Bal Masqué

Chelsea Harrison · Chapitre 2 sur 4 · partie 2/2

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Bal Masqué

BONUS 1 - Rock Me

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

"Ugh, je déteste quand ce genre de chose arrive" dis-je en lançant mes clés sur l'ordinateur, remplie de frustration. Bien sûr, il arrive que l'écran se fige comme ça de temps en temps. C'est vraiment gênant.

Je ne pus empêcher mon visage de rougir d'embarras. Je continuai de donner de petits coups sur cette saleté d'appareil, mais il ne voulait pas remarcher. Qu'arrivera-t-il s'il finit enfin par rendre l'âme ? Même avec mon travail, je n'ai pas les moyens de m'acheter un nouveau portable.

"Hé, calme-toi. On peut utiliser l'un des miens." Il toucha doucement ma main et je respirai de façon plus détendue.

Son autre main remonta doucement vers mon visage, le bout de ses doigts contre mes joues me faisant frissonner. Il les pressa contre ma joue pour que je me tourne vers lui. Je détournai mon regard de ses yeux. Je ne m'étais pas sentie comme ça depuis très longtemps. J'avais honte parce que j'étais pauvre et que j'avais moins de dix dollars sur mon compte en banque, et ce uniquement les bons jours.

"Regarde-moi mon cœur, il n'y aucune raison d'avoir honte."

"Je n'ai pas honte" rétorquai-je rapidement. Je le regardai et lui souris.

"Tu es une sacrée menteuse."

Je me mordis la lèvre pour dissimuler mon sourire.

Je le fixai dans les yeux et me sentis à nouveau détendue. Il rapprocha son visage du mien jusqu'à ce que je sente la chaleur de son souffle contre mes lèvres. J'avais tellement envie de l'embrasser mais je savais que je m'attachais de plus en plus à lui à chaque seconde.

"Tu sais que tes yeux sont vraiment magnifiques" murmura-t-il.

"C'est l'une des paroles de tes chansons ?" Il rit à nouveau et secoua la tête.

Avant d'avoir pu proférer une nouvelle réplique inutilement spirituelle, ses lèvres étaient contre les miennes. Je fondis immédiatement. Sa bouche était si agréable contre la mienne, douce et chaude. Je ne voulais rien d'autre de lui à part ça. Plus de ceci. Plus de lui.

Mon ordinateur tomba au sol, sans aucun doute cassé mais je m'en moquais étant donné la manière dont il m'embrassait. Tandis qu'il rapprochait son corps du mien, il mit sa langue dans ma bouche comme pour combattre, danser avec la mienne.

Il se plaça entre mes jambes et je ne résistai pas. Mes doigts caressèrent ses cheveux tandis qu'il pressait son entrejambe contre moi. Je ne pus m'empêcher de gémir quand je sentis la longueur de son érection contre l'intérieur de ma cuisse. Il était si dur et chaud et je mouillais de plus en plus rien qu'en l'embrassant. Aucun homme ne m'avait encore fait autant d'effet rien qu'avec un baiser.

Une vague de courage s'empara de moi et je descendis mes mains pour le caresser, d'abord le long de son dos musclé et puis contre son torse. Je passai mes mains sous sa chemise pour sentir ses muscles tendus tout en continuant toujours à haleter, manquant de souffle sous ses baisers.

Il grogna profondément tandis que je le caressai sous sa chemise et je me délectai de savoir que je lui faisais autant d'effet. Il était dans cet état à cause de moi, il bandait pour moi. Je n'arrivais pas à y croire. Ce même homme après qui un tas de filles couraient sur le campus… ce même homme que je suis à peu près certaine de détester. Pour le moment je n'ai rien contre lui. Je n'ai rien contre ses cheveux doux et soyeux, sa peau satinée ou ses muscles fermes.

"Putain, Laura" murmura-t-il contre mes lèvres tandis que j'enfouissais mes mains à l'intérieur de son jogging, prenant son sexe dans l'une.

Je tremblai en le sentant. Je ne pouvais même pas le voir mais j'étais déjà impressionnée, mes doigts pouvaient à peine en faire le tour. Je sentis une longue veine épaisse pendant que je le caressai. Il s'était relevé aussi je pouvais mieux le toucher et je l'embrassai encore plus profondément.

Encore et encore, je continuai à le caresser jusqu'à ce que ses muscles se crispent et qu'il se mette presque à trembler. Je n'étais pas sûre de ce que je faisais, je n'avais jamais fait cela avant mais cela semblait marcher.

Il descendit sa main le long de mon corps et pressa mes seins dans sa main jusqu'à durcir mes tétons puis s'attarda contre mon soutien-gorge avec une telle force que c'en était douloureux. Je me frottai contre ses jambes tout en continuant à l'étreindre. Je sentis quelque chose de liquide sortir du bout de son sexe et je m'en servis tout en continuant ce que je faisais, ma main devenue humide contre lui. Je pouvais le sentir grossir, le sentir battre contre ma paume. Cela me donnait un tel sentiment d'être une femme, plus que jamais auparavant.

Puis il passa sa main entre mes jambes. Il descendit la fermeture de mon pantalon et mit ses doigts longs et fins entre les replis humides de mon sexe. Je miaulai contre lui tandis qu'il me touchait comme je l'avais fait pour lui. J'étais presque prête à jouir. Je pouvais sentir mon pouls battre partout, dans ma tête, dans sa main, dans mon ventre… je n'avais jamais ressenti cela.

J'ondulai des hanches pour qu'il rapproche encore plus sa main, je voulais qu'il vienne encore plus profondément, je voulais encore plus de lui. Ses doigts s'accrochèrent à l'intérieur de moi tandis que son pouce encerclait mon clitoris encore et encore. J'étais si crispée et serrée que je pensais que tout allait s'arrêter avant que je ne puisse atteindre la jouissance.

Il écarta ses lèvres des miennes et se recula pour me regarder. Je fronçai les sourcils très fort tout en me mordant la lèvre. Les siennes étaient douces et enflées, ses joues rougies tout comme j'étais sûre que l'étaient les miennes. Nous recommençâmes à nous étreindre jusqu'à ce que mon corps s'enroule tellement sur lui-même que je pensai me froisser un muscle.

Et puis je le sentis trembler dans ma main tandis que son visage devenait rouge. Il ferma les yeux tout en grognant de plaisir. Je sentis le lourd grondement de sa voix contre mon corps. Un liquide chaud vint asperger ma main tandis qu'il se tordait contre moi. Je me faisais l'effet d'être de nouveau une adolescente en train de découvrir toutes ces choses. Les deux fois où j'avais eu des relations sexuelles avaient été si rapides et peu satisfaisantes. Ca ne ressemblait en rien à maintenant.

