Andéhir (intégrale) (French Edition)
Chapitre 6 · « La magie peut se mettre au…
« La magie peut se mettre au service de justes causes comme d’autres beaucoup moins louables, mais le bien et le mal ne résident pas en elle, il est dans le cœur des êtres qui la pratiquent. »
Parole de Golan le Sage.
Deux jours après leur combat contre Hokan, Aélig et Engahane arrivèrent devant Myaxalt, la capitale du royaume d’Elir. Les deux chevaliers avaient pris soin d’éviter toutes les autres villes qui se trouvaient sur leur trajet, ainsi que les troupes de soldats en mouvement, passant à travers les prairies, les collines, et les vallées. Aélig se repérait très facilement dans cette région qu’il avait beaucoup parcourue par le passé, et c’était sans aucun mal qu’il avait pu emprunter des chemins dégagés.
Myaxalt était une immense agglomération constituée de trois grandes zones circulaires séparées par des enceintes concentriques. La première couronne de la ville, prise entre le rempart extérieur et le premier mur intérieur, protégeait l’endroit où vivait la majeure partie des habitants de la cité. On y trouvait des commerces, des artisans et la plupart des gens du peuple. La couronne intérieure abritait une zone militaire qui avait été bâtie de façon à rendre quasiment inaccessible l’accès aux bâtiments centraux, résidences de la plupart des notables et des élites du pays, et c’est là que se dressait le château d’Hanreiker.
Les deux chevaliers entrèrent dans la ville et traversèrent la première couronne, puis se présentèrent à l’une des portes de la muraille intérieure. Les gardes reconnurent le sceau de l’Isantis et les conduisirent jusqu’au rempart central, puis jusqu’au château d’Hanreiker. On leur ouvrit les lourdes portes de l’entrée principale et ils pénétrèrent dans la grande cour où on les laissa attendre une bonne demi-heure.
Une magicienne vint enfin à leur rencontre. Elle portait une longue robe vert pâle, brodée aux poignets et au cou. Ses cheveux blonds descendaient jusqu’aux épaules en décrivant de grosses boucles. Elle présentait un visage avenant avec un léger sourire qui se voulait accueillant. Son aura mystique dégageait de la puissance, ce que ne manquèrent pas de remarquer les deux chevaliers.
– Je m’appelle Akhéna… Vous êtes des chevaliers mages de l’Isantis et souhaitez obtenir une entrevue avec notre roi, m’a-t-on dit ?
– Tout à fait madame, répondit Aélig.
– Et quel est l’objet de votre visite ?
– Nous sommes porteurs d’un message de notre Seigneur Mage, Silenus.
– Je suppose que cela concerne le royaume de Mirande ?
– Oui.
– Je ne sais pas si notre roi acceptera de vous rencontrer, mais je vais de ce pas l’informer de votre présence.
Elle les laissa dans la cour en compagnie des gardes et disparut derrière une porte pour ne revenir qu’une heure après.
– Notre roi va vous recevoir, dit-elle sans détour et sans excuser la longue heure d’attente des deux chevaliers. Je vais vous conduire.
Aélig ne pressentait aucun danger. L’aura mystique de la magicienne paressait calme et il semblait à priori que l’entrevue se déroulerait sans problème.
Ils traversèrent de nombreuses pièces, gravirent de larges escaliers empruntèrent d’interminables couloirs éclairés aux chandelles, puis arrivèrent dans la salle d’audience. Celle-ci était spacieuse, toute en longueur avec d’immenses colonnes de pierre qui soutenaient les voûtes du plafond. Les murs avaient été sculptés et la lumière entrait par de hautes fenêtres placées sur les côtés. En différents endroits de la pièce, des gardes en armure se tenaient immobiles.
Hanreiker se trouvait sur le trône, un siège de bois finement ciselé. Bien qu’assis, sa taille restait imposante. Son visage était rectangulaire, sa peau légèrement brune, ses yeux et ses cheveux d’un noir mat, et sa barbe courte parsemée de quelques poils gris. Il était habillé de vêtements de velours et avait un air austère. À ses côtés se tenait un grand chevalier noir identique à celui qu’Aélig et Engahane avaient vu avec les Azéïrs.
