Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2)

Tableau Comparatif des Pluies

Sénégal Volta. et Niger.

Janvier » »

Février » »

Mars » »

Avril » »

Mai 6 6

Juin 14 12 dont 2 insignifiantes.

Juillet 22 15 — 7 —

Août 23 14 — 10 —

Septembre 16 20 — 6 —

Octobre 12 22 — 4 —

Novembre 1 1 »

Décembre » » »

— — —

TOTAUX 94 90 dont 29 insignifiantes.

De ce tableau comparatif il résulte que dans le bassin du Sénégal et du Niger il tombe environ 90 pluies pendant l’hivernage, avec une durée variant entre une heure et trois heures, et que dans le bassin de la Volta il tombe un nombre égal de pluies, mais dont le tiers est à classer parmi les orages insignifiants.

Dans le bassin du Niger l’hivernage réel comprend les mois de juillet, d’août et de septembre, tandis que dans celui de la Volta il ne comprend que septembre et octobre : il est donc en retard de deux mois sur le bassin du Niger.

Au point de vue des saisons, elles se répartissent comme il suit dans les deux bassins :

NIGER. VOLTA.

Grosses chaleurs. — Avril, Grosses chaleurs. — Avril, mai. mai.

Semailles. — Juin (pluies Semailles. — Juin, juillet, rares, mais assez régulières). août (pluies irrégulières, mais très rares).

Hivernage. — Juillet, août, Hivernage. — Septembre, septembre. octobre.

Récolte. — Octobre et Récolte. — Novembre, novembre. décembre.

Saison fraîche. — Décembre et Saison fraîche. — Janvier, janvier. février.

Époque où l’on brûle les Époque des incendies._ — herbes._ — Février, mars. Mars.

L’hivernage et les saisons en général paraissent bien mieux établis dans le bassin du Niger que dans celui de la Volta. Dans ce dernier bassin, l’hésitation est longue, l’hivernage n’arrive pas franchement ; les habitants s’y préparent pendant trois mois, appelant de tous leurs vœux les pluies qui ne viennent pas. Dans tout le Dafina, le Gourounsi et le Mossi j’ai partout reçu des députations qui venaient me demander d’user de toute mon influence auprès du Tout-Puissant pour leur faire avoir des pluies abondantes.

Pour le passage des rivières les observations peuvent avoir une grande utilité. Je n’ai pas séjourné assez longtemps sur les bords d’un cours d’eau pour observer méthodiquement sa crue. Mais on peut cependant déduire ceci : c’est que dans les premiers jours d’août, le 4 ou le 5, la Volta orientale était encore guéable, et que vers cette époque le Niger atteignait déjà sa plus grande hauteur, comme nous l’apprend Mage :

1er juin (crue du Niger devant Ségou) 0m,22

4 août 3m,78

15 août, la crue atteint 4m,52

7 septembre, maximum de la crue 5m,43

26 septembre 5m,15

La baisse se continue progressivement jusqu’en décembre.

Quant au régime des pluies du bassin du Comoë, il est tout différent de celui de la Volta et du Niger.

L’hivernage commence deux mois avant la saison des pluies des bassins précités. Les pluies commencent en mars à la côte, puis elles remontent lentement vers l’intérieur.

En mars j’ai constaté dix pluies ; en avril elles sont déjà plus fréquentes, ce qui fait qu’entre le 5e et le 7e parallèle on peut considérer les mois de juillet et d’août comme les mois d’hivernage de la région.

A ce propos, il serait très curieux de tracer sur une carte les courants qui amènent les pluies dans tout le Soudan occidental ; les tracés ainsi obtenus donneraient, à coup sûr, une idée d’ensemble qui ne manquerait pas de jeter un jour plus complet sur les courants atmosphériques et la marche des tornades. On ne serait certes pas en mesure d’en déduire des données absolument mathématiques, le relief du sol et les cours d’eau jouant un grand rôle dans cette question, mais on obtiendrait des données qui, à l’aide d’observations ultérieures plus précises, deviendraient intéressantes à consulter.

J’ai adopté pour la division de l’année six saisons au lieu de quatre, c’est la même classification dont se servent les indigènes. Je suis arrivé à l’employer parce qu’elle me permettait de préciser, à défaut de noms de mois qui manquent chez certains peuples, l’époque de mon passage dans telle ou telle région.

Du reste cette classification en six saisons comporte des températures bien différentes, qui méritent d’être examinées chacune isolément ; c’est ce que nous allons faire :

Saison des fortes chaleurs. — Elle correspond aux mois d’avril et de mai. Les températures sont très élevées : de neuf heures à trois heures de l’après-midi, il y a généralement 40 à 42 degrés Réaumur à l’ombre et à l’air libre. Au soleil la chaleur est très intense ; il est extrêmement pénible de voyager pour l’Européen, et même pour les animaux porteurs, qui cherchent à s’arrêter chaque fois qu’ils rencontrent de l’ombre.

Avec un thermomètre il n’est pas possible de se rendre exactement compte de la chaleur que l’on supporte. Elle doit atteindre 60 degrés dans les lieux où la chaleur zénithale se cumule avec la réverbération du sol dépourvu d’herbes et quelquefois de la réverbération de murs d’enceinte de maisons ou même de parois verticales des grès de certains soulèvements.

Le soir les parois des habitations en pierres et en terre sont très surchauffées ; on est tenu de coucher dehors et de ne rentrer que dans la nuit, après que les murs sont refroidis.

