Bal Masqué

Chelsea Harrison · Chapitre 4 sur 4 · partie 2/2

Pages du PDF

Bal Masqué

BONUS 3 - College Prince

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

Des livres et du chocolat… Tout ce qu'il faut pour passer une bonne soirée.

"Tu n'avais vraiment pas besoin de faire ça" dis-je. "Mais c'est gentil de ta part."

Je serrai le livre contre moi et levai la tête vers son visage aux traits parfaits. Ses yeux étaient étincelants sous le doux et pâle soleil. Il y avait quelque chose de si différent chez lui. Quelque chose de tellement… mystérieux.

"Tu sais, tu me dis vraiment quelque chose" dis-je en examinant son visage à l'air majestueux.

Il parut soudainement embarrassé et se détourna.

"Vraiment ?"

Passant une main dans ses cheveux, il regarda timidement le sol.

"Je dois avoir un de ces visages ordinaires. Tu sais, ceux qu'on croit voir partout ou quelque chose comme ça."

Je ris.

"Euh… non. C'est plutôt tout le contraire. Crois-moi. Tu ne ressembles à aucun des garçons qui sont ici."

Est-il en train de rougir ?

Il parut nerveux et il commença à se balancer d'un pied sur l'autre tout en croisant les bras contre son torse, l'air sur la défensive.

"Hé, peut-être que lorsque tu auras terminé le livre, on pourrait se revoir pour en parler ?"

Le sourire sur mon visage s'agrandit, que je le veuille ou non.

"J'adorerai" dis-je avant d'avoir pu m'en empêcher. "En fait, pourquoi ne pas nous voir avant ?"

Je soupesai le livre.

"Ca risque de me prendre du temps."

"Oui, c'est du lourd" répondit-il avec un sourire narquois. "Et je ne parle pas juste de son poids."

M'attardant à l'extérieur de l'entrée principale de Bryson Halls, je hochai la tête en entrant dans le bâtiment.

"Je ferais mieux de retourner à ma chambre" dis-je mais sans bouger.

"Et je dois retrouver Sebastian à la bibliothèque."

Aucun de nous ne bougeait. Au moment où je me dis que la situation ne pouvait pas devenir plus embarrassante, Heather arriva.

"J'ai oublié mes livres pour cet après-midi" mentit-elle, manifestement désireuse de me suivre afin de savoir où nous en étions.

Elle nous contourna et me fit un clin d'œil en disparaissant en haut des marches.

"On pourrait dîner ensemble ce soir ?" demanda-t-il.

"Dîner ?"

Cela semblait tellement adulte, tellement hors de mes habitudes.

"Bien sûr, ça me semble parfait" répondis-je, et mon cœur se mit à battre à tout rompre.

* * *

CHAPITRE 9 – FREDDY

Regardant mon reflet dans le miroir, je réajustai ma cravate et coiffai mes cheveux sur le côté.

"Qu'est-ce que tu en dis ?" demandai-je à Sebastian qui était couché sur le ventre avec ses cartes de Donjons et Dragons étalées devant lui. Il leva la tête et fit la grimace.

"Tu essaies de ressembler à James Bond ?"

Me regardant à nouveau, je compris que j'en avais probablement fait un peu trop.

"C'est trop chic ?" demandai-je.

"Sauf si tu vas aux Oscars."

Je soupirai et enlevai ma cravate.

"Tu as raison. On dirait que je fais trop d'effort. Tu as des suggestions ?"

A nouveau, il grimaça avant de prendre la carte devant lui pour l'examiner.

"Qu'est-ce que j'en sais ? Je n'ai jamais eu de rendez-vous de ma vie."

Il était presque dix-huit heures et je devais y aller. Passant rapidement mes mains sur les vêtements à l'intérieur de ma penderie, je me décidai finalement pour un jean noir et un blazer gris.

"Et ça ?" dis-je en tenant les vêtements devant moi.

Sebastian, l'air de s'ennuyer, roula des yeux.

"Écoute, est-ce que c'est si important ce que tu portes ? Si elle t'apprécie, alors c'est cool, tout va bien. Si elle ne s'entend pas avec toi parce que tes mocassins ne sont pas de la bonne couleur ou un truc comme ça, alors peut-être que tu l'auras échappé belle."

Je ris en enfilant mon jean.

"Tu sais, pour quelqu'un qui n'a pas d'expérience avec les filles, je dirais que tu t'y connais bien."

Ses yeux étaient toujours fixés sur ses cartes.

"Tu veux que je me renseigne pour savoir si Eleanor a des amies qui pourraient te convenir ?"

Sebastian parut horrifié et frissonna ostensiblement.

"Si tu t'y sens obligé" dit-il, "mais ne te donne pas de mal pour ça ou quoi."

Lui ébouriffant amicalement les cheveux, je lui dis au revoir et me dirigeai vers la porte.

La chambre d'Eleanor n'était pas loin de la mienne, mais je déambulai lentement dans la résidence, essayant de calmer mes nerfs. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi j'étais aussi nerveux. J'étais déjà sorti avec des filles auparavant, une quantité pour être honnête, mais aucune n'avait rendu mes mains tremblantes ou fait battre mon cœur dans ma poitrine. Peut-être que c'était le fait que je me sois mis à nu devant elle, sans mon statut pour me protéger. Ou peut-être que le fait de ne plus avoir de statut signifiait que je n'avais pas d'ego, aucune confiance en moi.

Frappant à sa porte, j'entendis des gloussements provenir de l'intérieur de la pièce pendant qu'un nuage de parfum s'échappait pour parvenir jusque dans le couloir. Je frappai à nouveau et juste comme je me disais que personne n'allait ouvrir, la porte grinça en s'ouvrant et son amie apparut. Elle ouvrit la porte et je pus voir qu'elle portait un tee-shirt Donjons et Dragons.

"Salut, je m'appelle Heather" dit-elle. "Ellie sera là dans une minute."

Et elle me claqua la porte au nez tandis qu'une explosion de rire surgissait de l'autre côté.

Un moment plus tard, on entendit le cliquetis de hauts talons et le son étouffée de voix féminines.

"Tu as l'air d'une princesse" entendis-je dire l'une d'entre elles.

"Chut" siffla Eleanor.

Tandis que la porte s'entrouvrait, j'aperçus ses cheveux blonds brillants qui étincelaient tel un halo doré. Vêtue d'une robe moulante noire, elle était à peine reconnaissable et je reculai d'un pas, le souffle coupé.

"Woah !" dis-je en lui prenant les mains. "Tu es magnifique."

Elle retira ses mains, gênée, pendant que ses joues devenaient écarlates.

"Merci… Toi aussi."

"On y va ?" demandai-je en lui offrant mon bras.

"Allons-y" sourit-elle en s'agrippant à moi.

Je ne pus m'empêcher de tendre mes muscles. Elle s'en aperçut et me fit un sourire malicieux.

"Alors où va-t-on ?" demanda-t-elle.

