Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2)
Liste des rois sonr’ay de la première…
APPENDICE V
Liste des rois sonr’ay de la première dynastie. — Liste de la deuxième dynastie. — Notes sur l’histoire générale de la dynastie sonr’ay-mandé. — Famille mandé. — Famille sonninké. — Famille mandé-bammana. — Famille soso ou sousou — Famille mandé-mali. — Famille mandé-dioula.
PREMIÈRE DYNASTIE
Les historiens arabes nous apprennent les noms de presque tous les rois dits du Sonr’ay. On en trouve la liste complète dans Rolfs (_Beiträge zur Geschichte_, etc.), dans la Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, Band IV, 1855. Je la donne ci-dessous :
1. Le premier roi sonr’ay (سغى) ? était Za al-Yamin (vers 771 ? ; d’après moi, en chiffres ronds, 800).
2. A lui succéda زكى Za Zakajâ ou Za Zaki.
3. — اتَكىْ ou تكى Za Atakaï ou Taki.
4. — اكَىَ Za Akaya.
5. — اكِرُ (اكو) Za Akirou (Kérou ?)
6. — على بُى (على بنى) Za Ali Boy ou Boya, ou encore Ali Bana (Bani).
7. — بِيَرُ (بيرو كومَىْ) Za Biyarou ou Barou Koumaya ? (Barou ?)
8. — بِى (ابى) Za Abi ou Aba.
9. — اكُىِ Za Akouyi.
10. — يُم كَروَىَ Za Youma Karaouaya.
11. — يُم دُنكُ Za Youma Dounkou.
12. — يُمَ كيبعَ (كبيع) Za Youma Kiba’a ou Kibakha ou Kabaya.
13. — كوكِرىَ Za Koukirya.
14. — كِنْكِر Za Kinkira.
Aucun de ces rois ne croyait en Dieu et à ses prophètes.
Le premier qui embrassa l’islamisme fut :
15. Za-Kasi كَسى 400 de l’hégire (1009 à 1010), il régna jusqu’en 1020.
16. A lui succéda كُسُرْ دارى Za Kousour Dari, peut-être Diara (1020 à 1038).
17. — اهِرْ كَرُنْك دُمْ Za Ahir Karounkou Doum (1038 à 1062).
18. — بيىْ كى كَيْمَ Za Bayouky Kayma (1062 à 1078).
19. — يُمَ داعُ (نتاسنى) Za Youma Da’ou (_Natanansi_) (1078 à 1100).
20. — بَيىَ كَيْرِ كِنْبَ Za Baya Kayri Kinba (1100 à 1119).
21. — كُيى شيبيب (كين شنبيب) Za Kouyi Chibiba, ou Kayan Chanbib (1119 à 1140).
22. — اتيبا (تب) Za Atiba ou Taba (1140 à 1158).
23. — تنبا سِنَى Za Tanba (Tenéba) Sinay (1158 à 1176).
24. — يُمَ داعُ Za Youma Da’ou (1176 à 1200).
25. — فدازو (فدزر) Za Fadazou ou Fadazara (1200 à 1218) ; ce règne correspond à celui de Baramindana.
26. — على كِرُ Za Ali Kirou (1218 à 1235), correspondant au règne de Mari Diara.
27. — بير فَلك Za Birou, ou Bayarou Falaka, correspondant au règne de Mansa Wali.
28. — باسبيى ? Za Basabia, ou Basabi (Yasabi), correspondant aux règnes de Mansa Wali, Mansa Kalifa et de Mansa Abou Bakr.
29. — درر ? Za Darar, Za Dazara ? } } Serki Diara, Gao, 30. — زنك بار Za Zanaki, Barou. } Mohammed, Abou Bakr, } Mansa Mouça, noms 31. — بسا فار Za Basa Farou ou } des rois mandé Fara ou Basi-Fara. } correspondants. } 32. — فد Za Fada, Za Fa-Dé. }
DEUXIÈME DYNASTIE
Les Sonni. — 1331 (date mentionnée sous le règne de Mansa Magha, par Ahmed Baba).
33. Sonni Ali Kilnou.
34. Sonni Silman Nar.
35. Sonni Ibrahim Kiba ou Kibya.
36. Sonni Ousman Kanou ou Kanwa.
37. Sonni Basakin Aukabaya ou Bara Kina Abaky.
38. Sonni Mouça.
39. Sonni Boukar Zanka ou Zanaka ou Zoniké.
40. Sonni Boukar Dal Binba.
41. Sonni Barou Kouya.
42. Sonni Mohammed Da’ou.
43. Sonni Mohammed Koukia.
44. Sonni Mohammed Barou.
45. Sonni Mari Koul Khoum ou Mari fi Koul Khoum.
46. Sonni Mari Râkar.
47. Sonni Mari Aranadan.
48. Sonni Souleyman Da’ou.
49. Sonni Ali.
50. Sonni Bara ou Barou, appelé aussi Abou Bakr Da’ou.
51. Askia Thouré : El-Hadj Mohammed (1500 ?).
La première dynastie est celle des Za, titre dont nous donnons l’origine à propos de l’histoire des Sonninké.
Cette dynastie se divise en deux moitiés, dont la première, la plus ancienne, ne comprenait que des rois païens (infidèles). Ils sont au nombre de 14. Za al-Yamin, le premier dont le nom soit connu, devait, d’après nos calculs, régner vers l’an 800 de l’ère chrétienne. Le quatorzième, Za Kinkira, a dû mourir vers l’an
1000.
L’énumération des noms des rois de cette première moitié de la dynastie des Za nous rappelle peu de noms propres mandé ; on ne peut y relever que ceux du cinquième souverain, nommé Akirou, nom qui rappelle le diamou mandé-dioula Kérou, et celui du septième souverain, dans lequel on trouve le nom Birou, qui rappelle le mandé-dioula Barou.
Mais nous ne tenons pas pour une preuve suffisante ce rapprochement de noms pour en déduire que réellement les cinquième et septième souverains de cette dynastie étaient d’origine mandé.
Il n’en est pas de même pour la deuxième moitié de la dynastie des Za. Elle comprend 18 rois, tous musulmans. Le premier d’entre eux qui embrassa l’islamisme (le quinzième de la dynastie des Za) se nommait Za Kasi.
El-Békri rapporte que la date de sa conversion remonte à l’an
1009-1010.
Si, en dehors de la conversion de Za Kasi, les historiens arabes ne rapportent aucun événement sur le règne des 18 rois musulmans Za, nous apprenons par la liste de leurs noms que neuf d’entre eux, c’est-à-dire la moitié, portaient des noms ou surnoms mandé. C’est là un point très important pour l’histoire de ces peuples. Il prouve tout simplement que pendant cette deuxième moitié de dynastie les Mandé sont au pouvoir dans le Sonr’ay. Ainsi le 16e roi de la dynastie des Za est un Diara ; le 19e et le 24e, deux Da’ou ; le 26e, un Kérou ; le 27e, un Birou.
Le 29e est écrit دزر. En haoussa c’est l’expression Diara. Le di ou d mouillé se change toujours en z. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à croire que le 29e roi était un Diara. Le 30e était un Barou. Le 31e porte un surnom mandé, Basi-Fara. Le 32e est nommé Fa-Dé, le père Dé.
Nous avons dit plus haut que l’histoire ne nous apprend que la date de la conversion de Za Kasi (1009-10), nous devons ajouter qu’El-Békri annonce qu’en l’an 1153 (548 de l’hégire), la domination des Mandingo ou Wangara s’étendait jusqu’à Tirka ou Tirekka (environs de Bourroum), même Kougha dépendait des Wangara, dit-il, seule Gogo était libre et indépendante. Il est curieux d’observer que précisément l’année 1153 correspond avec l’apparition des noms mandé dans la chronologie des rois sonr’ay de la dynastie des Za musulmans, et probablement au règne du roi Za Youma Da’ou II (à ce roi ne succèdent que des souverains portant des noms mandé).
Doit-on en déduire que ce n’est qu’en 1153 que les Mandé ont fait leur apparition dans le nord de la boucle de Niger ? Nous ne le pensons pas. Les Mandé devaient être là depuis beaucoup plus longtemps. Leur aile gauche, comme nous l’avons constaté, occupait déjà vers les IVe et Ve siècles de l’hégire le Ghanata, il n’y a pas de raison pour ne pas les trouver sur le même parallèle plus à l’est vers le Sonr’ay. Mais là comme ailleurs ils n’arrivent au pouvoir qu’après la domination et l’affaiblissement des Senhadjô (des Berbères). L’avènement des premiers rois mandé au trône sonr’ay ne dut avoir lieu que vers la fin du XIe siècle, mais ils ne devinrent réellement puissants au détriment des Sonr’ay que dans le courant du XIIIe siècle ; ce n’est du reste que vers cette époque que les historiens arabes en font mention avec méthode et suite. On peut donc en inférer que les empires sonr’ay et mandé se sont longtemps confondus.
El-Békri nous apprend que les Mandé étaient déjà puissants dans l’est en 1153, mais il omet de nous donner le nom de leurs souverains. Le premier souverain qu’il cite est Baramindana ou Sérbendana ; il le mentionne parce qu’il est le premier qui ait embrassé l’islamisme ; sa conversion date de l’année 1213.
Au commencement du XIIIe siècle la situation est donc la suivante :
A l’ouest : le pouvoir appartient aux Sousou ou Soso, fraction des Mandé, de 1203 à 1235.
Au centre : Baramindana, premier roi musulman du Mali, règne de 1213 à 1235.
A l’est : un empire ou royaume dit Sonr’ay, gouverné par des rois pour la plupart mandé.
De 1235 à 1260. — Mari Diara Ier, roi de Mali, successeur de Baramindana, absorbe le royaume de Ghanata et subjugue les Sousou.
A dater de cette époque il n’existe plus que deux pouvoirs : le Mali et le Sonr’ay.
Mari Diara Ier eut pour successeur son fils, Mansa Wali Ier, qui fit le pèlerinage de la Mecque, sous le règne du sultan Bibars ; il régna de 1260 à 1276.
1276-77. — Mansa Wali II, frère du précédent, règne très peu de temps.
1277 à 1311. — Mansa Khalifa, successeur de Mansa Wali II, est pauvre d’esprit et tué par son peuple.
Puis vient Mansa Abou Bakr, neveu, fils de la sœur de Khalifa.
