Children of the sun : Tome 1 : Trahie (French Edition)

Chapitre 1 : Sun

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Chapitre 1 : Sun

 

Sun grimpa tout en haut de son arbre préféré. C’était son refuge, un de

ses endroits favoris où elle était sûre d’y avoir la paix avant d’entamer une longue journée de cours. Arrivée au sommet, elle se mit à califourchon sur une grosse branche en s’adossant contre le tronc. De là, elle pouvait observer le soleil se lever sur le village, une de ses activités préférées. Comme d’habitude il ne se passait rien, elle avait pour seule compagnie le chant des oiseaux. Alors qu’elle pianotait distraitement sur son téléphone une voix argentine brisa sa tranquillité :

— Sun, les parents nous attendent pour déjeuner !

C’était sa petite sœur, Dawn. Enfin petite, cela ne se remarquait pas au premier coup d’œil. De deux ans sa cadette, rien ne pouvait prouver qu’elle était plus jeune vu qu’elle la dépassait d’une bonne tête. Gracieuse, élancée, les yeux dorés comme leur mère, elle lui ressemblait beaucoup hormis sa peau d’un brun clair et ses cheveux ondulés autour de son visage délicat.

Sun soupira et descendit de son perchoir d’un bond agile. Les quelques mètres qui la séparaient du sol ne l’avaient pas inquiétée le moins du monde. Dawn lui jeta un regard en biais en pinçant ses fines lèvres et lui dit sur le ton de la plaisanterie :

— Frimeuse. Allez ramène-toi, sinon ils vont nous faire un sermon alors qu’on est en âge de voter.

Sun pouffa de rire et suivit sa sœur. Elles marchèrent tranquillement de la lisière du parc jusqu’à leur maison qui se situait à quelques minutes de marche. Les gens ne leur prêtaient plus trop attention ici, contrairement à la faculté où elles étudiaient. En effet, les habitants du village de Moiscourt s’étaient habitués à leur présence. Vivre à la campagne avait un avantage certain. Elles avaient moins de chance de se faire insulter de monstres qu’en ville.

Bien que cela fasse plus d’une centaine d’années que les humains aient appris l’existence de tout ce dont ils redoutaient, il restait encore une atmosphère hostile envers les gens différents, nommés communément les Autres. Ces créatures vivaient dans d’autres dimensions : celle des sorciers et des mages, celle des vampires et des lycans… Pléthore de mondes situés sur d’autres plans astraux.

En réalité, sur Terre, c’était juste un problème remplacé par un autre. On méprisait moins les étrangers d’un autre pays que les créatures des autres dimensions : c’était plus commode. Les différents gouvernements avaient donné le change en encadrant les allées et venues des Autres, leur conférant des ambassades et en marchandant avec eux. Il fallait venir sur Terre pour une bonne raison ou s’y établir sans trop faire de vagues. C’était précisément la raison pour laquelle leur mère, Astra Akaya, s’y était établie dans la plus grande discrétion. Il n’y avait que ses yeux dorés qui la trahissaient : très courants dans le monde divin, mais rare dans les autres mondes.

Il était encore tôt, les commerces commençaient à peine à lever leur rideau métallique. Elles arrivèrent au bout de la rue mais Dawn s’arrêta pour acheter des viennoiseries, attirée par l’odeur appétissante de la boulangerie. Arrivées dans leur quartier, elles se pressèrent de ramener le butin dans leur foyer en s’échangeant de grands éclats de rire. Les deux sœurs traversèrent leur jardin en enjambant les poules couchées paresseusement dans l’herbe. Leur terrain, oscillant entre un potager et un jardin sauvage présentait un certain charme aux yeux de Sun, elle y avait vécu beaucoup de bons souvenirs, lui rappelant les soirées à la belle étoile avec sa famille.

**

— Mes filles, vous en avez mis du temps ! s’écria joyeusement leur père.

Il leur adressa un large sourire dévoilant ses dents blanches, contrastant avec sa peau noire.

— J’ai une bonne raison, répondit sa fille cadette en brandissant le sac de viennoiserie.

— Le café est prêt, venez tant qu’il est encore chaud, enchaîna leur mère en leur souriant.

C’était un vendredi, le seul jour de la semaine où ils se réunissaient le matin pour partager un moment convivial. Astra et son mari David travaillaient beaucoup tout au long de la semaine. Elle occupait un poste d’infirmière à l’hôpital tandis que lui avait une entreprise dans le bâtiment.

