Zozo la Tornade
Chapitre 3
Jour de fête
Ce jour-là, on donnait une fête à la Pommeraie.
De nombreuses personnes, de Lonneberg et d’ailleurs, étaient invitées. La maman de Zozo avait passé plusieurs jours à faire de la cuisine et de la pâtisserie.
« Tout ça va nous revenir bien cher, lui dit le père. Mais puisque c’est fête, au diable l’avarice !… Tout de même, est-ce que tu ne pourrais pas faire les boulettes de viande un peu plus petites ?
— Je fais les boulettes comme elles doivent être, répliqua la mère. De bonne taille, bien rondes et cuites à point ! »
Et c’était vrai. À part cela, elle préparait aussi des rôtis de porc, des roulades de veau, des filets de hareng marinés, de l’anguille fumée, des ragoûts et des puddings, des chaussons aux pommes et deux énormes gâteaux au fromage blanc. Elle confectionnait aussi une certaine sorte de saucisse tellement bonne que les gens venaient de très loin pour y goûter.
Zozo aussi appréciait beaucoup cette saucisse.
Il faisait, ce jour-là, un vrai temps de fête. Le soleil brillait, les pommiers et les lilas étaient fleuris, et les oiseaux chantaient. Perchée sur la colline, la Pommeraie était si belle qu’elle semblait sortie d’un rêve.
La cour était bien ratissée, la maison astiquée dans ses moindres recoins. Tous les plats étaient préparés. Bref, il ne manquait rien, ou si… il manquait quelque chose !
« Nous avons oublié le drapeau ! » s’écria la maman de Zozo.
En effet, comme cela se faisait en Suède, les Svensson avaient un mât devant leur ferme et, les jours de fête, d’anniversaire ou d’heureux événements, ils avaient coutume de hisser le drapeau bleu et jaune de la Suède.
Aussitôt dit, aussitôt fait !
Le papa se dirigea vers le mât, Zozo et la petite Ida collés à ses talons. Les enfants voulaient voir le drapeau s’élever.
« Je crois que cette fête sera très réussie, dit la mère à Lina lorsqu’elles furent seules dans la cuisine.
— Oui, mais ne serait-il pas plus prudent d’enfermer Zozo comme la dernière fois ? » suggéra Lina.
La mère lui jeta un regard lourd de reproches, et ne répondit pas.
Lina haussa les épaules et murmura :
« Moi, ça m’est égal, après tout. On verra bien !
— Zozo est un enfant charmant », répliqua fermement la mère.
Par la fenêtre, elle pouvait voir l’adorable bambin courir et jouer avec sa petite sœur. Ils étaient beaux comme des anges, tous les deux ! Zozo portait son costume bleu rayé du dimanche, et avait posé l’inévitable casquette sur sa tête bouclée. La petite Ida étrennait une robe rouge avec une ceinture blanche autour de son petit ventre tout rond.
Fière d’eux, la mère leur sourit. Puis elle regarda la route avec inquiétude et dit :
« Il faudrait qu’Antoine se dépêche de hisser le drapeau. Les invités vont arriver d’une minute à l’autre. »
Or les choses s’annonçaient bien et le père s’occupait du drapeau lorsque, par malchance, Alfred arriva en courant de l’étable et cria :
« Le veau arrive ! »
C’était le nouveau-né de la Roussette. Cette vache égoïste n’avait pas pu attendre un autre moment pour mettre son veau au monde ! Alors que les invités allaient se présenter d’une minute à l’autre et qu’on était en train de hisser le drapeau !
Le père lâcha la corde et se précipita vers l’étable.
Les enfants restèrent seuls près du mât. Ida renversa la tête en arrière et, clignant les yeux, regarda la grosse boule dorée qui ornait le faîte.
« Que c’est haut ! s’exclama-t-elle. De là-haut, on voit sûrement la ville ! »
Zozo réfléchit un instant.
« On pourrait vérifier, dit-il. Veux-tu que ze te hisse là-haut ? »
La petite fille se mit à rire. Zozo avait toujours de si drôles d’idées ! Et quelle chance d’avoir un frère aussi gentil !
« Oui ! s’écria-t-elle. Je veux voir la ville !
— Alors, allons-y ! » proposa Zozo d’un ton serviable.
Il saisit le crochet qui servait à tenir le drapeau, et il le fixa à la ceinture d’Ida. Puis, de ses deux mains, il empoigna la corde.
« En route ! dit Zozo.
— Au revoir ! Au revoir ! » s’écria Ida.