Le trône est occupé ensuite par un usurpateur nommé Sakoura ou Sabkara, qui entreprend un pèlerinage à la Mecque au temps d’El-Malik é Nassir.
A lui succèdent Serki[66] Diara, Gao, Mohammed, Abou Bakr, Mansa Mouça.
1311. — Avènement de Mansa Mouça, dit Konkour Moussa.
1311-1331. — Mansa Mouça Ier (Konkour Mouça) arrive au trône ; il devient le plus grand roi de Melle. Il réunit sous son sceptre toute la puissance militaire et politique de ce royaume, qui, selon Ahmed Baba, constitua une force sans mesure ni limites. Tout en étendant sa domination sur tous les peuples noirs environnants, il se ménagea d’amicales relations avec Abou’l-Hassan du Maghreb (Maroc). Mansa Mouça plaça sous sa domination :
1o Le Baghena, y compris le Tagant et l’Adrar ;
2o Sagha et le Tekrour occidental, capitale Silla ;
3o Tombouctou ;
4o Et enfin le Sonr’ay avec sa capitale, Gogo. Ahmed Baba le dit formellement : Konkour Mouça est le premier roi de Mali, suzerain du Sonr’ay.
Djenné, grâce à sa position dans une île, semble ne pas avoir été annexé.
1326. — Mansa Mouça entreprend un pèlerinage à la Mecque. Tous les auteurs anciens parlent d’une façon détaillée de l’escorte du roi pèlerin, des richesses qu’il emportait et de l’armée qui l’accompagnait.
D’après Ahmed Baba, traduction de Rolfs, « il emmena 60000 guerriers (?). Partout où passait le sultan, il se faisait précéder de 500 esclaves dont chacun portait une canne en or pesant 500 mitkal d’or » (6 kil. 500 d’or). Ces données sont évidemment exagérées, elles offrent cependant un certain caractère de vérité, puisque plusieurs peuples que j’ai visités ont conservé la coutume des porte-canne. Ardjouma, chef du Bondoukou, se fait précéder d’un sabre à pomme d’or pesant environ 1 à 2 kilogrammes.
D’après Ahmed Baba, le poids total de ces cannes aurait représenté une valeur intrinsèque de 100 millions ! Ce n’est guère possible.
« En allant à la Mecque, il prit le chemin de Walata et traversa le Touat. Dans ce dernier pays, ajoute l’historien, il dut abandonner beaucoup de son monde. Atteint d’une maladie dans les jambes, qu’ils nomment dans leur langue touat (?). » C’est probablement la filaire de Médine.
L’historien ajoute même que c’est parce que les gens de Mansa Mouça se fixèrent dans ce lieu qu’il a conservé le nom de Touat.
Barth ajoute que cette circonstance est bien connue des habitants du Touat, dont une grande partie se dit d’origine sonr’ay.
Les Orientaux du Caire et de la Mecque, dit Ahmed Baba, furent éblouis par sa puissance et sa munificence. Le peuple sonr’ay lui fit sa soumission dès qu’il entreprit son pèlerinage.
A son retour de la Mecque, il passa par le Sonr’ay.
Ebn Batouta nous apprend que Mansa Mouça ou Konkour Mouça campa dans le jardin de Sirakh ed-Din ben el-Kouwaïk, notable commerçant d’Alexandrie, établi dans un lieu nommé Birket-el-Khabas, dans la banlieue du Caire.
C’est pendant son voyage d’aller et probablement avant de se diriger sur Oualata que Mansa Mouça soumit Tombouctou et plaça la ville sous sa suzeraineté.
Il y fit construire un palais, actuellement détruit, que l’on nommait Mâ dougou et élever un minaret de la grande mosquée.
1331-35 (732-36). — Mansa Magha Ier succède à son père Mansa Mouça.
C’est sous son règne que Sonni Ali Kilnou et Silman Nar, deux jeunes Sonr’ay, otages du roi de Mali, s’enfuirent de la cour de Mali, retournèrent dans leur pays et s’emparèrent du pouvoir sonr’ay.
Sous le règne de Mansa Magha, le Mali perdit de sa grandeur et de son prestige. La mort au bout de quatre ans de règne vint délivrer le pays de ce triste régent.
1335-1359. — Mansa Sliman ou Suleyman, frère de Mansa Mouça ou Konkour Mouça, et oncle de Mansa Magha Ier, arrive au pouvoir et rétablit la puissance du Mali un moment ébranlée.
1351. — D’après Makrizi, un roi de Mali entreprend à cette date un pèlerinage à la Mecque. Le nom de ce monarque ne nous est pas parvenu. Nous avons tout lieu de croire qu’il s’agit de Mansa Sliman.
Sous le règne de Mansa Sliman, le sultanat de Mali s’étendit bien loin, et sa domination se fit sentir jusque vers Tombouctou.
L’étendue de son royaume força Mansa Sliman de procéder à une répartition de son territoire en trois grandes provinces, dont Ahmed Baba nous donne la nomenclature et les noms des gouvernements.
Ces trois provinces étaient :
1o Le Kala, le Kalari actuel, avec Ségou ;
2o Le Bandouk, le Bendougou ;
3o Le Sabardougou (?).
Dans chacun de ces trois pays il y avait douze sultans.
En ce qui concerne le Kalari, huit sultans régnaient en même temps sur cette presqu’île.
Le premier d’entre eux régnait tout contre le Djenné.
Il se nommait Ouarraba Koy (Ouarraba est le synonyme de Diara).
Les sept autres étaient : 1o وتر كى Ouattara Koy.
2o Le Koma Koy كُمَى كى. Koma veut dire : grue couronnée ; cet oiseau est fétiche pour tous les Malinké.
3o فَدْكَ كى appelé aussi فَركَ كى Fadka Koy ou Farka Koy.
4o كُرْكَ كى Kourka Koy.
5o كَو كى Kawa Koy ou Kaba (nom de famille sonninké).
6o فَرَما كى Farama Koy.
7o زر كى Zara Koy.
Les quatre autres sultans régnaient au nord du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait contre le domaine de Zago, vers l’ouest ; il s’appelait كوكِرِ كى Koukiri (peut-être Kou Kérou Koy).
2o يارَ كى Yara Koy, peut-être سر كى Sara Koy, ou bien بار كى Barou.
3o سَامَ كى Sama Koy.
4o وفال فرن Wafala Faran.
Ce Wafala Faran était celui qui avait le pas sur les autres dans les audiences ou les visites de corps chez le sultan de Mali.
Tous les sultans du Bendougou régnaient au sud du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait à côté de Djenné ; il se nommait كو كى Kawa Koy.
2o كَعَر كى Ka’ar Koy peut-être Kamara كمَرَ ?
3o سَمر كى Samar Koy.
4o داعُ كى Da’ou Koy
5o تَعب كى Taba Koy.
1359-60. — Mansa Ebn Sliman, fils de Mansa, qui ne règne que neuf mois.
1360-73. — Mansa Diara, fils de Mansa Magha Ier, prend le pouvoir ; il envoie une ambassade à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
1373-87. — Mansa Mouça II, fils de Mansa Diara, laisse, par sa faiblesse, usurper le pouvoir par son vizir Mari Diara.
1387-88. — Mansa Magha II, frère du précédent, lui succède au trône et est assassiné après un an de règne.
1388-90. — Un autre usurpateur détient le pouvoir.
1390-1400. — Mohammadou ou Mansa Magha III, un descendant de Mari Diara Ier, règne 10 ans.
1400. — A dater de cette époque, Ahmed Baba ne mentionne plus la chronologie des rois du Mali.
En lisant attentivement la chronologie, on s’aperçoit immédiatement qu’en dehors de Konkour Mouça et de Mansa Souleyman, le Mali n’a guère possédé de rois brillants. Le dernier acte important à enregistrer date du règne de Mansa Diara, qui envoya une ambassade à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
Avec la mort de Mansa Diara (1373) commence pour le Mali l’ère de la décadence ; le sultanat se maintient cependant jusqu’au commencement du XVe siècle. Puis, sous le règne de Sonni-Ali, fils de Sonni Mohammed Daou, en 1465, le Mali fut complètement bouleversé. Enfin, à l’avènement d’Askia Mohammed (1492), la décadence était complète. Celui-ci et ses successeurs firent si souvent la guerre au royaume de Mali qu’il succomba.
Il faut donc reporter la désagrégation du sultanat de Melle ou Mali vers l’année 1540, c’est-à-dire à cinq ans après la mort d’Askia.
1540 environ. — « Alors, dit Ahmed Baba, le sultanat de Melle se disloqua en trois royaumes ayant chacun son propre sultan, puis les deux gouverneurs militaires[67] institués par Konkour Moussa se soulevèrent à leur tour et se taillèrent chacun un royaume. » De sorte que Melle divisé a donné lieu à cinq nouveaux groupements, qui seraient, selon nos recherches :
1o Les Bambara, avec les Samokho et les Sama-nké ;
2o Les Malinké ;
3o Les Sousou ;
4o Les Sonninké ;
5o Les Dioula.
Un essai sur l’histoire mandé proprement dite n’est donc pas chose aisée. Les matériaux à notre disposition sont excessivement rares. Les chroniques arabes, pleines d’omissions, sont confuses. Les historiens musulmans ont apporté trop de négligence dans leurs relations pour permettre d’écrire une histoire fidèle et de retracer avec soin les vicissitudes traversées par les nombreux États nègres habités actuellement par les Mandé.
Jusqu’aujourd’hui on a désigné ce peuple sous le nom de Mandi-nké, Mandénga, Mandingue, Malinké, et leur royaume très souvent sous le nom de Mali, Melli et Malal.
La racine du mot est mandé[68].
Mandi-nké, Mandinga, veulent dire « hommes du Mandé », et Mandingue n’est qu’une altération de ces deux premiers noms. Chaque fois que j’ai demandé avec intention à un Mandé : « Es-tu Peul, Mossi, Dafina ? » Il me répondait invariablement : « Je suis Mandé ».
C’est pourquoi, dans le cours de ma relation, j’ai toujours désigné ce peuple par le nom de Mandé, qui est son vrai nom.
D’après les informations que j’ai recueillies, Ndé était le nom sous lequel on désignait le pays d’origine mandé. Jadis, ont-ils ajouté, le berceau de la race mandé était divisé en deux : la partie arrosée par le Niger moyen et ses gros affluents était désignée sous le nom de Ma-ndé parce que les peuples qui l’habitaient adoraient pendant la période païenne le lamantin (_Manatus_, désigné encore aujourd’hui sous le nom de ma). Le restant du pays, la partie sud, éloignée des grands cours d’eau, portait seulement le nom de Ndé.
