Cent ans après : la mémoire de la Première Guerre mondiale / One Hundred Years after: The Memory of the First World War

La Première Guerre mondiale des Grecs : une guerre oubliée

La Première Guerre mondiale des Grecs :

 

une guerre oubliée

 

Elli Lemonidou

 

En 1964, l’écrivain grec I. M. Panayiotopoulos, chroniqueur dans la presse athénienne de

l’époque, écrivait à propos du cinquantième anniversaire du début de la Première Guerre

mondiale1 :

Je me souviens – j’étais alors un enfant – de l’été 1914 à Athènes. Nous

sortions à peine des guerres balkaniques, nous avions réalisé la « Grande

Grèce ». [...] Nous nous attendions à une très longue période de paix, nous

vivions dans l’euphorie de la victoire, nous voulions pouvoir tranquillement

organiser les nouveaux territoires que nous avions arrachés, au prix de tant de

sang versé, à l’esclavage enduré pendant des siècles ; nous voulions oublier les

morts et reprendre enfin largement notre souffle. [...] Nous suivions donc les nouvelles avec le sentiment de celui qui a fait son devoir, qui se repose après

s’être donné tant de peine et qui ne s’accorde que le luxe d’une vaine curiosité

consistant à s’informer de ce qui se passe un peu plus loin dans le voisinage.

 

Aujourd’hui, plus de cent ans se sont écoulés depuis le début de la Grande Guerre et

l’Europe – mais pas seulement – commémore cet anniversaire. Quel bilan peut-on dresser

à ce sujet en Grèce2 ? La liste des différentes activités et publications organisées pour le

début du centenaire, en 2014, certes non exhaustive, est très révélatrice. Outre le colloque

qui s’est déroulé à Athènes le 16 mai 2014 et dont le présent volume est issu, on compte

une série de conférences organisée par l’Institut Nicos Poulantzas, concernant le paysage

socio-politique de l’Europe au cours de la décennie 1910, pendant les trois premiers mois

 

1. Panayiotopoulos 1986, p. 117-118.

2. C’est-à-dire jusqu’en février 2015.

 

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CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

de 2014 ; une conférence de Christopher Clark qui s’est tenue à la bibliothèque Gennadius

en mars 2014 ; deux dossiers parus dans la revue littéraire To Dendro (L ’Arbre) en juillet

et en décembre 20143 ; quelques articles isolés parus dans la presse d’information générale

ou spécialisée ; des travaux de conservation et de mise en valeur et enfin la programmation

de commémorations dans des cimetières militaires alliés en Grèce. La liste s’avère donc

regrettablement limitée, tandis que dans de nombreux autres pays on constate un

foisonnement de publications, de congrès scientifiques et d’émissions télévisées ainsi que,

surtout, l’existence d’un véritable dialogue public sur la guerre.

Quelques rappels historiques suffisent pourtant à convaincre de l’importance particulière

de la Première Guerre mondiale dans l’histoire du pays. La période 1914-1918 est même

une des plus complexes, des plus décisives et des plus contestées de l’histoire de l’État grec

moderne4. Il suffit, pour le comprendre, de rappeler que l’armée grecque s’est engagée

directement dans le conflit, avec des interventions remarquables sur le front macédonien,

mais aussi que de nombreux soldats étrangers ont perdu la vie sur le sol grec lui-même ou

dans sa proche périphérie. La Grèce s’est aussi trouvée au centre de l’attention des deux

formations rivales, qui ont chacune cherché à la rallier à ses intérêts. Le territoire grec a

connu la violence et les effusions de sang avant même l’engagement officiel du pays aux

côtés de la Triple-Entente. En novembre 19165, les combats sanglants qui ont opposé

les soldats grecs et les Alliés au centre d’Athènes et les affrontements entre vénizélistes et

royalistes ont été d’une extrême violence6. La Grèce a ainsi subi de multiples violations de sa neutralité initiale mais aussi de son intégrité territoriale7.

Le désintérêt manifeste de la Grèce à l’égard la Première Guerre mondiale aujourd’hui

n’a donc aucun rapport avec son importance ni avec sa signification historique réelle. Cette

attitude des Grecs n’est pas récente. Mais à quoi est-elle due ?

Afin d’expliquer au mieux ce phénomène, nous ferons d’abord un bref rappel historique

de la mémoire de la Première Guerre mondiale en Grèce en nous concentrant sur les

années de l’entre-deux-guerres (on s’occupait encore un peu, à cette époque, du souvenir

de la guerre). Nous essaierons, ensuite, de distinguer les différentes formes, réelles ou

potentielles, de la mémoire de la guerre et, enfin, nous rendrons compte des facteurs qui

ont contribué à son oubli.