La petite fille s’éleva jusqu’au sommet du mât. Alors Zozo accrocha solidement la corde – comme son père faisait lorsqu’il avait hissé le drapeau –, parce qu’il ne voulait pas que sa sœur puisse tomber et se faire mal.
Elle pendait donc là-haut, immobile et sage comme une image.
« Tu vois la ville ? cria son frère.
— Non, répondit la petite fille. Seulement Lonneberg.
— Ah ! fit Zozo déçu. Seulement Lonneberg… Alors, tu veux descendre ?
— Non, pas encore ! cria Ida. C’est amusant aussi de voir le village… Voilà les invités qui arrivent ! »
C’était vrai.
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com
La cour fut bientôt encombrée de voitures et de chevaux, et un flot d’invités passa le portail puis se dirigea vers la maison.
La digne Mme Petrell marchait en tête. Elle venait de très loin pour goûter les fameuses saucisses de Mme Svensson. Un imposant chapeau à plumes coiffait sa très plantureuse personne. Mme Petrell regardait autour d’elle avec ravissement. Il faut avouer que, avec la lumière du soleil, la Pommeraie était belle à voir, au milieu de ses pommiers et de ses lilas. Il régnait un air de fête, et le drapeau flottait. Oui, il flottait. Mme Petrell le voyait bien, malgré sa myopie.
Soudain troublée, elle s’arrêta en chemin. Qu’arrivait-il aux Svensson ?
Comme le père de Zozo sortait de l’étable, Mme Petrell lui demanda :
« Mon cher Antoine… pourquoi avez-vous hissé le drapeau danois ? »
Zozo se tenait près d’elle. Il n’avait aucune idée de la couleur du drapeau danois, mais il savait en tout cas que la chose rouge et blanche, là-haut sur le mât, n’était pas le drapeau danois. « Ha ! ha ! s’esclaffa Zozo. C’est Ida ! » Et la petite fille, suspendue en l’air, se mit elle aussi à rire de bon cœur.
« Ha ! ha ! c’est moi ! cria-t-elle. Je vois tout le village ! »
Le père, lui, ne riait pas du tout. Il se dépêcha de faire descendre la petite fille.
Arrivée à terre, la petite Ida s’écria : « Oh ! là ! là ! ce que c’était drôle ! Je ne me suis jamais autant amusée depuis que Zozo m’a trempée dans la bassine ! »
Elle voulait parler de ce jour où ils avaient joué aux Indiens. Zozo l’avait plongée dans la bassine de confiture de groseilles pour qu’elle ait la même couleur qu’un… Peau-Rouge !
Pauvre Zozo ! Il cherchait toujours à distraire sa petite sœur, mais personne ne l’en remerciait. Au contraire !
Son père le saisit fermement par le bras et se mit à le secouer.
« Je l’avais bien dit ! » ricana Lina en voyant Antoine Svensson conduire son fils vers l’atelier.
C’était en effet à cet endroit-là qu’on l’enfermait lorsqu’il faisait des bêtises.
Zozo criait et pleurait.
« Elle voulait voir la ville », sanglotait-il.
Il trouvait son père vraiment trop injuste. Personne ne lui avait interdit de montrer la ville à la petite Ida. Et ce n’était pas sa faute si sa sœur n’avait vu que le village !
Zozo pleurait sans cesse. Le père ferma la porte et s’en alla.
À cet instant seulement, Zozo s’arrêta.
L’atelier n’était pas désagréable, à vrai dire. On y trouvait quantité de morceaux de bois et de bouts de planches avec lesquels on pouvait faire des tas de choses.
Chaque fois qu’il était puni, Zozo se taillait un joli petit bonhomme en bois. Il en possédait déjà cinquante-quatre et, du train où allaient les choses, il n’en resterait certainement pas là !
« Ze m’en moque, de leur repas de fête ! se dit-il. Papa peut hisser le drapeau lui-même, s’il veut. Moi, ze vais me faire un nouveau bonhomme de bois et ze serai toujours méchant, na ! »
Zozo savait qu’on le ferait bientôt sortir. On ne l’enfermait jamais longtemps dans l’atelier.
« Tu y resteras le temps de bien réfléchir à la bêtise que tu as faite, disait habituellement son père. Comme ça, tu ne recommenceras pas. »
À ce sujet, Zozo la Tornade était assez obéissant. Il répétait rarement la même bêtise. Il en inventait toujours de nouvelles !
Assis dans l’atelier, Zozo sculptait donc son bonhomme en pensant à sa dernière bêtise avec Ida. Ce fut vite fait parce qu’il pensait peu et parce que, l’habitude aidant, il taillait très vite.
