Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre

B. Civilisation

433).

 

Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d’abord

celle des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé et rempli d’une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l’Ancien et le Nouvel Empire, ils n’ont rien d’égyptien, mais appartiennent à un type connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il s’agit donc d’objets d’importation dont ni la matière, ni la facture, ni la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n’ont de rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil.

Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou

sphéroïde dont la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre extrêmement restreint. C’étaient sans doute des ustensiles très précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes. Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et l’albâtre, sont déjà d’un emploi très fréquent, et les indigènes y ont taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes formes et de toutes dimensions.

 

B. CIVILISATION

 

Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que

nous possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l’état de leur civilisation.

 

Le pays Aujourd’hui la vallée du Nil forme une

longue et étroite plaine de terres cultivables,

bordée des deux côtés par le désert ou la montagne; tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il n’en était pas ainsi aux époques primitives, et l’aspect de la contrée devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe, coulant alternativement sur un bord ou sur l’autre; ce n’est que peu à peu qu’il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu’il avait lui-même apportées. Le limon qu’il amenait avec lui chaque année se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce au sable et aux galets qu’il charriait en même temps et qui se déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s’élevait graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque année par l’inondation; là se développait une végétation luxuriante de plantes d’eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies forêts d’arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait dans le pays, aujourd’hui si sec, une humidité permanente qui devait lui donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu’est maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du reste n’était pas non plus exactement le même qu’aujourd’hui, il devait être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore en Egypte et de ceux qui s’en sont retirés depuis peu, comme l’hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques reculées, l’éléphant, la girafe et l’autruche.

Pour la faune et la flore, l’Egypte, qui n’a plus maintenant que ses

cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais il n’en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions fertiles et sauvages en même temps, que l’homme primitif ne pouvait encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se développaient librement les plantes et les animaux les plus variés.

 

La race Comme je l’ai dit plus haut, les

anthropologistes sont encore loin d’avoir

établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les plus anciens habitants de l’Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire une idée approximative: c’était une population brachycéphale et orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes modes de sépulture dans l’Egypte primitive et dans les îles grecques, en Grèce et jusqu’en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l’invasion aryenne. On a constaté aussi certains éléments d’origine soudanaise ou plutôt nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n’y a rien non plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites.

Ces populations étaient paisibles et on n’a retrouvé que sur un

très petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la syphilis.

Habitations Dans les montagnes et les falaises

souvent assez élevées qui bordent la vallée

du Nil, il n’y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes primitifs aient pu s’établir à demeure. Le climat leur permettait de vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l’époque chelléenne semblent s’être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n’y a pas trace d’enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons nous faire une idée de ce qu’étaient les habitations des indigènes, nous pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents dieux: c’étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, comme en ont encore les nègres de l’Afrique centrale, soit des constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit plat ou légèrement bombé.

 

Sanctuaire primitif

Fig. 58. Sanctuaire primitif

(d’après P . Royal Tombs, II, pl. X).

 

Dans les villages, qui s’étendent en général sur une superficie

assez peu considérable, les habitants serraient leurs récoltes et gardaient à côté d’eux leurs bestiaux; à en juger par la place occupée, quelques familles seulement devaient constituer la population d’un de ces établissements.

 

Costume et parure Dans l’antiquité, le costume des Egyptiens

a toujours été très sommaire, à plus forte

raison a-t-il dû en être de même à une époque si reculée. D’après des représentations un peu plus récentes, datant des dynasties thinites, on voit que les indigènes hommes devaient avoir pour tout vêtement l’objet bizarre qui devint plus tard l’insigne national des Libyens, l’étui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture jusque près des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes vêtues de robes courtes, collantes, descendant à peine aux chevilles; le buste était nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d’ivoire, on reconnaît des hommes enveloppés d’un grand manteau qui les couvre des épaules aux pieds. Ces vêtements étaient sans doute, à l’origine, en peau, et peut-être, à une époque moins reculée, en étoffe.

 

Figurines d’ivoire d’époque archaïque

Fig. 59. Figurines d’ivoire d’époque archaïque

(Q . Hieraconpolis, pl. IX et XI).

 

Comme parure, on portait, ainsi que nous l’avons vu, des bijoux

grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des colliers à plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des pendeloques et des peignes ornés de découpures. Il faut signaler encore les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-être des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes brisées ou des animaux.

 

Bracelet en silex et peigne en os

Fig. 60 et 61. Bracelet en silex et peigne en os

(d’après J. M . Recherches sur les orig. de l’Egypte, I, fig. 334

et 337).