 

3. To Dendro, numéros de juillet et de décembre 2014. 4. Pour l’histoire de la Grèce pendant la Première Guerre mondiale, voir Leon 1974 ; Leontaritis 2000 ;

Mourélos 1983 ; Lemonidou 2007 ; Mavrogordatos 2015.

5. Cette date est donnée en référence à l’ancien calendrier, d’où l’appellation des événements en langue

grecque Noemvriana.

6. À propos de ces événements qui ont eu lieu les 1er et 2 décembre 1916, voir SHM, SS X f 9, Roquefeuil à

Lacaze, « Rapport sur les événements qui se sont déroulés dans les premiers jours de décembre 1916 », n° 533 du 9 décembre 1916 ; Maccas 1917 ; Dartige Du Fournet 1920, p. 210-273 ; Boussenot 1938 ; Mourélos 2007.

7. Tounda-Fergadi 1985 ; Lemonidou 2007.

 

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LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

LA MÉMOIRE DE LA GUERRE PENDANT L’ENTREDEUXGUERRES

 

En 1919, soit l’année qui suivit la fin des hostilités, la Grande Guerre est particulièrement

présente dans la sphère publique grecque, comme en témoigne la presse de l’époque.

Dans les journaux, les allusions à la guerre passent essentiellement par les évocations

du décor changeant de l’après-guerre et des négociations de paix. Elles concernent soit

directement la Grèce et ses revendications, soit les évolutions des autres puissances en jeu.

La presse de l’époque traite aussi la guerre de façon plus explicite, en abordant

essentiellement deux sujets. Il s’agit, d’abord, des évocations de la paix alliée et de la

contribution de la Grèce. Au moins la première année, la date la plus mise en avant

était celle du 14 juillet (et non du 11 novembre), c’est-à-dire celle de la célébration de

la fête nationale française. La date, qui a été mise cette année-là en relation directe avec

la Grande Guerre, a acquis une dimension symbolique supplémentaire. La célébration

particulièrement impressionnante du 14 juillet 1919, avec la participation de l’armée

grecque au grand défilé militaire français, a constitué une occasion d’authentifier

l’importance des relations franco-helléniques à cette époque8.

Le second sujet abordé par la presse concerne encore davantage la Grèce et son histoire.

Il s’agit de cas litigieux, qui ont donné lieu à des procès et dominé l’actualité nationale

après la guerre. Le procès de la reddition du fort Roupel aux Allemands en mai 1916 –

raconté dans le journal Embros d’octobre 1919 – en constitue un très bon exemple. Les

événements sanglants qui se sont déroulés en novembre 1916 à Athènes – détaillés dans les numéros d’Embros de juin 1919 – ont également occupé le premier plan des actualités

nationales pendant des semaines. Les reportages détaillés de la procédure d’audience devant

le tribunal ont fait la une des journaux, jusqu’à ce que le verdict mette fin à cet événement

par la condamnation à mort de quatre coupables – peine qui ne fut appliquée, finalement,

pour aucun des condamnés.

La fin de la guerre a également vu les publications de sources originales ou secondaires sur

l’époque de la guerre se multiplier. C’est par exemple le cas des procès-verbaux des séances

de l’Assemblée nationale française avant la bataille de Verdun ou encore des mémoires de

l’ancien ambassadeur de France à Athènes, Gabriel Deville9, publiés dans le journal Embros.

Après l’année 1919 et jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, deux faits ont principalement

occupé la sphère publique et influencé l’image que les Grecs avaient de la guerre. Il s’agit

d’abord de l’édification de monuments aux Morts. Dans plusieurs pays ex-belligérants, cela

s’est réalisé très rapidement. En France, par exemple, la plupart ont été édifiés avant 1922,

 

8. Voir le journal Embros (En avant) du 1er au 7 et du 11 juillet 1919, les articles consacrés à la célébration

du 14 juillet 1919, aux préparations pour accueillir Eleuthérios Vénizélos dans la capitale française, et à la participation de l’armée grecque au défilé du 14 juillet.

9. Deville 1919.

 

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CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

essentiellement grâce aux larges subventions d’État accordées aux communes. Jusqu’en

1922, des tombes du Soldat inconnu ont également été construites en France, en Grande-

Bretagne, en Belgique et en Italie, afin de rendre hommage à tous les combattants non

identifiés qui sont tombés « pour la Patrie »10. C’est seulement après la fin de la guerre gréco-

turque de 1919-1922 que l’État grec a commencé à édifier ces monuments (tombeaux ou

stèles). Et ce n’était pas seulement pour honorer les morts de la Première Guerre mondiale,

mais bien ceux de toutes les guerres récentes (les deux guerres balkaniques, la Première Guerre

mondiale et la guerre gréco-turque). Après 1922, les ossements des militaires grecs tombés

lors des guerres balkaniques – qui avaient été enterrés en Bulgarie (à Gorna-Djoumaia) et

en Albanie – sont rapatriés en Grèce. Un large crédit a été mis à disposition du ministère

des Affaires militaires pour l’érection des monuments, tandis que chaque ville et chaque

communauté ont reçu l’ordre d’élever, jusqu’à la fin de 1925, leurs propres monuments dans

les lieux où les militaires grecs sont morts. Des colonnes commémoratives sont érigées en

hommage aux officiers et aux soldats grecs tués à l’étranger, comme par exemple ceux tombés

à Pirot, en Serbie11. Il faudra cependant attendre 1932 pour que le monument du Soldat

inconnu soit installé, devant le Parlement grec, sur la place de la Constitution12.