Cela me prit un moment pour comprendre ce qu'elle venait de dire. J'étais trop occupé à regarder ses formes. Elles étaient quasiment irréelles, elle avait une taille extrêmement menue avec des hanches larges et une poitrine pleine.

"Hello ?" dit-elle en agitant la main devant mon visage.

Cela ne lui prit pas longtemps pour qu'elle se rende compte que je l'observais, mais cela ne parut pas la déranger.

"Excuse-moi. Je suis vraiment désolé, c'est juste que tu as une allure fantastique. Je veux dire… Oh mon Dieu, enfin tu es ravissante."

"Ravissante ?" rit-elle. "Quel genre de garçon dit ça ?"

Pressant ma main sur mes joues brûlantes, je m'ordonnai de me calmer et défis le bouton du haut de ma chemise.

"Alors, tu vas me dire où nous allons ?" demanda-t-elle à nouveau.

"Dans un restaurant français très agréable" répondis-je. "Tu vas adorer. Je l'espère du moins."

Sa main était chaude sur mon bras et elle marchait en faisant attention à sa démarche, vacillante sur ses hauts talons. Apparemment elle était tout aussi nerveuse que moi.

"Français ? Ca a l'air super" dit-elle. "Mais il faudra que tu traduises le menu pour moi."

* * *

Le serveur nous présenta la carte des vins et Eleanor la regarda l'air plein de confusion.

"Quel genre de vin préfères-tu ?" demandai-je.

Elle me regarda du même air surpris.

"J'aime les blancs secs. Ca te paraît bien ?"

"Bien sûr. C'est parfait."

Je fis signe au serveur de revenir et il se dépêcha d'arriver en souriant poliment.

"Une bouteille de Château d'Yquem s'il vous plaît."

"Certainement, monsieur" dit-il en hochant la tête et en saluant d'une petite révérence avant de s'en aller.

Elle attendit qu'il soit hors de vue avant de parler.

"Tu sais bien le français !"

"Juste les bases. J'ai passé tous mes étés en France, sauf cette année."

Ramassant sa serviette en soie, elle commença à tirer nerveusement sur les pompons de la nappe.

"Ca doit être génial de voyager" dit-elle. "Je n'ai jamais quitté les Etats-Unis."

Derrière elle, un vieux monsieur accompagné d'une jeune fille se mirent à rire tout en buvant du champagne. Je remarquai qu'il portait une alliance, mais pas elle. Fronçant les sourcils, je me retournai vers Eleanor.

"Oh, il faut que tu le fasses un jour. Voyager, c'est la meilleure éducation possible."

"Mieux que la fac ?"

"Beaucoup mieux que la fac."

Derrière elle, le couple rit plus fort et je jetai un œil par-dessus mon épaule. Suivant mon regard, elle les inspecta.

"Drôle de couple" remarqua-t-elle. "Tu penses que c'est sa maîtresse ?"

"Je suppose" dis-je avec une grimace.

"Ca a l'air de te mettre en colère" dit-elle.

"Je le suis. Il n'y a rien que je déteste plus que les hommes qui trompent leur femme."

Un silence embarrassant survint entre nous durant une seconde, jusqu'à ce que le serveur revienne avec le vin. Il nous en servit à chacun un verre.

"Je suis désolé" dis-je en secouant la tête. "Je ne voulais pas paraître négatif ou quoi, c'est juste que…"

J'hésitai un instant. Nous venions juste d'arriver et je ne voulais pas assombrir l'atmosphère en parlant de mes problèmes personnels.

"C'est juste que…" dit-elle en agitant la main pour m'inciter à continuer.

Prenant une gorgée de vin, je le laissai flotter sur mon palais un moment, avant de prendre une grande respiration.

"C'est juste que mon père n'est pas le plus fidèle des maris et que cela brise le cœur de ma mère."

Je songeai à elle qui était restée chez nous, sans moi, pendant que mon père voyageait on ne savait où, et me mis à soupirer. J'avais brusquement très envie de l'appeler.

"Mon père est pareil" répondit-elle à ma plus grande surprise.

* * *

CHAPITRE 10 – ELEANOR

Ne sachant pas lire le menu, Freddy commanda pour moi et c'est ainsi que je me retrouvai à contempler mon assiette et son contenu mystérieux.

"Ca a l'air… cru" dis-je en plongeant ma fourchette dans la viande de bœuf.

"Le steak tartare se mange toujours cru" répondit-il.

Voyant mon air rebuté, il y plongea sa propre fourchette et en prit une bouchée.

"Crois-moi, c'est délicieux."

"D'accord, mais si je meurs d'une intoxication alimentaire…"

Je mordis dans la viande tendre pour me rendre compte très vite que ce n'était pas aussi mauvais que je ne m'y étais attendu.

"Tu as peut-être raison" dis-je. "Mais c'est quand même bizarre."

Il rit et fit tinter le haut de son verre contre le mien.

"Tu as abordé un sujet délicat tout à l'heure" dit-il. "A propos de ton père."

J'avais aussitôt regretté de l'avoir évoqué, et à présent je me sentais honteuse d'en avoir parlé.

"Ah, ce n'est rien."

"Ca ne semblait pas être rien."

Prenant une grande gorgée de vin pour calmer mes nerfs, je me rassis en arrière et commençai à détacher l'étiquette de la bouteille de vin.

"Eh bien, je ne sais pas. Je veux dire qu'on n'en parle pas souvent. Quand j'étais enfant, ma mère a fait une dépression post-partum après la naissance de mon frère et mon père, avec une fragilité toute masculine, en a conclu que c'était qu'elle le rejetait. Ce que je sais ensuite, c'est qu'il a rencontré une fille ayant la moitié de son âge dans un bar et que notre foyer a été mis sens dessus dessous. Pendant environ six mois, je ne crois pas qu'il y ait eu un seul miroir ou une seule tasse dans toute la maison qui n'ait pas été mis en pièces."

Pour une raison particulière, j'eus la très forte envie de pleurer comme si j'étais redevenue enfant. Me remémorer ces souvenirs me donnait l'impression d'être de retour en ce temps-là, avec ma mère qui passait jour après jour dans sa chambre à coucher aux volets clos, un flacon de médicaments près de son lit pendant qu'avec mes bras de petite fille, je berçais Craig qui hurlait.

"Ca ressemble beaucoup à ce que fait mon père" dit-il en interrompant mes pensées tout en tendant sa main par-dessus la table.

Sans réfléchir, je mêlai mes doigts aux siens.

"Vraiment ? Je m'étais toujours dit que les garçons comme toi avaient des vies parfaites."

"Pas exactement."

Il reposa sa fourchette et se pencha en avant comme s'il s'apprêtait à révéler certaine connaissance secrète.

"Tu ne le diras à personne, n'est-ce pas ?"

"Au sujet de ton père ?"

"Oui."

Ca doit vraiment être une bonne histoire, me dis-je. Pourquoi serait-il si inquiet autrement ?

"D'accord… alors mon père passe beaucoup de temps à l'étranger."

"Il voyage pour son travail ?"

Un air étrange et non identifiable passa dans ses yeux.