El-Edrizi et El-Békri rapportent d’autre part, en parlant de l’origine de la première dynastie des rois du Sonr’ay, que « pendant la période païenne Dieu apparaissait aux populations du Niger sous la forme d’un serpent ; il leur donnait des ordres et ils l’adoraient.
« Un étranger le tua devant la population, et par ce fait il devint leur roi. En montant sur le trône il prit pour cette raison le titre de za, et ses successeurs firent toujours précéder leur nom de celui de za. » (Za, sa, en mandé, veut dire « serpent »).
On pourrait supposer que cet incident ne se rapporte qu’aux peuples sonr’ay : nous ne le pensons pas, car nous trouvons, précisément dans la chronologie très complète de la première dynastie des rois sonr’ay que les historiens arabes nous ont conservée, que Za Kasi, le héros de cette légende et premier roi sonr’ay, a eu de nombreux successeurs mandé, parmi lesquels nous citerons :
Da’ou II, Za Fa Dazou, Za Ali Kirou, Za Zank barou, Za Basa-Fara, et enfin Za Fa-Dé, dernier roi de la première dynastie des rois sonr’ay, mort vers l’an 1350 de l’ère chrétienne.
Da-ou, Kirou, Barou, sont des noms de famille mandé qui se sont conservés jusqu’à nos jours ; ils constituent encore aujourd’hui presque un titre de noblesse ; les plus belles familles portent actuellement ce nom. Enfin Za Fa Dé veut dire Za père des Dé.
Dans le Mossi on désigne les Mandé et en général les étrangers par le mot dé. Exemple : Ia dé r’a, « ceux-ci mandé sont ».
Nous retrouvons également le mot ndé en wolof pour désigner le sud ; ils disent : Dioula ndé, ce qui veut dire : « Pays des Dioula, endroit des Dioula. »
Dans l’étude qui va suivre nous nous sommes basé sur tous les éléments qui pouvaient nous éclairer : ce sont des résultats d’interrogatoires laborieux, de longues recherches dans le pays même, et, comme canevas, les relations fournies par les historiens arabes.
Raconter fidèlement l’histoire de ce peuple est donc très difficile ; sa langue n’est pas écrite, et les traditions ne remontent pas assez loin pour permettre d’en tirer des conclusions bien nettes ; du reste, chacune des branches de la race mandé a sa propre histoire.
Ce peuple est mélangé à l’infini. La superposition des races, le mariage et la promiscuité dans laquelle il vit avec ses esclaves, sont autant de causes qui font que l’anthropologie n’a pu étendre avec fruit ses recherches sur les peuples qui nous intéressent.
Le tatouage et les incisions m’ont souvent guidé pour formuler une opinion, malheureusement les enfants d’esclaves se font tatouer comme leur maître. Certains peuples vaincus ont adopté le tatouage et les incisions du vainqueur. Dans d’autres circonstances c’est le contraire qui s’est produit, ce sont alors les immigrants qui ont pris le tatouage des peuples chez lesquels ils sont venus s’établir, afin de leur inspirer la confiance et de s’assimiler plus promptement à eux.
C’est ainsi que les Mandé de Kong ont adopté le tatouage des Komono et Dokhosié, les Mandé du Mossi quelquefois le tatouage mossi, les Dagomba un tatouage mixte se rapprochant du mandé et du haoussa, enfin les Foulbé du Ouassoulou, du Ganadougou, de Fourou, de Ouahabou, celui du peuple chez lequel ils vivent, etc. Là encore il est difficile de trancher sans hésiter la question d’origine.
La linguistique semble aussi offrir de grandes ressources, mais bien des fois on se trouve en présence de peuples qui, quoique manifestement d’une race différente des autochtones, ont perdu leur propre langue et adopté celle des indigènes avec lesquels ils se trouvent en relation. Conquis ou conquérants parlent souvent un même dialecte, bien que de races bien différentes. Exemple : les Foulbé du Ouassoulou, du Ganadougou, etc., qui parlent le mandé et ont oublié le poular ; les Zénaga, qui ont oublié le berbère pour parler l’arabe.
Si l’on se rejette sur la numération, on éprouve également souvent des déceptions : les cinq premiers nombres paraissent devoir donner une indication, puisqu’un peuple aussi sauvage et aussi barbare qu’il est doit toujours savoir compter au moins les cinq doigts de sa main. Malheureusement j’ai constaté dans beaucoup de régions que les peuples, au fur et à mesure que leurs relations commerciales se développent, et qu’ils s’élèvent d’un degré dans l’échelle sociale, abandonnent rapidement leur numération primitive, qui leur donnait peu de ressources, pour adopter celle des peuples avec lesquels ils se trouvent en relations commerciales, et leur permet de compter rapidement avec les marchands ou peuples voisins plus avancés.
Exemple : chez les Bobofing, où la langue n’a aucun lien de parenté avec le mandé, on compte :
1 pilé, 2 fa, 3 sa, 4 na, 5 ko ; — chez les Bobo-Niénigué : 1 pilé, 2 pala, 3 sa, 4 na, 5 ko ; — en mandé : 1 kilé, 2 foula, 3 saba, 4 nani, 5 loulou.
Les meilleurs résultats que l’on obtient dans ces régions pour l’ethnologie le sont par l’étude des noms de famille ou diamou ; mais là aussi on ne peut exclusivement s’y appuyer : beaucoup d’esclaves adoptent ceux de leur maître, et certains peuples qui n’ont pas de noms de tribu ou de famille, tels que les Komono et Dokhosié, n’hésitent pas en se civilisant à adopter ceux de leurs voisins plus policés qu’eux. Aussi ce n’est qu’avec une certaine réserve qu’il faut noter les analogies et les similitudes de noms de tribu ou de famille ; mais il ne faut pas pour cela rejeter ce mode d’informations, qui à mon avis est certainement le meilleur qui soit à notre portée.
En résumé, mes observations m’ont porté à ne me prononcer catégoriquement sur l’origine et la parenté de deux peuples que lorsque certaines coutumes originales, les armes et les habitations offrent de l’analogie entre elles, et lorsqu’il y a en plus similitude des tatouages et des noms de tribu.
Tout jugement ne s’appuyant que sur une seule ressemblance est téméraire ; il faut donc ne donner un avis qu’avec beaucoup de circonspection.
Ce qui a jeté beaucoup de confusion dans l’histoire de ces pays, c’est que des traducteurs d’ouvrages aussi importants que ceux d’Ebn Khaldoun, El-Edrisi, El-Békri, Ahmed Baba, etc., ont quelquefois négligé de citer à côté du texte français les noms propres en lettres arabes.
Dépourvus assez fréquemment de points diacritiques, les noms peuvent être lus de plusieurs manières, ce qui ne manque pas de jeter la confusion. C’est un peu ce qui s’est produit pour Gago, Gogo, Koukou, Koukia, Kouka, etc., et pour beaucoup d’autres noms propres.
Il faut laisser au géographe et à l’explorateur la faculté de lire le nom en arabe et de l’interpréter. Sa connaissance du pays, des mœurs, sa familiarité avec les noms propres indigènes, le mettent à même d’affirmer avec plus d’exactitude et lui permettent d’en confirmer la lecture.
FAMILLE MANDÉ
La famille mandé se divise en de nombreuses branches, que nous allons énumérer avec leurs noms de famille.
Nous avons vu au début la famille ndé, divisée en Ndé et en Ma-ndé, ces derniers ayant pour tenné (idole ou fétiche) le lamantin, qui était à la fois leur bon et leur mauvais génie.
Aux Ndé se rattachent les Dioula ou Dioura et probablement les Sousou.
Chez les Mandé, auxquels se rattachent aussi les Sonninké, les tenné étaient et sont encore :
1o Le caïman ou bamba, bamma. Cette famille porte actuellement le nom générique de Bammana. Dans le Soudan français nous leur donnons le nom de Bambara, c’est une appellation impropre en mandé ; dans tous les pays que j’ai visités, le mot Bambara est synonyme de kafir, infidèle.
2o L’hippopotame ou mali. Cette famille porte le nom générique de Malinké. Elle comprend les Malinké proprement dits, les Kagoro, les Tagoua.
3o L’éléphant ou sama. Cette famille porte le titre générique de Sama-nké.
4o Le serpent ou sa. Cette famille porte le titre générique de Samokho.
Cette division en tenné a donné lieu à plusieurs grandes familles, qui sont : les Bammana, les Sousou ou Soso, les Malinké, les Sama-nké et les Samokho.
Ces grandes familles ont eu chacune leur propre histoire ; elles étaient groupées en tribus ayant chacune un ou plusieurs tenné et un diamou particulier (diamou, nom de tribu).
Certaines de ces tribus se sont même scindées et figurent à la fois dans deux ou plusieurs des cinq grandes familles, telles les Diara, Kouroubari, Sissé, etc. ; elles se désignent actuellement non seulement par leur diamou, mais elles y adjoignent quelquefois pour se différencier entre elles le nom de leur tenné particulier.
1o Famille des Bamba, dite Bammana (caïman).
{ Kouroubari Massa-si, } { } { Kouroubari Kalari, } { } { Kouroubari Daniba, } { } Tenné : { Kouroubari Mana, } les calebasses fêlées { } et souvent le chien. Familles { Kouroubari Mou siré, } royales. { } { Kouroubari Sira, } { } { Kouroubari Bakar, } { { Diara Kounté, } { } Tenné : { Diara Fissanka, } le lion, le chien, { } le lait de fauve. { Diara Barlakao, }
{ Konéré ou Koulankou, } { } { Sokho, } { } Tenné : Familles { Dambélé, } le bandougou_ de forgerons._ { } (condiment), le koban, { Traouré, } singe vert, le chien. { } { Niakané, } { } { Mériko, }
A cette famille se rattachent deux autres, dont les membres sont :
a. Celle des Sama (éléphant), désignée par le nom de Sama-nké. Elle comprend des Touré, des Sissé, des Traouré, des Dambélé.
b. La famille des Sa (serpent), dite Samokho. Elle comporte des Kouloubari et des Sokhodokho.
2o Famille des Mali (hippopotame), dite Malinké.