Les gouvernements étrangers se sont aussi mobilisés pour édifier des monuments en

l’honneur des soldats décédés en terre hellène et inhumés en Grèce. Un accord avait été

signé entre le gouverneur général de Salonique et les généraux des pays alliés sur le front

d’Orient dès le 20 novembre 1918, afin de régler les questions relatives aux cimetières

militaires des pays étrangers en Grèce. Les autorités britanniques, françaises, italiennes et serbes devaient indiquer aux autorités hellènes des terrains destinés à devenir des lieux de

sépulture permanents pour leurs militaires. Le gouvernement hellénique, quant à lui, devait

procéder à l’acquisition de ces terrains en son nom et à ses propres frais, conformément aux

lois grecques13. Le gouvernement français s’est ainsi occupé du cimetière de Florina et de

celui de Zeïtenlick à Salonique ; les Serbes, des cimetières de Salonique, de Kaimaktsalan et

de Corfou ; l’Imperial War Graves Commission14, des cimetières britanniques, disséminés

 

10. Cochet, Grandhomme 2012.

11. AYE, 1931, A/15/5, le ministère des Affaires étrangères du royaume des Serbes, Croates et Slovènes à la

légation de Grèce à Belgrade, no 62208 du 9 décembre 1924 ; la légation de Grèce à Durrës au ministère des Affaires étrangères, no 1380 du 3 août 1925 et la légation de Grèce à Sophia au ministère des Affaires étrangères, Sophia, no 1082 du 27 septembre 1925 ; Journal officiel, no 68 du 19 mars 1925 ; le ministre grec des Affaires militaires au ministre grec des Affaires étrangères, no 11031/430 du 14 avril 1926.

12. AYE, 1931, A/15/5, Ministère des Affaires militaires au ministères des Affaires étrangères, no 22526 du

13 février 1926 ; Lemonidou 2012.

13. AYE, 1937, A/18/3, le texte de la loi 2473 qui ratifie l’accord du 7/20 novembre 1918 concernant les

cimetières militaires britannique, français, italien et serbe en Grèce ; AYE, 1935, A/18/3, le ministre des Affaires militaires au ministre des Affaires étrangères, note no 308294 du 22 décembre 1922.

14. Créée en 1917, l’Imperial War Graves Commission a été rebaptisée Commonwealth War Graves Commis-

sion en 1960.

 

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LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

en Macédoine grecque, mais aussi à Néon Faliron, à Lemnos, à Souda, à Syros ou encore

à Alexandroupoli15.

Cependant, c’est surtout grâce à la lecture de la presse que le public grec a pu

commémorer la Grande Guerre, ou en apprendre sur elle. Les mémoires de certains acteurs

de la guerre – des civils aussi bien que des militaires étrangers des deux camps – ont été

publiées tout au long de l’entre-deux-guerres. Elles ont fait la une des journaux ou bien

ont été diffusé sous la forme d’épisodes étalés sur plusieurs mois. Ces documents ont offert

en tous les cas une interprétation de ce que la guerre avait été pour ces protagonistes, c’est-

à-dire une histoire « vue d’en haut » de la Grande Guerre. Ainsi, les Grecs ont pu lire à

deux reprises les mémoires de Raymond Poincaré, président de la République française16,

du chancelier allemand Bernard von Bülow17 ou des lieutenants allemands Max Wild et

Bauermeister, des officiers du service secret des renseignements allemand18, mais aussi

une biographie de Paul von Hindenburg, chef du Grand état-major de l’armée Impériale

allemande, écrite par Emil Ludwig19, etc. Bien que beaucoup plus limitée, une histoire de la

guerre « vue d’en bas » a aussi existé à cette époque, à travers des descriptions de la vie dans

les tranchées et des romans, particulièrement réussis, qui racontent la guerre sous-marine,

des aventures de pirates ou encore la vie des espions pendant la guerre (des hommes comme

des femmes)20. Seul Rizospastis (Le Radical), l’organe du Parti communiste grec, a osé parler

de paix en publiant l’œuvre majeure À l’Ouest, rien de nouveau dès l’automne 1929, soit

seulement quelques mois après sa parution en Allemagne21. Ces publications ont permis

 