Ils prirent le temps de s’enquérir des études de leurs enfants dont ils étaient tous les deux très fiers. Ils n’étaient pas dans le besoin mais restaient modestes, il fallait seulement que leurs filles ne manquent de rien dans la mesure du possible. Dawn s’épancha dans un flot de paroles ponctué de blagues qui faisaient rire toute la famille. Sun trouvait souvent que le rire de sa sœur était plus drôle que ses plaisanteries. Lorsque le tour de Sun vint, elle resta laconique, ce qui n’échappa pas à son père.

— Des problèmes à l’université ma chérie ?

Devant son air inquiet, Sun voulut lui en dire davantage. Mais elle ne voulait pas les inquiéter plus que de raison.

— Oh, juste un client casse-pied au boulot hier soir, rien de grave, éluda-t-elle.

— Qui ose t’embêter ? ricana sa sœur. Fais-lui une prise de kung-fu, comme ça.

Dawn prit une pose comique qui lui arracha un sourire. Sun se disait qu’elle devait juste continuer à ignorer les imbéciles qui croisaient sa route. Cette semaine, elle avait déjà été hélée à cause de son sexe, insultée de « monstre » au café où elle travaillait et même suivie en quittant la bibliothèque deux jours auparavant. Tout cela avait mis à mal sa patience qu’elle peinait certains jours à conserver.

— J’adore les cours, vraiment Papa. Je ne regrette pas d’avoir choisi la branche Histoire des Mondes. Je pense même avoir ma licence, les partiels se sont très bien passés.

Et c’était vrai, elle était passionnée. Elle se souvenait des soirées à la belle étoile dans la cabane de leur jardin construite par leur père. Astra les rejoignait souvent dedans, leur contant divers mythes et légendes. Cela fit naître en Sun un besoin d’en savoir plus sur ses origines, sur les autres mondes parallèles au leur. Pourtant, les livres d’histoire ne parlaient pas tant de l’endroit d’où venait sa mère. La dimension divine. Le monde de tous les dieux. Personne à sa connaissance n’y avait jamais posé pied ou patte. Sa mère lui racontait toutes les histoires qu’elle connaissait, mais ce n’était jamais assez. Et à part Dawn, il n’y avait qu’elles deux de semblables dans leur monde.

Les humains s’étaient bien acclimatés aux sorciers, aux mages et même aux vampires, avec parcimonie tout de même. Toutefois, savoir que les dieux existent, les dépassaient complètement. Tout ce que Sun savait à ce sujet venait de sa mère, même si elle restait assez vague sur le sujet.

De plus, Sun et Dawn avaient interdiction formelle de parler de cela aux autres, sous peine d’être incomprises voire pire. Elles faisaient confiance à leur mère alors elles gardèrent le secret. Cela aurait empiré le cas de Sun de toute façon.

Elle avait beau être à moitié déesse, elle détonnait avec les autres quoi qu’elle fasse. De taille moyenne, de longues locks et des yeux vairons : l’un doré et l’autre marron. Sa corpulence était sportive, tout en muscle, le contraire de sa sœur, longiligne au visage d’ange.

Le fait d’être l’aînée ne l’aida pas. Il n’en fallait jamais beaucoup pour être harcelée à l’école et cela se produisit. Sur les conseils de ses parents, elle n’avait jamais osé se plaindre ni même se défendre. D’un coup de main pourtant, elle pouvait écraser n’importe qui. Le savoir était d’autant plus frustrant pour Sun.

Pendant de nombreuses années, elle pensait qu'avoir hérité d’une partie des caractéristiques divines de sa mère semblait être une malédiction. Ce n’était plus le cas aujourd'hui.

Un jour, où l’un de ses camarades de classe avait harcelé un nouvel élève, elle lui avait flanqué une correction dont il se souvint toute sa vie. Sa punition n’avait pas tardé à venir mais elle s’était défendue en expliquant à son père, David, conscient de ses aptitudes physiques hors du commun, qu’elle aurait pu faire bien pire. Il n’avait pu se retenir de rire, mais Astra, moins diplomate que lui, avait décidé d’ expliquer en détail à sa fille ses origines et avait ordonné à son mari de lui apprendre à jauger sa force grâce aux arts martiaux qu’il pratiquait depuis de nombreuses années. À défaut de pouvoir pratiquer du sport avec les autres, elle avait bénéficié de cette échappatoire avec lui. Un autre évènement de ce type ne devait plus se reproduire, il fallait « être normale, comme les autres ».

Dawn, quant à elle, le comprit très bien dès le départ. Sociable, artiste émérite et populaire, elle brillait par sa facilité d’adaptation en société. Contrairement à elle, Sun aimait être seule en règle générale, être entourée la mettait mal à l’aise. Si elle avait su de quoi son avenir serait fait, elle n’aurait peut-être pas fait ce choix.