{ Keïta, Koïta, } { } Famille { Bakhoyokho, } royale. { } { Kamara, } Tenné : } le rat palmiste des { Kourouma, } arbres, la panthère. { } Autres { Konaté, } Familles. { } { Sissokho, }
{ Kouyaté, } { } _Familles { Diabakhaté, } Tenné : de griots._ { } l’iguane. { Dombia, } { } { Dioubaté, }
2e subdivision des Malinké : les Kagoro, qui comprennent :
Les Toungara, } } Les Magaza, } Tenné : le serpent boa, le campagnol (rat des } champs), le serpent trigonocéphale. Les Konaté, } } Les Touré, }
3e subdivision des Malinké : les Tagouara, qui comprennent :
Des Traouré,
Des Diarabasou,
Des Konné,
Des Bamma.
Puis vient l’ancienne famille des Ndé, qui avait le lamantin pour divinité, et dans laquelle nous avons classé les Sonninké, les Dioula et les Sousou ou Soso.
Ces trois groupes n’ont dû se scinder que vers l’an 1350, au moment de la fin de la première dynastie sonr’ay, à l’avènement du roi sonr’ay Sonni Ali Kilnou.
Les uns ont voulu suivre la fortune du nouveau roi et ont pris le titre de Sonninké (hommes de Sonni).
D’autres, au contraire, comme les Sousou, n’ont pas voulu perdre leur autonomie et leur nationalité. Et enfin les descendants des Da’ou, Barou, Kérou (familles royales de la première dynastie sonr’ay) ont, pour se distinguer des partisans des Sonni et des Sousou, pris le titre de Diou-la, « couche, souche du trône ».
L’avènement de cette nouvelle dynastie, celle des Sonni, sur le trône sonr’ay-mandé, a donc donné naissance aux trois groupes suivants :
3o La famille Sousou[69] ou Soso, dont je ne possède aucun diamou (nom de famille), ni aucun tenné.
4o Les Sonninké ou Saracollé, ou Séré-Khollé, ou Marka-nké, qui se subdivisent en :
Bakiri,
Sissé,
Sillé,
Diabi,
Doukouré,
Kaba,
Sakho,
Niakhaté,
Diawara,
qui eux-mêmes se subdivisent en Diawara-Sagoné et Diawara-Dabo.
5o Enfin la famille Mandé-Dioula, dont nous parlons page 393.
Parmi ces diverses tribus, qui constituent le grand peuple Mandé, on rencontre par-ci par-là des groupes de familles qui ne portent d’autre titre que celui de Fofana.
Ils ne constituent pas, à proprement parler, une famille unique, ou un groupe comme les Bammana, les Malinké, les Sonninké, les Sousou, les Dioula. Ils vivent mélangés parmi les autres Mandé et forment une sorte de caste.
Aucun caractère extérieur ne les désigne particulièrement et ils sont musulmans ou fétichistes.
J’ai souvent interrogé sur leur origine, Diawé, qui est un Fofana ; il n’a pas pu me renseigner ; je dois donc me borner à dire ce que j’ai appris par moi-même.
Les Fofana observent le dimanche comme jour férié, et chez eux l’histoire d’Adam et d’Ève ne diffère en rien de la nôtre ; ils n’ont pas la pomme et le serpent, mais un autre arbre fruitier et le serpent, ce qui revient au même.
Chez eux, le vendredi est un jour néfaste.
Une autre particularité à signaler, c’est qu’ils sont par tout le Soudan réputés comme d’une honnêteté à toute épreuve et que personne ne s’aviserait de les faire captifs, sauf les Maures.
L’étymologie de Fofana m’échappe ; fo cependant veut dire parler, et fana ensemble. Ils n’ont pourtant pas de langue qui leur soit propre, et leur famille se divise, comme les autres familles mandé, en tenné, c’est-à-dire en divinités particulières, dont les pratiques sont plus ou moins respectées. Pour se différencier entre eux, ils ajoutent généralement à leur titre de Fofana celui de leur tenné.
Voici leurs subdivisions :
Les Fofana-Kagoro, qui ont comme tenné la panthère ;
Les Fofana du Nouroukrou, qui ont comme tenné l’éléphant ;
Les Fofana de Nyamina, du Bakhounou, du Ouorodougou, qui ont comme tenné le lion, la panthère et une variété de serpents ;
Et enfin les Fofana Souransa, qui ont le boa (_maninian_) comme tenné.
J’ai même observé des Fofana qui se disent Sonninké et d’autres qui se vantent d’être Toucouleur ou même Dioula.
Je n’ai parlé jusqu’à présent que des grandes divisions de la famille mandé, comme on le verra ci-dessous dans l’énumération des travaux philologiques. Il y a quantité d’autres peuples qui se rattachent à cet important groupe.
Voici une liste à peu près complète des ouvrages linguistiques qui ont été publiés sur les langues et dialectes mandé, liste empruntée en partie à ma propre bibliothèque, en partie à l’énumération des travaux philologiques de M. René Basset, dans ses Mélanges d’histoire et de littérature orientales (Louvain, Lefever frère et sœur, 1888) :
1o Grammar and vocabular of the Susoo language. 1802, in-8.
2o A spelling book for the Susoo. Edimbourg, 1802, in-12.
3o First, second, third, fourth, fifth and sixth Catechism in Susoo and English. Edimbourg, 1801-1802, 4 vol. in-12.
Ces ouvrages ne sont pas signés. Steinthal croit devoir les attribuer à Brunton.
4o Allah hu Feï Susuck bé fe ra (_Religious instructions for the Susoos_). Edimbourg, 1801, in-12.
5o Journal of American-Oriental Society. T. I, p. 365, qui contient un vocabulaire de Wilson.
6o Outlines of a Grammar of the Susu language. Londres, 1882, in-12, par Duport.
7o Idiomes du Rio Nunez, par le Dr Corre. Paris, in-8.
8o Catéchisme français-soso, avec les prières ordinaires, par le R. P. Raimbault. Vicariat apostolique de Sierra-Leone, 1885.
9o Dictionnaire français-soso et soso-français. Mission du Rio Pongo, 1885, in-12.
10o The New Testament in Soso. London, in-8.
11o The first seven chapters of the Gospel according to Saint Matthew in the Susoo language, by the Rev. John Godfrey Wilhelm. London, 1816.
12o Grammar of the Mandingo language, with vocabularies, by the Rev. R. Maxwell Macbrair. London.
13o Du même auteur, Issa l’anjilo kila matti ye men safe Mandingo Kangoto. Macbrair. London.
14o African Lessons, Mandingo and English. London, 1827.
15o Guinea Portugueza (_Boletin da Sociedade de Geographia de Lisboa_. IIIe série, 1882, p. 726).
16o Vocabulaire et phrases mandingues de Caillié. T. III.
17o Vocabulaire mandingue de Mungo-Park.
18o Dictionnaire français-wolof et bambara, par Dard. Paris, 1825, in-8.
19o Essai sur la langue bambara, par L.-G. Binger. Paris, 1886, Maisonneuve et Leclerc, in-12. — Cf. aussi Bulletin de correspondance africaine, 5e année, fasc. I et II, p. 156-160.
20o Éléments de grammaire bambara. Saint-Joseph de Ngasobil, 1887. Ouvrage publié par les missionnaires du Sénégal.
21o Outlines of a grammar of the Vei language together with a Vei-English vocabulary, and an account of the discovery and nature of the Vei mode of syllabic writing, by S. W. Koelle. London, 1854.
22o Despatch communicating the discovery of a native written character at Bohmar, on the western coast of Africa, near Liberia, etc., by lieut. F. E. Forbes, R. N., with notes on the Vei language and alphabet, by E. Norris, esq. Londres, 1849.
23o Narrative of an expedition into the Vy, country of West Africa. London, 1849, in-8.
24o Facsimilé d’un manuscrit en langue veï et en caractères particuliers. London, 1851, in-8.
25o Polyglotta africana. Londres, 1851, où Koelle traite le kisi-kisi, le solima, le bambara et ses dialectes, le veï, le diallonké, le sambouyah, le mandé, le kono, le téné, le gbandi, le landoro, le gbese, le toma, le mâno et le jyio.
26o Outline of a Vocabulary of a few of the principal languages of Western and Central Africa compiled for the use of the Niger Expedition. London, 1841.
27o The Negroland of the Arabs. Cooley, p. 67, note 18.
28o Grundriss der Sprachenwissenschaft, t. I, 2e partie. Vienne, 1877, in-8, p. 143. Fr. Müller.
29o Nubische Grammatik, de Lepsius, p. XXXVI et XXXVII.
30o Notes de linguistique africaine. Londres et Vienne, 1887, in-8. Grimal de Guiraudon.
31o Comparative vocabularies of some of the principal negro dialects of Africa. New-Haven, 1849.
32o Notes sur les trois langues sonninké, bambara et malinké (_Revue de linguistique et de philosophie_, 1887, p. 130). Dr Tautain.
33o Vocabulaire sonninké. Faidherbe (_Annuaire du Sénégal_,
1864).
34o Langues sénégalaises : wolof, arabe-hassania, sonninké et sérère. Faidherbe. E. Leroux, 1887, Paris.
35o Die Mandeneger-Sprachen, physiologisch und phonetisch betrachtet. Steinthal, Berlin, 1867.
Ce dernier est l’ouvrage le plus consciencieux que l’on puisse trouver. L’auteur a réussi à s’assimiler ces langues d’une façon remarquable, il en a fait une étude sérieuse qui sera encore consultée longtemps avec fruit.
Il m’a été d’un grand secours dans mes recherches sur la langue mandé ; je me propose du reste de le traduire en y ajoutant mes propres observations et en complétant les lacunes inévitables qui s’y sont introduites, Steinthal n’ayant fait son livre qu’à l’aide des documents assez confus à sa disposition à cette époque
(1867).
A cette trop longue nomenclature il convient encore d’ajouter :
36o Vocabulaire diallonké. Mage, Voyage dans le Soudan occidental. Paris, 1868, in-8, Appendice.
37o Note sur la rivière Manéah, par Braouzec (_Bulletin de la Société de géographie de Paris_, mars 1867, p. 253).
38o Njia yekpei Kina marki nyegini (Evangile selon saint Marc). Londres, 1871, in-8.
Njiei yekpei na Johani nyegini (Evangile selon saint Luc). Londres, 1872, in-8.
