Aux consignés !

Alphonse Allais · Chapitre 3 sur 6

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Aux consignés !

Juttmann

À votre aise, monsieur le vicomte. Justine est toute à votre service. LAMOUILLETTE, à part.

Tu penses !

POCHETET, qui a bu d'un trait sa marécageuse purée et qui, oubliant ses devoirs les plus élémentaires de sentinelle avancée, tourne le dos à la porte. Oh ! les amis, voulez-vous que je vous chante quelque chose ? LE CHOEUR, indécis.

Oui, non, oui, non... Non, non, oui... oui...

POCHETET titube et se cramponne à la porte avec l'énergie d'une sombre cuite.

Attention ! et que chacun en prenne pour son grade. (Il se prépare à chanter. Une formidable poussée appliquée d'un large coup de pied admirablement situé le fait rentrer dans la cantine à plat ventre. La moustache hérissée, l'œil chargé de la nitroglycérine de l'indignation, le major FLACK s'encadre dans la porte, ses bras aux galons rutilants se croisent sur la trépidation d'une cravache énervée.) SCÈNE III

LES MÊMES, LE MAJOR FLACK

FLACK

Ah ! çà, mais ! ce n'est pas une cantine ici, c'est un assommoir. (Les chasseurs s'immobilisent dans la position réglementaire, sauf le vicomte de LAMOUILLETTE qui affecte un élégant nonchaloir.) JUTTMANN

Pardon, mon... mon... commandant.

POCHETET, effondré sous une table. La fuite ! Voilà le singe.

LE CHOEUR

Il est bien temps.

LAMOUILLETTE, assujettissant son monocle. Voilà la douloureuse... Bah !

FLACK, puissamment ironique.

De par tous les jambons de la Lorraine et la vertu de Jeanne d'Arc, le singulier spectacle dont j'ai la fortune d'être le témoin ! Ainsi, maître Juttmann, il vous plaît de transformer votre cantine qui a l'honneur d'être un local militaire en un b...