"Aucune fille ne m'avait jamais masturbé comme ça auparavant." Je ne pus m'empêcher de rire. Bien sûr que non. Je ne suis qu'une pauvre fille inexpérimentée parmi la centaine avec qui il a été.

"Évidemment."

Il rit puis se pencha pour m'embrasser à nouveau.

Cette fois il m'embrassa doucement, lentement. Comme s'il chantait à nouveau cette chanson. Quand nous nous écartâmes l'un de l'autre, j'eus l'impression que c'était trop tôt.

"Il faut que je me lave, où est la salle de bain ?"

Il bougea pour que je puisse me lever. Je pouvais toujours le voir à travers son jogging et ne pus m'empêcher de me demander comment il était vraiment.

"Il y en a une par-là."

Je hochai la tête et me levai rapidement.

Une fois à l'intérieur, je fermai la porte et nettoyai ma main. J'aspergeai un peu d'eau sur mon visage et me fixai dans le miroir. Mes lèvres étaient enflées, mes joues rouges et mes cheveux complètement décoiffés.

Une pensée me frappa tout d'un coup.

Chris m'avait fait jouir sur son canapé à travers mon jean et je l'avais caressé jusqu'à ce qu'il perde toute conscience de lui-même. Je me sentais un peu au septième ciel mais ensuite mon côté réaliste et pessimiste refit son apparition dans ma tête, me rappelant qu'il y avait certainement eu des centaines de filles sur ce canapé auparavant. Je ne peux pas me laisser à avoir de vrais sentiments pour lui s'il n'en a pas pour moi.

"Tout va bien, ma chérie ?"

"Ca va. Je sors dans une seconde" répondis-je.

Je me lavai les mains à nouveau machinalement puis allai le retrouver sur le canapé. Je remarquai qu'il avait changé de pantalon.

"Tu m'as fait salir mon pantalon."

"Comme un lycéen" murmurai-je en me rasseyant.

"J'ai pris mon ordinateur portable." Il me tendit un Macbook d'un modèle plutôt récent.

Je l'allumai et nous reprîmes là où nous nous étions arrêtés.

"Qu'est-ce qui ne va pas, Laura ?"

"Comment ? Rien. Terminons." Il était déjà plus de vingt-deux heures. Comment le temps avait fait pour passer aussi vite ?

"Allez, tu sais que tu ne mens pas très bien. Je pense que nous avons juste… passé un bon moment, maintenant c'est à peine si tu peux me regarder." Je secouai la tête. Je ne pouvais pas admettre devant lui que j'avais tellement apprécié ce moment et en voulais davantage.

"Ca t'a plu, pas vrai ?"

"Quoi, ta main dans mon pantalon ? Oui."

Il rit, l'air mal à l'aise.

"C'est pareil pour moi."

"Mais je sais que c'est tout ce que tu veux de moi, alors est-ce qu'on peut finir d'étudier pour que je puisse rentrer chez moi."

"Quoi ?" dit-il sur un ton de voix choqué.

"J'ai dit…"

"Non, je t'ai entendu mais tu te trompes complètement."

"Comment ça ?" dis-je en me tournant vers lui.

"Ce n'est pas tout ce que je veux de toi, Laura. Absolument pas. Tu me plais, Laura. Beaucoup. Et je veux apprendre à te connaître."

"Je parie que tu dis ça à toutes les filles" soupirai-je. Il roula des yeux et soupira de frustration.

"Seigneur, non. Pas du tout. Au moins, laisse-moi te prouver que j'ai raison."

Je le regardai dans les yeux pour tenter de deviner ses pensées, il ne paraissait pas du tout mentir. J'ai tellement envie de le croire mais je ne veux pas qu'on me blesse. Est-ce qu'il pourrait vraiment m'apprécier comme il le dit ?

"Et comment tu feras ça ?" lui demandai-je.

Il haussa les épaules en souriant. "Laisse-moi te proposer un vrai rendez-vous. Pourquoi pas après l'examen ?" J'étais déjà suffisamment inquiète au sujet de cet examen. Je n'avais pas besoin de sortir avec lui en plus.

"Je ne sais pas… J'ai beaucoup de choses à faire. Je travaille les mardis et mercredis, je dois rattraper les cours et travailler en avance pour ne pas me mettre en retard dans mes devoirs."

"Tu travailles où ?"

Je fus troublée l'espace d'un instant, me demandant pourquoi il me demandait cela mais je lui répondis.

"A la bibliothèque de la fac."

"D'accord. Ce week-end alors ?"

Je me mordis la lèvre et réfléchis. Pourquoi c'était plus simple pour moi de coucher avec lui sur son canapé plutôt que de sortir avec lui ?

"C'est juste que…"

"Vis un peu, mon cœur."

"Pourquoi m'appelles-tu comme ça ? Je n'aime pas les petits noms" dis-je d'un ton ferme.

"Ce n'est pas un petit nom, je t'appelle comme ça parce que tu es adorable, et que ton cœur l'est aussi. Alors… mon cœur, laisse-moi t'inviter à sortir."

* * *

Chapitre 4: Moyenne de classe

Je révisai encore mes fiches avant le cours. Le jour de l'interrogation, nous devions chacun nous asseoir avec deux sièges entre nous et mettre nos sacs à l'avant de la salle. J'étais là un peu en avance mais Chris était venu cinq minutes plus tôt au lieu d'arriver pile à l'heure.

Il me sourit et prit un siège. Même de loin, je pouvais sentir l'attraction entre nous, encore plus depuis que j'avais accepté de sortir avec lui. Ce n'est pas que je le regrette mais ça me rend… toute excitée.

Peut-être que je vais pouvoir en apprendre plus sur lui et arrêter de le juger autant. J'ai l'impression que je me trompe sur son compte sur de nombreux points.

"Très bien, il est temps de commencer l'interrogation. Il se peut que les notes montent ou descendent en fonction de ce que je bois pendant que je corrige." Tout le monde rit dans la salle sauf moi. J'ai de bons résultats mais je suis toujours anxieuse juste avant.

Je sais ce que je fais, je connais le contenu du cours mais j'ai simplement besoin de me détendre et de ne plus me prendre la tête. Une fois que j'eus commencé l'interrogation, je me sentis de mieux en mieux au fur et à mesure que j'avançais. Je ne me posai pas de questions et j'avais l'impression de bien répondre. Je terminai puis relu avant d'aller rendre ma copie. Chris était toujours là.