15. AYE, 1931, A/15/5, le gouverneur de la gendarmerie à Florina au Bureau de Sûreté publique, note

no 2847/8 du 21 janvier 1928 ; AYE, 1939, A/5/3, l’ambassadeur grec à Belgrade au ministère des Affaires étrangères (sous secrétariat d’État à la presse et au tourisme), s.n. du 16 septembre 1938 ; AYE, 1935, A/18/3, Journal officiel du 14 avril 1922 et l’ambassade britannique à Athènes au ministère grec des Affaires étrangères, note verbale no 203 du 23 octobre 1928 et note no 81 du 14 avril 1922 ; Minutes de la première rencontre du Comité mixte anglo-grecque de l’Imperial War Graves Commission.

16. Des extraits du premier volume de ces Mémoires ont été publiés à partir du 1er mars 1931 dans le journal

Ethnos (Nation), tandis qu’en décembre de la même année on y retrouve des extraits du huitième volume.

17. Dans le journal Ethnos, de novembre 1930 jusqu’au 23 juillet 1931 ; la publication des Mémoires de von

Bulöw fut suivie par celle de sa correspondance secrète avec le Kaiser dans le même journal à partir du 26 juillet 1931.

18. Dans le journal Ethnos entre décembre 1932 et avril 1933 pour les Mémoires de Wild et à partir du

26 février 1934 pour celles de Bauermeister.

19. Dans le journal Eleutheron Vima depuis février 1934. 20. Voir dans le journal Ethnos les romans suivants : Le Bateau noir qui, en mars 1930, devint Les Bateaux

noirs ; Le Corsaire. Pirate noir. La plus aventureuse et dramatique narration sur l’espionnage, dont la publi-cation a commencé le 7 décembre 1933 ; Femmes espionnes. Le drame de leur vie, qui a paru en une du journal depuis juin 1934 ou, encore, L ’Espionne. La plus dramatique et aventureuse narration des coulisses sombres de la Grande Guerre, paru en juin-juillet 1936.

21. Rizospastis 1929.

 

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CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

aux Grecs d’appréhender la version européenne de la Grande Guerre mais pas vraiment,

en revanche, la version grecque. Pour cela, il a fallu attendre 1934.

En octobre 1934, Eleuthérios Vénizélos a pris l’initiative de publier une série d’articles

dans le journal Eleutheron Vima (Tribune libre) afin d’expliquer les événements de la

Division nationale de 1915. Ioannis Métaxas, sous-chef de l’état-major grec pendant la

Première Guerre mondiale – l’une des figures les plus emblématiques de cette Division, le

collaborateur le plus proche du roi Constantin Ier et l’adversaire le plus actif de Vénizélos –,

a décidé de répondre par une série d’articles publiés dans le journal Kathimerini

(Le Quotidien). Ce duel par colonnes de journaux interposées a duré jusqu’en novembre

1935, soit treize mois. L ’ensemble des lettres de Métaxas a été publié en 1935 par les

éditions du journal Kathimerini, tandis que l’archive historique du journal Ethnikos Kyrix

(Héraut National) a publié l’ensemble de la correspondance des deux hommes en 1953,

soit une vingtaine d’années plus tard22.

Eleuthérios Vénizélos décède le 18 mars 1936 et, le 4 août de la même année, le général

Métaxas proclame sa dictature (avec la caution du roi Georges II, le fils du roi Constantin).

Ce régime, qui a pris fin avec la mort de Métaxas en janvier 1941, a constitué la dernière

période (et peut-être la seule) durant laquelle la Grande Guerre a véritablement occupé la

sphère publique, au point de devenir un des enjeux les plus importants de la vie publique

du pays. Mais la guerre n’était pas considérée dans sa dimension européenne. La date du

11 novembre ne signifiait d’ailleurs rien pour ce régime, qui a institué une nouvelle « fête

nationale » le 4 août. En effet, Métaxas a essayé d’imposer sa propre version de la Division nationale et de régler ses comptes avec le passé. C’est pourquoi le 17 novembre 1936,

quatre mois à peine après l’établissement de son régime, il a organisé le rapatriement des

dépouilles du roi Constantin, de la reine Sophie et de la reine-mère Olga en Grèce, pour

qu’elles soient inhumées dans la nécropole royale de Tatoï, siège de la résidence d’été de

la famille royale. Le roi était parti pour l’Italie après son renversement en 1922, soit pour

la deuxième fois après son détrônement en juin 1917. Métaxas ne pouvant pas laisser la

mémoire de son collaborateur d’autrefois spoliée, il a obligé les Athéniens à vivre pendant

cinq jours (du 15 au 19 novembre 1936) au rythme du transfert des dépouilles royales :

la ville a dû se préparer fiévreusement pour l’accueil des dépouilles, leur exposition à la

métropole d’Athènes, la cérémonie ainsi que la seconde inhumation de la famille royale

dans la nécropole de Tatoï23. D’après la presse de l’époque, l’enterrement des reliques

vénérées en terre grecque a représenté la liquidation d’une dette de la Nation envers ses

 

22. En 1994, une nouvelle édition a été réalisée par la maison d’éditions Kyromanos à Thessalonique, voir

Vénizélos, Métaxas 2003.