Alors il eut grande envie de se trouver dehors. Mais tout le monde avait dû l’oublier. Il attendit, attendit encore. Hélas ! personne ne vint. Zozo commença donc à se demander comment il pourrait sortir tout seul de là.
« Peut-être par la fenêtre ! pensa-t-il. Ça ne doit pas être difficile. »
La fenêtre était un peu haute, mais il réussit à l’atteindre en grimpant sur des planches entassées contre le mur. Il l’ouvrit et voulut sauter. Or il aperçut les redoutables orties qui poussaient juste en dessous. Il n’existe rien d’aussi épouvantable que de sauter dans un tas d’orties. Zozo avait essayé une fois, juste pour savoir ce que l’on ressent.
Maintenant qu’il savait, il n’avait aucune envie de recommencer !
« Ze ne suis pas fou ! pensa Zozo. Il y a sûrement un meilleur moyen de sortir d’ici. »
Comme toutes les fermes d’une certaine importance, la Pommeraie était entourée de constructions en bois. Chacune d’elles servait à un usage différent.
Il y avait donc, bien sûr, l’écurie, l’étable, la porcherie, le poulailler et la bergerie, mais aussi d’autres constructions autour desquelles on s’amusait beaucoup à jouer à cache-cache.
Il y avait une maisonnette où Mme Svensson salait et fumait les jambons ou les anguilles, et où elle confectionnait ses bonnes saucisses.
Une autre maisonnette contenait le lavoir où Lina lavait le linge de la maison. Tout près de là s’élevaient encore deux bâtiments très proches l’un de l’autre. L’un abritait l’atelier et la réserve de bois tandis que l’autre se composait de la lingerie et d’un vaste cellier.
Le soir, Zozo et sa petite sœur jouaient souvent à cache-cache parmi toutes ces maisonnettes. Naturellement, ils évitaient soigneusement les orties !
Pour le moment, Zozo ne pouvait jouer à rien. Il restait enfermé à cause de ces maudites orties qui poussaient entre l’atelier et le cellier.
Zozo réfléchissait. Il vit que la fenêtre du cellier était ouverte, et cela lui donna une idée.
On devait pouvoir facilement relier les deux fenêtres par une planche et ramper sur ce pont improvisé pour pénétrer dans le cellier.
Zozo en avait assez de rester dans l’atelier et, de plus, il commençait à avoir faim.
Il ne perdit pas plus de temps et réalisa aussitôt son projet.
La planche fut installée en un clin d’œil. Zozo se mit alors à ramper. L’entreprise présentait un certain danger, car la planche était assez mince, et Zozo plutôt lourd.
« Si tout va bien, se promit-il en avançant, ze zure de donner mon polichinelle à Ida. »
La planche fit entendre un craquement sinistre. Le garçon prit peur en voyant les orties sous lui, et il perdit l’équilibre. « Au secours ! » glapit Zozo.
Mais il réussit à se rattraper en s’agrippant à la planche par une jambe, et il se redressa pour continuer sa traversée.
Il atteignit la fenêtre sans autre ennui, et il pénétra dans le cellier.
« Après tout, ce n’était pas si difficile ! fît-il. Mais Ida aura tout de même mon pantin… ze pense… une autre fois… il sera peut-être cassé d’ici là… oui, eh bien, ze me déciderai plus tard ! »
D’un coup de pied, il renvoya la planche dans l’atelier. Zozo était un garçon très ordonné ! Il courut vers la porte, essaya de l’ouvrir… Elle était fermée à clef.
« C’est bien ce que ze pensais, dit Zozo. Mais ils vont sûrement venir chercher les saucisses, et ze connais quelqu’un qui en profitera pour sortir ! »
Zozo se mit à renifler. L’endroit sentait délicieusement bon. Il regarda autour de lui avec grande attention.
En haut, sous le toit, pendaient des jambons fumés. Des anneaux de boudins étaient enfilés sur une perche. Le papa de Zozo aimait beaucoup le boudin et le jambon !
Dans un coin se trouvaient la huche pleine de belles miches de pain doré et, à côté, une belle table à rallonges couverte de fromages et de terrines de beurre.
Derrière la table, il y avait le saloir empli de viande de porc et, tout près, le grand placard où la maman de Zozo gardait le sirop de framboise, les cornichons, les poires en bocaux et la confiture de fraises.
Et, sur une planche de ce même placard, Zozo vit les fameuses saucisses.
Or, il raffolait des saucisses !