 

Chasse et pêche Nous avons vu les tout premiers habitants

de l’Egypte déjà en possession d’une arme

qui pouvait être redoutable, le coup-de-poing chelléen. Des besoins impérieux contraignent l’homme que la terre non cultivée ne peut nourrir, à faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance aux dépens des autres êtres vivant à côté de lui, que pour se défendre contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace permanente.

Des Egyptiens prédynastiques, beaucoup d’armes nous sont

également parvenues, armes de plusieurs catégories qui peuvent être employées indifféremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu’on a coutume d’appeler armes de choc, il faut citer en première ligne celles qui n’ont pu se conserver, vu la matière dont elles sont faites, mais qui ont laissé un souvenir persistant jusqu’aux plus basses époques, les armes de bois, d’abord le long bâton, renflé dans le bas et pouvant servir de massue, puis le vrai casse-tête court et pesant; aux époques historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d’usage, qu’on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A côté de ces bâtons on trouve les massues dont la tête de pierre dure, conique ou ovoïde, s’emmanchait sur un bâton court, et enfin les haches, dont nous avons de nombreuses séries, de forme plate, longue, épaisse ou mince, à un seul tranchant, l’autre extrémité étant destinée à se fixer dans une emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux haches polies et à celles qui, munies d’un étranglement servant à faciliter l’emmanchure, semblent plutôt une copie des haches de bronze, elles appartiennent probablement à l’époque suivante.

Massues

Fig. 62 et 63. Massues

(d’après J. M , Rech. sur les orig. de l’Egypte, I, fig. 320, et

P . Diospolis parva, pl. V).

 

Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, très

finement retaillé, qui est parfois une pièce de toute beauté, et enfin comme armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions, appartenaient à des flèches ou à des javelines. Travaillées avec grand soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aiguës et présentent toutes les formes usuelles, pointes à ailerons, à encoches au pédoncule, lancéolées, triangulaires, en croissant; un type cependant qui est particulier à l’Egypte et qui se perpétue assez tard est celui de la flèche à tranchant, destinée à faire une blessure plus large que profonde; ce modèle est aussi employé pour des javelots. Certaines pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu à des lances (v. p.

62–65).

 

Harpon en os

Fig. 64. Harpon en os.

 

Les indigènes avaient certainement encore, comme leurs

successeurs, d’autres moyens de se procurer du gibier, les pièges, les lacets, les filets et peut-être le lasso, instruments qui naturellement n’ont pas laissé de traces. En ce qui concerne la pêche, nous n’avons pas non plus les filets, les nasses et les lignes qui devaient être déjà en usage à cette époque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir servi d’hameçons pour les gros poissons, qu’on attaquait également avec des harpons en os munis d’une pointe barbelée. Les poissons sont extrêmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais avoisinants; ils formaient sans doute la base même de la nourriture des premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles tels que les unios et les anodontes.

Quant au gibier, nous avons vu qu’il y avait en Egypte non

seulement les espèces qui y sont aujourd’hui, mais encore celles de l’Afrique tropicale; ainsi l’homme pouvait chasser l’antilope, le bœuf sauvage et la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l’autruche comme l’oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui être de bien peu de secours vis-à-vis de l’éléphant, du rhinocéros, de l’hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthère qui infestaient encore la contrée.

 

Elevage. Les animaux sauvages pris vivants à la

Agriculture chasse, conservés d’abord comme en-cas

pour le moment où le gibier viendrait à manquer, furent vite domestiqués; l’homme reconnut très tôt les services que ces bêtes pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les dressa et les utilisa, recueillit leurs œufs ou leur lait. Nous avons dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non équivoques d’élevage, les animaux domestiqués vivant côte à côte avec l’homme dans ces villages primitifs. Comme quadrupèdes, il devait y avoir le bœuf, l’antilope, la gazelle, la chèvre, sans doute l’âne; comme volatiles, l’oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d’autres variétés sans doute.

L’agriculture est partout moins ancienne que l’élevage, et pour

l’Egypte nous ne pouvons savoir à quelle époque on commença à travailler le sol, si ce fut à la fin seulement de la période prédynastique ou longtemps avant: les grains trouvés dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas datés de façon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables. Quant aux outils, le sol fertile de l’Egypte, détrempé et ameubli par l’inondation, n’en nécessite pas de très puissants, aussi les houes et les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la période pharaonique; on n’en retrouve naturellement pas trace aux âges plus anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d’herminettes de grande dimension, montrent des traces d’usure ne pouvant provenir que du travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentelés et semblant être des fragments de scies qui, s’emmanchant les uns à côté des autres sur un bois recourbé, formaient des faucilles; cet outil, en usage encore au Moyen Empire, est sans doute d’origine préhistorique, mais nous ne pouvons dire avec certitude si certains des éléments retrouvés datent vraiment de l’époque dont nous nous occupons en ce moment. Il faut encore citer les moulins, pierres plates à surface incurvée où l’on écrasait le grain.

