Children of the sun : Tome 1 : Trahie (French Edition)
Chapitre 24 : Olo
Clac ! Clac ! Clac !
Un bruit de fouet claquait dans l’air en un résonnement sinistre.
— Encore vingt, ordonna une voix grave dénuée d’empathie.
Le bourreau reprit sa basse besogne, aussi impassible que son maître. Le dos du supplicié tombait en lambeau, il ne criait pas. Chaque coup, il les encaissait en serrant les dents. Une fois son travail terminé, le vampire rangea soigneusement ses outils de torture puis quitta la pièce sans un bruit avec son supérieur, laissant l’homme le dos maculé de sang, les chairs déchirées.
Olo sentait qu’il ne devait pas se trouver là. Il voyait la scène sans pouvoir faire quoi que ce soit, comme un fantôme. Il se contenta d’observer. Il avança et s’accroupit au niveau du supplicié enchaîné les bras en l’air. Dans ses liens, des fils d’argent lui brûlaient les poignets mais il n’y en avait pas assez pour lui couper littéralement les mains.
Zan.
Olo eut toute la peine du monde à le reconnaître dans cet état. Ses cheveux emmêlés tombant sur son front, sa chemise lacérée, son corps couvert d’ecchymoses.
Comme s’il avait entendu sa pensée, il leva la tête vers lui.
Ses yeux.
Son regard habituellement insolent transperça le cœur du métamorphe. Deux billes azur complètement hagardes. Rien à voir avec la façon dont il le regardait.
C’est un souvenir du vampire, comprit-il.
À cause du lien du sang qui l’unissait à lui, pour une raison qu’il ignorait, il voyait le vampire partout : dans ses rêves, ses pensées. Il ne savait pas qu’il pouvait s’introduire dans son esprit de la sorte. D’ailleurs, il s’en était bien gardé de le lui dire. Tout ce dont il était sûr, c’est qu’un lien d’obéissance avait été établi pour quelques semaines. Il fallait qu’Olo trouve le moyen de résister à Zan pour ne pas se retrouver en esclavage. Ou pire encore goûter de nouveau son sang et sceller son destin au sien jusqu’à la fin de sa vie. Zan était tout à fait capable de l’obliger à nouveau d’en boire sans qu’il ne puisse s’y opposer, ce qui le terrifiait.
Olo reprit le cours de sa contemplation. Ils se trouvaient dans un cachot aux murs de pierre humide. L’endroit était misérable, même pour quelqu’un comme Zan. Une envie irrépressible de le détacher faisait battre son cœur à cent à l’heure. Probablement un effet du rituel, espéra-t-il. Mais le voir si faible l’avait ému malgré lui. À quoi pensait Zan à cet instant ? Qu’avait-il fait pour mériter une telle punition ?
Contre toute attente, Zan se mit à rire comme un forcené. Le cœur d’Olo fit un bond, puis se brisa en mille morceaux lorsque Zan poussa un hurlement à lui en déchirer l’âme. Sa souffrance fut si difficile à supporter qu’il porta ses mains contre son crâne qui pulsait douloureusement. Pourtant, il ne pouvait rien faire, à part entendre ses cris de douleur et de peine. Des cris d’agonie. La dernière fois qu’il avait entendu cela, c’était ses hurlements lorsqu’il avait perdu sa propre sœur.
Il fut pris de tremblements incontrôlables, impuissant face à cette vague d’émotion qui l’écrasait de tout son poids. Il comprit alors qu’il ressentait ce qu’avait ressenti l’immortel.
— Zan…
Il tendit la main, pour le toucher, retrouver ce lien entre eux depuis leur première bagarre.
Rétablir le lien, il fallait rétablir le lien.
Mais le vampire à l’origine du supplice revint s’asseoir au fond de la cellule ordonna la reprise de la torture. Le bourreau sortit un nouveau fouet et s’en donna à cœur joie, jubilant des hurlements de martyr que poussait Zan.
— Olo !