Je n'étais pas sûre de devoir l'attendre ou non mais je décidai de rester. Quelques filles passèrent près de moi en me regardant. Je trouvai cela très bizarre. Puis quelque chose me dit de regarder mon téléphone. Je n'avais pas vu Emma depuis quelques jours, aussi je lui racontai ce qui venait de m'arriver.

Il y a des filles qui m'ont fixée dans le couloir.

Oh… regarde sur le Twitter du campus, chérie.

Elle envoya un emoji ennuyé et j'allai voir. Dès que j'eus ouvert la page, je vis une photo et des notes me concernant. Qu'est-ce que c'était que ça ? L'une disait à quel point j'étais une chaudasse et l'autre se demandait combien de temps Chris allait sortir avec moi. Qui a dit que nous sortons ensemble ?

Je m'interrogeai.

Je descendis la page et vis une photo de nous deux datant de la veille, avec moi en train de monter dans sa voiture. Qui diable a le temps de prendre ce genre de photos ? J'étais furieuse.

"Hé… C'était… heu, tu vas bien ?" me demanda Chris. Je n'étais pas douée pour cacher mes émotions. Mon visage était probablement rouge de rage.

"Tu as vu ça ?"

Je lui tendis le téléphone. Son visage devint noir de colère pendant qu'il serrait le téléphone. Était-il furieux parce que j'étais impliquée ? Je me dis que cela signifiait que je comptais pour lui.

"Ne t'inquiète pas pour ça. C'est juste une bande de crétins qui s'ennuient et n'ont rien de mieux à faire."

Je repris mon téléphone et le rangeai dans mon sac.

"Écoute, je… je ne crois pas que c'est une bonne idée qu'on nous voit ensemble à nouveau."

Il fronça les sourcils, choqué.

"Quoi ? A cause de ces imbéciles ? Tu sais, c'est juste de la jalousie."

Je secouai la tête.

"Je sais. Mais je ne peux pas me préoccuper de ça… absolument pas. Je suis désolée." Je fus obligée de m'enfuir avant qu'il ne me voit pleurer et que je ne change d'avis.

Je me rendis à l'arrêt de bus et m'assis à l'arrière du véhicule, les larmes coulant sur mon visage. Je n'étais pas sorti une fois avec lui et déjà j'étais toute bouleversée de devoir m'éloigner de lui. Cela n'allait pas du tout, parce que je ne pouvais pas m'imaginer qu'on puisse aller plus loin tous les deux.

Une fois rentrée à l'appartement, je m'enfermai dans ma chambre et me blottis sur mon lit. Je ne pus pas m'empêcher de retourner à nouveau sur Twitter. Il y avait toujours la même photo mais avec de nouvelles remarques à mon sujet. Ces filles horribles me donnaient une note, me jugeaient, me haïssaient juste parce que j'avais parlé à Chris. C'était vraiment injuste.

"Lo, tu es là !" appela Emma. J'entendis la porte claquer et se refermer derrière elle.

J'essuyai ma larme juste avant qu'elle n'entre.

"Hé, ça va ?" Elle vint s'asseoir sur le lit à côté de moi. "Ne regarde pas ces conneries, c'est de la merde." Elle prit mon téléphone et écarta mes cheveux de mon visage.

"L'autre soir, j'ai masturbé Chris pendant qu'on s'embrassait… et il m'a doigté comme jamais. J'ai accepté de sortir avec lui ce week-end mais après avoir vu ça, j'ai coupé court. Je n'ai simplement pas le temps ou l'énergie pour me soucier de tout ça."

"Whoa. C'est beaucoup d'informations d'un seul coup."

J'inspirai profondément.

"Oui, je sais. Mais c'est tout ce dont tu n'étais pas au courant."

"Eh bien… donne-moi des détails" dit-elle en me poussant du coude.

"Il a un sexe… énorme. Et il a dit qu'il m'apprécie vraiment. Je pense qu'il dit la vérité mais je ne crois pas que je puisse sortir avec une rock star. Je ne suis pas faite du tout pour ce genre de vie."

"Je sais que c'est compliqué maintenant, mais tu devrais juste voir ça comme l'occasion de t'amuser pendant qu'il est là."

"Non, je me sens déjà trop impliquée rien qu'avec ce qui se passe, je ne peux pas me permettre de tomber vraiment amoureuse de lui."

Elle soupira et hocha la tête.

"Je comprends."

"Je vais bien, vraiment. J'ai des devoirs à faire."

"D'accord. On peut faire des cookies tout à l'heure."

"Ca me semble une bonne idée."

Elle me laissa seule à nouveau.

Après avoir pris ma douche et enfilé des vêtements d'intérieur, je me mis au travail. Le livre que je lisais pour mon cours d'anglais m'occupa suffisamment et c'était justement ce dont j'avais besoin. A la fin de la soirée, j'étais trop fatiguée pour me sentir triste à nouveau.

* * *

Je n'aurais jamais pensé que ranger des livres pouvait être si… horripilant.

Ca pourrait être bien si au moins les étudiants essayaient de remettre les livres là où ils les ont pris. Je veux dire, sérieusement, ce n'est pourtant pas compliqué ? Après avoir passé des heures au rayon littérature, je revins et m'installai à mon bureau.

Mais une fois là, une autre pile de livres m'attendait pour être rangée.

"Ugh" soufflai-je à personne en particulier.

"Ca s'améliore."

Je bondis en entendant la voix douce derrière moi. Je me détendis en voyant que c'était juste Mandy, la fille qui travaille à tour de rôle ici avec moi.

"N'est-ce pas ?" dis-je en riant d'un air mal à l'aise. Je m'assis un instant afin d'avoir suffisamment d'énergie pour me remettre à ranger les livres.

"Pas vraiment" sourit-elle.

Mandy a l'air vraiment gentil. Elle est diplômée en anglais comme moi, alors nous avons beaucoup de choses en commun. Nous avons bavardé ici et là depuis que nous avons commencé ce travail. J'ai découvert qu'elle est de la région, donc elle connaît bien le coin. C'est son dernier semestre ici.

"Je ne le pensais pas non plus" murmurai-je.

"Je peux m'occuper de ceux-là si tu veux."

"Vraiment ?"

Elle se leva et haussa les épaules en souriant.

"Oui, ce n'est pas grand-chose." Elle prit le chariot de livres et monta dans l'ascenseur.

Il n'y avait plus grand-chose à faire après ça. C'était seulement mon premier jour mais j'avais déjà un bon aperçu de ce en quoi consistait ce job. Il s'agit surtout de répondre aux questions des étudiants, d'envoyer des messages aux bibliothécaires et de nettoyer après le départ des gens.

J'apprécie ce travail parce qu'on y est au calme. Je peux faire mes devoirs pendant que je suis à mon bureau.