 

Navigation Le moyen de communication qui est de

beaucoup le plus pratique dans une vallée

longue et étroite comme l’Egypte est sans contredit la voie fluviale, et jusqu’à nos jours c’est le Nil seul qui a été utilisé à cet effet, sauf pour de très courts trajets. Pour les populations primitives surtout, ce mode de locomotion devait avoir de très grands avantages, puisqu’il leur permettait de se transporter d’un point à un autre sans avoir à courir les multiples dangers qui les menaçaient dans un pays encore à moitié sauvage, infesté d’animaux contre lesquels ils n’avaient que des moyens de défense insuffisants. Les premiers bateaux furent très simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu’on réunissait en bottes et qu’on liait ensemble de manière à former un esquif à fond arrondi, aux extrémités relevées en pointe, et qui, rendu imperméable au moyen d’un enduit quelconque, formait une nacelle légère, insubmersible, résistante et élastique. Ce modèle continua à être employé aux époques historiques, surtout pour la chasse dans les marais.

 

Modèle de nacelle en terre cuite

Fig. 65. Modèle de nacelle en terre cuite

(d’après M . Rech. sur les orig. de l’Egypte, II, fig. 235).

 

A côté de cela, les gens du pays possédaient des bateaux de

beaucoup plus grandes dimensions, peu profonds et relevés aux deux extrémités, munis de rames et même de voiles carrées.

Commerce extérieur Les indigènes avaient des rapports

 

certains avec les côtes de la mer Rouge,

puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des colliers faits en coquilles marines dont l’habitat est précisément dans cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus haut, montre qu’ils avaient également des relations avec les autres peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s’aventurer avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète confirme l’existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus profondes d’un gisement néolithique, un gros fragment de défense d’éléphant; or sur le littoral nord de l’Afrique, il n’y a guère que l’Egypte où l’éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu’il y vivait en effet. C’est donc d’Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut transporté en Crète, à une époque antérieure à l’histoire.

 

Barque préhistorique

Fig. 66. Barque préhistorique

(Graffito — d’après M . Rech. sur les orig. de l’Egypte, I, fig.

492).

 

Arts et métiers L’architecture de bois étant seule en usage

chez les indigènes de l’époque archaïque, il

ne nous en est naturellement rien parvenu; il est cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu’on commença à employer la brique crue, dont l’usage est si répandu sous la I re dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d’affirmer la chose de manière absolue.

La sculpture ne s’attaque pas encore à autre chose qu’aux petits

objets, peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme humaine ou animale, plaques de schiste qu’on découpe en silhouettes, figurines de danseuses ou d’hippopotames qu’on modèle dans de l’argile et qu’on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l’affût gravaient des images d’animaux sur les rochers qui les abritaient, d’un trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d’un certain caractère pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque dans ces figurations d’animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de l’exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l’originalité de l’art égyptien, à la fois synthétique et décoratif.

Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de

silex taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres ouvriers se devinent plus qu’ils ne s’affirment, ainsi les charpentiers, que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de haches plates ne pouvant servir qu’au travail du bois; quelques fusaïoles nous révèlent aussi l’origine du travail des matières textiles.

Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique,

peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient encore aux tâtonnements du début.

 

Organisation sociale et Les indigènes de l’Egypte prédynastique

politique ne vivaient plus isolés, mais en société, et si

nous ne savons rien de l’institution de la famille, nous connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu’il existait des groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui devaient plus tard devenir l’emblème des nomes ou provinces de l’Egypte, servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à l’origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les unes avec les autres, au fur et à mesure qu’elles se développaient; de là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la légende, et qui aboutirent à l’établissement de la suprématie du clan d’Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou étrangères, c’est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec certitude, mais il est à présumer qu’elles durent leur supériorité à la connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des populations n’ayant que des armes de pierre. Quoi qu’il en soit, nous pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps, jusqu’au moment où l’un d’eux finit par absorber l’autre.

 

Hippopotame en terre cuite

Fig. 67. Hippopotame en terre cuite

(d’après M . Recherches sur les origines de l’Egypte, II, fig.

413).