To-bela ti we hindeisia (Actes des Apôtres). Londres, 1872, in-8.
Paulu to-moi ngi golo nyegingoi Romi bela-ye. London, 1872, in-8.
Ouvrages publiés par la Mission américaine ; en 1882 et 83 par M. Schoen.
39o Der verlorene Sohn in der Sprache von Shetun ku Sefe oder der Azarareye Sprache (Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft), t. IX, 1855, p. 846 et 847.
Pendant mon voyage j’ai essayé de faire une classification de tous les mots mandé par peuple ; mais j’ai dû bien vite y renoncer ; pour mener à bien ce travail, il faudrait y travailler sans relâche pendant plusieurs années.
Pour qu’on en ait une idée, je vais donner succinctement l’énumération des divers idiomes mandé non étudiés qui offrent d’assez grandes différences pour être notés :
Dialecte des Kassonké ;
— Malinké Sissokho du Nouroukrou et du Gangaran ;
— Malinké Dabo du Bambouk et du Bondou ;
— Malinké de Kita, Maréna, Dogofili et des Kagoro ;
— Malinké du Fouladougou ;
— Bammana du nord du Kaarta et du Bélédougou ;
— Malinké du Birgo, du Manding, du Bouré ;
— Bammana du Ségou ;
— Bammana du Bolé, Baninko, Diédougou ;
— Malinké du Gouana, Gouandiakha, Baniakha, Lenguésoro et du Ouassoulou en général.
— Malinké du Torong, du Kounian, du Ouorocoro ;
— Malinké des Foulbé Soumantara du Ganadougou ;
— Dialecte parlé dans le voisinage des Siène-ré ;
— Idiomes des dioula de Kong, de Tengréla, du Kénédougou, et du Ouorodougou des Bobo-Dioula et des Dafing, etc.
Bien entendu, je ne parle ici que de ceux que je connais et j’omets avec intention ceux du Sankaran, du Kissi, du Toucoro, du Soulimana, du Kouranko, du Baléya, etc., que je n’ai pas visités, ainsi que le Bullom, le Nalou, etc., qui ont été plus ou moins étudiés.
Il est certain que lorsque la linguistique de tous les peuples des Rivières du Sud sera connue, beaucoup d’entre eux seront encore à rattacher à cette grande famille ethnographique.
Il est à regretter que les dialectes de ces divers peuples n’aient pas été l’objet d’études philologiques approfondies, ces études ne manqueraient certes pas de jeter un nouveau jour sur un peuple aussi intéressant que le peuple mandé.
FAMILLE SONNINKÉ
Pendant toute la période où chacun des groupes Bammana, Malinké et Dioula était intimement lié à un autre, faisant partie d’un même empire avec les Sonninké et les Sousou, il est facile de les suivre dans leur histoire.
Il n’en est pas de même dès que ces groupes s’affranchissent les uns des autres, en rêvant chacun de reconstituer à leur propre profit un nouvel empire sur les bases de celui qui vient de s’écrouler.
C’est une tâche bien aride. Nous allons néanmoins essayer de démêler l’histoire de chaque groupe, en nous aidant des légendes que nous avons recueillies. Nous n’avons pas la prétention de donner des renseignements absolument exacts et à l’abri de la critique, mais nous pensons qu’en construisant un canevas grossier avec tout ce que nous avons pu apprendre, nos successeurs pourront utilement le remplir et me sauront gré d’avoir commencé une œuvre qu’ils seront certainement heureux de compléter.
LES SONNINKÉ
De Saint-Louis au Macina et de Walata et Tombouctou au cap des Palmes, on trouve des Sonninké. Tantôt, comme vers Bakel, dans le haut Sénégal, ils constituent l’élément principal de la population dans des pays entiers, tantôt ils forment des villages épars au milieu des populations de nationalités différentes.
A l’exception de quelques pays où ils vivent en maîtres, les Sonninké subissent partout la suprématie des divers conquérants, préférant toujours aux luttes à main armée la tranquillité de leur commerce, qu’on leur fait payer souvent bien cher. Ils sont aussi de remarquables agriculteurs.
C’est ainsi que s’exprime le docteur Quintin, dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris de septembre 1881 ; aussi je lui emprunte bien volontiers cette succincte esquisse. Mais là où je ne suis plus d’accord avec lui, c’est quand il dit que les Sonninké sont des Sonr’ay.
Les Sonr’ay sont un peuple dont la langue a été étudiée par Barth, qui n’y a trouvé aucune ressemblance avec le sonninké. Ce dernier peuple est un peuple essentiellement mandé, comme nous le verrons un peu plus loin.
Est-ce à dire que je sois en désaccord complet avec le docteur Quintin ? Pas absolument, car je suis tout aussi persuadé que lui que les Sonninké ont fait partie de l’empire son’ray et qu’ils y ont joué un rôle très grand, mais à côté de cela j’affirme qu’ils sont mandé.
Quant à l’argument qu’apporte le même auteur en disant qu’une importante tribu de Sonninké se nommant Sisé serait descendante de Sa, le fondateur de la première dynastie des rois sonr’ay, ce n’est pas à soutenir, et en cela je suis absolument d’accord avec le docteur Tautain. Du reste, même en négligeant la voyelle a de Sa, et en admettant que sa et sé soient le même mot, cela ne prouverait pas du tout que Sisé veut dire « enfant de Sé ». Pour que ce fût vrai, il faudrait écrire Sési, car on dit massa-si, fama-si en mandé, et non si-massa, si-fama, comme le pense le docteur Quintin.
L’existence d’un empire sonr’ay aussi puissant que l’ont décrit les auteurs arabes restera toujours une énigme pour le monde savant, s’il n’admet pas comme moi que, sous le titre d’empire de Ghanata, de Sonr’ay, de Melli ou Mali, il faut comprendre comme facteur principal et élément le plus puissant la race mandé. Les preuves que j’ai avancées en citant les noms des rois dits sonr’ay, qui étaient pour la plupart purement des Mandé, dans la première dynastie au moins, doivent être concluantes. Du reste, comment expliquerait-on aujourd’hui que cette race sonr’ay, jadis si puissante, n’existe pour ainsi dire plus ? On ne trouve actuellement que fort peu de Sonr’ay répartis dans les environs de Djenné et dans la Yatenga, et quelques tribus isolées confinées dans le nord de la boucle du Niger et aux environs de Gogo, sur la rive gauche du même fleuve (dans le Zamberma, au nord du Sokoto). Il n’est pas possible qu’une race ayant joué un rôle aussi important dans l’histoire des peuples qui nous occupent ait disparu ainsi sans cataclysme. Il faut, d’autre part, bien admettre avec moi que, devant une race aussi imposante par ses divisions et le nombre de ses familles, comme c’est le cas pour la famille mandé, on ne peut penser qu’une chose, c’est que les trois empires de Ghana, du Sonr’ay et de Melle ont toujours été peuplés de Sonr’ay et de Mandé, dont les sujets, en arrivant alternativement au pouvoir, par droit ou par usurpation, faisaient changer la dénomination du royaume. Ce qui est notoire, c’est que si quelquefois les deux royaumes existaient simultanément, jamais l’empire dit sonr’ay n’a puisé ses propres forces dans l’élément sonr’ay seul et que d’importantes fractions de mandé y ont toujours joué un rôle considérable.
El-Edrizi écrit en 1153 (548 de l’hégire), en parlant de la description des richesses des peuples habitant Silla et Tekrour (Sagha), que Tirka ou Tirekka (lieu situé aux environs de Bourroum), au coude oriental du Niger, appartenait aux Wangara[70]. « Même Kougha, ajoute-t-il, était tributaire des Wangara. Seule Gogo était ville libre, et ne dépendait de personne. »
Ce qui est indiscutable, c’est que les peuples qui plus tard ont pris le titre de Sonninké ont depuis les temps les plus reculés (c’est-à-dire les temps historiques arabes) habité le nord des régions qui nous occupent.
La première mention que nous trouvons dans Ahmed Baba date de 1040-41 (432 de l’hégire). « Ouar Diabi, l’apôtre musulman du Tekrour, meurt. Il convertit entre autres à l’islamisme les habitants de Silla (près Djenné). »
A première vue, cette mention peut passer inaperçue ; elle a cependant une importance considérable, car les Diabi constituent encore aujourd’hui une tribu noble parmi les Sonninké.
Nous voyons en outre, dans René Basset (Mélanges d’histoire et de littérature orientales, p. 13), que, sous le nom de Tekrour, les Melli sont soumis en l’an 320 de l’hégire (932-33) par l’émir mîknaséen de Fas, Mouça ben Abi l’Afya, qui s’empara de la ville et du pays de Tekrour.
L’identité des Tekrour et des Melli est prouvée par ce fait que Maqrizy donne au premier roi des Tekrour le nom de Serbendanah, qui paraît être le même que Bermendana, porté, suivant Ebn Khaldoun, par le premier roi des Melli. Puis, d’après El-Békri, en l’an 460 de l’hégire (1067-68) les rois de Ghana étaient encore païens. Ouaqaïmagha, fondateur de cet État, avait pour fonctionnaires les Ouakoré (Ouakoré, Wangara, noms sous lesquels certains peuples, entre autres les Haoussa, désignent aussi aujourd’hui les Mandé) ; il eut pour successeur Tonka-ménin. El-Békri nomme un des rois régnants : Kanda. Là également nous trouvons trois noms mandé. Ouakoré est aussi, de nos jours, employé un peu partout. Tonka est encore aujourd’hui le titre que prennent les souverains sonninké, et le mot Kanda se retrouve également dans ce même dialecte ; il signifie « pays », royaume et quelquefois chef.
En 1885-1886 j’ai collaboré avec mon regretté maître le général Faidherbe à un ouvrage intitulé Langues sénégalaises, comprenant l’étude du wolof, de l’arabe-hassania, du sonninké et du serère (Leroux, Paris, 1886). J’ai sans difficulté réussi à me convaincre que le sonninké est un dialecte mandé dans lequel rentrent en outre dans la proportion de 25 pour 100 des mots arabes et poular. Ce contact avec les Arabes et les Foulbé prouve que c’est dans le Bakhounou (l’ancien Baghéna) et sur le cours moyen du Niger que les Sonninké ont dû vivre avec les Arabes et les Foulbé. Ce qui tendrait encore à le prouver, c’est que le shetou, parlé à Tichit, près de l’Adrar, et dont Barth a donné un spécimen dans la Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, t. IX, 1855, p. 846 et 847), n’est autre chose qu’un dialecte sonninké. Cette note est intitulée : Der verlorene Sohn in der Sprache von Shetun ku Sefe oder der Azarareye Sprache.