"Quelque chose comme ça. Enfin, ma mère et lui ont toujours fait clairement savoir qu'on les avait obligés à se marier."

"Obligé ! Comme autrefois avec les mariages arrangés ?"

"Presque. Ils ont été poussés à se marier par chacun de leurs parents, ceux-ci présumant qu'ils finiraient par s'aimer l'un l'autre. Ce n'est jamais arrivé bien sûr, et même si ma mère a essayé de faire son mieux et de rester fidèle, mon père n'a pas eu, comment le dire ? Sa force ? Son honnêteté d'esprit."

Il se mit à serrer ma main plus fort.

"Et alors il y a eu des rumeurs" continua-t-il. "Des douzaines. Je les entendais murmurer dans les couloirs pendant que je m'attardais sur le palier en haut de l'escalier. Le personnel était toujours en train de rôder derrière des portes fermées, certains d'entre eux disant qu'ils étaient de son côté à lui, d'autre se contentant de relayer les nouvelles."

"Le personnel ?"

Il eut de nouveau l'air effrayé et il s'écarta.

"Je suis désolé. J'ai trop bavardé et ce n'est pas la plus plaisante des conversations à avoir."

"Le personnel ?" répétai-je.

Tandis que je le regardais dans les yeux, je commençais à assembler les pièces de sa vie. Il ressemblait bien à ces personnes qui ont l'habitude d'avoir du personnel de maison.

"Tu n'es pas l'un de ces gosses de riches qui ont des domestiques et des gens comme ça, n'est-ce pas ?"

Il avala sa salive et se tourna derrière lui pour attirer l'attention du serveur.

"Euh, pouvons-nous avoir la carte des desserts, je vous prie ?"

Tout commençait à faire sens, la façon dont il ne paraissait pas totalement s'intégrer, le timbre de sa voix qui était à la fois distant et poli, le fait qu'il paraissait être né avec une immense confiance en lui.

"Hé."

Je saisis sa main à nouveau.

"Tu es un gosse comme ça !"

Ses joues devinrent toutes roses et la lumière de la bougie fit luire son front moite.

"Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu te conduis comme si j'étais en train de te faire passer à l'interrogatoire ou quoi ?"

Il frissonna comme si je l'avais offensé.

"J'ai dit quelque chose de mal" demandai-je, inquiète d'avoir tout fichu en l'air.

"Bien sûr que non !" s'écria-t-il. "C'est juste que… je préfère ne pas parler de moi. Parlons plutôt de toi."

Sentant que je venais de me mettre dans une situation embarrassante, je bus un peu de vin et dit : "Quoi moi ? Je n'ai vraiment rien d'intéressant."

Il rit et me sourit chaleureusement.

"Oh, ça ne peut pas être vrai. Ca n'existe pas, les étudiants en philosophie ennuyeux. Raconte-moi, pourquoi tu as choisi d'étudier cette matière ?"

Je repensai à toutes ces nuits que j'avais passées complètement éveillée, à réfléchir à la vie et à l'univers tandis que je regardais les étoiles par la fenêtre. Je me souvins de toutes les fois où je m'étais émerveillée de seulement exister, puis à la panique qui s'emparait de moi quand je me demandais pourquoi c'était ainsi pour moi et pas pour d'autres. Il y avait tant de permutations dans l'existence et je n'arrivais pas à comprendre comment tout cela pouvait fonctionner en parfaite harmonie. Mais je n'avais aucun moyen de lui parler de tout cela sans passer pour une folle, aussi je ne fis que me ronger un ongle en haussant les épaules.

"Ca avait l'air intéressant à étudier" dis-je.

Sa main glissa à nouveau en travers de la table. Près de la nappe, je pus sentir sa jambe effleurer la mienne et cela me donna un petit frisson d'excitation. J'avais envie de le sentir à nouveau, je voulais qu'il me touche davantage.

"Je sens qu'il se passe beaucoup de choses dans ta jolie tête" dit-il, son genou pressé contre le mien.

"Jolie ?" ris-je. "Je n'irais pas aussi loin."

Il fronça les sourcils et plissa le nez.

"Tu es sérieuse ? Tu es la plus jolie fille du campus à des kilomètres à la ronde. Tu le sais, non ? Tu devrais."

Une chaleur brûla à l'intérieur de moi.

Il trouve que je suis jolie et je le crois !

"Alors, tu vas me dire ce que tu penses vraiment ?" insista-t-il, ses yeux étincelants se plongeant dans les miens comme s'ils étaient à la recherche de mon âme.

"Peut-être" dis-je en riant.

* * *

La nuit était fraîche mais l'alcool m'avait réchauffée et je me sentais plutôt joviale. Je riais tandis que nous marchions dans la rue, m'appuyant sur lui tout en regardant par-dessus mon épaule vers le serveur à l'air ravi resté à l'accueil.

"Je ne peux pas croire que tu viens de lui donner un pourboire de deux-cent dollars en fausse monnaie !" ris-je bruyamment en lui donnant une tape sur la poitrine.

"Oui… de la fausse monnaie" dit-il en regardant nerveusement sur le côté.

"Hé, tu sais quoi ? Tu es un sacré bon acteur."

"Acteur ?"

"La façon dont tu as prétendu n'avoir aucune idée de ce dont j'étais en train de parler. Vraiment mignon."

Il sourit et passa son bras autour de moi.

"Alors tu ne trouves plus que je suis si désagréable ?" dit-il en levant un sourcil. "Je suis sympa, non ?"

Je me raidis et dégageai son bras de mon dos.

"Tu peux être sympa et désagréable en même temps, si tu veux le savoir."

Son visage s'affaissa une seconde et il sembla inquiet.

Puis j'éclatai de rire à nouveau et lui attrapai le bras.

"Je plaisante ! Tu n'es absolument pas désagréable, pas du tout comme je m'étais imaginé."

"Oh merci" dit-il en roulant des yeux.

"Je veux dire que tu n'es pas du tout désagréable. D'accord ! Je reconnais que j'ai eu tort à ton sujet. Tu as parlé de manière très convaincante et tu m'as remis à ma place pendant le cours. Tu m'as fait me sentir comme une idiote, mais c'était de ma faute. Tu savais de quoi tu parlais. Je ne faisais que chercher quoi dire au fur et à mesure."

Il s'arrêta net et me tapa sur l'épaule de ses mains.

"Je le jure, je ne voulais te faire sentir comme ça. C'était le jour de la rentrée et je voulais faire bonne impression, mais pas me conduire comme un enfoiré. En fait je suis même plutôt gêné quand j'y repense."

A nouveau, je me mis à rire en mettant ma main devant ma bouche.

"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?"

"C'est de t'entendre dire le mot enfoiré avec ton accent chic européen. Tu ressembles à un méchant dans un James Bond qui essaie de parler comme les jeunes."

Il réussit à rire et en même temps à froncer les sourcils.

"Qu'est-ce qui se passe avec les référence à James Bond aujourd'hui ?" demanda-t-il avec un mouvement du cou offensé.

"Allez viens" dis-je en lui prenant la main et en le poussant doucement vers la station de taxi. "Retournons au campus."