« Tu as vu ? » dit Engahane par la pensée.
Aélig tendit son esprit vers Hanreiker et le chevalier noir pour étudier leurs auras. Celles-ci apparaissait très puissantes, mais complètement opaques. Aucun moyen d’analyser leur nature.
« Je viens de sonder les auras d’Hanreiker et du chevalier noir, Engahane. Ce sont de redoutables magiciens, il n’y a aucun doute !
– Que fait-on, maître ? Parlons-nous ouvertement?
– Oui, nous verrons bien comment ce chevalier noir réagit.»
La communication mentale cessa et Hanreiker s’adressa à eux.
– Bienvenue à vous, messagers de l’Isantis. Je suis le roi de l’Elir, Hanreiker. Que me vaut votre visite ?
– Mon nom est Aélig et ma compagne s’appelle Engahane. Nous sommes envoyés par Silenus, notre Seigneur Mage.
– Je vous écoute, dit Hanreiker.
– Vous préparez l’invasion du royaume de Mirande, n’est-ce pas ?
– Certes, ce n’est pas un secret !
– Vos projets de conquête risquent fort de mettre tout l’Andéhir en péril. Nous sommes venus vous prévenir et nous vous demandons de rappeler vos troupes.
– Pardon ?
– Retirez vos soldats qui se trouvent à la frontière du royaume de Mirande.
Le roi éclata de rire.
– Voyons, vous plaisantez ! Vous croyez vraiment que je vais stopper mes projets sur votre demande ?
– Nous avons de bonnes raisons de penser que la prophétie de Golan est sur le point de se réaliser.
– Foutaises !
– Melin, un prince nabur s’est associé à des Onags, tout comme vous avez conclu une alliance avec des Azéïrs. Ces créatures se retourneront contre vous Hanreiker, ne soyez pas dupe.
– Les Azéïrs qui me servent ne s’intéressent qu’à l’or.
– Vos ambitions vous aveuglent donc à ce point ?
– Je ne vous ai pas reçu pour me faire insulter, Chevalier. Changez de ton si vous voulez poursuivre cette entrevue !
– Les Onags et les Azéïrs sont commandés par des chevaliers noirs, tout comme celui qui se tient à vos côtés, et ils ne sont pas sans évoquer les lieutenants de M’nagoth. Ne le voyez-vous donc pas ?
– Vous croyez que l’homme présent à mes côtés est un des lieutenants de M’nagoth ?
Hanreiker se tourna vers le chevalier noir :
– Qu’en penses-tu, cher ami ?
– M’nagoth est mort et ses lieutenants avec lui. Vous divaguez, répliqua le chevalier à l’intention d’Aélig.
– J’ai vu une colonne d’Azéïrs dirigée par un chevalier noir, tout comme vous, s’exclama Aélig avec force en s’adressant au personnage. Qui êtes-vous ?
– Dois-je lui répondre ? demanda le sombre individu à Hanreiker.
– Si tu le souhaites.
Le guerrier fixa Aélig dans les yeux :
– J’arrive des territoires qui s’étendent derrière les montagnes du Nord, et j’appartiens à un peuple de magiciens qui règne sur une grande partie des nations Onags et Azéïrs depuis des millénaires. Nous ne sommes venus ici que pour l’or et nous n’avons rien à voir avec M’nagoth.
– Je ne vous crois pas ! s’écria Engahane.
– M’nagoth est mort, et personne ne revient du royaume des morts. Vous devriez le savoir.
– Alors, pourquoi ressemblez-vous donc tant à ses lieutenants ?