Je ne me réveillai pas de meilleure humeur. Chris… me manquait toujours même si cela faisait moins d'un jour. Je suppose que ça me manquait de ne plus me laisser entraîner à éprouver ce léger espoir que j'avais entretenu pendant moins d'une minute. Je ne devrais pas me laisser aller à…

"Tu as l'air si concentrée."

J'eus la chair de poule rien qu'en entendant sa voix. Que peut-il bien faire ici ?

"Comment ?" Je levai les yeux et nos regards se croisèrent. Chris me souriait, de son sourire doux et clair qui me réchauffa instantanément. Soudain, il se mit à faire très chaud dans la pièce.

Mes yeux s'habituèrent de nouveau à lui. De derrière mon bureau, je pouvais voir à quel point son jean foncé s'harmonisait à chaque centimètre de sa peau, et comment son pull noir lui allait bien, exactement comme j'aime. Comment ose-t-il venir par ici en ayant l'air si parfait ?

"J'ai dit que tu avais l'air…"

"Je t'ai entendu. Qu'est-ce que tu fais ici ?" Je regardai nerveusement autour de moi, m'attendant à voir un groupe de filles jalouses nous épier.

"Je suis venu te voir." Il se rapprocha et se pencha par-dessus le bureau.

J'aspirai une bouffée de son parfum. Ca ressemblait à du cuir usé, du savon de luxe et de l'eau de Cologne, le tout mêlé à l'odeur naturelle de sa peau, rendant l'ensemble sans défaut.

"Pourquoi ?"

Il fronça les sourcils et me regarda comme si je venais de lui demander de marcher sur la tête.

"Parce que tu me manques. C'est pourquoi je suis venu te voir. Est-ce que ça ne vaut pas mieux que si je t'avais envoyé un message sorti de nulle part disant "tu me manques" ? Il avait raison à ce sujet, et la partie de moi appréciant ce geste l'emporta sur celle qui le désapprouvait.

"D'accord… mais je te l'ai dit, on ne peut pas… je ne peux plus te rencontrer comme ça. Si tu as besoin d'aide pour les cours, on peut échanger par email. Mais je n'ai pas besoin de voir mon nom et mon visage étalés partout sur le campus" dis-je à voix basse. J'essayai de faire le moins de bruit possible puisque nous étions à la bibliothèque.

Il passa rapidement sa langue sur ses lèvres… pendant que je le regardai faire. Super.

"Je sais à peu près ce que ça fait que d'être observé quand on ne veut pas l'être." Il haussa un sourcil et je compris immédiatement ce qu'il voulait dire.

Bien sûr que j'avais l'air d'une petite fille pleurnicheuse. On disait quelque chose sur moi sur Twitter et aussitôt je m'effondrai, j'abandonnai. Lui devait probablement vivre avec ça tous les jours, surtout lorsqu'il est en tournée et encore plus depuis qu'il est venu ici.

"Je peux t'aider et j'arriverai à ce qu'on se voit. On va finir par gagner. Et tu seras avec moi" dit-il en me faisant un clin d'œil. Je ne pus m'empêcher de sourire. Je commençai à apprécier son charme détendu de plus en plus.

"Je… laisse-moi y réfléchir. Il faut que tu t'en ailles maintenant, c'est mon premier jour ici et je ne veux pas me faire attraper."

Il roula des yeux mais ne bougea pas.

"Je ne pars sans que tu m'aies embrassé pour me dire au revoir."

"Tu es sérieux ?" dis-je en plissant les yeux vers lui puis en regardant autour de nous. Je n'ai jamais été à l'aise avec les démonstrations d'affection en public ou ce genre de choses.

"Très." Il passa à nouveau sa langue sur ses lèvres et se rapprocha.

"Bien." Je me penchai en avant et l'embrassai sur la joue, ce qui ne fit que le faire rire.

"Non, non, un vrai baiser. Ici." Il tapota ses lèvres parfaitement lisses de son index. J'ignorai s'il y avait des caméras alentour ou si quelqu'un avait un moyen de nous voir. Mais il était si à l'aise et convainquant que je ne me souciai plus de rien.

Je me penchai à nouveau et nos lèvres se rencontrèrent. Je m'attendais à un baiser rapide mais bien sûr, j'étais avec Chris. Sa langue pressa contre mes lèvres et il les suça légèrement avant de s'écarter.

"A bientôt, mon cœur." Il sourit avec un clin d'œil et disparut par la porte.

Je regardai autour de moi nerveusement, apparemment personne ne nous avait vus.

Une fois que je l'eus sorti de mon esprit, je me remis au travail. Mandy revint environ une heure plus tard et nous passâmes le reste de notre service à parler. Onze dollars de l'heure paraissaient facilement gagnés passés de cette façon.

Je dis au revoir et commençai le trajet pour retourner à l'appartement. Les bus ne circulaient pas aussi je me préparai à faire les trois kilomètres à pied. Il faisait sombre à présent, aussi je serrai très fort ma bombe anti-agression au poivre, juste au cas où.

Je m'ennuyai vite à marcher et je me mis à courir à la place, agrippant les lanières de mon sac. Je n'étais pas allée à la gym depuis quelques jours, aussi j'avais besoin de faire un peu d'exercice de toute façon. Personne ne me regarda bizarrement parce que tout le monde savait quel effort cela demandait. J'ai remarqué aussi que les garçons ne me fixent pas comme le font les filles, aussi j'étais contente qu'aucune d'entre elles ne soient dehors aussi tard pour me regarder d'un air désagréable.

Une fois rentrée, mon jean collait à ma peau ainsi que ma chemise. J'enlevai tout d'un coup et partis prendre une douche. Une fois terminé, je commençai à faire mes devoirs d'anglais puis à prendre de l'avance dans mes lectures en littérature russe.

Nous allions avoir nos résultats d'interrogation le lendemain, aussi j'étais plutôt nerveuse à ce sujet également. Je pensais m'être bien débrouillée mais honnêtement, à la fac, on ne peut jamais être sûr.

Penser au cours me fit penser à Chris. Est-ce que ça serait une aussi mauvaise chose que d'entamer une relation avec lui ? J'avais l'habitude que les gens parlent de moi. Au lycée tout le monde avait son mot à dire sur le fait que j'habitais dans une caravane, ils ne retenaient jamais leur langue. La situation n'était pas beaucoup différente de celle de maintenant.

Et j'apprécie Chris. Il me plait déjà beaucoup et j'ai envie de savoir ce qu'il cache derrière la surface, ce qu'il ne dit pas aux tabloïds. Je n'ai jamais été amoureuse et je ne sais pas si notre relation ira aussi loin… mais la petite part de moi qui croit toujours ces choses a envie de voir ce qui va se passer.