Ce qui est certain, et Barth est formel sous ce rapport avec El-Bekri, c’est que les Wakoré (Mandé), comme ils les appellent, constituaient l’élément principal de la population du renommé royaume de Ghanata (Baghéna)[71].
Se trouvant dans une région aussi près de celle des Maures et des Foulbé, il n’est donc point extraordinaire que les familles régnantes ou dirigeantes appartenaient ou étaient mélangées de sang peul. En tenant compte de cette promiscuité d’éléments nègres, berbères, arabes ou peul, il est facile de comprendre pourquoi Léon l’Africain dit en parlant de leur origine : della stirpe di Libya, et que cet historien les fait correspondre aux Leucoæthiopes de Ptolémée[72].
De ce que nous venons de dire, il ressort clairement que le Ghanata était habité par des Wakoré (Mandé), et que, d’après nos propres recherches, leurs noms de familles, titre de roi, etc., se retrouvent actuellement sans altération dans la famille des Sonninké[73].
Il est aussi certain qu’à cette époque cette famille ne portait pas encore le nom de Sonninké.
En 1607, El-Békri, après avoir cité Ouqaïmagha, parle de Tonka-Ménin et d’un autre chef nommé Kanda, ce qui prouve que les Wakoré, qui étaient fonctionnaires à la cour de ce premier chef, sont arrivés peu d’années après au pouvoir ; ils devaient même encore y être en 1076 au moment de la conquête du Ghanata par les Senhadja. El-Békri ajoute qu’à la suite de cette conquête une grande partie de la population est forcée par les Merabétin d’embrasser l’islamisme, ainsi que de nombreux districts nègres voisins.
Que sont devenues les familles mandé pendant la domination des Senhadja ? L’histoire nous le dit : musulmanes ! mais elle est muette quant à ce qui leur advint d’autre part.
C’est probablement pendant la période de domination berbère, de 1076 à 1203, que quelques-unes de leurs familles allèrent se fixer à Tichit et dans l’Adrar pour plus tard venir envahir le Kaarta, le Diafounou et le Guidimakha.
Mais cette migration n’a pas dû être bien importante, et il est presque certain que l’influence mandé ne disparut pas du coup, car, cent vingt-sept ans après la conquête du Ghanata par les Senhadja, le pouvoir passe de nouveau entre les mains d’une famille wakoré ou mandé. El-Békri est formel (1203—4, an 600 de l’hégire) : « Le Ghanata, très affaibli, est pris par les Sousou, une des tribus parentes des Wakoré[74]. »
Entre 1235 et 1260, les Sousou sont eux-mêmes subjugués par Mari-Djata, roi du Melle ou Mali, qui s’empare du Ghanata.
Que sont devenus les premiers Mandé, puis les seconds, les Sousou ? l’histoire ne nous en apprend pas grand’chose. Ce que nous pensons, c’est que les uns et les autres ont dû à peu d’exceptions près accepter la nouvelle domination. N’étaient-ils pas de même race, ne parlaient-ils point la même langue ? Pour eux la conquête se réduisait au changement de la famille royale et à l’arrivée au pouvoir de gens de même race qu’eux, mais ne portant pas le même nom.
A cette époque les Mandé étaient maîtres partout, dans toute la partie nord de la boucle du Niger. Les Sousou, les Mali de Mari-Diata ou Diara étaient Mandé. Plus à l’ouest, l’empire sonr’ay lui-même était gouverné par des Mandé.
Pendant cette période on peut donc dire qu’il n’y a eu que des déplacements de peu d’importance, des migrations de peuples de même race ; les Mandé étaient au pouvoir partout.
Cet état de choses se continua ainsi fort probablement jusqu’à ce que la dynastie des Za, tributaire de Melle (première dynastie dite sonr’ay), succédât à celle des Sonni.
A la dynastie des Za (première dynastie des Sonr’ay) succéda celle des Sonni.
Le premier roi sonni fut Sonni Ali Kilnou, et son successeur fut Sonni Silman Nar.
Voici ce que l’on sait sur eux d’après Ahmed Baba :
Sonni Ali Kilnou et Sonni Silman Nar étaient deux frères ; ils résidaient comme otages ou avaient été donnés comme gage de fidélité au roi de Melle[75]. Cette coutume existe encore dans le Soudan : chaque fois que des États reconnaissent pour leur suzerain un État plus puissant qu’eux, les États vassaux envoient à la cour de leur suzerain un ou plusieurs de leurs enfants.
Lorsque ces enfants deviennent adultes, quelques-uns rentrent dans leur pays, d’autres prennent des emplois de haut serviteur, de page à la cour du suzerain.
Ali Kilnou ne se plaisait pas à la cour du roi de Melle et nourrissait secrètement le désir de regagner sa patrie. A cet effet, il se procura peu à peu les chevaux et les armes nécessaires, et un beau jour il quitta avec son frère Silman Nar furtivement la cour du roi de Melle.
Dès que leur fuite fut connue, on envoya des guerriers à leurs trousses avec ordre de les ramener morts ou vifs. Les deux frères furent rejoints plusieurs fois par les gens du roi de Melle, mais réussirent toujours à se dégager en combattant et gagnèrent finalement leur patrie.
Ali Kilnou en rentrant fut proclamé par son peuple sultan du Sonr’ay et prit le titre de Sonni Ali Kilnou.
Pendant son règne il affranchit son pays de la suzeraineté du Melli. Et à sa mort, son frère Suleyman Nar lui succéda, avec le titre de Sonni Suleyman Nar.
C’est de ce moment-là, de l’avènement de Sonni Ali Kilnou (vers 1331), que date vraisemblablement l’origine de l’appellation Sonninké. Et je l’explique comme il suit. Sonni Ali Kilnou ayant réussi à affranchir dans une certaine mesure son pays de la domination de Melle, il lui fallut des partisans, car les Sonr’ay, à eux seuls, n’étaient pas assez puissants pour soutenir le roi qu’ils venaient de se donner. Ce furent donc un certain nombre de familles wakoré ou mandé qui embrassèrent sa cause, et par ce fait furent nommées Sonninké, « hommes de Sonni ». D’autres Mandé, au contraire, soutinrent l’ancienne dynastie, celle des Za, dans laquelle ils comptaient de nombreux parents, les Barou et Kérou. Ceux-là, au lieu d’être partisans des Sonni, restèrent partisans des Za, et pour le prouver ils prirent le nom de Diou-la, comme je l’ai dit au chapitre précédent, « qui sont du trône, de la souche ».
Sonni Ali et ses successeurs luttèrent en vain contre les autres Mandé (le royaume de Melle) ; ils ne réussirent que longtemps après à s’affranchir totalement.
Ce fut le seizième roi de la nouvelle dynastie, qui portait également le nom de Sonni Ali, auquel était réservée la gloire d’affranchir son pays.
Son avènement date de 1465.
En 1469 il s’empare de Tombouctou sur le Mali,
Fait le Bakhounou tributaire,
Hâte et provoque la chute de Melle,
S’empare de Djenné, qui avait toujours résisté aux Mali.
Fonde Agadès.
Enfin, en 1492, Sonni Ali II se noya en revenant d’une expédition contre le Gourma.
L’armée du défunt roi quitte Bé-naba (capitale du Gourma), pour se diriger sur Dangha, et Abou Bakr Da’ou, fils de Sonni Ali II, monte sur le trône.
Puis Ahmed Baba dit : Mohammed ben Abou Bakr, un indigène du Sonr’ay (cette remarque prouve que la famille royale des Sonni n’était pas sonr’ay et par conséquent mandé ; ce qui le prouve encore, c’est que le fils de Sonni Ali II est désigné par le nom de Abou Bakr Da’ou), officier de Sonni, marcha avec ses troupes contre le nouveau roi et le battit complètement.
Mohammed ben Abou Bakr monta sur le trône avec le surnom de e Thouri (Touré)[76] et le titre d’Émir el-Mouménin et de Khalifa el-Moslémin, mais comme roi il se nomma : Askia ou Sikkia.
De cette époque, dit le docteur Quintin (et nous nous associons pleinement à sa façon de voir), date l’émigration des principales familles qui soutenaient l’ancienne monarchie du Sonr’ay, celle des Sonni.
Les Bakiri et Diawara, entraînant d’autres familles, se détachèrent de l’empire sonr’ay, émigrèrent dans l’empire de Melle ou Mali et continuèrent à être désignés dans la suite par le nom de Sonninké.
On remarquera que Sonni Ali II avait soumis et réuni sous sa couronne tous les peuples et royaumes de la boucle nord du Niger, et qu’il les ravagea presque tous. Seul le Baghéna ou Bakhounou ne fut rendu que tributaire. Cet acte est encore un indice sérieux de l’influence dont jouissaient les familles sonninké dans ce pays. Ayant dans son armée beaucoup de guerriers de cette famille, il dut leur faire quelques concessions : ce n’est qu’ainsi que l’on peut expliquer cette mesure de clémence envers le Bakhounou.
A partir de l’avènement d’Askia, il est impossible de suivre la famille sonninké ; elle a, comme les autres peuples mandé, subi à la fin du même siècle le joug des conquérants marocains et passé par les mêmes vicissitudes que l’empire de Mali.
Les Sonninké ont pendant longtemps sourdement lutté pour arriver au pouvoir ; leurs velléités d’affranchissement ne se sont manifestées ouvertement que de 1748 à 1751 dans la célèbre lutte entre Sagoné et Dabo.
Comme nous l’apprennent les légendes chantées par les griots diawara du Ségou, les uns avaient pris parti pour Dabo, les autres pour Sagoné, ce qui a donné lieu à une nouvelle division dans la famille sonninké et à de nouvelles migrations.
La lutte se continua encore à la fin du XVIIIe siècle entre les Diawara Sagoné et les Diawara Dabo, mais ils durent tous les deux se retirer devant les Bambara du Bélédougou, qui forcèrent les Sagoné à s’établir au nord du Kaarta, à Diawara-Melle, et les Dabo dans le Kingui, au sud du Nioro.