Le chevalier noir hésita à répondre. Il réfléchit quelques instants, puis lança:
– M’nagoth était l’un des nôtres, le plus puissant des nôtres. Mais il n’acceptait pas nos lois et il a, avec ses douze fidèles lieutenants, essayé de prendre le pouvoir. Nous nous sommes alors unis contre lui et nous l’avons chassé. Il est parti construire son empire ailleurs, avec l’aide des Onags et des Azéïrs qui vivaient au sud de notre territoire, et qui n’étaient pas sous notre autorité. C’était il y a plus de trois cents ans, mais vous connaissez cette histoire, je suppose.
– Nous n’avons jamais entendu parler de vous ! Aucune de nos mémoires ne mentionne votre existence. Les peuples de l’Andéhir ont pourtant eu de tout temps à combattre les Azéïrs et les Onags et de nombreuses expéditions ont été menées au-delà des montagnes du Nord par le passé. Vous avez peut-être une explication à me donner ? demanda Aélig d’un ton suspicieux.
– Vous n’avez jamais entendu parler de nous parce que nous demeurons très loin au nord des montagnes et nous ne nous sommes jamais intéressés à vos régions auparavant. Les Onags et les Azéïrs auxquels vous avez eu de tout temps à faire vivent beaucoup plus au sud. Vous avez d’autres questions ?
– Pourquoi n’avez-vous pas combattu M’nagoth lorsqu’il s’est attaqué à l’Andéhir ?
– Les activités de M’nagoth dans l’Andéhir ne nous concernait pas, il n’était alors plus des nôtres. Et de toute façon, il a été vaincu, n’est-ce pas ?
– Qui me dit que vous n’êtes pas ici avec le même esprit de conquête ?
– Ma parole vous suffit.
Aélig se tourna de nouveau vers Hanreiker.
– Vous rendez-vous compte des risques que vous faites prendre à tout l’Andéhir en vous unissant à ces êtres dont nous ne connaissons rien ?
– Moi, je les connais, et j’ai toute confiance en mes alliés, intervint Hanreiker avec un grand sourire.
Aélig en était sans voix.
– L’Isantis ne vous laissera pas vous emparer du royaume de Mirande, Hanreiker. Vous êtes prévenu, déclara-t-il sur un ton de défi.
– Nous verrons bien, répondit Hanreiker... En avez-vous fini ?
– Non… J’aimerais savoir ce qui motive votre désir de conquête. Le royaume d’Elir n’est-il pas suffisamment grand ? Qu’avez-vous besoin d’annexer celui de Mirande ?
Hanreiker se leva alors, dominant ses interlocuteurs de son impressionnante taille et déclara sur un ton solennel :
– Je rêve d’unir les royaumes des Hommes sous une seule autorité, capable de garantir la paix et la prospérité à nos peuples et de bannir toute guerre, toute misère et toute souffrance de nos contrées. C’est là mon vœu le plus cher.
– Et naturellement, cette autorité, c’est vous !
– Oui !
– Après le royaume d’Elir, ce sera donc le tour de l’Isantis, du royaume d’Ecklon, de celui de Naël, des îles Danis et des îles Malones ?
– Comprenez ce que vous voulez, répliqua-t-il en se rasseyant.
– Nous vous combattrons, lança Aélig avec force.
– Avez-vous fini, cette fois ? demanda Hanreiker avec légèreté.
– Oui, répondit Aélig amer.
– Alors vous pouvez vous en aller.
Les deux chevaliers mages de l’Isantis quittèrent le château, se rendirent sur une des places publiques de la ville, et s’arrêtèrent près d’un bassin. Là, Aélig envoya une missive à Mitelis pour l’informer du déroulement de son entretien, insistant en particulier sur les paroles du chevalier noir, les relatant avec fidélité.
Il regarda longuement l’oiseau messager s’envoler au loin, puis fixa Engahane sans prononcer un mot.
– Crois-tu que ce chevalier a dit la vérité ? demanda-t-elle.
– Je n’en sais rien. Nous ne connaissons que peu de choses sur M’nagoth et rien de ce peuple qui vit au-delà des montagnes.
– En tous cas ses révélations n’en sont pas moins inquiétantes.
– Que la menace vienne de M’nagoth en personne ou de ses pairs revient au même. Elle est bien réelle.
