Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre

Chapitre IV: Époque Thinite

Vue perspective du tombeau de Negadah

Fig. 68. Vue perspective du tombeau de Negadah

(d’après J. M . Rech. sur les orig. de l’Egypte, II, fig. 521).

 

CHAPITRE IV

 

ÉPOQUE THINITE

(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.)

 

Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à

connaître habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche, d’agriculture et d’élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il n’y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région d’Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s’est accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines: une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l’écriture est inventée, les constructions de briques remplacent l’architecture de bois, le cuivre et même le bronze deviennent d’un usage courant, tandis que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l’expliquer de diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des hypothèses.

En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce

qui nous est parvenu de l’Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée primitive, l’écriture hiéroglyphique, l’architecture en briques crues, l’emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, quelques savants ont voulu établir une communauté d’origine. Ils supposent qu’à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou d’un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les bienfaits d’une civilisation supérieure à celle qui s’y était développée naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une peuplade d’origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien difficile à admettre, d’autant que, plus on étudie cette époque, plus on constate le caractère vraiment original et purement africain de la civilisation égyptienne.

D’un autre côté, la légende parle de l’expédition d’Horus comme

venant du Sud; un texte très ancien donne même le nom de la tribu de laquelle sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu nubienne. Nous devons donc admettre qu’à un moment donné, peut-être peu avant Ménès, peut-être bien des siècles plus tôt, une tribu méridionale, mais d’une race apparentée à celle qui occupait le pays, vint s’installer dans la vallée du Nil, qu’elle subjugua après un temps plus ou moins long et dont nous ne pouvons évaluer la durée. Ce qui assura la supériorité à ces conquérants, c’est le fait qu’ils connaissaient les métaux, tandis que les indigènes en étaient encore à l’âge de la pierre, mais il est bien peu probable qu’il faille attribuer aux envahisseurs tous les progrès faits par la civilisation égyptienne aux débuts de la période historique, entre autres l’invention de l’écriture.

Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu’ici de l’époque

prédynastique provient de la Haute Egypte, et nous n’avons pour ainsi dire aucun document sur ce qu’était le Delta pendant cette période. Cette région est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses habitants durent nécessairement précéder leurs frères du Sud dans la voie de la civilisation; c’est dans les terres du Delta, plus fertiles et mieux arrosées que toutes les autres, que l’agriculture devait naître et se développer en premier lieu, et la légende nous en a conservé un souvenir très précis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est à Mendès; Isis est également une déesse de la même région, ainsi que Set, le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays.