Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre
I. Paléolithique
Les vestiges des tout premiers habitants de l’Egypte sont rares et
incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de l’homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son existence, comme le serait la découverte d’un squelette dans une couche géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des éolithes, les instruments de l’homme antérieur à l’âge paléolithique. Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d’usage, et qui auraient été les premiers instruments de l’homme alors qu’il ne savait pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels, plus ou moins appropriés à ses besoins, qu’il trouvait sur le sol. Ce n’est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater qu’elle a aussi été appliquée à l’Egypte et qu’on a recueilli dans ce pays un certain nombre d’échantillons de ces éolithes qui ont évidemment pu être employés par des hommes encore à l’état de sauvagerie, comme marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon absolue.
Instruments paléolithiques
Fig. 15–18. Instruments paléolithiques
(d’après J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, fig.
17, 24, 20, 31).
Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en
Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs; on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins assez fréquemment. L’objet le plus caractéristique de cette époque est, ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats, de manière qu’une des extrémités forme une pointe plus ou moins prononcée, tandis que l’autre reste arrondie et épaisse, et sert de poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.
Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux
couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement de l’époque quaternaire, qui est en effet le moment où l’on place l’âge chelléen. D’après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit de traces d’habitations construites; ils devaient donc vivre soit en plein air, soit sous de légers abris en branchages. C’est sur ces plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu’ils établissaient leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l’on trouve encore en quantité des éclats n’ayant sans doute jamais servi et qui doivent être considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c’est pour la raison qu’elle est antérieure à un de ces bouleversements géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L’Egypte en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace d’occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la population purent s’y maintenir pour former le noyau de la race égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d’ailleurs quand la région redevint habitable.