Juste avant d'aller me coucher et après avoir réglé mon réveil, je lui envoyai un message avec ce simple mot.

Oui.

* * *

Chapitre 5: Commencements

Soixante sur soixante. Pas mal pour ma première interrogation.

"Crâneuse." Chris se pencha plus près de moi et murmura à mon oreille. Même dans cette salle remplie de gens, il me faisait toujours rougir à chaque fois qu'il venait près de moi.

"Tout comme toi."

Il avait eu cinquante-cinq sur soixante. Ce n'était pas mal pour sa première interrogation lorsqu'on voyait comment il s'était débrouillé pour le QCM.

"Tu n'as pas répondu à mon message" continua-t-il de me murmurer même après que le professeur ait commencé son cours.

"J'ai été en cours toute la journée" murmurai-je en retour.

Il se renversa sur sa chaise et croisa les bras, faisant ressortir ses biceps sous sa chemise. Comme c'était injuste.

"Ce n'est pas une excuse, mon cœur." Je secouai la tête et regardai mon téléphone.

On dîne ensemble ce soir ?

Il m'avait envoyé ce message tôt ce matin.

"Je te l'ai dit, j'ai beaucoup de travail à faire puisque je vais au boulot demain" murmurai-je rapidement. Le professeur n'avait rien remarqué, mais les personnes dans la rangée devant nous regardaient.

"Et si je nous préparais à dîner chez moi, comme ça tu pourrais travailler ?"

Est-ce que je serais vraiment capable de me concentrer avec lui tout autour ?

Je pensai que je n'en serais pas plus capable en étant loin de lui, donc…

"Euh, d'accord. Très bien."

Il sourit d'un air radieux puis se tourna vers le professeur.

J'avais probablement manqué la moitié de ce qui s'était dit dans le cours. Depuis que mon ordinateur portable était complètement cassé, j'étais obligée de prendre des notes à la main. C'était vraiment nul. Si j'économise suffisamment, je pourrai m'acheter une tablette d'ici la fin du semestre. Si j'ai besoin d'écrire une dissertation ou autre, je pourrai toujours emprunter l'ordinateur d'Emma.

Pendant le reste du cours, je m'efforçai de prendre des notes tandis que Chris tapait avec facilité sur son Macbook.

"Je vous laisse sortir plus tôt aujourd'hui, je me sens dans un bon jour. Assurez-vous de bien réviser pour le QCM de mardi." La classe se dispersa avec les étudiants sortant de tous côtés.

"Hé, je voulais te donner ça lundi mais j'ai été un peu… distrait." Chris se tint devant moi pendant que je fermais mon sac.

"Me donner quoi ?"

Il referma son ordinateur portable et me le tendit.

"Quoi ? Non, je ne peux pas accepter ça de toi."

"Pourquoi ? J'en ai quatre autres comme ça… Je m'en sers pour différentes choses, j'ai juste acheté celui-là parce que j'avais oublié le mien pendant que j'étais en tournée."

Je secouai la tête.

"Non, vraiment je ne préfère pas. Je vais bientôt en acheter un neuf" répondis-je nerveusement. Il fit un pas en avant vers moi et me fixa de son regard vert émeraude.

"On sait tous les deux que tu mens toujours très mal. Considère ça comme un prêt jusqu'à ce que tu achètes ton nouvel ordinateur."

Il était très convainquant. Et je ne pouvais pas continuer beaucoup plus longtemps sans ordinateur.

"D'accord. Merci." Je le pris et le mis à l'intérieur de mon sac.

"Tu veux venir directement chez moi ?"

"Heu, non, j'ai des choses à aller chercher chez moi. Tu peux venir me chercher d'ici une heure ?" J'avais déjà passé la porte à moitié.

"Pas de problème mon cœur."

Je me précipitai hors de la pièce et attrapai mon bus. Je m'étais réveillée tard et n'avais pas pris ma douche avant d'aller en classe, aussi je me sentais sale. Je n'ai pas vraiment envie d'être avec Chris avec les cheveux graisseux et le visage luisant.

Bien sûr, j'avais envie de me concentrer sur mes devoirs mais je ne pouvais penser à rien d'autre qu'à m'envoyer en l'air avec lui. Je n'avais jamais eu autant envie de le faire comme je le désirais avec lui… il avait éveillé des choses en moi dont j'ignorais jusqu'à l'existence.

Une fois rentrée, je pris une douche et me lavai les cheveux. Je les séchai à moitié puis enfilai un jean et un pull rouge qui avait appartenu à mon père.

"Tu sors ?" Emma entra juste au moment où je fermais mon sac à dos.

"Oh, euh… je vais dîner et travailler chez Chris."

Son visage s'éclaira et elle traversa la pièce pour me serrer dans ses bras. Elle arrivait de son laboratoire et sentait un mélange de fraise et d'isopropanol.

"Super ! Je suis vraiment contente que tu aies décidé de continuer à le voir" s'exclama-t-elle. Elle en paraissait plus heureuse que moi.

"Oui, moi aussi je suppose."

"C'est quoi ça ?" dit-elle en me relâchant et en regardant derrière moi. Elle avait dû voir l'ordinateur portable.

"Oh, euh, Chris me l'a prêté. Juste le temps que j'en achète un nouveau."

"D'accord."

Elle s'en alla prendre une douche. Il me restait au moins quinze minutes avant son arrivée, s'il arrivait à l'heure. Il ne m'avait pas semblé être du genre à arriver en retard ceci dit.

"Alors vous allez encore vous peloter ce soir ?" Emma sortit de la salle de bain dans sa grande serviette rose, une autre enroulée autour de sa tête.

"Je ne pense pas. J'ai une dissertation à rendre demain que je dois corriger. Ca fait déjà quelques jours que je l'ai rédigée. C'était juste une analyse comparative d'un des livres qu'on doit étudier."

"Oh, heu, d'accord. Mais tu as tort. Cet homme est tellement superbe. Il n'est pas mon genre pourtant."

Je ris pour toute réponse. Elle ne sort qu'avec des sportifs. Littéralement. Je n'ai jamais compris pourquoi mais je suppose que c'est juste parce qu'elle est comme ça.

"Est-ce qu'il y a eu du nouveau sur cette page Twitter ?" lui demandai-je, presque effrayée de la réponse.

"A vrai dire, non. Je t'avais dit que ça allait finir par se calmer."

"D'accord. C'est parfait je suppose." Mon téléphone vibra. "Il est là. A plus tard."