23. Voir Ethnos, n° du 17 novembre 1936, p. 1 et 8. Voir aussi Le Petit Parisien no 21818 du 23 novembre 1936,

p. 5.

 

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LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

rois ; les Grecs devaient désormais s’estimer heureux « vis-à-vis de l’histoire et vis-à-vis

d’eux-mêmes »24.

Deux ans plus tard, le 9 octobre 1938, l’inauguration d’une imposante statue de

Constantin aux Champs-de-Mars, à Athènes, a constitué un deuxième épisode marquant

de la « réhabilitation de Constantin ». Tous les bâtiments publics, mais aussi les maisons et

les boutiques ont été pavoisés du lever au coucher du soleil ; des parades ont été organisées

dans toutes les villes de Grèce et des Te Deum ont été célébrés partout, suivis par des

allocutions solennelles des maires ou d’autres personnages officiels. C’était l’occasion,

pour le peuple grec tout entier, d’une célébration nationale25. La statue qui venait d’être

inaugurée symbolisait, comme les tombeaux royaux à Tatoï, la fraternité et l’union des

Grecs sous le règne de Georges II, ainsi que la gouvernance de Métaxas26.

Mais la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile, qui ont suivi la dictature de

Métaxas, ont effacé toute trace de la Grande Guerre dans la mémoire collective. Même

après 1950, elle a suscité très peu d’intérêt.

 

VERS UNE TYPOLOGIE DE LA MÉMOIRE DE LA GUERRE

 

La Première Guerre mondiale et sa commémoration ont été très rapidement exclues de la

sphère publique en Grèce. Il est cependant possible, pour rendre compte de la complexité

de ce phénomène d’oubli, de distinguer cinq formes que prend, ou que pourrait prendre, le souvenir de la Première Guerre mondiale en Grèce.

 

1) La forme la plus traditionnelle du souvenir et de la commémoration, du moins pour

ce qui est des faits militaires, est celle que l’on pourrait appeler mémoire nationale

héroïque : c’est la célébration des soldats grecs tombés au champ d’honneur à travers

des monuments aux Morts, érigés sur leur lieu de naissance ou sur les lieux des

conflits, et les commémorations annuelles ;

2) la mémoire des soldats étrangers enterrés en Grèce constitue une deuxième forme de

commémoration. On peut citer, par exemple, l’importance que revêt pour le peuple

serbe le cimetière allié de Zeïtenlick, à Thessalonique, ainsi que la participation

d’Australiens et de Néo-Zélandais aux célébrations du souvenir qui ont lieu chaque

année au cimetière allié de Moudros, à Lemnos ;

3) une troisième forme de mémoire a un caractère purement national cette fois. Elle

se révèle dans le souvenir de la Division nationale et, plus généralement, dans

celui des expériences traumatisantes de la période 1914-1918, avec la reddition du

 

24. Voir Ethnos, n° du 16 novembre 1936, p. 1. 25. Voir Ethnos, n° du 10 octobre 1938, p. 8. 26. Voir Ethnos, n° du 9 octobre 1938, p. 1.

 

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CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

fort Roupel aux Allemands et l’occupation bulgare de la Macédoine orientale, les

événements de novembre 1916, le blocus Allié et la famine qui en ont résulté, etc. ;

4) le souvenir triomphal de la victoire alliée a été assez vivace au cours des premières

années d’après-guerre comme nous l’avons vu. Il a suscité une foule de références

aux célébrations et à la participation de la Grèce dans le conflit, mais a été dépassé

par d’autres événements majeurs et s’est fané au fils des années ;

5) enfin, la dimension européenne de la mémoire de la guerre, comprise en tant que fait

dramatique majeur de l’histoire européenne, pourrait constituer une dernière forme

de mémoire. Cette dimension s’est développée, comme dans le reste de l’Europe, au

cours de l’entre-deux-guerres et essentiellement grâce à la littérature et au cinéma27.

C’est ce dont témoigne l’accueil qu’a connu en Grèce le roman désormais classique

d’Erich Maria Remarque, À l’Ouest, rien de nouveau. Il a suscité six traductions

différentes en grec, dont la plus récente réédition date de janvier 201428. Il ne serait

pas exagéré de dire que les Grecs – et ils n’étaient probablement pas les seuls – en

ont appris bien plus sur la guerre grâce à ce roman que par toute autre source au

cours de ces cent années.