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Chapitre 2 : Neven

 

 

Une boulette de papier lancée avec une force étonnante tira Neven de

son profond sommeil. Il se frotta l’arrière de la tête en se retournant et vit Sun, sa voisine et camarade de classe lui faire les gros yeux.

Le jeune homme comprit alors que leur professeur, un vieux sorcier aussi âgé qu’un gobelin rabougri, le toisait les mains sur les hanches d’un air mécontent. Tout l’amphithéâtre se mit à rire. Il adressa un pardon désinvolte puis s’enfonça dans son siège en gloussant avec ses amis.

Lorsque la sonnerie retentit, il se leva dans le but d’aller discuter avec Sun mais elle était rapide pour s’éclipser, comme toujours. Il la poursuivit sur le campus en la hélant :

— Hey voisine !

Elle détestait quand il l’appelait ainsi et il le savait très bien. Elle pivota sur elle-même en plissant ses yeux vairons dont l’un était caché sous une épaisse frange bouclée.

— Qu’est ce que tu veux Nev’ ?

— Merci de m’avoir réveillé tout à l’heure.

— Tu perturbais le cours.

Il se mit à rire. Lorsqu’il riait, cela provoquait un imperceptible sourire sur les lèvres de Sun sans qu’elle même ne s’en rende compte.

— Je te remercie quand même. Tu fais quoi après les cours ?

— Je révise.

— Il faut sortir, à ton âge quand même, sourit-il.

— Mais je suis dehors, là, tu ne vois pas ?

Neven se mordit la lèvre pour ne pas rire de nouveau. Sun baissa les yeux.

— C’est con de passer autant de temps ensemble en cours et que tu ne veuilles pas sortir avec nous, tu trouves pas ? Je suis sûr que ça te plairait.

Sun sembla hésiter. Le jeune homme réussit à semer le doute, il l’avait bien compris. Peut être que pour une fois, elle lui dirait oui. Juste une fois.

— Je vais y réfléchir.

— On rentre ensemble ? Je te dépose.

— Non, c’est gentil, bégaya-t-elle mal à l’aise. Je vais attendre Dawn, on a pris sa voiture aujourd’hui.

— Pas de problème. Si elle veut, elle peut venir ce soir, si ça peut te rassurer.

Il crut voir un éclair dans son œil, il pensa rêver. Sun avait retrouvé son air revêche habituel et se contenta de hocher la tête.

Elle s’éloigna en prenant la direction du parking. Il se demanda ce qu’il avait bien pu dire pour la fâcher. Et dire qu’avant, ils étaient inséparables. Les choses changeaient si vite.

Il repensa avec nostalgie au jour où elle lui avait tendu la main. Ils devaient avoir douze ou treize ans. Encore frêle voire chétif, peu habitué aux humains. Leur village n’avait pas encore digéré de se faire « envahir » par des gens comme lui. En apparence, il n’avait rien de bien différent des autres élèves, mais n’était pas encore formé à utiliser de façon appropriée ses pouvoirs magiques. Les sorciers en avaient un ou deux, tout au plus. Cependant, Neven disposait d’un pouvoir rare, même au sein de sa communauté.

Alors, avec ces « incidents magiques », il s’était fait remarquer malgré lui et avait dû faire face à des agresseurs de son âge. Ce jour-là, il ne les avait pas vus venir. Il contrôlait encore mal sa magie et n’avait pu s’en servir pour se protéger.

Une fillette leur avait foncé droit dessus et avait repoussé l’un de ses bourreaux avec une force surprenante pour son gabarit. Heureusement ou pas, le gamin avait voltigé jusque dans un buisson et en était sortit mort de honte avec le poignet foulé. Cette fille avait un œil doré qui semblait briller : c’était la première fois qu’il avait été confronté à d’autres individus que des sorciers ou des humains.

En le raccompagnant chez lui, il lui avait posé alors mille questions auxquelles elle ne pouvait pas y répondre. Elle avait fini par lui promettre d’enquêter sur la provenance de sa force. Mais Sun avait pu lui assurer une chose : c’était la fille d’une déesse. Il en avait été si impressionné qu’il n’avait rien trouvé à y redire. À son tour, il lui avait juré de garder le secret. C’est ainsi que leur amitié fut scellée, jusqu'à ce qu'ils arrivent au lycée.

Alors même si l’adolescence avait pu le rendre « bête » comme elle le prétendait, il n’oublierait jamais ce jour.

Il était persuadé que c’était à lui de l’aider, de l’aider à se libérer de ses chaînes.

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