Il ouvrit ses yeux sombres et vit Hagatha qui le secouait comme un prunier.
— Tout va bien ? demanda l’adolescente.
Il s’était endormi. Malgré son affolement, il retrouva son calme olympien, du moins en apparence. Soulagé, il se leva et la rassura.
— Oui, ça va aller.
— Je sais que c’est faux, lui dit la jeune fille de sa voix douce.
De bien des manières, elle lui rappelait Vani. Ses grands yeux étonnés, sa bonne humeur, sa candeur. Elles se seraient si bien entendues, pensa-t-il, mélancolique. Il ne chercha même pas à lui mentir.
— Tu as raison. Est-ce qu’il te reste tes herbes pour bien dormir ?
— Oui bien sûr ! Je peux te préparer quelques potions en avance si tu le souhaites.
— Tu serais gentille, acquiesça-t-il.
Ravie de lui rendre service, le visage d’Hagatha s’éclaira, réchauffant le cœur de l’homme. Ils rejoignirent le groupe pour reprendre leur chemin. Olo put se transformer en aigle après deux essais infructueux. Ses émotions étaient directement liées à sa faculté de transformation. Ainsi, sa force demeurait également sa faiblesse, surtout ces derniers temps.
Il s’éleva dans les airs, parvint difficilement à s’extraire de la forêt, les arbres étaient tellement fournis qu’ils ne laissaient passer que de faibles rayons de soleil. Il se posa sur une branche, essoufflé, puis battit des ailes pour les dégourdir. Encore quelques mètres puis il verrait le ciel. L’éclat de celui-ci l’aveugla un court instant.
Le constat fut clair: la forêt s’étendait sur des kilomètres et des kilomètres, ce qui expliquait pourquoi ils tournaient en rond depuis quelques jours. Un enchantement faisait déplacer les arbres, un peu à la manière de la forêt du Refuge. Ce sortilège permettait de protéger les lieux, emprisonnant ses visiteurs pour toujours. En volant un peu plus loin, il attendit d’être sûr de voir à nouveau le charme opérer et descendit en piqué pour informer ses compagnons. Bonne nouvelle : ils allaient enfin pouvoir sortir d’ici.
Il vola jusqu’au talus où il avait mis ses vêtements et se rhabilla rapidement.
Tout à coup, il perçut un faible mouvement dans le sol. Sun ? Non, ce n’était pas un tremblement de terre. Le bruit n’était pas régulier. Des pas ? Il se hâta de rejoindre le groupe qui s’était posé dans une clairière. Une clairière… qui n’y ressemble pas, songea-t-il en observant les arbres couchés.
— Alors, du nouveau ? s'enquit Zinda.
— Nous sommes dans une forêt enchantée, le même type que celle du Refuge. Elle s’étend sur plusieurs hectares. Si on suit le nord, on devrait pouvoir en sortir en moins de deux jours.
— Comment tu peux savoir ça ? demanda Sun, intriguée.
— C’est un des meilleurs conseils qu’on m’ait donné. Quand tu te perds dans une forêt magique, il faut suivre le nord. Je ne pourrais pas te dire exactement pourquoi, expliqua Olo.
— Même moi je n’ai rien compris quand ma mère a tenté de me l’apprendre, rit Hagatha.
— Parfait, on ouvre la marche, décréta Pocame en s’avançant avec Mulhin qui saisit son arc.
Le groupe se mit en route mais un nouveau frémissement, cette fois-ci plus rapproché, se fit sentir. Le regard d’Olo croisa celui de Sun. Il comprit aussitôt.
— Toi aussi tu as ressenti ça ? demanda-t-elle. Je croyais l’avoir rêvé.
— Non, répondit-il.
— Je ne sens rien moi, affirma Hagatha.
— Ah oui, effectivement, quelque chose approche, confirma Zan.
— Sortez vos armes ! ordonna Zinda.
