Children of the sun : Tome 1 : Trahie (French Edition)
Chapitre 19 : Zinda
La déesse ne put s’empêcher de sermonner sa nièce le lendemain de
l’Équinoxe lorsqu’elle lui rendit visite de bonne heure. Drapée dans un long peignoir en soie bleu, elle parcourait de long en large sa hutte comme si elle faisait la leçon à une fillette.
— Tu t’es montrée impulsive Sun en passant la nuit chez ce fae ! Hilo t’as préparé une potion, au cas où.
La jeune femme la fixa d’un air étonné. Elle ne semblait pas comprendre la raison de son agacement.
— Je suis quand même une grande fille, Zinda, même si j’ai quelques millénaires de moins que toi.
— Une grossesse ou pire, une maladie pourrait quand même t’affecter. Tu n’es pas indestructible, à ma connaissance ! D’autant plus que ce n’est pas parce qu’il est d’une autre espèce que toi que cela t’épargnera les désagréments que peut engendrer une relation sans protection.
Elle lui lista tous les risques que cela comportait en plus de ceux connus dans le monde des mortels. Ils étaient tous aussi désagréables les uns que les autres. Heureusement, il y avait plusieurs façons de se protéger ainsi que de se rendre provisoirement infertile. Chaque monde avait sa façon de faire.
— Hagatha connaît aussi un rituel qui pourra te protéger aussi longtemps qu’il le faudra. Nous n’avons pas le temps de nous encombrer avec des futilités de ce genre !
L’Iwa l’avait enseigné à sa fille, le sexe n’étant pas tabou au sein du Refuge en règle générale. Elle purifiait régulièrement les habitants lors de grandes cérémonies afin d’écarter les maladies qui pourraient se montrer dramatiques au sein de l'endroit le plus secret de Tempastera. Pour les femmes, si elles en faisaient la demande, elles avaient la possibilité de contrôler leur fertilité. Les hommes aussi pouvaient en bénéficier. De fait, peu de naissances arrivaient en ces lieux, ce n’était d’ailleurs pas conseillé.
— Très bien, je m’en occupe dès aujourd’hui, concéda Sun. Je ne savais pas tout ça. Désolée.
Zinda se trouvait parfois trop sévère avec Sun. Pourtant, elle sentait qu’il était de son devoir de la protéger, elle qui avait tant souffert après la mort de sa famille. Elle remarquait avec bonheur que chaque jour qui passait, son air devenait moins triste. Ses yeux brillaient moins à l’évocation de ses parents. Et pourtant, je vais encore revoir cette lueur de tristesse dans son regard lorsqu’elle devra faire des choix et des sacrifices, songea-t-elle, amère.
Tout à coup, elle sentit ses forces la quitter, tout tanguait autour d’elle. La voix de Sun lui sembla lointaine. Sa tête lui tournait et son corps bascula en arrière, une vive douleur la transperçant de part en part.
Lorsqu’elle reprit conscience, Pocame et Sun, inquiets, étaient accroupis à son chevet.
— Tout va bien, Hilo ne devrait pas tarder, la rassura Sun en lui tenant la main.
— Restez tranquille, ajouta Pocame.
La déesse se redressa difficilement dans son grand lit. Une migraine la faisait souffrir le martyr et sa blessure s’était légèrement ouverte. Encore une fois. Son corps semblait enveloppé dans du coton et ne lui obéissait plus.
— Qu’est-ce qui t’arrive, Zinda ? s’enquit sa nièce.
Cette dernière n’eut pas envie de lui raconter sa faiblesse devant un simple sorcier du chaos. Cependant, elle n’avait pas le choix de lui confier le récit de sa défaite et donc lui révéler sa plus grande crainte : que la vie s’éteigne en elle. Ses explications firent grimacer Pocame qui pinçait ses lèvres pulpeuses. La colère se lisait aisément sur son visage. Ne le connaissant que trop bien, elle savait qu’il s’en voulait terriblement de ne pas avoir été assez réactif ce jour-là.