– Et les projets d’Hanreiker, qu’en penses-tu ?
– C’est un hypocrite et un mégalomane, sa seule motivation est l’ambition personnelle. Il faut l’arrêter ! Ce qui m’étonne cependant, c’est qu’il n’ait même pas essayé de dissimuler son grand projet de conquête de toutes les terres des hommes.
– Il doit être très sûr de lui.
– Surtout de la force de ses alliés.
Sur ces mots, les deux magiciens remontèrent à cheval, quittèrent Myaxalt et reprirent leur route vers le Nord comme Mitelis le leur avait demandé. Ils devaient inspecter la forteresse de Kanatar pour y chercher des signes tangibles de la réalité de la prophétie de Golan, en particulier la présence d’Azéïrs en grand nombre.
Ils chevauchèrent trois longues journées avant d’arriver à la frontière du Norland et entrèrent en territoire aséen.
*
Deux jours plus tard, dans le palais de Jenyath, Mitelis se présenta dans les appartements de Silenus avec la lettre qu’Aélig venait de lui envoyer.
– C’est le dernier message d’Aélig, dit Mitelis en tendant la missive au Seigneur Mage. Il a rencontré Hanreiker. Il y avait un chevalier noir avec lui qui affirme appartenir au même peuple de magiciens que celui dont M’nagoth était originaire. Cette fois la menace se précise, Silenus.
Le Seigneur Mage se saisit du parchemin qu’il lut attentivement, puis invita Mitelis à s’asseoir.
– D’après Aélig, ces chevaliers noirs règneraient sur la majeure partie des nations Onags et Azéïrs. Ils se sont mis au service de Melin qui est en train de plonger le territoire des Naburs dans la guerre civile, et d’Hanreiker qui veut exercer le pouvoir monarchique sur l’ensemble des terres des Hommes. Je suppose qu’ils aideront aussi Goshak à combattre les Eloïns. C’est l’Andéhir tout entier qui va entrer dans la guerre.
– Que pouvons-nous faire ?
– Ce que nous faisons déjà. Informer tous les peuples du danger que nous courons tous et stopper Hanreiker. Je regrette de ne pas t’avoir accorder ma confiance plus tôt et tu as eu raison de m’inciter à envoyer ces missions diplomatiques et tous ces émissaires.
– Tu crois au retour de M’nagoth ?
– Je l’envisage comme une possibilité.
*
Aélig et Engahane étaient arrivés en territoire aséen. Les villages et les villes de ce vieux peuple du Nord se composaient d’imposantes constructions massives, tout en pierre. Ils effectuèrent une escale dans une cité où ils furent accueillis courtoisement. Ils s’approvisionnèrent en vivres et en eau potable, puis reprirent rapidement leur route.
Ils se trouvaient dans le Nordland depuis la veille et il leur restait encore au moins quatre jours de route avant de rejoindre la forteresse de Kanatar.
Ils traversèrent de vastes plaines, passèrent de nombreuses collines et longèrent le plus souvent les rivières qui offraient de très bons repères géographiques. Ils atteignirent enfin la région où avait été bâtie la forteresse de Kanatar, au nord-est de l’Andéhir.
La zone était marécageuse, infestée d’insectes, de reptiles et de petits prédateurs de toute sorte. La végétation épaisse et la moiteur de l’air ajoutaient à l’hostilité des lieux. Il n’y avait personne ici : pas une ville, pas un village, pas même l’ombre d’une maison isolée.
Aélig et Engahane arrivèrent devant les grandes montagnes du Nord qui dominaient la vue. Les crêtes avec leurs nombreux pics semblaient mordre le ciel comme tentant de le déchirer. La forteresse de Kanatar se présenta à eux, massive et imposante, bâtie à flanc de falaise, s’élevant comme rampant le long des murailles naturelles. Des fortifications immenses la cerclaient, une importante quantité de tours se dressaient juste derrière ; il y avait de multiples bâtiments plus vastes les uns que les autres, et c’est un fort sentiment de respect qui venait à l’esprit devant l’ouvrage aséen.
