Andéhir (intégrale) (French Edition)

Ekas Samarlande · Chapitre 24 sur 30

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Andéhir (intégrale) (French Edition)

Chapitre 12 · « Gimsirith, la cité aséenne la plus…

« Gimsirith, la cité aséenne la plus proche de Kanatar, fut la première place forte de l’Andéhir à tomber par le passé.»

Parole de Golan le sage

Dans le Norland, les Azéïrs étaient passés à l’attaque. Gimsirith, la cité la plus proche de Kanatar, était assiégée. Les troupes de l’envahisseur, des milliers de guerriers onags et azéïrs s’étendaient à perte de vue.

Le roi Anhor se trouvait dans la citadelle. Les hordes ennemies se ruaient sur les remparts. Elisius était présent avec ses soldats. Il était revenu avec des renforts. Les flèches sifflaient, les projectiles magiques fusaient, les catapultes lâchaient leurs rochers. La bataille faisait rage. Les Hommes et les Aséens luttaient farouchement face à un adversaire acharné qui ne comptait pas ses pertes.

Les défenseurs repoussaient les Azéïrs et les Onags qui avaient pu se hisser via les échelles et les cordes. Anhor combattait sur le rempart, une hache à la main, aux côtés d’Elisius. Il distribuait de violents coups à droite et à gauche. Elisius utilisait sa magie, renversant les attaquants avec de puissantes ondes de choc. La bataille avait commencé depuis plusieurs heures et rien ne semblait décourager l’ennemi.

Au loin des beffrois approchaient.

– Des tours de siège, fit Elisius en s’adressant à Anhor.

Le Rothgar aséen tourna la tête. Une expression farouche parcourut son visage.

– Si elles parviennent aux remparts, la cité risque de tomber, répondit le Rothgar aséen.

– Ansius devrait venir avec trois mille cavaliers du royaume d’Ecklon pour prendre l’ennemi à revers dans quelques heures. La citadelle doit tenir jusque-là ! s’exclama Elisius tout en continuant à combattre.

Lui et Anhor combattaient dos à dos, des Azéïrs les attaquant des deux côtés.

– Trois mille guerriers montés aséens de plus arriveront simultanément en provenance de l’intérieur de mes terres, ajouta Anhor. Il faut tenter une sortie par le sud, contourner l’ennemi et abattre ces tours.

Anhor renversa les deux créatures aux yeux jaunes qui lui barraient le passage et quitta Elisius pour se rendre auprès de sa cavalerie, presque mille aséens, qui se tenaient prêts face aux portes nord de la cité. Les terribles guerriers accompagnés de plusieurs magiciens montèrent en selle sur les instructions de leur Rothgar. L’ordre de sortir par l’autre côté de la ville fut donné. Les assaillants semblaient moins nombreux à cet endroit. La porte sud était en effet presque dégagée, l’essentiel des assauts se faisant au nord de la cité. Seules quelques troupes ennemies stationnaient à quelques dizaines de mètres pour bloquer l’accès.

C’était un général Aséen très proche d’Anhor qui dirigeait la cavalerie.

– Gaal !

– Oui, noble Rothgar.

– Les tours de siège azéïres ne doivent pas atteindre nos murs.

– Je m’en occupe.

Anhor hocha la tête et caressa le cou du cheval du général.

– Je compte sur toi.

– Ces beffrois brûleront avant que le soleil soit à son zénith.

Les cavaliers traversèrent la cité en quelques minutes. Les portes sud s’ouvrirent en grand et la cavalerie sortit en trombe dans un grondement de tonnerre. Les Azéïrs tentèrent de bloquer le passage, mais leur ligne fut éventrée avec une déconcertante facilité. Ils n’étaient pas assez nombreux de ce côté-ci pour arrêter presque mille guerriers montés.

Les pertes furent faibles du côté des Aséens. Ils poursuivirent leur route plein est et contournèrent les positions ennemies, puis prirent vers le nord. Les troupes azéïrs et onags s’étendaient sur des kilomètres.

Les tours d’assauts apparurent. Elles se trouvaient encore loin des remparts et un accès se dessinait par le nord-est.

