Éléalix T3 : Les Onze portes de Yoryzav
Chemin 65
65
Naomi avance avec précaution dans le couloir de gauche. Elle espère avoir
fait le bon choix. Elle n’a pas le temps de se tromper. La vie de Zak est en jeu, celle des Tututcho aussi.
Son cœur bat la chamade. Il n’y a aucun son, aucun bruit dans le labyrinthe, et elle a l’impression de l’entendre à travers sa cage thoracique.
Après quelques pas seulement dans ce nouveau passage, les racines noueuses qui recouvraient le sol se transforment en un tapis de mousse
gélatineuse. Lorsqu’elle soulève un pied, un filet gluant vert morve relit sa chaussure à la terre.
Même si la substance la dégoûte un peu, elle aimerait comprendre de quoi il s’agit. Elle se penche pour la toucher avec ses doigts… mais le chemin est
tellement glissant qu’elle perd l’équilibre un instant ! Elle se retient en posant sa main au mur du labyrinthe.
— Eurk ! lâche Naomi en la retirant aussitôt.
La paroi végétale est elle aussi recouverte de la même substance
visqueuse qui lui rappelle à la fois les algues et la glue qu’ils avaient fabriquée en cours de science l’année dernière. Elle essuie ses doigts sur
son pantalon et…
Clac !
Fascinée par la mousse verte, Naomi n’avait pas remarqué qu’elle
approchait de l’étrange coquille aperçue dans l’embranchement. Dès qu’elle a posé le pied dessus, elle s’est refermée comme une huître autour d’elle !
Naomi est maintenant prise en sandwich, recouverte des pieds à la tête du liquide gluant qui se trouvait par terre. C’est donc de là qu’il provenait !
La jeune fille tente de pousser sur l’une des parois, qui ne bouge pas du tout. La texture est ferme, mais malléable. Dès qu’elle effectue un
mouvement, la mousse gélatineuse se met à former comme des bulles autour d’elle en prenant de l’expansion. Naomi a du mal à bouger. Elle arrive toutefois à lever la tête. Elle réalise que le point de contact entre les deux coquilles est formé de dizaines de pics longs et extrêmement pointus
qui sont serrés les uns aux autres. C’est à ce moment qu’elle arrive à
identifier ce qu’elle croyait avoir déjà vu.
— Une plante carnivore ! ! ! souffle-t-elle en essayant de ne pas paniquer.
Malgré ses bonnes intentions, elle ne peut pas s’empêcher de se tortiller,
de frapper l’intérieur de la plante avec ses mains, d’y planter ses ongles
pour essayer d’en sortir. Mais plus elle gigote, plus la plante se resserre sur
elle… et plus elle se sent attirée vers le bas. Ce serait une catastrophe. Naomi a lu des tonnes de livres sur les plantes, a passé des heures à les
étudier dans la forêt. Elle n’en a jamais vu une comme celle-là, mais elle
connaît le principe des plantes carnivores. Si elle se laisse attirer vers le bas,
elle tombera dans son espèce de tube digestif et le liquide étrange servira à… la digérer. Plus elle bouge, plus elle s’y retrouvera prise au piège,
comme un puceron. Une mouche. Une souris. Ou même un rat. Certaines
plantes digèrent réellement des rats. Et des humaines ? Elle n’a jamais entendu parler de ça. Mais dans le monde de Yoryzav, rien ne lui semble
impossible. Elle doit absolument sortir de là avant qu’elle se fasse bouffer toute crue.
Naomi a une idée. Elle retire sa veste difficilement, car elle a à peine la
place de bouger. Elle la roule en boule… et la piétine avec ses pieds pour
que le tissu bloque le réservoir du tube digestif.
— Ça devrait me donner un peu de temps, souffle-t-elle.
Se parler à elle-même l’apaise un peu. Elle
poursuit :
— Pour réussir à sortir, je dois absolument arriver à entrouvrir les deux parties de la plante…
Naomi étire le plus possible ses bras et pousse de chaque côté. Rien ne
bouge. La plante, au contraire, ne fait que se resserrer. Elle se tortille un peu
pour changer de position. Elle y arrivera seulement si elle utilise tout son corps. Sur l’une des parois, elle arrive à poser ses pieds. Elle pousse l’autre avec ses paumes. Le liquide lui brûle de plus en plus la peau. Naomi prend
une inspiration profonde et tente de canaliser son énergie dans ses doigts,
ses orteils. Elle compte jusqu’à trois et pousse. Elle pousse encore. Pousse
de toutes ses forces. Le piège s’entrouvre de quelques centimètres, mais ce n’est pas assez. Les longues griffes pointues, les dents de la plante,
l’empêcheraient de sortir. Ses bras et ses jambes tremblent. Elle est sur le
point d’abandonner, quand l’image de Zak apparaît dans sa tête.
— WRAAAAAAH ! hurle-t-elle.
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