Je descendis les marches en courant et le rejoignis à l'extérieur. Il était appuyé contre la porte côté passager et ressemblait à un mannequin, le plus beau de tous.

"Hé mon cœur."

L'entendre m'appeler ainsi me fit sourire.

"Salut Chris."

"Comment, pas de petit nom pour moi ?" plaisanta-t-il en m'ouvrant la portière.

"Non" répondis-je. Il m'embrassa sur la joue juste avant que je n'entre et referma derrière moi.

Il courut faire le tour et nous partîmes vers chez lui.

"Alors, qu'est-ce que tu veux manger ce soir ?" demanda-t-il tandis que la musique jouait en arrière-fond. Je pense qu'il s'agissait d'une station radio de rock alternatif.

"Surprends-moi… et je ne savais pas que tu faisais la cuisine." Son rire profond retentit dans la voiture.

"Je sais faire un tas de choses que tu ignores. Je suppose qu'on pourra approfondir ça une fois que tu auras fini ton travail."

Je n'avais pas autant de devoirs à faire que je le pensais, de toute façon.

"Entendu."

Je m'étais déjà presque habituée à sa maison une fois que nous fûmes entrés. Je m'assis sur le canapé dans son salon pendant qu'il s'activait à la cuisine.

J'en étais rendue à la moitié de ma dissertation lorsque l'odeur de ce qu'il était en train de cuisiner s'infiltra dans toute la pièce. C'était en quelque sorte apaisant pendant que je travaillais. Puis je remarquai qu'il chantonnait pour lui-même tout en cuisinant.

"C'est prêt !" appela-t-il juste quand je venais d'appuyer sur le bouton d'envoi.

"Tu veux boire quelque chose ?" demanda-t-il.

"Oui je veux bien."

Il ouvrit deux bières et les posa sur la table.

"J'adore les spaghettis au poulet" gloussai-je.

"Vraiment ?" Il m'aida à m'asseoir à la table puis prit place à son tour.

Sa table de guingois semblait faite d'un ancien bois usé qui avait été verni avec une cire spéciale. Cela donnait à l'endroit une atmosphère étrangement confortable.

"Oui. Je préparais souvent ça pour mon père et moi parce que c'était tellement bon marché." Je pris une bouchée et trouvai ça immédiatement succulent. Il savait vraiment cuisiner.

"Ton père est ta seule famille ?" me demanda-t-il. Je suppose que c'était son moment "j'apprends à mieux te connaître".

"Oui. Je n'ai jamais connu ma mère. Il m'a dit qu'elle était morte quand j'étais toute petite mais je n'ai jamais su toute l'histoire. Je me suis juste retrouvée à grandir uniquement avec lui."

"Vous étiez proches tous les deux alors ?"

Je soupirai.

"Aussi proche qu'on peut l'être, je suppose. Il travaillait dans le bâtiment et faisait de longues heures, la plupart du temps surtout à construire des choses pour la municipalité. Il avait un seul jour de congé et on le passait à regarder la télévision dans notre caravane." Je ris en me rappelant cela puis je réalisai que j'avais fait une erreur en évoquant la caravane. Je ne l'avais jamais dit à personne sauf à Emma.

"Comment vous réussissiez à faire marcher la télé dans la caravane ?"

J'étais un peu étonnée de sa question mais je répondis néanmoins.

"Euh, il se servait des câbles du voisin, je pense. On était garés sur un parking vide derrière un lotissement."

"On faisait la même chose, ma mère et moi."

"Tu…"

"C'était plus un mobil-home, aussi on avait un peu plus de place."

"Whoa… Je ne m'en serais jamais douté."

Il me fit son sourire en coin.

"Peu de gens s'en douteraient. Mon père était un bon à rien pour autant que je sache. Mais ma mère travaillait comme serveuse et elle était dure à la tâche elle aussi. Elle avait l'habitude d'enchaîner des services de vingt-quatre heures un mois d'affilée pour économiser et m'acheter ma première guitare pour Noël." Il prit une gorgée de sa bière et continua de raconter son histoire.

"Elle m'a toujours soutenu et a encouragé mes rêves, m'a toujours fait sentir que je pouvais tout réussir. La plupart de ce que j'ai fait… j'aurais voulu qu'elle soit là pour voir comment les choses ont bien tourné pour moi." Une tristesse s'empara de sa voix et j'en eus mal pour lui."

"Elle est…" commençai-je doucement.

"Elle est morte lorsque j'étais à la fac, c'est pour ça que j'ai laissé tomber après ma troisième année. J'avais presque terminé mais je n'arrivais plus à… je n'y arrivais plus sans elle et c'est la musique qui m'a aidé à m'en sortir. Je me suis servi de la célébrité et du succès pour m'anesthésier. Mais je n'ai plus envie de faire ça."

"Pourquoi ? Ca… semble bien marcher de cette façon. Je veux dire, je n'aurais jamais rien deviné. Je ne pense pas que personne le pourrait" dis-je.

"Eh bien… la première fois que je t'ai vue, je me suis simplement senti différent. En quelque sorte… et la première fois que je t'ai parlée, j'ai été tout bonnement ébloui par ton esprit et ta façon de dire les choses. Et j'ai envie de te connaître, Laura. Je n'ai pas vraiment été heureux depuis que ma mère n'est plus là, et je le suis tellement lorsque je suis avec toi."

Ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure… Je ravalai mes larmes et lui sourit.

"Tu me rends vraiment heureuse toi aussi…"

"C'est bien." Il me fit un clin d'œil et se pencha en avant pour me donner un léger baiser sur les lèvres.

Nous avons continué à manger, à rire et à nous raconter des histoires de notre enfance. Nous avions tous deux eu des prises de bec avec la police, avions été obligé de déplacer notre caravane hors du parking où nous étions installés. Celui lui était arrivé deux fois mais à mon père et moi, seulement une.

La nourriture était tellement bonne que j'insistai pour me resservir. Après ça et deux bières, je me sentis énorme. Il s'assit avec moi pendant que j'étudiai pour mon autre cours d'anglais, l'introduction aux études littéraires. Je me détendis contre son torse tandis qu'il regardait une série policière sur Netflix.

"Tu es fatigué ?" me demanda-t-il après m'avoir vue baillé une fois.

"Non, c'est juste que c'est barbant" ris-je. Il me retira mon livre et je criai en guise de protestation.

"Hé !"

Il me souleva et se contenta de rire.

"Qu'est-ce que tu fais ?"

"Je te fais faire une petite pause" dit-il avec son sourire sexy.

Je me mordis la lèvre et ris tandis qu'il montait les escaliers. N'étais-je pas trop lourde ? Je suppose que ses muscles n'étaient pas uniquement là pour décorer.