Les deux chevaliers passèrent les gigantesques portes entrouvertes et se mirent à inspecter les lieux. Ils fouillèrent des heures durant les différents édifices, arpentant les grandes pièces sinistres les unes après les autres.
Rien, il n’y avait rien, que de la pierre humide, luisante et recouverte de mousse, quelques rongeurs et des serpents.
– Cet endroit me donne la chair de poule, lança Engahane.
– Nous allons passer la nuit dans cet endroit, déclara Aélig. Ensuite nous rendrons visite aux Managors qui vivent dans les montagnes proches d’ici. Peut-être ont-ils vu quelque chose !
Ils laissèrent leurs chevaux dans des écuries désaffectées et s’installèrent dans un appartement situé sur les hauteurs d’un grand édifice.
Ils allumèrent un feu dans une petite cheminée qui se trouvait là, dînèrent simplement, puis se couchèrent sur le sol, enroulés dans leurs couvertures.
Le matin, après une rapide collation, Aélig et Engahane retrouvèrent leurs montures et quittèrent Kanatar. Ils longèrent les falaises une bonne demi-heure avant de laisser leurs bêtes pour s’engager dans un chemin escarpé. Ils grimpèrent péniblement pendant deux heures et arrivèrent devant une grotte prolongée par un boyau qui s’enfonçait dans la montagne. Il s’agissait là de l’un des nombreux accès à la cité souterraine du roi Dakhin.
Aélig était déjà venu ici une vingtaine d’années auparavant et il se demandait si le roi se souviendrait de lui. Les Managors vivaient un peu partout à l’intérieur des montagnes de l’Andéhir, sur les territoires des Hommes, des Naburs, des Eloïns et des Aséens. Ils étaient de petits êtres d’un mètre cinquante en moyenne, couverts d’un pelage ras de couleur beige, et bâtissaient d’immenses cités souterraines et de grands réseaux de galeries. Ils se nourrissaient essentiellement des différentes variétés de champignons qu’ils cultivaient dans de vastes cavernes et accumulaient des trésors de pierres et de métal précieux.
Ce qui rendait les Managors singuliers, c’était leur dévouement à leur roi, et ce, d’une façon si extrême, qu’ils pouvaient aller jusqu’à se donner la mort s’ils estimaient lui avoir porté préjudice. Ils se montraient aussi peu enclins à communiquer avec les autres peuples, mais ils n’étaient pas complètement isolés et quittaient de temps en temps leurs montagnes pour troquer leurs minerais et leurs pierres précieuses.
Ceux qui vivaient dans ce lieu s’avéraient particulièrement farouches et réfractaires à tout contact. Aélig se souvenait des raisons pour lesquelles il était venu ici, il y a vingt ans. L’Andéhir voulait commercer avec les Managors de cette région. Il avait été reçu courtoisement, mais Dakhin avait refusé toute forme d’échange et de contact avec l’Isantis. Il en avait été de même pour les Aséens qui avaient, eux aussi, tenté à plusieurs reprises de tisser des relations avec lui.
La grotte dans laquelle les deux chevaliers étaient entrés paressait spacieuse et la lumière du soleil qui y pénétrait permettait une bonne visibilité. Au fond, un boyau s’enfonçait dans la montagne.
Ils s’engagèrent dans le couloir tortueux, un passage suffisamment large pour qu’ils progressent debout tous deux côte à côte. Des pierres phosphorescentes avaient été encastrées dans les parois, tout le long du chemin, offrant un pâle éclairage verdâtre.
Ils marchèrent une bonne heure dans le réseau de galeries et débouchérent dans une immense salle qui semblait naturelle. Une rivière souterraine coulait devant eux, enjambée par un large pont de roches qui donnait accès à la cité des Managors.
– Nous sommes arrivés ! dit Aélig.
Engahane regarda avec émerveillement la grande façade de pierre ornée de nombreux cartouches qui avaient été gravés avec minutie et qui couvraient tout un pan de la grotte.