 

Ce spectre de cinq formes du souvenir et de la commémoration pose inévitablement les

questions suivantes : pourquoi la mémoire de la Première Guerre mondiale suscite-t-elle

si peu d’intérêt ? Pourquoi a-t-elle été aussi dévaluée ? Est-ce qu’il aurait été possible de

conserver, voire d’enrichir, certaines formes du souvenir ?

 

COMMENT LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE ATELLE OUBLIÉE ?

 

Trois arguments semblent fondamentaux pour expliquer l’oubli dans lequel est tombée la

Première Guerre mondiale en Grèce.

 

1) La participation de la Grèce à la Première Guerre mondiale, malgré les conflits

traumatisants des années 1914-1917, n’a constitué qu’une partie des évolutions

d’une décennie qui a vu l’apogée, puis la démythification et l’échec tragique de

 

27. Winter 2006, p. 118-134 et p. 183-200 ; Gauthier et al. 2008. 28. Une recherche préliminaire sur les éditions grecques de ce livre témoigne de l’immédiateté et de l’intem-

poralité de son impact en Grèce. On a pu repérer au moins deux publications sérialisées de l’ouvrage dans la presse quotidienne de l’entre-deux-guerres (dans les journaux Rizospastis en 1929, déjà mentionné, et Makédonia en 1931) et six éditions dont chacune a connu de multiples rééditions révisées (chronologi-quement citées : trad. Leonidas Kotsifakos, Athènes, I. Sideris, 1930 ; trad. Michail Prionistis, Athènes, Anatoli, 1953 ; trad. Georgia Deligianni-Athanasiadi, Athènes, Minoas, 1963 ; trad. Evaggelos Antonaros, Athènes, Papyros, 1972 ; trad. Stella Vourdoumba, Athènes, Dorikos, 1980 ; trad. Kostas Thrakiotis, Athènes, S. I. Zacharopoulos, 1983).

 

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LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

la « Grande Idée » grecque. C’est ce qu’a souligné, en effet, une grande majorité

d’historiens. D’autres événements – aux deux extrémités de la décennie, les guerres

balkaniques victorieuses du début des années 1910 et la « Catastrophe d’Asie

Mineure » en 192229 – ont eu un poids symbolique très lourd, qui a entièrement pris

le pas, de façon diachronique, sur l’implication de la Grèce dans la Première Guerre

mondiale. C’est pourquoi les Grecs ne sont jamais parvenus à la considérer comme

une affaire nationale, ni même comme une affaire qui les concernent en priorité ;

2) le rapport de la Grèce avec les conflits armés de la Première Guerre mondiale a

essentiellement été indirect, ou distancié, de sorte qu’il n’y a pas eu de grand corpus

de pages héroïques ou traumatisants sur les faits militaires en tant que tels. Les

succès de l’armée grecque ont eu leur place dans les pages de l’histoire militaire

grecque, mais ils ont beaucoup moins compté dans la mémoire collective que les

actes de bravoure des guerres balkaniques ou que les défaites désastreuses sur le front

d’Asie Mineure de 1922. Par ailleurs, la Grèce a vu à maintes reprises sa contribution

à la Grande Guerre contestée par ses ennemis d’alors, mais aussi par ses alliés30 ;

3) les décennies qui ont suivi la Grande Guerre ont été si denses en événements

déterminants pour la situation grecque que ceux-ci l’ont emporté sur le souvenir

de la Grande Guerre. Le poids des années 1940, en particulier, continue d’exercer

une domination totale sur les sujets traités par l’histoire grecque moderne et

contemporaine, que ce soit au niveau de l’historiographie et de la recherche

universitaire ou de l’intérêt et du dialogue publics. La famine de l’hiver 1941-1942 et, plus généralement, l’occupation allemande et italienne durant la Seconde

Guerre mondiale, ont presque entièrement supplanté les souvenirs de la période

(pourtant tout aussi éprouvante) des années 1916-1917. En tant que combats dans

l’espace urbain d’Athènes (comme si c’était une catégorie de la mémoire collective

grecque), les événements de décembre 1944 ont évincé le souvenir des événements

 

29. Dans l’historiographie grecque, l’expression « Catastrophe d’Asie Mineure » désigne la phase finale de la

guerre gréco-turque qui a abouti au massacre et à l’expulsion des Grecs d’Anatolie et d’Asie Mineure et, par conséquent, à la fin de la « Grande Idée » de l’irrédentisme hellénique.

30. Jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, la presse française a contenu des commentaires blessants sur la

contribution de la Grèce à la Grande Guerre, qui ont provoqué à maintes reprises la réaction des auto-rités grecques, voir AYE, 1938, Ɔ/3 Le ministre grec des Affaires étrangères à la légation grecque à Paris, no 17633 du 12 août 1938. Même attitude de la part de la Serbie qui ne faisait jamais (ou avec beaucoup de mépris) allusion à la participation grecque quand il était question de l’action des Alliés durant la libération de la Serbie ou des sacrifices des Alliés pendant la Grande Guerre. Le rôle de la Grèce a été très occulté, ce qui a provoqué une polémique de la part de la presse serbe qui rappelait la non-exécution du traité d’alliance gréco-serbe en 1915 et la catastrophe pour la Serbie qui en a résulté, voir AYE, 1931, A/15/5, Légation grecque à Belgrade au ministère des Affaires étrangères, no 806 du 27 mai 1925 et no 1574 du 12 octobre 1925 ; de la part de l’attaché militaire à l’ambassade grecque à Belgrade à l’Etat-major de l’Armée à Athènes, no 156 du 27 mai 1925.

 

195

CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

de novembre 1916. La nouvelle ligne de clivage entre la droite et la gauche, tracée

de façon très douloureuse au cours la décennie de 1940, a rendu obsolète le conflit

entre vénizélistes et monarchistes, qui avait été à l’origine de la Division nationale de

1915 et était resté très actuel pendant l’entre-deux-guerres. Il suffit de rappeler qu’à

l’automne 2014 trois grands congrès ont été organisés à Athènes et à Thessalonique

pour commémorer les soixante-dix ans des événements de décembre 1944 – alors

que presque rien n’a été fait pour commémorer le centenaire de la Première Guerre

mondiale – pour montrer l’effacement des événements de la Grande Guerre derrière

ceux de la Seconde Guerre mondiale. La commémoration des événements de 1944 a

même supplanté un autre anniversaire, sujet à de nombreuses discussions ces dernières

années et bien plus vif dans les mémoires : celui des quarante ans de la mise en place

du régime démocratique après la chute de la dictature des colonels en 1974.

 

La question qui se pose désormais est celle de savoir si la Première Guerre mondiale

prendra un jour la place qu’elle mérite dans la mémoire collective grecque, que ce soit

dans sa dimension internationale ou nationale, en tant que connaissance ou en tant

qu’événement. On ne peut pas être à ce jour optimiste. La particularité des événements

pour le pays ainsi que l’accumulation de strates dans la mémoire collective grecque au cours du xxe siècle sont si puissantes qu’un nouvel examen de la situation dans les années

à venir semble très improbable. Nous pouvons cependant considérer comme un objectif

raisonnable à poursuivre pour les historiens de diffuser le plus possible, et de la manière

la plus efficace, la connaissance de cette époque déjà lointaine. Le rôle de l’histoire scolaire

s’avère à ce sujet particulièrement important31. Par ailleurs, nous pouvons espérer que les lieux

de commémoration disséminés dans le territoire grec seront encore davantage mis en valeur

dans un très proche avenir et qu’ils impliqueront les Grecs eux-mêmes dans le processus de

mémoire. La voie est donc ouverte et pleine de défis à relever pour les chercheurs. Nous

attendons avec beaucoup d’intérêt de voir les résultats du « processus ouvert »32 à l’occasion

du centenaire et de savoir s’ils déboucheront sur un nouveau rapport des Grecs avec cet

événement si important de leur histoire nationale et de l’histoire mondiale.

 

Archives

 

Archives historiques du ministère des Affaires étrangères de Grèce (Aye)

 

AYE, 1931, A/15/5.

 

AYE, 1935, A/18/3.

 

31. Lemonidou 2014.

32. Horne 2014, p. 635.

 

196

LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

AYE, 1937, A/18/3.

 

AYE, 1938, A/3.

 

AYE, 1939, A/5/3.

 

Service historique de la marine nationale, France (Shm)

 

SHM, SS X f 9.

 

Abréviations bibliographiques

 

Boussenot 1938 = Boussenot Georges, « Le Drame du 1er décembre 1916 à Athènes », Revue

d’histoire de la guerre mondiale, 1 (1938), p. 1-27.

 

Cochet, Grandhomme 2012 = Cochet François, Grandhomme Jean-Noël (éds), Les Soldats

inconnus de la Grande Guerre. La mort, le deuil, la mémoire, Saint-Cloud, Soteca/14-18 édi-

tions, 2012.

 

Dartige Du Fournet 1920 = Dartige Du Fournet Louis, Souvenirs de guerre d’un amiral

(1914-1916), Paris, Plon, 1920.

 

Deville 1919 = Deville Gabriel, L’Entente, la Grèce et la Bulgarie. Notes d’histoire et souvenirs, Paris,

Eugène Figuière, 1919.

 

Gauthier et al. 2008 = Gauthier Christophe et al. (éds), Une guerre qui n’en finit pas. 1914-2008,

à l’écran et sur scène, Paris, Complexe, 2008.