* * *

"Est-ce que tes amies t'attendent ?" demanda-t-il.

Levant les yeux vers la fenêtre de ma chambre, je pus les voir toutes deux en train de danser tandis que de la musique ringarde datant des années quatre-vingt sortait par la fenêtre ouverte. Je passai une main sur mon front et massai mes sourcils avant de me pincer l'aile du nez.

"Oui, on dirait qu'elles sont toujours là."

Nos mains étaient toujours jointes l'une à l'autre. Appuyant ma tête sur son épaule, je regardai à nouveau ma chambre. Des gens faisaient la fête partout dans la pièce. On aurait plus dit un zoo qu'une université.

"C'est dommage" dit-il.

"Quoi donc ?" demandai-je même si j'avais une idée de ce qu'il allait dire.

"J'espérais que tu m'aurais invité à monter."

Mon visage devint brûlant et je me mordis la lèvre inférieure tandis que je baissais les yeux sur mes chaussures.

"C'était plutôt prétentieux de ta part" dis-je. "Tu es toujours tellement sûr qu'une fille va t'inviter à venir dans sa chambre ?"

Il sourit comme un lycéen avant de rire et de passer sa langue sur ses lèvres. Il avait l'air plus beau lorsqu'il était pris au dépourvu, davantage lui-même. C'était ses gestes tout en subtilité qui le rendaient si attirant ; la façon qu'il avait d'être timide, la manière dont il me regardait comme si j'étais la seule fille au monde.

"Je ne voulais rien supposer du tout" corrigea-t-il. "Je pense qu'on pourrait dire que c'était un vœux pieux."

Il se pencha un peu plus jusqu'à ce que je sente l'odeur du vin sur ses lèvres. Elle se mélangeait avec le léger parfum musqué de son eau de Cologne, une senteur riche et masculine.

A travers la pelouse, nous pûmes entendre des gens approcher, rire et crier en état d'ivresse. Regardant à travers les arbres, je distinguai la silhouette d'un étudiant torse nu avec un dauphin gonflable sous son bras.

"Oh mon Dieu" fut tout ce que je pus dire. "Ils viennent par ici."

Freddy regarda par-dessus son épaule, aussi horrifié que moi.

"Ils sont en train de gâcher notre moment" dit-il en faisant la moue.

"Tu peux le dire. Ca te dérange si je marche un peu avec toi ? Tu pourrais me montrer ta chambre."

L'un des coins de sa bouche se tordit en un sourire malicieux."

"Bien sûr."

* * *

CHAPITRE 11 – FREDDY

Sebastian était profondément endormi quand nous entrâmes dans notre chambre. Repoussant sa couette pour tenter de le réveiller, tout ce que je fis fut de laisser voir son pyjama Pokémon tandis qu'il continuait de dormir. Roulant sur le côté, il commença à ronfler comme un cochon.

"Hé, Seb…"

Il renifla et roula à nouveau sur lui, lançant un pied vers quelque chose d'invisible avant d'attraper la couette.

"Sebastian ?"

Il ouvrit un œil et regarda autour de lui d'un air confus avant d'ouvrir l'autre et de voir Eleanor à côté de moi. Effrayé de voir une fille dans sa chambre, il se redressa droit comme un piquet et poussa une sorte de glapissement.

"Hé, ça ne t'ennuierait pas de disparaître, n'est-ce pas ?"

Se sentant profondément trahi, il s'enveloppa dans la couette et frotta ses yeux fatigués.

"Écoute, vieux" grogna-t-il. "J'ai besoin de dormir. J'ai un devoir demain matin."

"Moi aussi."

Mes yeux étaient implorants pendant que je le regardai, et même si je pouvais voir à quel point il était fâché, il dut y avoir un ton suffisamment désespéré dans ma voix pour le convaincre de partir.

"Je suppose que je pourrai dormir dans le salon de la résidence" dit-il en sortant par la porte, enroulé dans sa couette comme une chenille dans son cocon.

"Merci, vieux."

Il bailla et referma la porte derrière lui.

Me retournant vers Eleanor, je la vis qui souriait.

"Tu ne m'avais jamais dit que tu partageais ta chambre avec un garçon de douze ans" plaisanta-t-elle. "Ca doit être agréable de venir à la fac avec son petit frère."

"Très drôle" dis-je en me laissant tomber sur mon lit.

Tout à coup, tandis que je regardais à travers la pièce, je vis à quel point elle était en désordre et fus pris de honte. Il n'y avait aucun moyen que cet endroit l'impressionne, mais plus j'y pensais, plus j'aimais l'idée d'avoir quelques obstacles placés sur mon chemin. Chez moi, les filles étaient toujours impressionnées par mon palais, par la grandeur et l'élégance de tout mon mode de vie. Ici, si Eleanor m'appréciait vraiment malgré le fouillis et la saleté de ma chambre d'étudiant, elle m'apprécierait n'importe où.

"Désolé, j'aurais dû dire à Sebastian que tu viendrais."

Elle jeta un œil à la pendulette sur mon bureau.

"J'aurais dû le savoir. Il est vraiment tard."

Il y avait de la tristesse dans sa voix tandis qu'elle prévoyait la fin de la soirée.

"Je ferais mieux de rentrer" soupira-t-elle.

"Tu ne peux pas rester un peu plus longtemps ?"

Posant ma main sur son bras, je sentis la douceur de sa peau et sus que je voulais la sentir davantage.

"Tu es toute froide" dis-je.

Juste à cet instant, elle se mit à trembler et se frotta les bras.

"Je pense que je peux rester un peu plus" dit-elle.

Nous savions tous les deux ce qui allait se passer, c'était impossible à nier d'après l'air que nous avions tous les deux dans nos yeux, ou la façon dont nous nous penchions de plus en plus près l'un de l'autre, nos deux corps répondant à un instinct tout animal.

"S'il te plaît, reste" murmurai-je et elle hocha la tête si légèrement que je faillis ne pas le voir.

"Seulement un petit moment" dit-elle. "Rappelle-toi que nous avons un devoir demain.

Le lendemain me semblait à des millions de kilomètres, comme s'il allait arriver en une autre vie à un endroit différent à une personne que je ne connaissais pas. Pour l'instant, mon cœur battait follement avec la joie de la sentir tout proche de moi. J'aurais pu mourir de simplement attendre, d'être immergé dans l'excitation de savoir que nous allions bientôt nous embrasser.

Quand enfin nos lèvres se joignirent, j'eus l'impression d'avoir pris feu, que tout mon corps était rendu plus vivant, comme électrifié, tandis que je la rapprochais encore plus de moi.

Elle gémit faiblement tandis qu'elle pressait ses lèvres contre les miennes en agrippant mon dos, ses doigts s'enfonçant à travers le tissu de ma veste.

Quand elle s'écarta, haletante et la peau brûlante, elle passa sa langue sur ses lèvre et pressa sa joue de sa main.

"Je ferai vraiment mieux d'y aller" dit-elle, sa voix teintée de tristesse.