"Où m'emmènes-tu ?"

Il m'embrassa avec ardeur et me pressa contre le mur le plus proche.

"Ca dépend…" Sa bouche s'attarda le long de mon cou et il continua de m'embrasser. Je gémis lorsqu'il embrassa l'endroit juste en-dessous de mon oreille. J'eus l'impression de ressentir des frissons sur tout mon corps.

"De quoi ?" haletai-je quand il commença à lécher ma peau.

"De ce qui te fait envie" Il passa à l'autre côté de mon cou et frotta ses hanches contre moi. Je restai le souffle coupé lorsque je me rendis compte qu'il bandait déjà.

"Qu'est-ce que j'ai comme choix ?" demandai-je avec un sourire tandis que je passais mes doigts dans ses boucles brunes et soyeuses.

"Je peux te faire visiter…"

"Ou ?" l'interrompis-je.

Ses lèvres se posèrent à nouveau sur les miennes et il m'embrassa avec une telle fougue que je me dis que j'aurais tout aussi bien pu exploser. Nos langues et nos dents s'entrechoquèrent, nos nez se pressèrent l'un contre l'autre. Tout mon corps était en feu à cause de lui.

"Ou je peux t'emmener au lit." Je retins ma respiration, sous le choc. Pourquoi cela me surprenait autant qu'il veuille ainsi de moi alors que je pouvais déjà sentir l'effet que je lui faisais ?"

Il se recula pour me regarder, une expression de sincérité dans les yeux.

"J'ai envie de toi, Laura."

"J'ai… j'ai envie de toi aussi." Ce n'est pas que j'étais vierge ou quoi, donc pourquoi me sentais-je aussi nerveuse ? Je pense que c'est parce que je l'appréciais vraiment.

"Si tu préfères attendre, pas de problème. J'aurais peut-être besoin d'une douche froide, mais enfin…"

Je gloussai faiblement.

"Non… je, je n'ai pas besoin d'attendre."

Alors il pressa à nouveau ses lèvres contre les miennes. Il me souleva loin du mur et je n'eus aucune idée de là où nous allions jusqu'à ce que je me retrouve allongée sur un lit moelleux. Il se tint à l'extrémité du lit et me sourit pendant qu'il enlevait sa chemise

"Pourquoi j'ignorais que tu étais tatoué ?"

C'était surtout à moi-même que je posais la question.

Mes yeux n'étaient pas seulement attirés par son ventre parfaitement dessiné, mais par le tatouage en forme d'aile qui traversait ses pectoraux. C'était magnifique. On aurait dit un aigle ou une autre sorte d'oiseau.

"Est-ce que ça a une signification ?"

Il rampa vers moi et jusqu'entre mes jambes.

"Je répondrai lorsque tout le sang que j'ai dans le corps sera revenu à mon cerveau".

Il m'embrassa à nouveau avant que je ne puisse répliquer.

Tandis que sa langue virevoltait avec la mienne, il passa sa main sous mon tee-shirt. Sa main rugueuse était si chaude et lourde contre ma peau, j'avais envie qu'il m'empoigne toute entière. Je me relevai afin qu'il puisse me retirer mon vêtement. Je ne sais pas pourquoi j'avais autant conscience de moi-même lorsqu'il contempla ma poitrine.

Il passa l'extrémité de ses doigts contre la dentelle mauve de mon soutien-gorge puis fit de même avec sa bouche. Ma poitrine se soulevait de haut en bas si rapidement, mon cœur battait de toutes ses forces. Je lui enlevai son pantalon rapidement et rapprochai à nouveau ses lèvres des miennes.

Il m'embrassa puis descendit sa bouche contre mon corps. Il enleva mon soutien-gorge et embrassa mes seins, les palpant et les suçant jusqu'à me faire gémir de façon inintelligible.

Il retira ma culotte et mon cœur se figea dans ma poitrine.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demandai-je d'un ton inquiet après qu'il eut baissé son visage vers mon sexe en fusion.

"Détends-toi mon cœur."

Personne ne s'était jamais autant approché de moi auparavant, mais une fois qu'il eut posé sa bouche sur moi… avec sa langue experte, je fus au paradis. Je ressentais tant de choses différentes en même temps, c'était difficile de saisir un sentiment en particulier si ce n'est… que c'était parfait.

"Oh mon…" mon corps se crispa et je m'agrippai à lui tout en jouissant.

Il remonta le long de mon corps en m'embrassant jusqu'à atteindre ma bouche. Je le sentis tirer sur son caleçon, d'une main décidée. On aurait dit qu'il ne pouvait pas attendre plus longtemps avant de s'en débarrasser.

Je fus un peu effrayée quand il nous fit rouler sur nous-mêmes et que je me retrouvai au-dessus de lui. Je compris ensuite que de cette façon, je pouvais le voir encore mieux. Du tatouage sexy qui traversait son torse solide comme le roc jusqu'à ses abdominaux parfaitement ciselés et sa taille d'Adonis. Mes yeux descendirent plus bas jusqu'à apercevoir son sexe, et la première chose que je me dis fut de me demander comment cela allait entrer en moi.

Est-ce que c'était possible qu'il ait grossi depuis la dernière fois ? Je regardai encore, voyant cette veine que j'avais sentie. Je passai ma main autour et sentis sa chaleur contre elle. Du liquide coulait de son gland et j'en frottai contre mon propre sexe, nous faisant tous les deux gémir.

Ses mains parcoururent mon corps, mes cuisses, mes hanches, que j'avais toujours jugées trop grosses, mais qu'il paraissait apprécier de caresser.

"Tu es tellement belle mon cœur".

Je ne pus m'empêcher de sourire.

Je le fis entrer en moi et m'enfonçai lentement sur lui. Il grogna avec force et me serra d'encore plus près. Je pouvais le sentir profondément, c'était parfait.

Je me mis à bouger en un rythme régulier pendant qu'il agrippait mes hanches, me faisant aller plus vite. Je stabilisai mes mains contre son torse vigoureux jusqu'à ce que je sente que j'allais avoir un autre orgasme. Je le sentis se crisper en moi pendant qu'il jouissait. Je m'effondrai contre lui et nous restâmes tout proches l'un de l'autre.

Je savais alors, alors que nous passions le reste de la nuit entortillés dans les draps, que je venais de tomber amoureuse d'une rock star. Super.

* * *

Chapitre 6: Pas de surprise

Les quelques semaines suivantes ressemblèrent beaucoup à ce qui arrive dans les livres romantiques que je lisais. Je passais presque chaque nuit avec Chris, à étudier et… faire d'autres choses.