El-Hadj Omar battit successivement de 1854 à 1860 les Diawara Sagoné et Dabo et les força de rentrer dans le Ségou, mais sous le règne d’Ahmadou une partie d’entre eux fit retour dans le Kingui.
Aujourd’hui il n’existe dans le Ségou qu’un seul village diawara dabo, c’est Fogny, point de passage du Niger entre Yamina et Ségou, et trois villages diawara sagoné : ce sont Mokottyka, Samboka, Aïsaka.
Quoique ces deux partis ne soient plus en lutte ouverte, ils restent toujours divisés, et dans les guerres d’Ahmadou les Sagoné ne campent jamais avec les Dabo.
De cette époque datent aussi les migrations vers la Haute-Gambie et la formation des colonies sonninké de la Casamance, enfin, plus récemment, pendant les guerres d’El-Hadj Omar, les Sonninké se sont encore désagrégés davantage.
Aujourd’hui on les trouve à l’état de familles compactes dans le Guidimakha, le Diafounou, le Kaarta, le Nioro, le Guoye, le Kaméra, le Bondou, le Bambouk, le Bakhounou et le Ségou dans le Soudan français, et à l’état isolé un peu disséminés, partout jusque dans le Dafina.
En 1885-1886, un des leurs, El-Hadj Mahmadou Lamine, trop connu par ses menées et l’insurrection des Sonninké dans le Haut-Sénégal pour que je m’étende plus longuement sur lui, a essayé de reconstituer à son profit un nouvel empire sonninké et il n’a pas fallu moins de deux campagnes au colonel Gallieni pour détruire sa puissance et s’emparer de lui.
FAMILLE MANDÉ-BAMMANA
Nous avons vu dans les chapitres précédents comment, à la suite des conquêtes de Mohammed Askia, l’empire de Mali se trouvait divisé en cinq gouvernements ou groupements distincts. A cette même époque beaucoup d’autres peuples qui faisaient partie de ce vaste empire s’en détachèrent. Tels sont les Siène-ré, les Tagoua, les Bobo-Dioula, etc., et en particulier les Gondja.
Enfin les Soso disparurent également et s’éloignèrent du théâtre de ces événements. L’arrivée des troupes marocaines du pacha Diodar en 1587 et la conquête de l’ancien empire sonr’ay par les troupes marocaines permirent aux peuples de race mandé d’espérer un moment la reconstitution de leur royaume. Aussi une fraction d’entre eux ne tarda pas à se lever en masse et à chercher à s’emparer du pouvoir.
Cette fraction est celle des Bammana. Ayant concouru autrefois, au même titre que les autres, à former l’empire de Mali, elle cherchait tout simplement à le reconquérir à son profit.
Ce mouvement des Bammana eut lieu vraisemblablement dans la première moitié du XVIIe siècle : les données que nous possédons sont précises à cet égard. On peut, sans commettre une erreur de plus d’une dizaine d’années, estimer que c’est en l’an 1650 que les Bammana apparaissent sur le haut Niger (dans le Ségou) sous la conduite de Kaladian Kouroubari.
D’où venaient ces Bammana ? Le docteur Quintin dit qu’ils viennent du Torong d’après la tradition ; c’est ce qu’on nous a appris aussi ; mais là où nous différons d’avis, c’est que nous pensons que les Bammana habitaient déjà depuis de longues années des régions beaucoup plus rapprochées du Ségou que le Torong, et qu’on les trouvait aussi nombreux qu’aujourd’hui dans le Baninko, le Bolé, le Ganadougou et le nord de l’empire de Samory[77]. Le docteur Quintin ajoute que c’est pour la seconde fois qu’ils fuyaient l’Islam.
Quel est donc le peuple qui aurait cherché à les convertir à l’Islam ? C’est vainement que nous nous sommes posé cette question.
Il n’existe aucun peuple, à notre connaissance, qui à cette époque-là aurait été à même de faire des conquêtes religieuses, si ce n’est les Mandé eux-mêmes, c’est-à-dire les Mandé-Mali et les Mandé-Dioula. Ce sont donc ces deux fractions de la race mandé qui par leur zèle pour la religion et leur fanatisme auraient provoqué un déplacement chez la fraction des Bammana. Cela peut exister, et nous y croyons bien volontiers, mais nous pensons que là n’est pas la seule cause qui ait déterminé les Bammana à se remuer, c’est surtout le désir d’arriver à leur tour au pouvoir, la soif d’indépendance qui les a portés sur le Ségou.
Ce pays était occupé par des Sonninké au moment de l’arrivée des Bammana ; et ces derniers ont dû s’y établir sans lutte, car ni les légendes que je connais, ni les traditions rapportées au docteur Quintin lors de son séjour à Ségou, ne font mention de luttes violentes.
Ce que l’on sait, c’est que Kaladian Kouroubari, premier chef bammana, qui avait six fils, en établit cinq sur la rive droite du Niger et un, l’aîné, à Sountian, près de Mourdia, en plein Bélédougou.
Kaladian, pendant son règne, reconstitua en partie l’ancien empire de Mali.
A la mort de Kaladian, vers 1680, succéda une période de gouvernement oligarchique pendant laquelle l’influence des Bammana diminua au profit des Sonninké.
Vers 1700, Bittou, appelé aussi Tigui-Ton, arrière-petit-fils de Kaladian Kouroubari, et petit-fils de Danfasari, réussit à mettre tous les districts bammana sous son pouvoir.
Il fit fortifier Ségou-Koro, dont il était le chef, fit la guerre à la plupart de ses cousins, héritiers de Boufouné et de Sakhaba, mais la tradition ne dit pas s’il réussit à les rendre tributaires, ou s’il se borna simplement à piller leurs domaines.
Bittou régna plus de trente ans. Il eut quatre fils : Diécoro, Bagny, Bakary, Diatalaké.
1732. — Diécoro, fils aîné de Bittou, succéda à son père ; il fixa sa résidence à Ségou-Bougou, et fonda pendant son règne Ségou-Sikoro.
Ce chef, se voyant déborder par ses captifs influents, chefs de districts institués par son père, résolut de se défaire des plus influents, mais son plan fut découvert et il fut assassiné par ses captifs avant d’avoir pu le mettre à exécution.
1740. — Bakary, troisième fils de Bittou, succède à son frère Diécoro, mais ce roi disparut quinze jours après son avènement sans que personne sût ce qu’il était devenu. Avec lui finit la dynastie des Kouroubari.
Les chefs des villages importants et les captifs influents élevèrent au pouvoir un des leurs, de la famille des Diara. Il régna sous le nom de Tomassa Diara et mourut en 1743.
De 1743 à 1746 règne un métis peul nommé Kanoubagnouma Mbari ; il est élevé au pouvoir par les captifs de la couronne. Ce roi meurt également après trois années de règne.
1746-1748. — Kafadiougou ne règne, lui aussi, que trois ans.
De 1748 à 1754. — A la mort de Kafadiougou survinrent une période d’anarchie et une série de guerres entre les chefs influents bammana et sonninké qui cherchaient à arriver au pouvoir. Barth[78] dit que les deux principaux chefs qui se mirent à la tête chacun d’un parti se nommaient Dabo et Sagoné et étaient fils du faran ou farba Mahmadou.
Le souvenir de ces luttes s’est perpétué chez les noirs, et surtout chez les Diawara du Ségou, mais les généalogies de Dabo et Sagoné sont perdues. Ce que je puis affirmer, c’est que les griots diawara dans leurs chants ne considèrent pas Dabo et Sagoné comme des frères, mais comme de simples chefs ayant cherché à accaparer le pouvoir. Dans la tradition on désigne souvent Dabo sous le nom de Ngolo, et Sagoné sous le nom de Sangué. Ces noms se retrouvent aussi dans l’ouvrage du docteur Quintin.
Cette lutte pour le pouvoir dura trois longues années et ne se termina que grâce à la mort de Sagoné, qui fut tué près de Ségou-Sikoro en 1754 ; elle eut pour résultat :
1o De consolider les Bammana dans le Bélédougou, le Nioro et le Ségou ;
2o De permettre aux Ahel-Semborou, fraction de Foulbé, de s’établir dans le nord du Bakhounou ;
3o De fixer les Ouled-Masouk, fraction des Ouled-Mbarek, sur les limites du Bakhounou.
Ce fut Hennoun ben Bohedel ould Mebarek, qui avait conduit les Ouled-Masouk à la guerre, qui fut, d’après les traditions, investi du pouvoir et proclamé régent du Bakhounou. Barth nous a rapporté le nom des successeurs de Hennoun, et comme l’un d’eux a été visité par Mungo-Park en 1796-1797, et que nous savons que précisément celui-là régna près de 40 ans, nous pouvons facilement déduire les dates approximatives de l’avènement des autres.
Ainsi Ali ould Omar régna près de 40 ans et reçut la visite de Mungo-Park peu de temps avant sa mort. Mungo-Park y était en 1797 : la date probable de la mort du chef est donc environ 1800 ; s’il a régné près de 40 ans, mettons 38 ans, la date de son avènement serait 1762.
Le prédécesseur d’Ali ouled Omar fut Omar ouled Hennoun, puissant chef qui donna son nom à cette dynastie (celle des Ouled-Omar ou Loudamar, comme les nomme Mungo-Park). Nous estimons qu’il a régné de 1754 à 1762, c’est-à-dire 8 ou 9 ans.
Quant au prédécesseur d’Omar ouled Hennoun, c’est précisément Hennoun ben Bohedel ouled Mbarek, celui qui mena les Ouled-Masouk à la guerre. Celui-là régna de 1751 à 1754, fort probablement ; nous arrivons donc à une concordance de dates qui laisse peu à désirer comme exactitude.
Les fractions sonninké-siawara qui prirent part à cette lutte sont aujourd’hui dispersées, cependant nous avons pu retrouver leurs traces. (Voir page 381, au chapitre Sonninké.)
L’autre fraction sonninké, celle des Ahel-Massa ou Sâro, se retira en partie vers Djenné, où on la trouve encore disséminée aux environs de Sâro même ; elle parle un dialecte mandé-sonr’ay dont on m’a souvent entretenu, mais dont je n’ai pas eu la bonne fortune de rapporter de vocabulaire.
Quant aux Mandé-Mali-nké qui prirent part à la lutte, ils se replièrent à travers le Gangaran et le Bambouk, vers le Bouré et le sud en général. Quelques-unes de leurs tribus ont conservé jusqu’aujourd’hui le surnom de Malinké-Dabo ou Ngolo.