Saison des semailles (juin). — La verdure commence à tapisser le sol. On prépare les cultures pour les semailles, qui se font après les premières pluies. Il fait encore bien chaud, l’air est lourd, saturé d’électricité, on a tout l’ennui de l’approche de l’orage, sans avoir le bénéfice qui résulte de l’abaissement de la température après chaque pluie.

Hivernage. — Excellente saison pour l’Européen ; c’est presque une chaleur de pays tempérés. La pluie donne des abaissements brusques de température de 10 à 15 degrés desquels il faut se méfier en se couvrant. Si le mauvais état des chemins et la grosseur des cours d’eau n’étaient des obstacles sérieux pour les voyages, il faudrait toujours profiter de cette saison pour aller visiter un pays. La végétation est splendide, il y a de la verdure partout, l’œil se repose, et le voyageur peut réellement juger de la richesse d’un pays.

Récolte (octobre et novembre, et, pour quelques produits, décembre). — La verdure subsiste encore, c’est l’époque des fortes rosées. La chaleur est très supportable ; vers la mi-novembre, cependant, il y a quelquefois des journées excessivement chaudes.

Les eaux commencent à se retirer et les marigots et flaques d’eau sont asséchés. L’air est dans ces endroits chargé de miasmes qui engendrent le paludisme. Il est bon pour s’en préserver de ne jamais se mettre en route à jeun et de faire usage des kolas.

Saison fraîche (décembre et janvier). — Très bonne saison pour les Européens. Les nuits sont très fraîches, il n’est pas rare d’avoir 16 degrés de chaleur seulement dans la nuit. Dans la journée la chaleur est supportable. Les convalescences sont extrêmement rapides en cette saison.

Époque où l’on brûle les herbes (février et mars). — Les hautes herbes séchées sont allumées, le Soudan entier est en feu. Vers cette époque il tombe aussi quelques pluies, qu’on appelle le petit hivernage. L’eau tombée et les cendres des herbes servant d’engrais donnent un regain à la végétation : on aperçoit des jeunes pousses aux arbres, et le manteau noir dont est recouvert le sol se trouve pendant quelques jours émaillé de verdure. C’est la meilleure saison pour les voyages : les rivières deviennent guéables ; mais on ne peut pas se rendre compte de la valeur et de la beauté du pays que l’on traverse : juger le Soudan en février et mars, serait juger la France en décembre et janvier.

Le climat des régions que j’ai visitées n’est pas aussi insalubre qu’on le proclame en France.

Quelques pessimistes viennent, dès qu’on parle de colonisation, vous opposer l’inclémence du climat. Tout cela est bien exagéré.

Nous n’avons pas la prétention de faire croire que le climat est aussi salubre que celui de la France, mais ce que nous affirmons bien hautement, c’est que l’Européen peut vivre partout à la condition de s’entourer d’un certain confort. Sur la côte même, les agents français de nos factoreries résistent bien et supportent gaillardement des séjours prolongés à la condition de pouvoir venir se retremper tous les deux ans pendant quelques mois en France. Il ne nous serait pas difficile de citer des Français qui y ont séjourné pendant de nombreuses années, qui sont très valides et dont l’intelligence est loin d’être atrophiée, comme on nous le raconte trop souvent. Il est des peuples, pour ne citer que les Anglais, les Hollandais, les Portugais, qui vont plus volontiers dans les colonies que nous, et ces races ne périclitent pas, loin de là.

Trop souvent on nous renvoie à des statistiques, en disant qu’à l’époque de l’occupation de la côte par des troupes françaises la mortalité était d’un pour cent trop élevé pour songer à s’y établir.

Il y a une différence considérable dans l’état de santé des hommes qui vont dans ces régions dans un but déterminé, pour y faire du commerce ou se livrer à des études intellectuelles, et un malheureux troupier qui y vient sans objectif. De quoi peut-il s’occuper, à part les heures d’exercice, de service ? L’oisiveté dans laquelle vit le soldat engendre chez lui la mélancolie ou le prédispose à noyer son chagrin dans des libations funestes à la santé. C’est pourquoi il ne faut voir de statistique vraie que dans celles qui comprennent des sujets occupés par un travail quelconque qui chasse l’ennui.

Nous avons toujours constaté qu’au Sénégal et dans nos postes du Soudan français, les officiers les mieux portants sont ceux qui s’occupent le plus, en usant modérement de la chasse, du cheval, et se livrent à un travail intellectuel quelconque, de façon à trouver à employer leur temps. On peut très bien se conserver une bonne santé, à part quelques malaises passagers qui n’ont aucune gravité.

Pendant le cours de mon exploration j’ai été deux fois très gravement malade, mais comment en serait-il autrement ?

Mon voyage s’est effectué dans des conditions excessivement pénibles : on ne reste pas impunément deux ans sans vin ni pain, ni rien de ce que nous mangeons en France.

Il faut aussi traverser des marais et des rivières à la nage, on est exposé à toutes les intempéries sans pouvoir changer de linge. J’aurais fait mon voyage dans de semblables conditions en France, j’aurais certes eu autant de jours de malaise et de maladie.

Mais quand on a une installation confortable, on peut très bien conserver une bonne santé.

« Un excellent moral et la volonté de vivre sont les meilleurs facteurs pour se bien porter. »