— Ironique pour une déesse de la mort n’est-ce pas ?
— Pas du tout. Aucun remède n’a donc pu être trouvé pour arrêter ce mal qui te ronge ?
— Hélas non. J’ai cherché auprès des magiciens...
— Ce sont de sales prétentieux inutiles, coupa le soldat exaspéré.
— Cynelle a pu, avec l’aide d’Hilo, ralentir la progression de cette espèce de maladie. Avec Mulhin, nous sommes partis à la recherche d’une solution, mais mon état se dégrade à une vitesse effrayante. J’ai de plus en plus de peine à me téléporter. Ouvrir des portails me devient si difficile que ça me rend malade.
— Nous pourrions peut-être chercher de l’aide ailleurs ? proposa Sun.
Sa nièce parut réfléchir intensément. Son attitude toucha profondément Zinda. Plus les jours passaient, plus la déesse se reconnaissait en Sun. Après l’avoir regardée non sans une pointe de fierté, Zinda reprit une contenance et conclut :
— Ne t’en préoccupe pas. Nous devons anéantir Rakhlan et ses adeptes le plus vite possible. Mulhin m’a informée qu’ils avaient établi une base quelque part mais nous cherchons encore l’endroit exact. Dès que nous en serons certains, nous nous y rendrons. Ensemble.
Hilo entra dans sa chambre, les bras chargés de plusieurs sacoches en cuir retourné.
— J’ai ramené toutes mes fioles Zin, j’espère que je vais réussir au moins à te soulager.
— Merci Hilo, même si ce n’est que pour une heure, ce ne sera pas de refus.
— Nous n’avons presque plus de scirpe dans nos réserves. Il va falloir que j’envoie Mo’ en trouver ailleurs. Vous allez en avoir besoin pour votre voyage.
Elle disposa ses affaires sur la table et commença à mélanger plusieurs fioles entre elles. Puis, elle fouilla dans son sac afin de se saisir d’une seringue et d’une poche comme celles qu’on pouvait trouver dans un hôpital.
— Je vais vous laisser, dit Sun.
La jeune fille s’inclina poliment puis posa une main sur l’épaule de Pocame qui s’était assis près d’elle. Hilo s’affaira et lui posa une perfusion avec les moyens dont elle disposait.
— Veille à ce qu’elle reste tranquille, d’ici une heure ça ira déjà mieux, conseilla-t-elle à Pocame.
Ils la remercièrent et se retrouvèrent tous les deux, sans savoir quoi se dire pendant quelques minutes. Zinda se réinstalla plus confortablement et ferma les yeux en soupirant. Le soldat alla chercher de l’eau et y trempa un linge pour le lui passer sur le visage. La sensation de tiédeur de l’eau et de ses mains la détendirent aussitôt.
Il avait toujours su l’apaiser sans qu’elle ne lui demande quoi que ce soit. Pocame demeurait ainsi, bien plus qu’un simple guerrier. Même dans ses combats, il n’avait jamais manqué de respect à son adversaire. Dans ces moments là, elle le trouvait admirable, bien qu’un peu naïf. Peut-être même manichéen. Il était son exact opposé. Elle, qui n’avait aucune pitié envers ses ennemis, guidée par ses humeurs. Chaque service qu’elle avait pu rendre devait être tôt ou tard remboursé comme tout dieu qui se respecte. Cela ne faisait pas d’elle une mauvaise personne, elle pensait juste que les bons comptes faisaient toujours les bons amis. Pocame le savait. Toutefois, il ne lui devrait jamais rien. Pas lui.
— Po, murmura-t-elle.
— Je n’irai nulle part aujourd’hui, lui promit-il.
Zinda s’en voulait de sa faiblesse physique comme mentale mais elle aurait tout le temps de le regretter lorsqu’elle se sentirait mieux - si elle y parvenait - plus tard. Elle glissa sa main libre dans la sienne puis sombra dans un profond sommeil. Elle pourrait y rêver de ce qu’elle s’interdisait de faire avec lui depuis tant d’années.
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