1754 à 1787. — Ngolo ou Dabo, resté seul maître du pays, fixa sa résidence à Ségou-Sikoro et répartit le commandement de son royaume entre ses cinq fils[79] :
Nji, l’aîné, commanda à Bammabougou ; Mansong, le second, à Mbébala ; Nianancoro, le troisième, à Ségou-Koro ; Diakélé, le quatrième, à Kéréniou ; enfin Mamourou, le plus jeune, vivait avec son père.
C’est sous le règne de ce souverain et pendant la guerre entre Sagoné et lui, que se produisit un important mouvement des Foulbé, qui s’acheminaient lentement à travers la boucle du Niger et s’avançaient jusque dans le nord du Bélédougou.
Hennoun ben Bohedel ould Mebarek avait concédé aux Foulbé l’occupation de quelques villes dans le Bakhounou, mais son fils, Omar ouled Hennoun, leur enleva ce privilège et les chassa de la région. Ngolo, lui aussi, en purgea son territoire et les força à s’installer dans le Ganadougou et le Ouassoulou, où, mélangés aux Mandé, ils ne tardèrent pas à se noyer parmi eux. Du Peul ils n’ont conservé que vaguement les traits et leurs noms de tribus.
Ngolo, disent les traditions, établit son autorité de Bammako à Tombouctou et fit pendant huit ans la guerre aux Foulbé du Kalari.
C’est peu de temps après la fin de son règne que le Macina fut fondé par le Peul Ahmadou Amat Labbo (en 1790), qui s’empara du pouvoir sur Galadjo, chef tombo (autochtone). Le nouvel État, d’après les indigènes que nous avons interrogés, fut érigé sous la suzeraineté du royaume bammana du Ségou. Ce qui tendrait à le prouver, c’est que Ngolo était maître du Niger jusqu’à Tombouctou, et qu’en 1810 Da Diara, son successeur, avait encore à sa cour un des fils d’Ahmadou Amat Labbo comme otage.
On dit également qu’il fit deux expéditions contre les Mossi. Ce fut dans la dernière qu’il trouva la mort au bout de six semaines de maladie.
« Son armée, dit le docteur Quintin, rentra à Ségou, emportant avec elle les restes de son chef, qui furent placés, selon la coutume du pays, dans la peau d’un bœuf noir tué tout exprès pour la circonstance.
« A Ségou, on fit à Ngolo des funérailles magnifiques, mais ce qu’il y a de plus flatteur pour ce souverain, c’est qu’il fut très aimé de ses sujets et qu’il laissa de vifs et sincères regrets dans son pays. Il avait régné 33 ans. »
1787-1808. — Nji, fils aîné de Ngolo, étant mort dans les expéditions contre les Foulbé, ce fut Mansong, deuxième fils de Ngolo, qui succéda à son père.
Niancoro, troisième fils, conteste le pouvoir à Mansong, marche contre lui avec ses partisans et appelle à son secours Daisé Kouroubari, roi du Kaarta.
Niancoro fut fait prisonnier et son parti mit bas les armes. Ce conflit et l’intervention de Daisé Kouroubari[80] servirent de prétexte à Mansong pour envahir le Kaarta et le mettre à sac.
Mansong expéditionna aussi dans le Fouladougou, le ravagea presque entièrement, mais ne réussit pas à s’emparer de Bangassi, sa capitale, qui était défendue par Séré-Noumou.
Mansong[81] mourut vers l’année 1808, après 21 ans de règne.
1808 à 1830. — Da Diara, deuxième fils de Mansong, succède à son père. Pendant presque tout le règne de Mansong, Ahmadou Amat Labbo fut chef du Macina. Ces deux pays ne vivaient pas en absolue bonne intelligence. Le Macina, jeune État, n’osait pas encore attaquer les Bammana, il attendait cependant une occasion propice pour se mesurer avec son voisin et s’affranchir de sa tutelle.
Une circonstance fortuite, querelle d’un fils d’Ahmadou Amat Labbo avec des gens de Ségou, fut le prétexte d’une guerre qui éclata en 1810[82] et dans laquelle Da fut assez heureux pour conserver comme tributaire le Fouta, c’est-à-dire la partie du Macina située sur la rive droite du Niger, tout en maintenant sa suzeraineté sur le Macina proprement dit, situé sur la rive gauche du Niger, avec Ténenkou comme capitale. Cependant, en 1828, Ahmadou Cheikh, fils d’Ahmadou Amat Labbo, conquit, dans des circonstances qu’on n’a jamais pu nous expliquer, le Djenné sur le Ségou.
Da fut le dernier roi du Ségou qui fit la guerre aux Kouroubari du Kaarta. La paix termina heureusement une série de guerres qui, commencée sous le règne de Nji, vers 1796, ne se termina que vers 1829, quelques années avant le voyage d’Anne Raffenel.
L’origine de ces guerres entre les Bammana-Kouroubari et les Bammana-Diara date, comme nous l’avons vu, de 1796, époque où Daisé, roi du Kaarta, voulait prêter main-forte à Nianancoro contre Mansong, mais la querelle sourde, l’hostilité permanente, date de l’arrivée au pouvoir des fils de Kaladian.
On se souvient que le roi institua souverain d’une partie du Bélédougou son fils Sakhaba, qui résida à Sountian, près de Mourdia. Sakhaba sut conserver le pouvoir et le transmit à ses fils, lorsque vers l’an 1700 Bitton ou Tigui-Tou, petit-fils de Dansafari, fils de Kaladian, voulut réunir sous son sceptre tous les États Bammana et fit la guerre aux descendants de Sakhaba.
Foulikoro, petit-fils de Sakhaba, fut tué dans un combat contre Bitton, et le frère de Foulikoro, nommé Seybammana, dut s’enfuir devant Bitton et se réfugier dans le Khasso, où il fut élu roi.
Il ne restait donc personne pour gouverner le Kaarta. C’est alors que les Kouroubari se donnèrent comme chef Sébé Kouroubari, connu surtout sous le nom de Sébé Massa[83]. Ce chef donna son nom à la dynastie. Il régnait à Nioro en 1754 et eut comme successeur Daisé Kouroubari, qui régnait dans le Kaarta lors du passage de Mungo-Park en 1796. Les noms des successeurs de Daisé nous ont été transmis par Raffenel, ainsi que l’histoire moderne détaillée du Kaarta. Nous nous bornerons à ajouter que les Massa-si ont conservé le pouvoir jusqu’à l’apparition d’El-Hadj Omar. A cette époque c’était Mahmady Kandian Kouroubari Massa-si[84] qui gouvernait Nioro. Ses descendants se sont réfugiés depuis sur la rive gauche du Sénégal, et Mari Ciré Kouroubari Massa-si, héritier présomptif, habite encore un village près de Fatafi, sur les confins du Gangaran.
1830 à 1842. — Tiéfolo, fils aîné de Mansong, succède à son frère. Il n’arrive au pouvoir qu’après le cadet, à cause d’une question de priorité d’heure d’arrivée des courriers. Tiéfolo était né le même jour que Da, mais était fils d’une autre mère, réputée de moins bonne famille que la mère de Da.
C’est pendant que Tiéfolo était au pouvoir qu’El-Hadj Omar passa à Ségou revenant de La Mecque. Tiéfolo fit arrêter le pèlerin et le fit mettre aux fers, mais il dut céder aux instances des musulmans influents qui lui représentaient cet acte comme devant lui porter malheur et mettre El-Hadj en liberté. Tiéfolo mourut après 12 ans de règne.
1842 à 1848. — Kériengolé, dont nous ne connaissons pas le degré de parenté avec Mansong, succéda à Tiéfolo. Son règne, qui dura 7 ans, ne fut troublé que par une guerre qu’il soutint contre le nord du Bélédougou et principalement avec Mourdia.
1848 à 1849. — Nialouma Koua, frère de Kériengolé, ne régna que 9 mois. Il eut pour successeur :
1849 à 1855. — Massala Demba, qui régna 6 ans.
1855 à 1859. — Le septième fils de Mansong, Torocoro Mary Diara, monte sur le trône. Pendant son règne il entra en pourparlers avec des émissaires d’El-Hadj Omar, déjà très puissant, pour la soumission du Ségou, ce qui fit naître un mécontentement général dans le Ségou et coûta la vie à Torocoro, qui mourut empoisonné en 1859.
1859 à 1861. — Aly Diara, huitième fils de Mansong, succède à son frère Torocoro Mary Diara.
Ce prince lutta avec énergie contre El-Hadj Omar, et, malgré la soumission du Kaarta que le prophète venait d’obtenir sur Mahmady Kandian Kouroubari, Aly Diara résista.
Il se fortifia dans Oïtala, mais El-Hadj Omar, après des alternatives de revers et de fortune, s’en empara et occupa Sansanding.
A ce moment Aly Diara obtint d’Ahmadou Cheikhou, fils d’Ahmadou Cheikh et petit-fils d’Ahmadou Amat Labbo, une armée de 15000 hommes qui lui arriva sous les ordres d’un oncle d’Ahmadou Cheikhou, nommé Ba Lobbo. Mais l’armée bambara-macinienne fut battue, et cette victoire donna l’entrée du Ségou à El-Hadj Omar (10 mars 1861).
El-Hadj Omar procéda immédiatement à la réorganisation du Ségou, et institua Ahmadou, son fils aîné, roi du Ségou. C’est lui que visitèrent Mage et Quintin, Gallieni, Soleillet, etc., et que le colonel Archinard vient de battre successivement à Ouosébougou, Kalé, Koniakary et Nioro.
A la prise du Ségou, au commencement de 1890, Ahmadou, coupé du Ségou, habitait le Kaarta et le Nioro, et son fils aîné, Madané, gouvernait le Ségou. A l’approche des troupes du colonel Archinard, Madané prit la fuite et se réfugia dans le Macina.
Quant à Ahmadou Cheikhou, l’allié d’Aly Diara, battu à Saëwel par El-Hadj Omar, il s’enfuit vers Tombouctou et fut fait prisonnier peu après par Alpha Oumar, lieutenant d’El-Hadj, qui le fit décapiter. La dynastie d’Ahmadou Amat Labbo et celle de Ngolo Diara furent donc toutes les deux anéanties par El-Hadj Omar, qui donna le Ségou à son fils Ahmadou, tandis que le Macina tomba entre les mains de Tidiani, son neveu.