J'étais décidé à laisser les choses comme ça, je ne voulais pas la forcer ou lui demander quoi que ce soit. Juste être en sa compagnie était une récompense, et le baiser, un bonus.

"Tu es sensé discuter avec moi pour me convaincre de rester" poursuivit-elle.

"Oh ?"

"Oui. Je vais être honnête, j'espérais que tu serais un peu plus combatif."

Ses yeux étincelaient pendant qu'elle songeait à ce qu'elle désirait.

"Plus combatif, hein ?" ris-je. "Je n'aurais pas cru que tu étais le genre de personne à aimer les types combatifs."

Avant qu'elle ne puisse répondre, je me précipitai vers elle et la poussai doucement sur le lit, lui chatouillant les côtes pendant qu'elle criait et gigotait sous moi.

Puis je m'arrêtai et la laissa reprendre sa respiration.

"Voilà qui est mieux" haleta-t-elle.

Se redressant, elle ferma les yeux. Je me rapprochai plus près, prêt à l'embrasser à nouveau et à sentir cette étincelle, mais alors que nous étions de plus en plus près, ses doigts émergèrent d'entre nous deux tandis qu'elle passait ses mains sous mes aisselles. Me chatouillant avec frénésie, elle rit comme une sorcière en me voyant m'agiter comme en plein délire.

"Stop !" criai-je. "C'est horrible !"

Elle rit encore plus fort.

"Arrête !"

Quand il devint évident que j'étais prêt à exploser, elle me laissa et s'effondra à nouveau sur le lit en riant.

"Je connais ton point faible à présent" dit-elle avec un sous-entendu plutôt sinistre teintant sa voix.

Elle avait parlé d'une façon qui sonnait comme une menace, un secret qu'elle pouvait m'agiter au-dessus de la tête pour l'éternité afin que je me plie à ses volontés.

"Et je connais le tien" dis-je, essayant d'imiter son jeu sournois.

Passant le bout de ses doigts sur sa lèvre inférieure, elle la frotta lentement avant de se mordre l'extrémité du pouce, ses yeux fixés sur les miens tandis qu'elle disait : "Tu aimes jouer à des jeux ?"

Mon cœur battit plus vite.

"Quel genre de jeux ?" demandai-je, même si je savais de quoi elle parlait.

Attrapant ses cheveux, elle tira sur le ruban en soie qui avait maintenu son chignon en place. Le détachant, ses cheveux blonds miel s'éparpillèrent tout autour de ses épaules.

"Des jeux amusants" murmura-t-elle à mon oreille tandis qu'elle entourait mes poignets de ses mains.

Les levant au-dessus de ma tête, elle les attacha sans serrer au montant du lit. J'aurais pu me libérer à n'importe quel moment mais bien sûr, je n'en avais aucune envie.

Remontant sa robe jusqu'aux cuisses, elle vint sur moi à califourchon et se pencha, ses seins dangereusement proches de mon visage et ses lèvres caressant doucement mon cou.

C'était divin, elle n'était que douceur et murmures tendres pendant qu'elle m'embrassait. Tandis qu'une chaleur surgissait à l'intérieur de mon pantalon, elle le sentit aussi et sourit d'un air diabolique tandis qu'elle déboutonnait un par un les boutons de ma chemise.

"Ca fait si longtemps que j'ai envie de faire ça. Je me suis promis de prendre mon temps."

Avec ces mots, j'étais entièrement à sa merci et je m'allongeai tandis que ses doigts continuaient de s'agiter merveilleusement.

* * *

CHAPITRE 12 – ELEANOR

Je n'arrive pas à croire ce que je suis en train de faire ! Est-ce que c'est le moment de lui dire que je n'ai jamais été avec un garçon auparavant ?

J'étais à la fois terrifiée et excitée. Le toucher était quelque chose de si nouveau, si intimidant mais je ne pouvais pas m'arrêter. La façon dont il gémit provoqua une giclée de passion liquide entre mes jambes. Cela me fit le désirer encore plus, jusqu'à ce qu'il ne me reste plus rien d'autre à faire que de m'introduire sur lui.

Une douleur aigüe me parcourut avant de se dissoudre en une vague de plaisir, tandis que je me balançais doucement d'avant en arrière. Il gémit fortement, ses poignets tirant sur le ruban tandis qu'il crispait ses yeux fermés.

Autour de moi, le monde disparut. On n'entendait plus le son de la fête pas loin, ni les étudiants ivres qui couraient dans les couloirs. Je ne m'inquiétais plus des cours, de ce que les gens pensaient de moi, de mon apparence ou de mes problèmes à la maison. Tout ce qui existait, c'était la sensation de mon corps pressé contre le sien, le son de nos voix et de nos respirations qui s'entremêlaient.

Quand je sentis que nous allions tous les deux jouir, je me soulevai et détacha ses liens. Il sourit, reconnaissant, avant de lever ses mains vers mes seins. Je remarquai qu'elles tremblaient tandis qu'elles s'approchaient et pendant un moment, je me demandai si c'était aussi sa première fois. Il passa sa langue sur ses lèvres et ses cuisses se mirent à frémir, sa respiration devenant de plus en plus haletante et ses joues écarlates tandis qu'il prononçait mon nom, le souffle coupé. Doucement, il porta sa main à mon visage et je me pressai contre lui, profitant de la douceur de son toucher.

Passant mes bras autour de lui, je me mis à crier tandis que je m'effondrai en avant, une vague d'euphorie s'emparant de moi tandis que je sentais mon esprit transcender mon corps en un état de pure félicité.

Quand j'ouvris les yeux, l'environnement où je me trouvais se révéla de nouveau à moi ; la chambre dans la résidence, les affiches sur le mur, les cartes Donjons et Dragons éparpillées au sol. Dehors dans le couloir, je pus entendre quelqu'un rire. Un moment plus tard, une porte se ferma en claquant et des pas se précipitèrent tout le long.

A côté de moi, Freddy tapa ses mains sur son front et soupira, clignant frénétiquement des yeux comme s'il essayait de rassembler ses esprits.

"Woah" dit-il enfin. "C'était… super. Vraiment super."

Je ris de plaisir et roulai sur le côté pour l'étreindre.

"Tu restes, n'est-ce pas ?" demanda-t-il en m'embrassant le haut de la tête.

"Tu veux que je reste ?"

Il m'embrassa à nouveau et me prit dans ses bras.

"Tu es sérieuse ? Bien sûr que je le veux !"

Tirant la couette au-dessus de nos corps qui reprenaient peu à peu leur température normale, il tapota l'oreiller et se poussa dans le coin pour faire plus de place.

"Je voudrais juste qu'on n'ait pas un lit à une place" rit-il.

"Ca veut dire qu'on est plus proche l'un de l'autre" dis-je en me blottissant contre son épaule.

Avant peu, mes paupières devinrent lourdes et je posai une main sur son torse, le sentant qui se soulevait et s'abaissais à chaque respiration. La dernière chose dont je me souvins fut le son de sa voix endormie à mon oreille.

"Espérons qu'on ne manquera pas le devoir de demain" dit-il d'une voix traînante pendant qu'il s'assoupissait.