– Cet ouvrage est magnifique ! s’exclama-t-elle.
– Les Managors excellent dans l’art de la sculpture, répondit son compagnon.
Ils avancèrent vers la haute et large porte. Aélig la poussa de toutes ses forces pour l’obliger à pivoter tandis qu’Engahane tendit son esprit pour sonder les lieux.
– Je ne ressens aucune présence, c’est curieux !
Sur ces mots, les deux chevaliers entrèrent dans la cité souterraine. Les pierres phosphorescentes diffusaient leur lumière tamisée qui donnait une étrange sensation visuelle. Tout était désert.
– Où sont-ils ? demanda Engahane.
Ils avancèrent dans une grande artère et remarquèrent les nombreuses portes fracassées. Ils entrèrent dans plusieurs habitations et trouvèrent les intérieurs saccagés.
– Ils ont été attaqués, et apparemment cela ne date pas d’hier, dit Engahane en secouant la poussière qui recouvrait une table cassée.
Aélig ramassa le morceau d’une arme brisée.
– Ce sont des Azéïrs qui sont responsables, dit-il en observant le bout de hache.
– Il n’y a aucun cadavre ! s’exclama Engahane.
– Les Azéïrs ont dû emmener les corps, et je suppose qu’ils ont réduit les survivants en esclavage, c’est bien leur façon d’opérer.
Les deux chevaliers quittèrent les lieux et se dirigèrent vers le palais du roi Dakhin. Là, les traces de combats y étaient plus nombreuses qu’ailleurs. Les Managors avaient dû défendre farouchement leur monarque.
Aélig fouilla ensuite la somptueuse résidence et y trouva le trésor des Managors intact. Il y avait à cet endroit de l’or, des saphirs, des rubis, des émeraudes, de magnifiques sculptures en argent et quantité d’objets précieux.
– Il semblerait que l’or ne fût pas leur mobile… N’en déplaise à Hanreiker, dit Aélig.
– Que fait-on ? demanda Engahane.
– Il faut trouver des survivants ainsi que les Managors qui ont été emmenés.
Les deux chevaliers inspectèrent la cité toute la journée sans découvrir personne. Ils s’installèrent dans une maison pour se restaurer et dormir un peu avant de reprendre leurs investigations.
Après six bonnes heures de sommeil, ils retournèrent au palais où Aélig avait repéré un plan des galeries gravé dans un mur. Le réseau souterrain paressait beaucoup plus vaste que ce qu’ils ne s’étaient imaginés. Ils localisèrent les mines d’or, de cuivre, d’argent, et de pierres précieuses. Ils virent les différentes sorties, il y en avait des dizaines.
– C’est immense ! s’exclama Engahane.
– Les Managors sont d’infatigables ouvriers.
– Par où commence-t-on ?
– Les mines.
Ils passèrent les trois jours suivants à circuler dans le réseau de galeries, allant de gisement en gisement et dans d’autres sites sans trouver âme qui vive. Le quatrième jour, ils sortirent à l’air libre, quelque part au milieu des montagnes. La lumière du soleil et l’air frais leur firent du bien. Ils profitèrent d’une halte pour se restaurer et entreprirent ensuite de gravir les hauteurs afin d’obtenir une vue qui leur permettrait peut-être de trouver des indices de ce qu’il était advenu des Managors.
Ils escaladèrent ainsi plusieurs monts, et au bout de leur troisième ascension, ils découvrirent une vallée encastrée où campaient des milliers d’Azéïrs.
– Grands dieux ! s’exclama Engahane.
Aélig rédigea et envoya alors un rapport à Mitelis pour l’informer de la présence de ces créatures dans les montagnes du Nord. Il n’oublia pas de raconter ce qu’ils avaient vu chez les Managors et signala au passage que l’intérêt des Azéïrs pour l’or ne semblait être qu’un prétexte, le trésor intact du roi Dakhin en étant une preuve à ses yeux.
OceanofPDF.com