À présent, ils sentirent tous le sol trembler à intervalle régulier et dégainèrent épées et fusil pour Olo. Ne sachant pas où le danger allait surgir, il mit son arme en joue en la pointant vers le haut des arbres. Les châtaigniers se couchèrent brutalement lorsqu’un pied gigantesque se posa dessus. Juste sous leur nez.
— À couvert ! cria Mulhin.
Ils s’éloignèrent rapidement de l’endroit supposé où le deuxième pied devait atterrir, manquant de peu de se faire aplatir. Un monstre de plusieurs mètres déboula en passant à travers la forêt comme Olo qui foulerait les herbes hautes du Refuge. Un géant ! Il se rendit rapidement compte que le colosse fuyait un autre congénère et tenait un animal dans son énorme main. La pauvre bête était dans un piteux état. L’autre géant ne tarda pas, il se jeta sur son rival et ils commencèrent à se battre furieusement tandis qu’Olo et les autres esquivaient à la fois les chutes d’arbres, les effondrements de rochers et les deux immenses adversaires.
Olo se terra dans une grotte puis fut rejoint par Zan qui se retrouva projeté malgré lui lorsqu’une énorme motte de terre se fracassa au sol. Le vampire atterrit platement à ses pieds pour son plus grand plaisir.
— Rien de cassé ? demanda-t-il en relevant le vampire.
Il se retint de rire un instant en voyant la mine contrariée de Zan.
Le contact de sa main chaude contre la sienne, gelée lui provoqua un frisson qui parcourut chaque centimètre de son corps. Putain de rituel, pesta le métamorphe.
Ils restèrent cachés là quelques minutes sans rien se dire. Leur abri était étroit, obligeant les deux hommes à se tenir à quelques centimètres l’un de l’autre, au grand dam du métamorphe. Les géants continuaient de se battre dehors faisant trembler les parois de leur cachette.
Il avait tout loisir à détailler son « maître » à l’allure surréaliste. Toujours affublé de sa chemise blanche immaculée, sa redingote mitée mais soigneusement retouchée et de son katana attaché dans le dos, il se tenait prêt à bondir, tel un félin sur sa proie. Aujourd’hui, il n’avait pas eu le temps de se raser, laissant une fine barbe de quelques millimètres sur ses joues creuses. Sa beauté n’en égalait aucune autre. Olo se sentit ridicule de penser ainsi.
— Qu’est-ce que tu as à me fixer comme ça ? fit Zan en lui adressant un regard en biais.
Olo ne répondit pas et tourna vivement la tête en attendant que le grabuge au dehors se calme. Il ne pouvait pas voir son propre visage, mais il devait être rouge cramoisi de honte. Ou de colère. Il n’en savait rien. Le sol trembla de nouveau. Ils reculèrent en même temps pour ne pas se prendre des projectiles. Le métamorphe se trouvait si près de Zan que leurs souffles pouvaient s’entremêler. Il sentait son corps à l'étroit, sa respiration devenait presque laborieuse. Il garda ses yeux rivés vers la sortie pour ne pas croiser le regard du vampire.
— Olo… commença Zan.
— Allons-y décréta-t-il d’un ton bourru.
En réalité, il ne voulait pas que Zan remarque son trouble. Ils sortirent à la hâte de leur cachette. Les deux hommes contournèrent les géants et retrouvèrent rapidement leurs compères qui avaient eu la même idée qu’eux : se terrer comme des lapins en attendant que le combat s’arrête. Le calme revint peu à peu, ils se réunirent tous sains et saufs.
— Tout le monde va bien ? demanda Hilo.
— Essayons de quitter cette maudite forêt avant de nous faire …
Mulhin ne termina pas sa phrase. Son regard se figea dans l’air. Tous se retournèrent pour comprendre la terreur dans ses yeux.
— Vous savez ce que mangent les géants ? couina Hagatha dans un souffle.
— Courez ! hurla Zinda
Ils eurent à peine le temps de se retourner pour détaler qu’une main s’abattit sur le sol et saisit une victime au hasard. Olo mit son arme en joue mais il ne pouvait rien faire sans blesser la personne entre les mains du géant.
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