Mais à ce moment-là, je ne me souciais pas du devoir, de me réveiller, de quitter ce lit ou de quoi que ce soit. J'aurais pu sombrer dans l'oubli tant que son corps touchait le mien.

* * *

J'ouvris les yeux pour trouver Sebastian debout à l'autre bout du lit avec un air désapprobateur sur le visage.

"Tu es toujours là ?" demanda-t-il même si cela ressemblait plus à une insulte qu'à une question.

Freddy remua et s'assit, jetant un oreiller à la tête de Sebastian.

"Seigneur, Seb, tu n'as jamais entendu parler de respecter l'intimité des gens ?"

Le garçon haussa les épaules et se dirigea vers les vêtements empilés sur son bureau.

"Eh bien, peu importe" répondit-il en colère. "Mais je veux retrouver mon lit ce soir."

"Très bien, comme tu veux, mais va-t-en !" le pressa Freddy.

Tandis que Sebastian parvenait à la porte, il regarda par-dessus son épaule pour nous lancer un dernier regard mauvais.

"Au fait, il est huit heures et demie. On a cours dans une demi-heure."

Nous nous regardâmes tous les deux avant de nous précipiter.

"Merde !" criai-je tandis que j'enfilais mes vêtements à la vitesse de l'éclair.

Nous nous dîmes au revoir à contrecœur dans l'ascenseur.

"On se retrouve en classe" dit-il avec un baiser. "Garde-moi une place."

Il me fit un clin d'œil et tourna les talons. J'attendis qu'il soit parvenu au bout du couloir pour entrer dans l'ascenseur. Apercevant mon reflet dans la glace, je pus à peine me reconnaître. Pas parce que mes cheveux étaient ébouriffés, et pas non plus parce que j'avais toujours des traces du maquillage de la veille étalées sur mes joues, mais parce que ma peau irradiait et que mes yeux étaient étincelants. Tandis que l'ascenseur atteignait le rez-de-chaussée, je sortis dans l'entrée, me sentant officiellement adulte.

Cela dura cinq secondes entières avant qu'une lumière éclatante n'explose en face de moi. Je criai tout en me reculant.

"Qu'est-ce que…"

"Venez-vous de passer la nuit avec le Prince Frederick ?"

La lumière éclatante clignota à nouveau. Je frottai mes yeux pour arrêter cette sensation de picotement et quand je les rouvris, je vis l'objectif d'un appareil photo poussé tout près de mon visage.

"Allez-vous en !"

"Alors, avez-vous passé la nuit avec le Prince Frederick ? Est-ce vrai qu'il a vécu incognito à l'université sous un faux nom ?"

Il criait des paroles en ma direction mais je n'arrivais pas à les enregistrer. Le dépassant, je courus à l'extérieur sous le chaud soleil et me dirigeai vers ma chambre, mais il se dépêcha de me suivre.

"Laissez-moi tranquille !"

Il était de nouveau à côté de moi, me criant des questions et prenant quantité de photos. Je le repoussai d'une main contre son torse, tandis que mes larmes se mettaient à couler.

"Allez-vous en !" hurlai-je.

"Est-ce que vous venez de me toucher ?" s'exclama-t-il. "C'est une agression. J'ai le droit d'être ici."

Je ne comprenais pas ce qu'il disait et j'arrivais à peine à voir à cause du soleil aveuglant et de la confusion qui régnait. Devant moi, j'aperçus le bâtiment. Je jetai un dernier regard à l'homme qui, je pouvais le voir à présent, avait au moins deux fois mon âge et portait un pass de journaliste accroché à son cou. Il écarta son appareil photo de son visage, révélant des yeux de fouine, dont l'un était cerné de rouge, à l'endroit où il avait appuyé son appareil.

Son doigt était à nouveau dangereusement proche du bouton rouge, comme un homme qui s'apprête à appuyer sur la gâchette. Je restai choquée, sans bouger si ce n'est ma poitrine qui se soulevait tandis que je luttai pour reprendre ma respiration. Il fit un pas en avant tandis que je reculai moi-même d'un autre.

"Laissez-moi seule !"

Les étudiants commençaient à se mettre en file pour rentrer en classe et nous fixaient en passant à côté de nous. Un groupe de garçons s'agglutina autour du photographe et pendant un moment, il ne fut plus visible. Je saisis cette occasion et courus, me précipitant vers l'entrée de Bryson en priant pour qu'il n'ait pas vu où j'allais.

Dévalant les marches deux par deux, j'arrivai à mon étage et fit irruption dans la cuisine commune, des larmes coulant sur mon visage et avec l'impression d'avoir les jambes en coton.

Heather et Jo étaient debout près de l'évier en train de faire la vaisselle de leur petit-déjeuner, et elles chantaient avec la radio. Heather m'aperçut du coin de l'œil et laissa tomber sa tasse dans l'évier, éclaboussant Jo avec une giclée d'eau savonneuse.

"Ellie ! Qu'est-ce qui s'est passé ?"

Elle se précipita pour me prendre dans ses bras, ses mains encore mouillées. Je sortis des mots sans suite, lui dis tout ce qui était arrivé depuis mon rendez-vous en une seule longue phrase paniquée.

"Un homme avec un appareil photo t'a suivi ? Comme un paparazzi ?"

"C'est à ça qu'il ressemblait" sanglotai-je tout en me frottant les yeux.

Jo était à côté de moi, sourcils froncés et les bras croisés.

"Je n'aime pas ça. Il a appelé Freddy, Prince Frederick ?"

J'acquiesçai.

"Il doit y avoir une erreur" reniflai-je. "Je n'ai aucune idée de ce que ça signifie ?"

"Tu as demandé à Freddy ce que ça pourrait vouloir dire ?" demanda Heather.

"Pas encore."

Elles échangèrent toutes deux un regard comme si elles prenaient une décision sans s'en parler d'abord.

"Eh bien, je pense que c'est ce qu'on devrait faire" dit-elle. "Maintenant."

"Mais j'ai un devoir dans dix minutes !" m'exclamai-je.

Jo se dirigea vers la fenêtre avec sa tête penchée au-dessus de son téléphone.

"Je crois que j'ai trouvé quelque chose" dit-elle, ses doigts effleurant l'écran.

Heather et moi regardèrent par-dessus son épaule.

"C'est un blog anglais sur les célébrités" dit-elle.

Je me demandai en quoi cela nous concernait, mais alors je la vis, une photo de lui à une fête. Il y avait des filles tout autour de lui, des filles élégantes que je reconnus immédiatement comme étant des top-modèles. Puis j'aperçus le gros titre.

"LE PRINCE FREDERICK ASSISTE A UNE AVANT-PREMIÈRE AVEC SON ENTOURAGE SEXY"

Ainsi il n'était pas simplement un étudiant.

Je mis une main devant ma bouche. Je ne savais pas si j'étais horrifiée ou excitée. C'était un prince, il n'y avait pas à le nier. Sa photo semblait me regarder.

"Il t'a menti" dit Heather. "Il t'a fait croire qu'il était juste un type ordinaire."