 

Horne 2014 = Horne John, «The Great War at its Centenary», dans Winter Jay (éd.), The

Cambridge History of the First World War, vol. III, Civil Society, Cambridge, Cambridge Univer-

sity Press, 2014, p. 618-639.

 

Lemonidou 2007 = Lemonidou Elli, La Grèce vue de France pendant la Première Guerre mondiale ;

entre censure et propagandes, thèse de doctorat en histoire, université Paris IV, 2007.

 

Lemonidou 2012 = Lemonidou Elli, « Le Soldat inconnu grec », dans Cochet, Grandhomme

2012, p. 153-169.

 

Lemonidou 2014 = Lemonidou Elli, « ƔƆŻƕƥƧƮƿƶuƭƲƵƕƿƯƩuƲƵƶƷƫƧƥƯƯƭƮƢƮƥƭƷƫưƩƯƯƫưƭƮƢ

ƭƶƷƲƴƭƮƢƩƮƳƥƣƨƩƸƶƫƥƳƿƷƲưƳƯƫƬƼƴƭƶuƿƶƷƫưƸƳƲƦƠƬuƭƶƫ » (« La Première Guerre mondiale

dans l’éducation historique française et grecque : de l’abondance à la dégradation », en grec),

Actes du 7e Congrès d’histoire de l’éducation intitulé ƕƲƭƥ Ƨưǁƶƫ ơƺƩƭ Ʒƫư ƳƭƲ uƩƧƠƯƫ ƥƱƣƥ

ƎƶƷƲƴƭƮơƵ – ƶƸƧƮƴƭƷƭƮơƵ ƳƴƲƶƩƧƧƣƶƩƭƵ (Quelle connaissance a la plus grande valeur ? Approches

 

197

CENT ANS APRÈS / ONE HUNDRED YEARS AFTER

 

historiques – comparatives, en grec), Université de Patras, 28-29 Juin 2014, p. 57-69, [en ligne].

URL : http://eriande-elemedu.e-millescreations.com.

 

Leon 1974 = Leon (Leontaritis) George B., Greece and the Great Powers. 1914-1917, Thessalonique,

Institute for Balkan Studies, 1974.

 

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(édition révisée de l’ouvrage : Greece and the First World War: From Neutrality to Intervention,

1917-1918, New York, Columbia University Press, 1990).

 

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Deux Mondes, 38 (1917), p. 96-135.

 

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Mourélos 2007 = Mourélos Yannis, Ƙƥ kƒƲƩuƦƴƭƥưƠ{ ƷƲƸ 1916. ƆƳƿ ƷƲ ƥƴƺƩƣƲ ƷƫƵ ƑƩƭƮƷƢƵ

ƊƳƭƷƴƲƳƢƵ ƆƳƲƪƫuƭǁƶƩƼư ƷƼư ƬƸuƠƷƼư (Les « Événements du novembre » 1916. De l’archive

de la Commission Mixte des Indemnités des victimes, en grec), Athènes, Patakis, 2007.

 

Panayiotopoulos 1986 = Panayiotopoulos I. M., O ƗǀƧƺƴƲưƲƵŽưƬƴƼƳƲƵ (L’Homme contempo-

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Tounda-Fergadi 1985 = Tounda-Fergadi Areti, « Violations de la neutralité grecque par les

puissances de l’Entente durant la Première Guerre mondiale », Balkan Studies, 26/1 (1985),

p. 113-129.

 

Vénizélos, Métaxas 2003 = Vénizélos Eleuthérios, Métaxas Ioannis, ƌ ƭƶƷƲƴƣƥ ƷƲƸ ƊƬưƭƮƲǀ

ƉƭƺƥƶuƲǀƮƥƷƠƷƫưƥƴƬƴƲƧƴƥƹƣƥƷƲƸƊƯƩƸƬƩƴƣƲƸƇƩưƭƪơƯƲƸƮƥƭƷƲƸƎƼƠưưƲƸƑƩƷƥƱƠ (L’Histoire

de la discorde nationale d’après les articles d’Eleuthérios Vénizélos et de Ioannis Métaxas, en grec),

2e édition, Thessalonique, Kiromanos, 2003.

 

Winter 2006 = Winter Jay, Remembering War. The Great War Between Memory and History in the

Twentieth Century, New Haven, Yale University Press, 2006.

 

* * *

 

Eleutheron Vima, numéros de l’année 1934.

 

Embros, numéros du 1er au 7 juillet 1919 ; numéro du 11 juillet 1919.

 

198

LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE DES GRECS : UNE GUERRE OUBLIÉE

 

Ethnos, numéros des années 1930-1936 ; numéros des 9 et 10 octobre 1938.

 

Le Petit Parisien, numéro 21818 du 23 novembre 1936.

 

Makédonia, numéros de l’année 1931.

 

Rizospastis, numéros de l’année 1929.

 

To Dendro, numéros de juillet et décembre 2014.

 

199