À la Pommeraie, la fête battait son plein. Les invités avaient d’abord pris du café avec des petits gâteaux. À présent, ils étaient encore assis et attendaient d’avoir de nouveau faim pour se mettre à manger les rôtis, les harengs marinés, les saucisses et tout le reste. Soudain, la maman de Zozo s’écria :
« Oh ! nous avons oublié le petit ! Le pauvre enfant est resté assez longtemps enfermé, maintenant ! »
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com
Le père courut aussitôt à l’atelier, la petite Ida collée à ses talons.
« Zozo ! appela-t-il en ouvrant tout grand la porte. Tu peux sortir ! »
Vous jugez de sa surprise lorsqu’il s’aperçut que Zozo n’était plus là !
« Quel garnement ! fit le père. Il s’est échappé par la fenêtre. »
Il regarda par la fenêtre, et il vit les orties bien droites et hautes, pas piétinées du tout.
Alors il s’inquiéta. « Il se passe quelque chose de bizarre, déclara-t-il. Personne n’est passé par là. Aucun être humain, en tout cas ! »
La petite Ida fondit en larmes. Qu’était devenu Zozo ?
Ida se souvint alors de la berceuse, si triste, que Lina lui chantait le soir. On y parlait d’une petite fille enfermée dans un affreux cabinet noir qui, un jour, fut changée en plume blanche et s’envola au ciel. Qui sait si Zozo n’avait pas, lui aussi, subi une transformation qui lui aurait permis de s’envoler ?
Ida regarda autour d’elle, cherchant une plume quelconque.
Elle vit alors une poule blanche et dodue qui passait devant l’atelier en picorant le sol à la recherche de vers. Pleurant de plus belle, Ida montra la poule du doigt.
« C’est peut-être Zozo ! » dit-elle.
Son papa n’y crut pas un seul instant. Mais, pour plus de sécurité, il courut demander à sa femme si, par hasard, elle n’avait jamais vu Zozo en train de s’exercer à voler en partant d’une fenêtre ouverte.
« Voyons, Antoine ! s’écria-t-elle. Ne dis pas de sottises ! Il doit se trouver dans l’atelier. »
Et tout le monde se mit à la recherche de Zozo.
Mais il resta introuvable.
On ne trouva, dans l’atelier, que cinquante-cinq bonshommes de bois alignés sur une étagère. Mme Petrell n’avait jamais vu autant de bonshommes à la fois, et elle demanda qui les avait taillés.
« Notre petit Zozo, répondit la maman, en se mettant à pleurer. C’était un enfant si charmant !
— Oh oui ! » fit Lina en hochant la tête. Puis elle ajouta : « Et si nous regardions dans le cellier ? »
L’idée n’était pas mauvaise du tout !
On se précipita dans l’autre maisonnette.
Mais le cellier semblait désert. Pas de Zozo !
Ida continuait silencieusement à pleurer. Voyant que personne ne la regardait, elle s’approcha de la poule blanche et chuchota :
« S’il te plaît, Zozo, ne t’envoie pas au ciel ! Je te donnerai du grain, je te chercherai des vers de terre, mais promets-moi de rester à la maison ! »
La poule ne voulut rien promettre. Elle caqueta et s’en alla.
Les habitants de la Pommeraie fouillèrent la ferme dans tous ses coins et recoins. Mais ils ne trouvèrent Zozo ni dans le bûcher ni dans le lavoir. Pas plus de Zozo dans l’étable, dans l’écurie ou dans la porcherie ! Personne dans la bergerie, dans le poulailler ni dans la lingerie !
Ils regardèrent alors dans le puits. Sans succès, heureusement ! Mais ils se mirent à pleurer.
Et les habitants de Lonneberg se chuchotèrent d’une oreille à l’autre :
« En fait, c’était un charmant enfant, ce Zozo ! Il n’était pas vraiment mal élevé – moi, en tout cas, je ne l’ai jamais dit ! »
« Il est peut-être tombé dans le ruisseau ! » émit Lina.
Un ruisseau impétueux, dangereux à cause de la violence de son courant, traversait le domaine. De petits enfants pouvaient facilement s’y noyer.
« Tu sais bien qu’il n’avait pas le droit d’y aller, dit la maman de Zozo d’un ton sévère.
— Justement ! » répliqua Lina.
Ils coururent tous vers le ruisseau. Ils ne trouvèrent pas plus de Zozo ici qu’ailleurs. Tout le monde recommença à pleurer. Et dire que la maman de Zozo avait pensé que la fête serait si merveilleusement réussie !
On ne savait plus où chercher.
