grincement des roues de la voiture.

Il dormit néanmoins tout le long du chemin, et rêva qu’Alfred revenait à la ferme. Et qu’ils ne se quittaient plus.

Cela se passa en effet peu de temps après.

Ce fut donc le 8 juillet que Zozo partit mener joyeuse vie à la ville. Ce jour-là, tout le monde le chercha. Son père, sa mère, Alfred, Lina et surtout… surtout la Grosse Marie, qui s’en souviendra jusqu’à la fin de sa vie ! Mais il vaut mieux ne pas lui en parler parce que ça lui donne des petits boutons rouges qui lui démangent pendant toute la journée !

Vous savez à présent ce qu’il arriva à Zozo le 7 mars, le 22 mai, le 10 juin et le 8 juillet. Or, pour ceux qui aiment faire des bêtises, tous les jours du calendrier sont bons…

Zozo faisait donc presque tous les jours des farces, mais il se distingua particulièrement le 19 août, le 11 octobre et le 3 novembre.

Je ne peux pas m’empêcher de rire lorsque je pense à ce qu’il inventa le 3 novembre, mais il m’est malheureusement impossible de vous le raconter : j’ai promis le silence à la maman de Zozo.

Après cette dernière invention de Zozo, tous les habitants de Lonneberg se réunirent. Ils plaignaient les Svensson d’avoir un tel voyou pour fils. Ils décidèrent donc de se cotiser et, après avoir chacun donné une demi-couronne, ils allèrent voir la maman de Zozo avec l’argent ainsi recueilli.

« Cela suffirait peut-être pour envoyer Zozo en Amérique ! » lui dirent-ils.

Ah ! c’était du beau ! Envoyer Zozo en Amérique !

Et qui donc, alors, serait devenu, le moment venu, maire du village ?

Heureusement, la maman de Zozo se refusa à écouter un conseil aussi stupide. Au lieu de cela, elle entra dans une violente colère, jeta la bourse à terre, et tout l’argent roula jusqu’au village !

 

« Zozo est un petit garçon très gentil, affirma-t-elle, et nous l’aimons tel qu’il est. »

Mais en fait, elle était très triste.

Quelle maman ne le serait pas lorsqu’on vient se plaindre de son enfant ?

Ce soir-là, quand Zozo fut couché avec sa « cache-tête » et son fusil, elle entra dans sa chambre et s’assit près de lui.

« Zozo, lui dit-elle sérieusement, tu vas maintenant entrer à l’école. Crois-tu qu’ils vont te garder si tu désobéis et si tu passes ton temps à faire des farces et des bêtises ? »

Dans son lit, Zozo ressemblait à un petit ange, avec ses grands yeux bleus, ses cheveux blonds et frisés.

« Turlututu, chapeau pointu ! chantonna-t-il, car il n’aimait pas du tout ce genre de conversation.

— Zozo ! reprit sévèrement sa mère. Que se passera-t-il lorsque tu iras à l’école ?

— Ne te fais pas de souci, répondit gentiment le garçon. Je crois que je ne ferai plus de farces »

Sa mère poussa un gros soupir.

« Espérons-le » dit-elle, en se dirigeant vers la porte.

Alors Zozo la tornade redressa la tête et, avec son air chérubin, il ajouta :

« Mais ce n’est pas tout à fait sûr ! »

 

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Vous avez terminé Zozo la Tornade

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