"Mais pourquoi ?"

Cela n'avait aucun sens.

"Et il ne s'appelle même pas Jones" continua Heather en lisant l'article. "Son vrai nom est Frederick Douglas-Bambery.

"Comme le Douglas-Bambery qui possède la moitié de l'Europe et la plupart des multinationales aux Etats-Unis ?"

Je connaissais ce nom. Comme tout le monde. C'était l'un des noms les plus connus dans le monde, on ne pouvait pas lire un journal ou regarder les informations sans le voir.

Jo pinça les lèvres et hocha la tête.

Il m'a menti, me dis-je. Pourquoi ? Est-ce que c'était pour satisfaire un fantasme bizarre, de coucher avec une fille ordinaire pendant qu'il jouait le rôle de l'homme du peuple ? Est-ce que c'était une plaisanterie ?

J'éclatai en sanglots à nouveau et m'appuyai contre Heather.

"Je ne sais pas quoi faire !"

"Parle-lui !" répondit Heather.

"Va voir le doyen" intervint Jo.

"Ou mieux encore, va parler aux médias. Pour l'instant, on dirait qu'ils en savent plus que toi.

* * *

CHAPITRE 13 – FREDDY

On entendait beaucoup de vacarme dehors mais je n'y prêtai pas attention. J'étais trop inquiet à propos du devoir que nous nous apprêtions à passer et j'étais en train réviser mes notes, dans une dernière tentative pour me faire rentrer davantage d'informations dans le crâne.

A l'extérieur, il y eut encore plus de bruit. Je me mis à penser que quelque chose n'allait pas. Tendant le cou par la fenêtre, je remarquai une camionnette de journaliste et le doyen se tenant sur la pelouse tandis qu'un groupe de reporters l'entourait.

Que diable se passait-il ?

Je sursautai lorsque je sentis qu'on me tapait sur l'épaule et me retournai pour voir Sebastian, un air inquiet sur le visage.

"Hé, qu'est-ce qui se passe ici ?"

"Prends toutes tes merdes" dit-il. "Je t'emmène loin d'ici."

"Hein ?"

Il attrapa mon sac à dos et me saisit par le coude. Jusqu'ici, je ne l'avais jamais entendu jurer, encore moins se montrer aussi autoritaire. C'est à ce moment, tandis que je parcourais le chemin du couloir jusqu'à la porte que je m'aperçus que tout le monde me regardait.

"Que se passe-t-il ?" demandai-je quand nous parvînmes dans l'entrée.

"Par ici, par l'issue de secours."

"Que se passe-t-il ?" m'exclamai-je en m'arrêtant net.

M'attardant sur le plancher branlant de l'issue de secours, je regardai en bas et vis un parking vide.

"Ils vont sûrement arriver par ici en vitesse" dit Sebastian. "En ce moment, ils sont tous à attendre que tu sortes par l'entrée principale."

"A m'attendre ?"

Il avala sa salive et hocha la tête.

"Tu n'as pas vu les nouvelles ?"

"Quoi ? Non ! Je viens de me réveiller il y a une demi-heure, tu te souviens ?"

Il me regarda dans les yeux, cherchant à déceler si j'avais connaissance de ce qui se passait. Tandis que je me contentai d'écarquiller les yeux vers lui, ne sachant rien, il s'adoucit et s'appuya contre la rambarde.

"Nous sommes tous au courant" dit-il. "Des paparazzis t'ont suivi depuis ton arrivée ici apparemment."

Ma gorge devint sèche. J'ouvris la bouche pour parler mais rien ne sortit.

"Ils ont poursuivi Eleanor toute la matinée. Elle ne peut pas quitter sa chambre sans avoir un photographe devant elle."

Il rit en émettant une sorte de grognement, accompagné d'un mouvement incrédule de la tête.

"J'aurais dû savoir que tu étais un prince. Tout s'explique maintenant, l'accent, l'apparence, l'attitude, la confiance en tes droits…

J'avalais ma salive et baissai les yeux sur mes chaussures.

"Je suis désolé" dis-je. "Je ne mentais pas pour te tromper ou quoi que ce soit comme ça."

Il fit un geste en-dessous de nous et dit : "Ne t'excuse pas auprès de moi. Excuse-toi auprès d'elle."

Eleanor était sur le parking. Elle avait changé de vêtements, elle se dissimulait à présent dans un jogging et un gros manteau avec la capuche relevée haut au-dessus de sa tête.

"C'est vrai ?" nous interpella-t-elle.

Il n'y avait plus moyen de le cacher désormais.

"C'est vrai" répondis-je d'une voix faible portée par la brise. "Mais je peux tout expliquer !"

* * *

CHAPITRE 14 – ELEANOR

"Expliquer ?!"

Je me sentais sur le point d'exploser. Pendant ce temps, Freddy se précipitait en bas de l'escalier de secours.

"Écoute-moi !" appela-t-il. "S'il te plaît !"

Il parvint en bas à bout de souffle, un air désespéré dans les yeux.

"S'il te plaît ! Donne-moi juste deux minutes pour m'expliquer !"

Une camionnette de journaliste passa à côté de nous sur le parking, pour l'instant sans nous apercevoir.

"D'accord, mais il faut qu'on s'en aille d'ici. On dirait des parasites."

* * *

De l'autre extrémité de la pelouse, nous pûmes voir le drame qui se déroulait, protégés sous le couvert des saules. Avec leurs feuilles pendantes au-dessus de nous qui nous faisaient un abri de fortune, nous étions cachés par l'épais feuillage.

"Je suis désolé" dit-l en m'agrippant par la manche.

Je m'écartai et reculai jusqu'à ce que je me retrouve contre le tronc d'un arbre.

"Désolé ! Tu m'as menti !"

"Mais j'ai menti à tout le monde" répondit-il.

"Alors ce n'est pas grave ?" demandai-je, amère et pas du tout impressionnée par ses excuses.

"Ca a l'air affreux" dit-il. "Simplement affreux, mais tu dois me comprendre, j'ai grandi comme personne d'autre dans cette vie. J'avais l'impression d'être observé à la loupe, avec chaque partie de mon existence entièrement examinée. C'était insupportable."

"D'après les photos que j'ai vues de toi avec toutes ces filles, ça ne paraissait pas aussi insupportable" rétorquai-je. "Tu semblais même plutôt heureux, à mon avis."

"Ces filles, ces photos, ces fêtes… ça ne signifiait rien pour moi. C'est pour ça que j'ai quitté cette vie, même si ma famille et tous mes amis m'ont supplié de ne pas le faire. Tout ce que je voulais, c'était avoir mon intimité et la chance de mener une vie normale !"

Il n'y avait rien si ce n'est de la tristesse dans ses yeux. Je savais qu'il disait la vérité à présent, mais s'il avait été capable de mentir sur son passé, alors…

"Comment je peux te faire confiance ?" demandai-je. "Je pensais que tu étais une personne complètement différente. Tu t'es fait passer pour, je ne sais pas, quelqu'un de normal, mais tu ne l'es pas, n'est-ce pas ? Tu n'es pas comme moi. Tu appartiens à la royauté et je dois probablement t'amuser beaucoup. Je suis juste une pauvre fille, une balourde de l'Arkansas qui y connait que dalle en philosophie !"