« Que pourrions-nous essayer d’autre ? interrogea la mère.
— Il faudrait quand même manger un peu », suggéra le père.
Les invités l’approuvèrent, car ces recherches et ces pleurs avaient fortement aiguisé leur appétit.
Les femmes mirent la table. La maman de Zozo versa quelques larmes dans le plat de harengs en l’apportant. Puis arrivèrent les rôtis, les roulades de veau, les gâteaux au fromage blanc et tout le reste.
Mme Petrell avait l’eau à la bouche. Tout semblait si bon ! Mais elle s’inquiétait de n’avoir pas encore vu les saucisses.
Au même instant, la mère de Zozo s’écria :
« Lina, nous avons oublié les saucisses ! Va vite les chercher ! »
Lina partit aussitôt.
Tout le monde attendait impatiemment, et Mme Petrell dit en dodelinant de la tête :
« Ah ! oui, les saucisses ! Elles nous consoleront un peu, en ces tristes circonstances ! »
Lina revint alors. Sans saucisses.
« Suivez-moi tous, dit-elle. Je vais vous montrer quelque chose ! »
Elle avait un drôle d’air, mais cela lui arrivait souvent et il ne fallait pas y prêter attention.
« Quelles idioties as-tu encore inventées ? » demanda sévèrement Mme Svensson.
Lina eut l’air encore plus drôle, et se mit à ricaner. « Suivez-moi ! » redit-elle.
Elle fut aussitôt obéie par tous ceux qui se trouvaient à la Pommeraie. Et, l’air stupéfait, ils suivirent Lina qui, ricanant de plus belle, se dirigeait vers le cellier.
Arrivée devant la maisonnette, elle poussa la porte, franchit le seuil, et conduisit l’assemblée devant l’énorme buffet. Un sourire aux lèvres, elle ouvrit les deux battants et montra du doigt la planche du milieu, où la mère de Zozo rangeait toujours les fameuses saucisses.
Il n’y avait plus aucune saucisse.
Mais, à la place, reposait Zozo !
Il dormait, allongé parmi de petits restes. Il dormait, le chérubin !
Sa maman était plus heureuse que si elle avait découvert de l’or dans son buffet. Qu’importe, si Zozo avait englouti toutes les saucisses ! Il valait cent mille fois mieux retrouver Zozo sur cette planche plutôt que quelques kilos de saucisse !
Le père partageait cet avis.
« Ha ! ha ! Zozo est là ! gloussait la petite Ida. Et il n’a pas beaucoup changé ! »
Vous voyez à quel point un seul petit garçon, gavé de saucisse, peut rendre les gens heureux !
Tout le monde fut gai, enfin, et la fête se termina bien.
La maman de Zozo ramassa les quelques restes de saucisse oubliés par le « cher petit », et elle les offrit à Mme Petrell qui fut au comble de la joie.
Quant aux autres, même sans saucisse, ils ne moururent pas de faim !
Les rôtis, les roulades, les boulettes de viande, les harengs, les ragoûts, les puddings et les anguilles fumées firent leur bonheur.
Au dessert, ils se régalèrent avec le merveilleux gâteau au fromage accompagné de confiture de fraises et de crème fouettée.
« Y a rien de meilleur que ce gâteau au fromaze », affirma Zozo.
Et si vous aviez pu y goûter, vous lui auriez donné raison.
La nuit tomba doucement sur le village.
Le père baissa le drapeau, tandis que ses enfants le regardaient.
Ainsi prit fin la fête à la Pommeraie, et chacun rentra chez soi.
Les voitures partirent l’une après l’autre. La dernière fut celle de Mme Petrell.
Les enfants écoutèrent s’éloigner les sabots des chevaux qui descendaient la colline.
« Z’espère que Mme Petrell zera zentille avec ma petite souris, dit Zozo.
— Quelle souris ? demanda Ida.
— Celle que z’ai glissée dans son sac.
— Pourquoi as-tu fait ça ?
— Z’avais pitié de la souris, expliqua Zozo. Pendant toute sa vie, elle n’a zamais rien vu d’autre que le grand buffet. Z’ai pensé qu’elle aimerait voir la ville !
— Pourvu que Mme Petrell soit gentille avec elle, espéra Ida.
— Ze suis sûr qu’elle le sera », déclara Zozo.
Ce fut le 10 juin Que Zozo hissa la petite Ida au faîte du mât, puis engloutit toutes les saucisses. Il se tint à peu près tranquille jusqu’au 8 juillet, date à laquelle il commit encore l’une de ses fameuses « bêtises ».
OceanofPDF.com