L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 3/4)) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques

Chapitre 1302

En ce meisme temps les prélas du royaume de France qui en l’an devant prochain estoient appellés et semons de venir à court de Rome, si orent conseil ensemble, et regardèrent qu’il n’i pooient aler, tant pour la guerre de Flandres comme pour ce que par les maistres du royaume de France estoit dévée porter or et argent; mais pour ce qu’il ne peussent estre repris de désobéissance envoièrent pour eux trois évesques, qui denoncièrent pour eux au pape Boniface la cause de leur demourance. Et à ce pape ensement envoia le roy de France l’évesque d’Aucuerre Pierre, et luy pria que pour s’amour il regardast de la besoigne pour laquelle les dis évesques vouloient assembler jusques à un temps miex convenable.

 

Du cardinal Le Moine qui vint en France en message.

Et adecertes en cest an ensement les prélas du royaume de France, delès le mandement en l’an devant passé, aux kalendes de novembre non comparans né venans, Boniface riens n’ordena de ce qu’il avoit empensé à faire: et pour ce que à profit venir ne povoient, si comme devant avoient segnefié et mandé, lors à eux le pape de Rome Jehan Le Moine, prestre et cardinal de l’églyse de Rome, en France envoia et destina, qui à Paris au commencement du mois de quaresme vint. Quant le concile fu assemblé, il orent secret conseil avec eux, et au pape par lettres closes ce qu’il avoit oï de eux manda; et tant longuement demoura en France jusques à tant que sur ces choses le pape luy mandast sa volenté et son plaisir.

Et en cest an ensement, en Gascoigne, ceux de Bourdiaux qui jusques à maintenant sous le povoir du roy de France paisiblement et à repos s’estoient tenus, quant il oïrent son repaire de Flandres sans riens faire, tous ses gens et les François déboutèrent et chacièrent hors de Bourdiaux, la seigneurie d’icelle cité à eux, par folle présompcion, usurpans et prenans. Car adecertes il doubtoient, si comme pluseurs affermoient, que sé la paix du roy de France et du roy d’Angleterre estoit du tout en tout faite, que il de maintenant au povoir du roy d’Angleterre ne fussent sousmis, et que tantost après il ne leur fist ainsi comme il avoit fait jadis à la cité de Londres. Car l’en dit luy avoir fait pendre les bourgeois à leur portes.

 

De l’accusement le pape de Rome.