Gaal criait ses ordres. Les cavaliers talonnaient leurs montures. En quelques minutes, ils contournèrent les positions adverses, puis filèrent sur leurs cibles.

Les Azéïrs les avaient vus et affrontèrent les guerriers à cheval. Le contact fut fracassant. Les rangs ennemis volèrent en éclats et les cavaliers s’enfoncèrent dans la masse. Les Aséens distribuaient de grands coups de leurs armes. Des boules de feu, des éclairs magiques et des charges d’énergies fusaient de toute part.

Gaal et ses combattants progressaient et atteignirent rapidement la première tour d’assaut qu’ils incendièrent.

Ils resserrèrent leurs rangs, complètement encerclés, et se dirigèrent vers leur second objectif, une immense construction de bois qui s’élevait au-dessus de la masse. Elle avançait lentement, tirée par de nombreuses bêtes de somme. Ses quatre grandes roues mesuraient bien deux mètres de circonférence.

Gaal et ses guerriers se frayèrent un passage. Là, une dizaine d’Onags armés de masse à pointes se jetèrent sur eux.

Gaal sauta de son destrier et distribua de violents coups de hache aux deux premiers, les blessant grièvement. Les autres n’eurent pas le temps de lui tomber dessus : quatre Aséens, juchés sur leurs chevaux, les terrassèrent en leur lançant des éclairs.

Gaal était au pied de la tour d’assaut. Des Azéïrs et des Onags arrivaient. Les soldats Aséens protégeaient leur chef en formant un rempart de leurs corps ou en abattant les plus menaçants avec leurs arbalètes.

Gaal monta sur le socle et se plaça en son centre. L’énergie primitive s’agitait fortement autour de lui. Il se concentra et produisit une onde de choc sphérique d’une si grande violence que la tour vola en éclat. Des morceaux de bois et de métal filèrent dans les airs en sifflant. De nombreux Azéïrs, des Onags et même des Aséens furent blessés par les débris.

Gaal remonta en selle et hurla ses ordres :

– Allez ! Il en reste encore d’autres à abattre ! Nous restons groupés et nous les détruisons une à une !

Les Aséens levèrent leurs armes en guise de réponse.

Gaal lança une puissante onde de choc pour dégager un passage et talonna sa monture. Ses guerriers le suivirent. Nombre d’entre eux se faisaient désarçonner et tuer par l’ennemi, pourtant ils continuèrent à avancer en rangs serrés.

Bien que complètement encerclés, ils réussirent à atteindre un autre beffroi qu’ils abattirent, mais ils furent réduits à six cents combattants.

Ils purent détruire trois cibles supplémentaires, puis furent submergés par le nombre et moururent jusqu’au dernier.

Du haut du rempart, Anhor avait suivi le massacre avec une longue-vue. Il avait réprimé un sentiment de culpabilité en regardant toute sa cavalerie tomber sur le champ de bataille. Mais il savait que son choix était le bon.

Il restait deux tours d’assaut, et elles approchaient. Anhor hurla ses ordres :

– Repoussez-moi ces immondes créatures ! Archers et arbalétriers, tirez ! Puis désignant trois magiciens : vous ! Venez avec moi !

Il rassembla plusieurs magiciens autour de lui et se dirigea vers la première des tours d’assaut qui approchait. Elle se trouvait à trois mètres. Elle avança encore et jeta sa passerelle.

Des dizaines d’Onags et d’Azéïrs en jaillirent en hurlant. Les archers humains et aséens décochèrent leurs flèches. Les ennemis tombaient. Les guerriers de la cité repoussèrent les assaillants. Anhor et ses magiciens se mirent à bombarder la tour de projectiles magiques enflammés dont un bon nombre fut stoppé par des magiciens onags. Le flux de l’attaque magique aséenne était cependant continu et intense, et au bout de quelques minutes les boucliers magiques cédèrent… La tour s’embrasa.

Anhor et ses guerriers magiciens se dirigèrent alors vers la seconde tour en approche. Celle-ci placée un peu plus loin. La pression d’une offensive magique à cette distance serait insuffisante pour vaincre les barrières magiques.

Anhor s’avança vers les catapultes du rempart.

– Abattez-moi ce truc !

Les machines de guerre pivotèrent, puis crachèrent une multitude d’énormes pierres.

Plusieurs furent stoppées, mais celles qui atteignirent leur objectif causèrent de gros dégâts.

– Tirez encore ! cria Anhor.

À la deuxième salve, la dernière tour éventrée vacilla puis s’effondra. Anhor était satisfait.

Les guerriers étaient exténués. Depuis plusieurs heures, ils s’épuisaient à repousser les assaillants et il leur tardait de voir venir les renforts attendus.

Vers le milieu de l’après-midi, les trompes sonnèrent, annonçant les deux cavaleries. Ils arrivèrent simultanément, les Humains sur la droite et les Aséens sur la gauche. Ils s’enfoncèrent dans la masse de combattants adverses, les renversant sur leur passage.

La stratégie consistait à prendre en tenaille les guerriers azéïrs et onags proches du rempart et de les encercler.

Au bout d’une heure, la manœuvre réussit : l’Ennemi sonna le rappel des troupes.

La nuit n’allait pas tarder à tomber. Le ciel s’assombrissait déjà et les cavaliers humains et aséens rentrèrent dans la cité.

Anhor se trouvait avec Elisius sur le rempart :

– Tes hommes ont vaillamment combattu, roi de l’Ecklon ! Merci encore de ton aide. Nous avons repoussé nos ennemis, mais je doute que nous tenions longtemps !

– Ils réattaqueront demain ! Ils sont nombreux et déterminés, Anhor ! La cité risque bien de tomber ! Il serait sage de ne laisser ici que les combattants.

– Hum ! Oui, tu as raison. Et je pense qu’il faut aussi prévoir notre éventuel repli vers les autres citadelles. Gimsirith est la place forte la plus proche de Kanatar. Les Azéïrs et les Onags sont des milliers et reçoivent sans arrêt des renforts. Ils ne comptent pas leurs morts et mettront un point d’honneur à obtenir leur première victoire dans le Nordland.

– Crois-tu qu’il serait judicieux de tous quitter la cité dans la nuit ?

– Non, seulement les non-combattants. Nous devons tenir le plus longtemps possible. Quand Gimsirith sera tombé, ils attaqueront une autre ville, puis une autre, et encore une autre. Et ce jusqu’à notre défaite totale. Il faut résister le temps nécessaire pendant qu’Aélig fait ce qu’il doit.

–Soit ! Mes hommes et moi-même resterons à tes côtés.

– Je t’en remercie.

Anhor donna l’ordre d’évacuer les non-combattants. Les guerriers passèrent dans toutes les demeures pour informer la population de la citadelle, ne leur laissant que quelques heures pour se rassembler au sud de la ville. Ils devaient partir dans la nuit.

La cité s’activa. Les familles se regroupèrent petit à petit. Dans le même temps, les combattants humains et aséens ramassèrent leurs morts, déblayèrent les gravats qui jonchaient le sol, pansèrent les blessures.

De nombreux bâtiments avaient souffert des bombardements ennemis et on tentait de remettre un peu d’ordre dans les zones les plus touchées.

Sur le rempart on réparait les balistes, les catapultes et les mangonneaux récupérables. Certaines machines étaient complètement détruites et on les évacua. Des guerriers en nombre furent désignés pour les tours de garde des prochaines heures.

Anhor et Elisius dînèrent ensemble avec quelques autres Aséens et Humains. La fatigue commençait à les gagner, et une bonne nuit de sommeil aurait été la bienvenue. Mais l’heure n’était pas au repos. Anhor et Elisius avaient encore bien des choses à mettre en place.

Le Rothgar aséen décida de se rendre au sud de la ville où tous les non-combattants avaient été rassemblés. Une escorte de deux cents cavaliers avait été désignée. Il voulait être présent lorsqu’ils partiraient.

Les lampes à huile de la cité étaient toutes allumées. Une douce lumière jaunâtre et tamisée envoûtait les rues. Anhor croisa quelques guerriers silencieux sur son chemin. Il les salua rapidement d’un geste de la main et poursuivit sa route.

