Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre

II. Prédynastique

 

A. MONUMENTS

 

Autant cette première période est encore obscure, autant les

documents abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement l’époque historique, est souvent désignée par le nom de prédynastique. Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données combinées nous fournissent des renseignements d’ensemble et même de détail sur l’état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont d’abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les vestiges des établissements humains, monticules de débris où l’on reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très considérables de céramique, l’élément le plus important pour la classification générale. Nous prendrons l’un après l’autre chacun de ces points avant d’aborder l’ethnographie proprement dite, l’étude de la race prédynastique et de sa civilisation.

 

Haches et herminettes en silex

Fig. 19–21. Haches et herminettes en silex

(d’après J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, fig.

91, 60, 73).

 

Silex Les couches sédimentaires qui bordent la

vallée du Nil sont extrêmement riches en

rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, d’agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les premiers habitants du pays avaient sous la main, d’un bout à l’autre du pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et leurs outils. C’est vers le nord de l’Egypte, au Fayoum en particulier, que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti.

 

Couteaux et grattoirs en silex

Fig. 22–25. Couteaux et grattoirs en silex

(d’après J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, fig.

106, 123, 98, 153).

 

Quelle que soit la matière employée, qu’il s’agisse du beau silex

blond translucide d’Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de celui qui a été en usage dans le monde entier. Le nucleus, ou noyau préparé pour l’enlèvement des éclats, s’obtenait d’une façon très simple: on brisait une partie d’un rognon de silex ou d’un galet, de manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d’un percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension; ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au moyen d’un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue. A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme outils, grattoirs ou couteaux.

 

Pointes de flèches en silex

Fig. 26–29. Pointes de flèches en silex

(d’ap. J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, fig.

176, 190, 181, 185).

 

On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur

la bande sablonneuse qui s’étend d’un bout à l’autre du pays, entre les terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne: d’abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d’une pomme et qui portent des traces très évidentes d’usage, puis les nuclei à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu’on en eut détaché quelques éclats seulement, jusqu’à celui qui, complètement épuisé, n’est plus qu’un petit noyau conique à facettes; ensuite les éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours de la fabrication par suite d’un accident, et ceux qui portent la trace d’un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être employés de nouveau.

Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre

type, ou ses types de silex taillés, et l’on ne peut en tirer des conclusions au point de vue de la classification chronologique; il est possible, probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers d’années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur les différents modèles d’outils et d’armes, sur leurs formes et leur emploi.

 

Villages Dans les mêmes régions, en bordure de la

vallée, à la lisière du désert, on remarque en

certains endroits de légères surélévations qui se distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu’il y a là quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on appelle des Kjoekkenmoeddings, ou «débris de cuisine»; ce sont en effet des vestiges d’établissements humains, datant d’une époque où les populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui ont dû mettre fort longtemps à s’amonceler. D’un autre côté on ne rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur, ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du reste dans un climat aussi chaud.

Ces amas de détritus ne renferment guère d’objets en bon état, à

part quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très importants sur la vie même de ces peuplades de l’Egypte prédynastique; os d’animaux d’après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune de l’Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu’on s’occupait d’élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons qu’on connaissait déjà l’agriculture. Ces documents qui ont si peu d’apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux, puisqu’ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la vie privée des premiers Egyptiens.

 

Tombeaux Si nous ne connaissons qu’un petit

nombre de ces restes de villages, dont la

plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu apparents pour qu’on puisse les distinguer, nous avons en revanche une quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en effet, chaque fois que nous reconnaissons l’emplacement d’un kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance, quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est vraisemblablement celui des habitants du village.

 

Tombeau prédynastique

Fig. 30. Tombeau prédynastique

(d’après A . El-Mahasna, pl. VI, fig. 26).

 

Ces nécropoles d’un type tout spécial ont très longtemps passé

inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles à reconnaître. C’est avec le jour frisant du soir ou du matin qu’on peut le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux roulés qui s’étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain suffisamment consistant pour qu’il ne fût pas nécessaire de soutenir, au moyen d’un mur ou d’un enduit, les bords de l’excavation: leur forme générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et leur profondeur d’un mètre à deux au plus, tandis que l’ouverture dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires et atteignant jusqu’à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en soit augmentée. Après l’ensevelissement, les grandes comme les petites fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se confondaient avec le terrain environnant; il n’y a jamais la moindre superstructure, pas même une pierre tombale.

 

Tombeau prédynastique

Fig. 31. Tombeau prédynastique

(d’ap. J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, II, fig.

464).

 

Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus

nombreuses, ne permettaient pas d’y déposer le mort étendu tout de son long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques; les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous pouvons distinguer deux stages, deux modes d’ensevelissement qui semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position dite embryonnaire ou assise, c’est-à-dire avec les membres repliés de manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée l’orientation des tombeaux, qui du reste n’est pas partout rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée vers l’ouest.

 

Tombeau prédynastique

Fig. 32. Tombeau prédynastique

(d’après J. de M . Recherches sur les origines de l’Egypte, II,

fig. 468).

 

Le deuxième mode d’inhumation, qui paraît être un peu plus

récent, quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses tombes, le corps était entièrement démembré avant d’être déposé dans la fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s’agit pas d’un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on pourrait le croire, mais d’une coutume qui se retrouve ailleurs qu’en Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles de l’Archipel, au sud de l’Italie, celle de l’inhumation secondaire: on enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, quand les chairs s’étaient putréfiées et désagrégées, on l’exhumait et on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée n’importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il s’agit sans doute simplement d’inhumations secondaires où l’on n’avait pas pratiqué la désarticulation complète.

Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans

des peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification. Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d’une forme toute différente, sorte d’immense coupe très profonde, est posé à l’envers sur le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes et un nombre d’os très insuffisant pour former deux corps, ou le contraire.

Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont

nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d’autres où les divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir avec une certitude absolue si ces deux modes d’inhumation appartiennent à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et qui peuvent être l’objet de mensurations très exactes, aussi pouvons-nous avoir l’espoir d’être une fois au clair sur cette question si importante.

 

Mobilier funéraire Le mobilier funéraire est plus ou moins

riche suivant les tombes, et comporte des

objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse, autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces Egyptiens d’avant l’histoire se faisaient déjà des idées très précises sur la vie d’outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l’âme, du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d’eux des vases contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de l’eau ou d’autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu’ils pouvaient rencontrer dans l’autre monde, et des ornements de corps, de se parer comme ils le faisaient sur la terre.

Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient

surtout des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases, et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de céréales, d’orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.

On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans

ceux qui en contiennent, elles ne sont jamais qu’en petit nombre; généralement même il n’y en a qu’une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa figure. Ces armes sont par contre d’une grande beauté et d’une exécution très supérieure à celle des silex qu’on trouve à la surface du sol: ce sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans l’autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement.

 

Couteau en silex

Fig. 33. Couteau en silex

(d’après J. M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, fig.

128).

 

Les objets d’ornement sont abondants, mais presque toujours très

simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n’ont rien de précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, telles que la cornaline, l’agate, le silex, étaient presque toujours travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés d’un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d’une dent d’éléphant à l’endroit où elle est creuse, ou le bas d’une grande coquille univalve de la famille des trochidés; d’autres enfin sont en silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu’à quel point ces populations avaient poussé l’industrie de la pierre taillée. Les femmes portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement surmontée d’une figure ornementale. Enfin un certain nombre de pendeloques, percées d’un trou, également en os ou en ivoire, parfois en pierre, servaient en même temps d’ornements et d’amulettes.

 

Plaques de schiste

Fig. 34–36. — Plaques de schiste

(d’après P . Diospolis parva, pl. XI et XII).

 

Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une

plaque en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de manière à imiter le profil d’un animal, hippopotame, tortue, poisson, oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien que d’habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert qu’hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d’une petite dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu’elles sont percées d’un trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui les ornent quelquefois, et surtout l’analogie avec les grandes plaques de schiste d’époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes, m’engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que des objets usuels.

C’est sans doute aussi à titre de talisman qu’on déposait parfois

dans les tombes des figurines d’hippopotame en argile: le monstre mis ainsi au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger de bien des dangers.

Céramique C’est également des tombeaux que sont

sorties ces séries extraordinairement

complètes de vases qui nous permettent d’établir une certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute cette céramique, qui est particulière à l’Egypte et qu’on ne peut comparer à celle d’aucun autre pays, dénote, dès l’apparition des plus anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers de forme et d’épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à reconnaître qu’aucun n’a été fait au tour et que tous sont modelés à la main.

 

Vases rouges à bord noir

Fig. 37–41. Vases rouges à bord noir

(d’après A . El-Mahasna, pl. XXVIII et XXX).

 

Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui

est extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d’argile très fine mélangée de sable, enduits à l’extérieur d’une légère couche d’hématite et lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l’ouverture en bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte près de l’orifice se désoxyde en cet endroit et devient d’un beau noir très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé.

 

Poterie rouge

Fig. 42–46. Poterie rouge

(d’après A . El-Mahasna, pl. XXXI et XXXII, et P . Diospolis

parva, pl. XIV).

 

La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l’autre

comme matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d’une couleur absolument régulière, d’un beau rouge lustré. Ce type de poterie qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs, présente des formes un peu différentes: à côté de l’écuelle creuse et du vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les autres jumelés, d’autres encore en forme de poisson ou d’oiseau; ce ne fut du reste là qu’une mode qui ne se prolongea que sur une période assez brève.

 

Vases rouges à décor blanc

Fig. 47–49. Vases rouges à décor blanc

(d’après J. M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I, pl.

II et III).

 

Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi

ancien qu’elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor blanc. Le fond est toujours d’un beau rouge lustré sur lequel se détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées, et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la partie inférieure, parfois très étroits du haut.

 

Vases à cordon

Fig. 50 et 51. Vases à cordon

(d’après A . El-Mahasna, pl. XXXIII).

 

La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d’un jaune rosé est

plus récente et se perpétue jusqu’à l’époque thinite. La pâte en est plus fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux formes elles sont peu variées. Il n’y a en somme guère qu’un type, qui va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse se rétrécit, l’ouverture s’agrandit, les saillies s’allongent et se rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges entre-croisés.

 

Vases peints

Fig. 52–54. Vases peints

(d’après J. M . Recherches sur les origines de l’Egypte, I,

pl. V et VII).

Vase peint

Fig. 55. Vase peint

(d’ap. o P . Naqada and Ballas , pl. XXXIV , n 45).

 

La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est

certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes petites anses percées d’un trou servant à les suspendre; d’autres sont sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d’un caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès plantés dans des vases, soit des théories d’animaux, autruches ou chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs superstructures, plutôt que, comme on l’a cru, des villages ou des fermes.

 

Poterie grossière

Fig. 56 et 57. Poterie grossière (d’ap. J. M . Recherches sur les orig. de l’Egypte, I, fig. 425 et