"Quoi ? Non !"

Il se jeta contre moi et peu importe à quel point j'étais en colère, je ne pus résister à la sensation de sentir ses bras autour de moi. Il me serra très fort et je sanglotai contre son torse.

"Tu m'as menti !"

"Je n'avais aucun moyen de te dire la vérité" dit-il d'une voix tremblante. "C'était juste impossible. Ca aurait tout fichu en l'air."

Au loin, nous entendîmes du vacarme, qui devint de plus en plus assourdissant. Jetant un œil à travers les arbres, nous vîmes que d'autres reporters étaient arrivés sur place et interviewaient chaque étudiant qui passait.

"Tout le monde est au courant maintenant" dit-il. "Je n'ai plus aucune chance de mener une vie normale ici. Si jamais j'attrape cet enfoiré de paparazzi…"

"Shhh."

Je lui pris la main et la serrai.

"Laisse-moi juste te demander une chose."

Ses yeux plongèrent dans les miens, agités et désemparés.

"Tout ce que tu veux."

Je ravalai mon anxiété et essuyai une larme sur ma joue.

"Hier soir, quand nous étions… au lit. Tu avais vraiment envie d'être là ? Ou c'était juste une expérience, afin de voir comment ça fait de coucher avec une fille ordinaire ?"

Il lança sa main en l'air et se redressa, essuyant les brins d'herbe tombés sur son jean tandis qu'il s'écriait.

"Je suis un prince, pas un enfoiré !" dit-il. "Seigneur, tu crois qu'on est tous des monstres qui ne cessons de pourchasser des femmes ? Tu penses que c'était juste pour le sexe ? J'ai su que tu étais faite pour moi dès l'instant où je t'ai vue en classe ce jour-là. C'est là que j'ai su que tout ce que j'avais fait en valait la peine. Je suis désolé de ne t'avoir jamais dit la vérité depuis le début, mais tu dois comprendre que je n'avais aucun moyen de le faire. Encore deux minutes s'il te plaît, je te supplie de comprendre ce que ça peut bien faire d'être quelqu'un comme moi."

Maintenant c'était à mon tour de me sentir coupable et de m'excuser. Peut-être que j'avais été dure avec lui et considéré les choses seulement de mon point de vue. Je n'arrivais pas à imaginer combien cela devait être difficile de grandir sous le regard des médias, sans intimité, sans aucun moment vraiment pour soi.

"Je suis désolée" dis-je d'une voix lointaine et tremblante. "Si j'étais toi… je suppose que je voudrais savoir ce que ça fait d'être une personne normale. En fait, si j'étais une princesse, je pense que je pourrais m'enfuir moi aussi. Ca a dû être une sacré aventure pour toi.

Un sourire tordit sa bouche.

"C'est te rencontrer toi, qui a été la meilleure aventure" sourit-il. "Et je le referais entièrement si je le pouvais."

* * *

ÉPILOGUE – FREDDY

L'excitation d'avoir un prince sur le campus ne se calma jamais tout à fait, mais au bout d'un moment, les reporters disparurent et toute l'affaire devint de l'histoire ancienne. Bien sûr les gens n'oublièrent jamais qui j'étais, et après que toute l'affaire eut éclaté au grand jour, ma famille insista pour que je rentre chez moi.

"Mais c'est ici chez moi, désormais" insistai-je, même si ma mère ne comprit pas bien pourquoi j'avais abandonné ma vie pour être juste un jeune ordinaire.

Même maintenant, alors que je suis assis à la cafétéria, certaines personnes me regardent ou lancent parfois une plaisanterie, mais cela m'est égal, vraiment. C'est mieux que d'être toujours en présence de paparazzis, car après le jour où ils s'agglutinèrent tous autour d'Eleanor, le doyen leur intenta un procès et le remporta. Aucun reporter n'était plus autorisé à moins de cinquante mètres de l'université, ce qui me convenait parfaitement. J'étais libre de poursuivre mes études et, bien sûr, d'être avec Eleanor.

Cela lui prit du temps de me pardonner. Pendant quelques mois, elle s'inquiétait que je m'en aille pour m'enfuir avec une actrice quelconque, mais je n'étais pas intéressé par qui que ce soit comme ça. Sans compter qu'Eleanor était plus belle qu'aucune actrice que je ne n'ai jamais vue. Cependant, cela lui prit des semaines avant qu'elle accepte qui j'étais vraiment, mais je ne lui en voulu pas. Cela avait dû être un tel choc.

Pendant ce temps, Sebastian était désormais l'étudiant le plus populaire de la fac. Tout le monde voulait savoir ce que ça faisait que de partager sa chambre avec un membre de la royauté, mais comme c'était un ami loyal, il ne dit pas un mot. Ce qui n'empêcha pas les gens de le lui demander encore.

"Hé" dit une voix familière et joyeuse derrière moi. "Comment ça va ?"

Eleanor apparut à côté de moi et sortit le journal qu'elle avait coincé sous son bras.

"Ici" dit-elle en me le tendant. "J'ai entouré des offres d'emploi qui pourraient te plaire d'après moi."

La première fois qu'elle avait suggéré l'idée que je prenne un travail, cela m'avait fait pâlir. Cela me semblait trop intimidant, si effrayant qu'on s'attende à ce que j'exécute des tâches avec des personnes comptant dessus. Je ne pensais pas être suffisamment doué pour avoir un travail. Après tout, personne dans ma famille n'en avait jamais eu, pas depuis le seizième siècle en tout cas.

"Merci !" dis-je, rayonnant. "Je regarderai ça après les cours."

"Tu as l'air nerveux."

"Je le suis" répondis-je. "Plus que tu ne le sauras jamais."

"Ca va aller, je te le promets. Tout va bien marcher."

Elle m'embrassa sur la joue et rien que de savoir qu'elle était à côté de moi me donna la force dont j'avais besoin. Avec elle, je pourrais être heureux à tout jamais, avec une vie normale éloignée des journalistes. Je l'embrassai et sentis une vague de chaleur se répandre dans tout mon corps.

"Merci" dis-je.

Elle me regarda d'un air confus.

"Pour quoi ?"

"Pour tout" répondis-je en la serrant fort contre moi. "Merci pour tout."

 

FIN

 

Merci d'avoir lu mon livre!

OceanofPDF.com

Vous êtes invitée à rejoindre notre Newsletter!

Recevez un livre gratuit en cadeau de bienvenue

Et aussi :

 

Un accès prioritaire et exclusif à tous nos nouveaux livres

Une communautée Facebook pour tous les fans de romance

Et plein d'autre choses! (Contenu exclusif, tirages au sort, etc.)

 

OceanofPDF.com

Cliquez sur le bouton ci-dessous!

 

OceanofPDF.com

Vous avez terminé Bal Masqué

Chelsea Harrison

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.