Nos conversations devinrent plus intimes, plus longues et il était plus difficile de nous arrêter. Il n'était pas seulement un musicien, il avait bon cœur et un esprit affûté.

Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'étais attendue.

J'adorais la manière dont il me faisait rire, comment il me faisait sourire tout le temps, même lorsqu'il n'était pas avec moi. J'aimais comment il me rendait heureuse et… je l'aimais. Je ne lui avais pas encore dit, évidemment que non. Je pouvais à peine l'admettre à moi-même.

Je suppose que j'attendais le bon moment.

Je pensais que ce soir le serait. Il avait insisté pour que je m'habille "bien" et je devais le retrouver au Grotto, un restaurant agréable en ville.

Ce serait la dernière fois où je le verrais avant que Emma et moi retournions chez nous pour les congés d'automne. C'était la première fois que mon père avait des vacances pour Thanksgiving, aussi je voulais les passer avec lui. D'habitude je reste sur le campus à me nourrir de purée de pommes de terre.

Emma m'avait fait revêtir une robe ajustée d'un violet foncé, des chaussures noires à talons hauts et m'avait fait partir comme ça. Je me demandais pourquoi il n'était pas simplement venu me chercher, et quand Emma m'avait déposée, j'avais l'impression que mon estomac bourdonnait.

"Excusez-moi, j'ai rendez-vous avec quelqu'un" dis-je à l'accueil.

"Oh, très bien. Je pense qu'il nous a donné votre nom, c'est bien Gogol ?" Je ne pus m'empêcher de rire. Gogol était l'un des écrivains que nous étudions dans notre cours de littérature russe.

"Oui, c'est bien ça."

"Il est au fond de la salle dans une cabine."

Je souris pour remercier et partis à sa recherche. Je ne pouvais pas effacer le sourire de mon visage. Chris avait fait de moi une nouvelle femme. Ce soir, j'allais devoir le lui annoncer. Peut-être qu'il éprouvait la même chose, qui sait…

"Chris !"

Ce que j'aperçus soudainement devant moi suffit à me retourner l'estomac. Avant que je ne crie son nom, horrifiée, une quelconque bimbo blonde l'embrassait à pleine bouche, à moitié assise sur lui à l'intérieur de la cabine. Il la repoussa et me fixa, comme sous le choc.

"Laura, ce… ce n'est pas ce que tu crois."

"Ah oui ?" hurlai-je presque.

Les larmes coulaient sur mon visage à une telle vitesse que je n'arrivais plus à voir.

Je tournai les talons en ignorant ses interpellations pour me retenir. Je courus à toute vitesse le long de la rue jusqu'à atteindre l'arrêt de bus. Je me disais qu'il allait m'amener suffisamment près du campus pour que je puisse ensuite rentrer à pied. Mes larmes continuaient de couler.

* * *

Il m'envoya des messages tous les jours.

C'est elle qui m'a embrassé.

Je ne sais même pas qui elle est.

Je le jure, je ne pourrai jamais te faire du mal.

S'il te plaît, rappelle-moi. Laisse-moi t'expliquer.

Ne fais pas ça, mon cœur, parle-moi…

Je n'abandonne pas. S'il te plaît. S'il te plaît. S'il te plaît.

Je ne pourrai jamais te trahir, Laura. Je t'en prie !

J'avais envie de lui répondre à chaque fois. La douleur m'avait tellement anesthésiée que je n'étais plus du tout capable de réfléchir rationnellement. En aucune façon.

"Tu vas bien, petite ? Ca fait presque une minute que tu regardes ce téléphone." Mon père me tira de mes pensées moroses.

"Je vais bien, papa."

Il me frotta l'épaule et s'assit à côté de moi sur le canapé.

"C'est à cause d'un garçon ?" demanda-t-il.

"Comment ? Non." Mon père et moi étions assez proches, c'est pourquoi nous pouvions parler de ce genre de choses.

"Je comprends si tu n'as pas envie d'en parler. Mais rappelle-toi ce que je t'ai toujours dit, il y a toujours deux versions d'une même histoire."

Maudit soit mon père et sa façon de tout rationaliser.

Je revins de mes vacances avec l'intention de parler à Chris. J'avais envie de le croire mais je trouvais que c'était difficile. Presque impossible. C'est sa réputation. Qu'il s'amuse avec les filles. J'étais au courant. Nous avions passé du bon temps ensemble et j'étais d'accord pour m'éloigner après que ce soit fini.

Cela me demanda beaucoup d'efforts mais je suppliai mon professeur de littérature russe de me laisser participer à son cours d'avant. Je n'aurais jamais pu ne plus revoir Chris, pas sans rompre proprement, pas en le fuyant. Je devais être forte et mettre un terme à notre histoire.

Tandis que je quittais mon dernier cours du mercredi et me dirigeai à mon travail à la bibliothèque, je fus bloquée par un grand attroupement dans la cours du campus. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.

Je me frayai un passage à l'avant et vis Chris se tenir là, avec un micro et sa guitare.

"La voilà" dit-il en parlant dans le micro. Je regardai autour de moi, espérant qu'il parlait de quelqu'un d'autre.

"Puisqu'elle n'a pas répondu à mes messages, je me suis dit que j'allais lui écrire une chanson. Elle m'a dit que si je lui écrivais une chanson, elle me donnerait une chance. Alors me voici."

Je m'intimai en moi-même de partir. D'échapper à ce piège. Mais une fois qu'il eut commencé à gratter les cordes de sa guitare et de chantonner dans le micro, j'étais perdue.

Lorsque tu souris, c'est comme si le soleil avait déserté le ciel.

Et je me perds, je me perds tellement en toi

Bébé crois-moi

Pardonne-moi

Et laisse-moi

T'aimer.

"Je t'aime Laura Briggs, s'il te plaît, reviens à moi."

Et c'est ce que je fis.

* * *

Épilogue : Standing ovation

Lorsque le semestre de printemps se termina, je nageai dans la joie avec Chris. Il me faisait même participer à l'écriture de ses chansons.

J'étais méfiante à propos de cela au début, mais Emma m'y avait encouragée et m'avait incitée à partir en tournée avec lui. Je m'amusais bien malgré tout, et j'y avais trouvé de nouvelles inspirations pour l'écriture de ma thèse et mon projet créatif pour la dernière année avant mon diplôme.

Rien de louche n'arriva plus jamais avec Chris. Nous étions heureux ensemble, je ne pouvais rien souhaiter de mieux. J'avais tenté ma chance, j'étais tombée amoureuse d'une rock star et je ne voudrais absolument pas qu'il en soit allé autrement.

 

FIN

 

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