Il arriva sur la grande place où venaient de se rassembler ceux qui devaient partir. Ils étaient nombreux : des femmes, des enfants, des vieillards. Des chariots avaient été préparés pour ceux qui marchaient avec difficulté.

Il passa en revue la troupe et donna quelques ordres. Étrangement, malgré tout ce monde, il régnait un calme plat sur les lieux. Personne ne disait mot.

Anhor commanda d’ouvrir les portes et le cortège s’ébranla. Un peu plus tard, tous étaient partis. Restait à espérer que les Azéïrs et les Onags n’attaqueraient pas le convoi dans la nuit.

Anhor était assez confiant sur ce dernier point. Après une lutte acharnée d’une journée entière, il était peu probable que l’adversaire mène un raid dans le noir contre un cortège qui s’éloignait de la zone de combat.

Le Rothgar Aséen s’en retourna ensuite dans ses quartiers. Il était temps de se reposer. Il avait des appartements qui lui étaient réservés à Gimsirith comme dans toutes les cités du pays. Il se fit servir une tisane dans un grand pichet puis se mit au lit.

*

Le lendemain, le Rothgar aséen fut réveillé par les tambours ennemis. L’attaque allait, semblait-il, reprendre dès l’aube.

Anhor se rendit immédiatement sur le rempart où il retrouva Elisius :

– Ils ne nous laissent aucun répit ! s’exclama Anhor.

– Oui. Et ils sont plus nombreux qu’hier !

Anhor n’eut pas le temps de répondre. Un énorme bloc de roche passa au-dessus de sa tête : le bombardement ennemi venait de commencer.

Les énormes pierres projetées par les catapultes s’écrasaient sur les murs, certaines volaient au-dessus du rempart, d’autres étaient stoppées par des ondes de choc, quelques-unes réduisirent en bouillie les machines de guerre de la défense de Gimsirith.

Les hordes d’envahisseurs s’élancèrent à l’assaut sous les pluies de flèches, de pierres, de projectiles magiques et de pieux.

La matinée commença par un combat furieux. Les Azéïrs et les Onags hurlaient et grognaient. Les grappins étaient lancés, les échelles levées. L’ennemi attaquait de toutes parts. Des béliers approchaient les différentes portes du nord de la cité.

Deux chevaliers noirs étaient présents, juchés sur leurs chevaux, hors d’atteinte, fixant les murs de Gimsirith avec insistance.

Il n’y eut aucun répit. Vers le milieu de la journée, une première porte céda sous les coups d’un bélier, puis une deuxième. Certaines parties du rempart avaient été gagnées par l’ennemi. Les guerriers Humains et Aséens tentaient de retenir la masse de combattants qui avançait. Mais c’était peine perdue. Les Onags et les Azéïrs entraient dans Gimsirith.

La pression de l’attaque ne cessa pas et les défenseurs de la ville reculaient. Les Humains et les Aséens se replièrent. Anhor et Elisius donnèrent l’ordre d’évacuer.

– Impossible, noble Rothgar fit un guerrier aséen. Des milliers d’Azéïrs et d’Onags ont contourné la cité ! Nous sommes encerclés !

– Il faut tenter une percée, c’est notre seule chance, dit Elisius.

– Oui, répondit Anhor.

Les deux souverains rugirent leurs ordres. Les portes sud s’ouvrirent et les combattants s’élancèrent dans la masse ennemie.

Le contact fut brutal, cris de rage, fracas des armes… Les Humains et les Aséens avançaient peu, ils s’effondraient par dizaines…

La percée ne réussit pas. Une marée ennemie les submergea. En quelques heures seulement tous moururent. Anhor et Elisius furent dans les derniers à tomber.

*

Le silence régnait sur le champ de bataille, les Onags et les Azéïrs s’étaient rassemblés dans la ville.

Dans l’herbe grasse, le corps d’Elisius reposait aux côtés de celui d’Anhor.

Le Royaume d’Ecklon et le Norland venaient de perdre leurs souverains.

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